HAINE SANGUINAIRE DES ARABES POUR LES TROUPES FRANCAISES DE LA CONQUETE DE L'ALGERIE

1846

       Aujourd'hui, on se figure difficilement, ce qu'était la rage sanguinaire des indigènes, après l'entrée des Français en Algérie.

         Dans ses lettres, mon père montre comme tous les militaires, et spécialement les officiers isolés, devaient se méfier, en rencontrant un indigène à l'aspect inoffensif. Il raconte sa rencontre avec l'un d'eux sur un chemin escarpé, dominant la mer, aux environ de Philippeville. Après l'avoir croisé, cet homme à l'air humble, revenait en tapinois sur ses pas pour l'attaquer par derrière. Heureusement qu'il se méfiait et apercevant sa manœuvre, le chargea brusquement et lui fit prendre la fuite.

         Un autre, pendant plusieurs jours surveillait, caché dans la broussaille, un jeune capitaine qui chassait seul dans le bled, dans l'espoir de trouver l'occasion de lui arracher son fusil. L'officier venant à tirer une perdrix, persuadé que le fusil était déchargé, il sortit de sa cachette, le yatagan en main l'officier comprit et l'attendit de pied ferme et à dix pas l'étendit raide avec le deuxième coup de son fusil. Le bandit ignorait que les fusil de chasse avait deux coups.

         Voilà maintenant une histoire plus dramatique, que m'a raconté mon père et qui montre la ruse haineuse de ces gens là.

         N'oublions pas, que dans leur croyance, tout fidèle qui plante 70 figuiers dans sa vie gagne le ciel, tout fidèle aussi, qui sacrifie 7 infidèles, gagne le Paradis de Sidi-Mohamed
         - Un soir, donc, de l'année 1846, le bataillon de mon père, en reconnaissance dans l'Aurès, établit le soir venu son campement sur une petite colline, auprès d'un bois d'oliviers où coulait une source, et d'où on dominait la plaine qu'on venait de traverser sous un soleil de plomb.
         - Après avoir surveillé le montage des tentes, donné ses ordres pour les diverses corvées et placé des sentinelles, mon père alluma sa pipe en attendant l'heure de la soupe. Il admirait l'immense plaine caressée par les derniers rayons de soleil, où les touffes de lentisques, de diss, et de jujubiers allongeaient de plus en plus leur ombre.
         - Plusieurs fois, il lui avait semblé voir se déplacer une touffe de lentisque… " Non, pensa-t-il, je me trompe, c'est une illusion ! "          - A une cinquantaine de mètres était un factionnaire qu'il ne put s'empêcher d'admirer : jeune parisien, à l'air très décidé, il portait crânement sur l'oreille son schako de cuir bouilli. " Un chic petit troupier " pensa-t-il. Quand, tout à coup, son attention fut attirée par l'apparition d'un misérable kabyle, qui semblait sortir précisément de la touffe de lentisque qui lui avait semblé se déplacer.
         - Piteux, sous son burnous en guenilles, effiloché et rapiécé, le crâne entouré d'un chiffon tordu, sordide, couleur de poussière, le pauvre hère semblait se traîner avec peine, s'appuyant sur une matraque en montant la côte. Pauvre miséreux, venant mendier un morceau de pain ou une portion de soupe, pensa mon père. Le petit factionnaire devait se faire la même réflexion ; appuyé sur le canon de son fusil, il le regardait avancer avec un sourire narquois avant de lui intimer l'ordre de s'arrêter. Mais… à 15 pas de lui, ce loqueteau se transforma tout à coup en diable. Lâchant sa matraque, il bondit furieusement comme un fauve… On vit briller dans sa main son fissa… le petit factionnaire tomba et le kabyle lançant la tête qu'il venait de sectionner, s'enfuit à toutes jambes. " Aux armes " cria mon père en dégainant son sabre et en courant… On se précipita aux trousses du fuyard, on tira au hasard… l'assassin diabolique avait disparu par enchantement et on ne put le retrouver.

         A sa place de garde, le corps ensanglanté du malheureux factionnaire, gisait, sans tête, la main cramponnée au fusil.

Texte transmis par France-Odile rédigé par son arrière grand-père.

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE