HARKIS

Taraudés par le sentiment d'abandon

Plus de quarante ans après la fin de la Guerre d'Algérie, la "question des harkis" est encore une des plus difficiles à aborder, concernant ce conflit, sans plonger dans des simplifications binaires (traîtres ou patriotes? Victimes ou coupables ?). Mais qu'est ce que la "question des harkis" ? En fait, il y en a probablement au moins trois.
La question tout d'abord des conditions de leur engagement, essentiellement à partir de 1956, dans l'armée française, en qualité de supplétifs, et de leur participation aux combats contre les indépendantistes du F.L.N.
Celle du massacre de dizaines de milliers d'entre eux après les accords d'Evian et, surtout, dans les mois de trouble et de quasi-guerre civile qui suivirent la proclamation de l'indépendance en juillet 1962.

Enfin, troisième interrogation: pourquoi les autorités françaises ont-elles refusé de rapatrier ces musulmans et leur famille et comment, ceux qui ont pu malgré tout gagner la métropole, devenant la "communauté harkis ", ont-ils été cantonnés aux marges de la société française des décennies durant ?
L'espace de ce texte d'accompagnement au témoignage d'Ali Tebib, animateur à Gaillac d'une des (nombreuses) associations existantes constituées par ces "oubliés de l'histoire ", il n'est pas possible d'explorer comment les regards posés par les différentes parties prenantes de la Guerre d'Algérie sur chacune de ces dimensions de la "question harkis" nourrit encore aujourd'hui les passions et les incompréhensions dès que le débat s'engage. On s'attachera donc simplement à restituer quelques éléments contextuels et factuels désormais étayés 1.

L'engagement des harkis aux côtés de l'armée française

À partir de 1956, l'armée française a recruté officiellement dans des harkas (mouvement, en arabe) des combattants musulmans qui s'étaient déjà constitués en groupes d'autodéfense de villages. Elle les a armés plus fortement qu'ils n'étaient et en a fait des forces supplétives aux côtés des troupes françaises grâce auxquelles elle espérait reprendre le contact avec la population et recréer des îlots de calme dans une Algérie où la guérilla F.L.N. était "comme un poisson dans l'eau". Des groupes de moghaznis (éléments de police) ont aussi été constitués avec des combattants musulmans qui ont été placés sous l'autorité des chefs de Sections Administratives Spéciales (S.A.S.). D'autres, enfin, ont rejoint des Groupes Mobiles de Sécurité (G.M.S.) chargés de l'ordre public. Au moment du cessez-le-feu, en mars 1962, il Y avait de l'ordre de 70000 supplétifs musulmans dans ces diverses unités2o Le recrutement de ces "volontaires" musulmans s'est effectué dans des conditions très diverses: recrutements collectifs dans certains villages, à l'issue de désertions ou de retournements de prisonniers, sous la pression de notables ou de l'armée, après que des combattants F.L.N. aient frappé une famille, un village, jugés complice de l'armée française ... Les motivations des "harkis" pour s'engager ont pu être liées à un attachement à la France, la plupart du temps en l'absence d'une conscience réelle des enjeux de la période, à un sentiment de vengeance contre le F.L.N. (quand celui-ci avait tué un parent), tout aussj bien qu'à ... l'attrait de la solde.

Les massacres de 1962

"S'abstenir de toute initiative isolée ". "Le transfert en Métropole des Français musulmans effectivement menacés (se fera) sous la forme d'une opération préparée et planifiée ".

Telles étaient les instructions en mai 1962 d'un militaire de haut rang alors que l'inquiétude grandissait quant au devenir des supplétifs musulmans. Leurs unités avaient été dissoutes. Ils avaient été désarmés et invités à "rentrer chez eux ". Certes, les accords d'Evian promettaient une amnistie générale pour tout acte de guerre commis avant le cessez-le-feu. Mais, rapidement, il devait apparaître que ces "garanties" allaient rester lettre morte concernant les supplétifs.
En ce printemps 1962, pressentant le pire, des officiers et sous-officiers, pour la plupart responsables ou anciens responsables de Sections Administratives Spéciales, ont alors pris sur eux de favoriser clandestinement le départ pour la Métropole de harkis et de leur famille.
C'est à cette entreprise que l'armée et les autorités politiques françaises tentèrent de donner un coup d'arrêt en appelant à s'abstenir, donc, de toute initiative isolée.
Dans un télégramme en date du 16 mai 1962, Louis Joxe, Ministre des Affaires Algériennes, demanda même que les supplétifs débarqués en Métropole soient renvoyés en Algérie, appelant à des sanctions contre les auteurs et les complices de ces "rapatriements prématurés ".
Parmi les responsables de S.A.S. qui prirent le risque d'organiser des réseaux illégaux de rapatriement des supplétifs, certains, installés ensuite dans notre département, y ont poursuivi leur action de solidarité avec les harkis et leurs enfants.
C'est le cas d'Yvan Durand, pionnier de l'action culturelle dans le Tarn et qui a joué un rôle majeur au début des années quatre-vingts et jusqu'à sa mort en 1986 dans l'insertion des enfants de harkis. On doit citer aussi Jean-Pierre Sénat, récemment décédé, qui, à Graulhet, a agi également auprès de ceux de la deuxième génération.
Si le fait est que les autorités de Paris n'ont pas engagé de véritable plan de sauvetage des harkis menacés, l'armée française en a officiellement tout de même recueilli et transféré plusieurs milliers pendant l'été 62.

Parmi ceux qui sont restés en Algérie, beaucoup ont été massacrés, entre mai et août 1962, puis, après une accalmie, dans les derniers mois de 1962: les estimations du nombre de victimes varient entre 10000 et 150000.
L'Association des anciens officiers des Affaires Algériennes a publié dès octobre 1962 des témoignages à partir desquels a pu être avancé le chiffre de 30000 tués. Un ancien officier S.A.S., Nicolas d'Andoque, parle de 60000 tués .

L'arrivée des harkis en Métropole, leur accueil dans le Tarn

Pas d'intervention, pas d'émotion, et un long silence, pour les harkis tués en Algérie. Et il a fallu parer au plus pressé pour ceux qui parvinrent à débarquer en Métropole. Ils ont été au moins 12000 - auxquels il convient d'ajouter le millier qui a réussi en Algérie à se faire incorporer dans l'armée régulière - que devaient rejoindre au cours des années soixante environ 60000 musulmans qui optèrent pour la nationalité française.

Avec leurs familles, y compris les enfants nés en France métropolitaine, cela faisait, au recensement de 1968, un total de 138000 personnes. Ces harkis furent regroupés dans des camps - au Larzac, à Rivesaltes, Bourg Lastic, Bias, Saint Maurice L'ardoise - où étaient retenus, avant eux, des Algériens partisans du F.L.N... Puis des cités l'accueil et des hameaux forestiers ont été créés, à destination toujours de ces anciens supplétifs et de leurs familles: 17 cités d'accueil urbaines et 75 hameaux forestiers répartis dans 28 départements du Sud de la France. Quatre de ces hameaux forestiers ont été établis dans le Tarn: à Arfons les escudiés, Puyecelsi - La Grésigne, Anglès, Vaour3. Conçus pour être provisoires, ces camps et lieux d'accueil spécifiques sont restés en l'état jusqu'a milieu des années soixante-dix.
Camps grillagés, avec coupures l'électricité le soir, douches collectives et payantes. Cités où se cumulaient les handicaps pour une population laissée en situation de précarité. Et les dispositifs d'insertion spécifiques que tentèrent d'instituer au fil des ans les autorités furent perçus comme des écrans supplémentaires ... Dès lors, on comprend le sentiment de double abandon qui a taraudé les anciens harkis et leurs descendants: abandon en Algérie, au moment de l'indépendance; abandon en France, pendant des années après leur arrivée. Sentiment d'abandon qu'exprime explicitement Ali Tébib dans son témoignage. Et aussi, presque métaphoriquement, quand il raconte comment le car qui l'a amené de Gaillac à Puycelsi le jour de son arrivée dans le Tarn l'a laissé sur la route, loin du camp de fore stage ...

Thierry Tchukriel

1 Cette "restitution" s'appuie sur des récits de témoins et textes de Guy Pervillé publiés dans la revue l'Histoire - numéro spécial Le temps de l'Algérie Française (janvier 1991), dossier Les drames de la Guerre d'Algérie (octobre 1994), dossier Les derniers jours dé l'Algérie française (avril 1999). Egalement utilisés: Exactions collatérales (Jean Lacouture, Le Monde, 13 novembre 1962); Généalogie du drame harki (Alain Rollat, Le Monde, 7 août 1991); les informations sur les camps et hameaux de fore stage figurant sur le site intemet Harkis et droits de l'homme.
2 Lesquels ne constituaient qu'une partie des quelque 260.000 musulmans "pro français" qu'un rapport transmit à l'O.N.V. après le cessez-le-feu du 13 mars 1962 considérait comme menacés.
Aux "harkis ", il convient en effet d'ajouter les militaires de carrière, militaires du contingent, élus, fonctionnaires ...
3 Seuls trois départements ont vu la création de plus de quatre hameaux de forestage : le Var (12 hameaux), la Lozère (8 hameaux), les Alpes Maritimes (5 hameaux).

Le témoignage d'Ali Tebib


"Et alors, on se regardait: que va-t-il se passer?"
Ali Tebib vit à Gaillac où il préside l'Association pour la Promotion Sociale Educative et Culturelle du Tarn, créée en 1976. Il est aujourd'hui retraité, après avoir été employé au Lycée Agricole de Fonlabour à Albi jusqu'en 2000. Rencontré à l'été 2002, dans le cadre de l'élaboration de la série radiophonique "Appelés tarnais en Algérie ", il nous a fait le récit de son engagement comme supplétif de l'armée française en 1956, alors qu'il avait 16 ans, au lendemain de la mort de son père, exécuté par le F.L.N. Le récit également des suites, jusqu'à son arrivée en France métropolitaine en juin 1962, après qu'il eut signé un engagement dans l'armée française. Les propos reproduits ici sont extraits de cet entretien, à ce jour inédit.
Thierry Tchukriel.
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Après avoir décrit les conditions dans lesquelles il a été recruté et ses activités comme supplétif musulman, en grande partie dans une Section Administrative Spéciale, jusqu'au printemps 1962, Ali Tebib évoque le "sentiment" qu'il éprouve aujourd'hui encore envers les combattants du F.L.N. d'une part et les autorités françaises de l'époque d'autre part.
" Vous abordez le point le plus sensible. De la haine, je ne pense pas.

Mais, pas loin. C'est vrai qu'il y a des moments, quand on voit ... surtout, pendant l'indépendance, quand on voit l'abandon de ces gens par centaines, par centaines de milliers. Et les questions qu'on se posait après l'abandon.

Comment est-ce possible que la mère patrie ait abandonné ses enfants? Parce qu'il faut savoir que nos parents sont nés Français, nous, on est nés Français. On ne savait rien de l'autre coté, de cette politique qui s'installait en Algérie, l'indépendance, la guerre pour avoir son indépendance.

Nous, on a ouvert les yeux: la France, rien d'autre. Comme tout récemment une femme de harki qui a donné une interview à la télévision où elle disait: "moi je n'ai rien connu d'autre que le drapeau français, quand j'étais là-bas, je n'ai jamais vu d'autre drapeau, je suis bien obligée de défendre la France.

" Malheureusement, bon, pendant l'indépendance, vu le nombre des camarades que la France a abandonnés eh bien j'avoue que oui, j'avais ... Pour ne pas -dire la haine-, je ne trouve pas le mot. Ça a été très dur à accepter il y a ça, bon, et après [. .. ] le deuxième traumatisme ça a été notre arrivée ici. "

Défendre la République
[. .. ] Je me souviens d'une fois où Pierre Mesmer (était venu) [ .. .]. L'armée cherchait tous les jeunes algériens de 16 - 17 ans pour les faire entrer dans l'armée.
Et ce jour-là, je me suis retrouvé parmi des centaines et des centaines de jeunes. C'était chez moi dans mon département [. .. ], le département de Bône. Pierre Messmer était venu à Bône.

L'armée avait donc ramassé tous les gamins pour essayer de les faire entrer dans l'armée. Moi je me suis trouvé au milieu avec les jeunes. Et Pierre Messmer passait, discutait avec chaque jeune. Il nous disait: "il faut défendre la République". Et par la même occasion ils distribuaient des armes.
Alors, ils nous ont donné - je me souviens très bien de cette arme, ça m'a choqué - une arme qui faisait pratiquement 1,90 m. Après, nous, on l'appelait la canne à pêche. Alors, vous voyez les gamins, les petits arabes, ils sont tout petits, et ce fusil qui dépassait presque de 1 m ... !
Bref ce que je retiens de ce que nous disait Pierre Messmer: il nous passait la main sur la tête et sur le dos et il nous disait "il faut défendre la république ".
Alors après la guerre, je me suis dit: si un jour je le rencontre, Pierre Messmer, je lui dirai tout simplement:
"Monsieur le Ministre, vous vous rappelez, à Bône, ce que vous nous disiez quand vous avez distribué les armes - "il faut défendre la République" - c'est ce qu'on a fait. Mais, malheureusement, la République nous a abandonnés ".
Voilà ce que j'ai envie de lui dire à cet homme et pas davantage. [. .. ]

Le désarmement

(Après les accords d'Evian) la France n'a pas su protéger les siens. Le tort qu'elle a eu: elle a désarmé des centaines, des milliers de personnes et elles les a lâchées en pleine nature
[ ... ] Le désarmement, comment ça s'est passé? C'est simple comme bonjour: il y a certains gradés qui ont compris ce qui allait se passer, et d'autres ont cru aux Accords d'Evian.
Mais, il fallait désarmer.
Pour désarmer, comment fallait-il faire? Écoutez, dans la plupart des unités, dans certains bataillons, le problème a été simple. On a dit à ces soldats, disons, de faire le rassemblement. Ca veut dire: grouper tout le monde. Et on a laissé les armes derrières. On les mettait trois par trois. Et puis, ils ont fait avancer tout ce monde d'une dizaine de pas en avant. C'est le système militaire.
Et puis naturellement, vous avez le gradé supérieur qui a fait le rapport. Jusque-là, ça se passait très bien, parce qu'on le faisait depuis ... depuis que l'armée existe.
Et une fois le rapport fait, le colonel ou le général, a mis la compagnie ou le bataillon à la disposition du commandant de compagnie ( .. .) et après ça, après le rapport, on s'est retourné pour prendre les armes. Il n 'y avait plus rien. Tout était parti. Voilà comment on s'est trouvé désarmés. Et ça s'est passé de la même façon partout, partout.
Ça s'est passé. Et alors on se regardait. Que va-t-il se passer? Ben, ils nous disaient, la guerre, c'est fini, maintenant il faut rentrer chez vous. Pas plus. On ne vous donnera aucune explication, on ne vous dira rien d'autre.
Alors, il y a ceux qui sont parti chez eux. Il y a ceux qui ont immédiatement compris et qui sont restés à proximité de la caserne en ville. Je crois que ce sont ceux-là qui ont été sauvés. Parce qu'ils étaient déjà sur la place, en ville, la caserne n'était pas loin.
Mais tous ceux qui sont rentrés chez eux à la campagne on été massacrés. [. .. ]

L'ordre a été donné par Louis Joxe, à l'époque, qu'il fallait barrer la route (du départ pour la métropole) à la communauté des harkis ... Mais certains officiers supérieurs, quand ils ont vu le drame, ce qui se passait, ils ont manqué à leur devoir, ils en ont sauvé beaucoup, des centaines, des milliers [. .. ]

Moi personnellement, j'ai eu la chance de tomber sur un officier qui est venu me dire: "Tebib, c'est fini, si tu restes ici, c'est ton problème, ça ne me regarde pas, mais si tu pars, il faut me le dire, pour que je prépare ton départ [. .. ] "

Au moins, lui, il m'a dit la vérité [. .. ] C'était un lieutenant, bon père de famille, qui ne m'a pas caché la vérité, qui m'a dit: "je connais ton histoire, ce qui est arrivé à ton père ". Il a dû se dire: si on a assassiné son père, lui y passera certainement. [. .. ]
La situation était très compliquée. Pour rentrer en France, il fallait s'engager dans l'armée, rentrer dans l'armée d'active. Dans ce cas, on avait une chance d'être rapatrié en France. C'est ce qu'il a fait; faire en sorte que je ne soit plus harki, que je rentre dans l'armée d'active ... Il s'est occupé de tout, de toutes les paperasses, et il m'a fait signer un engagement dans l'armée pour sauver ma peau. Et c'est comme ça qu'il m'a expédié en France.


L'arrivée dans la Creuse, puis dans le Tarn à Puycelsi

Je suis arrivé militaire ici, jusqu'en 63. [. .. ] (à mon arrivée) ils m'ont expédié au camp de la Courtine dans la Creuse. Là je suis resté un an. Et quand je suis arrivé la bas, c'était un camp de manœuvre, un camp international. Je ne le savais pas. Il y avait les Anglais, les Hollandais, et nous autres.
C'est affreux, moi qui venait d'un pays chaud [. .. ], j'ai failli mourir d'abord de froid. Les Hollandais, se moquaient de nous: ils disaient " Franzus, pauvres ". Je disais oui, mille dieux, on est pauvre. Eux ils avaient des vêtements exprès pour le froid, et nous on tremblait. Je vous assure, on était très malheureux. Moi personnellement dans ce camp, en plein hiver, j'étais malheureux comme vous ne pouvez pas savoir [..,]

Dans ce camp de la Courtine, Madame Tebib est tombée gravement malade. Alors j'ai demandé à venir ici, dans le Tarn. Dans le Tarn, je suis arrivé ici et je ne savais pas que, à Puycelsi, les harkis habitaient dans des baraquements comme à la Courtine.

C'était la même scène. [. .. ] En fait l'arrivée s'est passée comme ça: je suis arrivé à Gaillac où je ne connaissais personne et j'ai demandé à quelqu'un s'il y avait un bus pour Puycelsi. Il m'a dit que si ... mais à cinq heure du soir.
J'ai attendu avec Madame Tébib, et on avait un enfant de 4 mois, l'aîné. A cinq heures on a pris le bus jusqu'à Puycelsi [. .. ]
Enfin, le chauffeur s'est arrêté avant Puycelsi même: ils nous a dit qu'il n'avait pas le droit de nous amener là haut. (..) Quelques années après, quand j'ai fait la connaissance de ce chauffeur, qui est devenu mon meilleur copain, je lui ai demandé: "pourquoi t'a pas voulu nous monter? " Il m'a dit: "on ne pouvait pas monter, parce qu'on n'était pas assuré, et s'il m'arrivait un pépin ".
N'empêche qu'il nous a lâché au milieu de la route. Et avec madame Tébib, on a fait tout ça à pied jusqu'au camp! A Puycelsi, là-haut, quand on est arrivé au camp avec ma femme et l'enfant sur les épaules, voilà qu'un militaire nous a arrêtés à l'entrée du camp. C'était un sergent-chef, qui gardait l'entrée.
Il a commencé à me poser des questions, je lui ai dit: voilà, je sors de l'armée, je viens rejoindre ma famille ". Alors là il m'a dit: "pas question de d'entrer, j'ai l'ordre de ne laisser entrer personne ". J'avais beau dire que je sortais pas de l'armée russe, mais de l'armée française, rien à faire. [. .. ]
Un autre officier est même venu d'Albi (pour dire que je ne pouvais pas entrer). Et j'ai eu une chance à ce moment là; des copains qui travaillaient en Grésigne ~ toute la communauté harkis, les 32 familles qui habitaient dans le camp - sont arrivés dans un camion, tous les bonhommes qui descendaient - et qui étaient contents de me voir car on se connaissait déjà en Algérie - m'ont demandé ce qui se passait j'ai expliqué.
Le chef du groupe a appelé le capitaine et lui a dit: "on vous respecte, il est hors de question (de l'empêcher d'entrer).
C'est comme a que je suis resté avec eux, quand ils ont vu qu'il y avait la solidarité des camarades. Et puis je suis resté à Puycelsi, là haut. "


Avec la bienveillante autorisation de monsieur Robert FABRE rédacteur en chef de la Revue du Tarn, av de la Verrerie Albi Cedex 09. (extraits) du N° 212

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