Ère Chrétienne en Afrique du Nord et Écrivains Berbères de renom
H Cherfa
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L'ère Chrétienne en Afrique du Nord

       En Afrique du Nord, la Cité Phénicienne avait diffusé la pensée Grecque. Rome imposa l'esprit Latin, et bientôt fleurit toute une littérature Africaine. Fronton né à Cirta et Apulée né à Madaure (Algérie) sont les grands écrivains de l'époque. Puis les écrivains chrétiens vont marquer à leur tour la littérature.

       Le Christianisme fut, à l'origine, considéré par Rome comme une nouvelle secte Juive à laquelle il ne fallait guère attacher d'importance. L'inquiétude commença à percer lorsque l'apôtre Paul porta "la bonne nouvelle", en parcourant la Syrie, l'Asie Mineure, Chypre, la Grèce, l'Italie. Bien que lapidé, emprisonné, Paul la diffusa et organisa la communauté chrétienne.

      C'est paradoxalement en Algérie, pays aujourd'hui totalement islamisé, qu'est né le christianisme occidental latin. C'est là aussi qu'au Ve siècle le christianisme occidental trouva sa personnalité propre, intellectuelle et spirituelle, grâce à la marque indélébile que devaient lui imprimer la pensée et l'œuvre de saint Augustin.

      Victor 1er occupa pendant dix années le trône de saint Pierre, alors que l'Afrique chrétienne vient à peine d'entrer dans l'histoire, Tertullien, lumière de l'Occident, saint Cyprien, le premier évêque d'Afrique à verser son sang pour l'Eglise Chrétienne. Enfin, le plus prestigieux de tous, saint Augustin. Comme si ces quelques noms ne suffisaient pas à faire rayonner la clarté du flambeau Berbère, d'autres encore nous sont offerts, trois papes (Victor 1er (189 à 199), Miltiade (311à 314) et Gélase 1er (492 à 496)), des évêques, des écrivains, des martyrs, des centaines d'évêchés et des saints de tous âges et de toutes conditions. La population maghrébine, de la Libye au Maroc, était en grande partie Chrétienne.

      La nouvelle religion apparut en Afrique du Nord, vers 180, sous le règne de Commode, et s'y propagea de façon étonnante. La grande figure de Tertullien domine les débuts du christianisme dans cette région. Ce fils de centurion s'était converti au christianisme vers l'âge de quarante ans. De caractère, violent, que ce soit par la plume ou par la parole, il attaque l'autorité temporelle, n'hésitant pas à bafouer les représentants de Rome et les gouverneurs persécuteurs des chrétiens.
Le sang coule sur la terre d'Afrique. L'armée n'est pas épargnée car un chrétien soldat de Jésus, ne saurait servir un empereur Romain. Rome persécute les chrétiens qui refusent de porter les armes et de servir l'empereur Romain.

      C'est seulement, vers 313 par l'édit de Milan, que l'empereur Constantin reconnut enfin à ses sujets la liberté d'être chrétiens. C'est dans un climat de schisme qu'apparut le grand Saint Augustin, l'un des plus célèbres pères de l'Eglise. Il devint évêque d'Hippone.
      Saint Augustin présenta la défense du christianisme sous l'aspect d'une lutte contre la cité terrestre et la cité de Dieu. Ce grand Africain mourut au milieu de ses fidèles, tandis que les Vandales assiégeaient Hippone.

      Les Européens doivent apprendre que le christianisme occidental n'est pas né en Europe, mais au sud de la Méditerranée et qu'une partie notable de leurs racines chrétiennes latines se trouvent en Afrique du Nord. Cette affirmation qui peut étonner est pourtant largement étayée par l'histoire.

      Quand aux Maghrébin, ils doivent aussi connaître le rôle qu'ont joué leurs ancêtres dans une tradition culturelle et religieuse qui leur apparaît aujourd'hui comme une réalité totalement étrangère à leur terre. Qu'il sache que c'est neuf siècles plus tard, ce n'est qu'après l'irruption, au XIe siècle, des Béni Hilal que les dernières communautés chrétiennes se sont dissoutes en Algérie.

     Précisément, c'est sous la Dynastie El Mouwahidoun (Almohades), vers 1159, que Abd el Moumen donna à choisir aux Juifs et aux Chrétiens entre se convertir à l'islam ou périr par le glaive. Son petit-fils, Abou Yousouf Yakoub el Mansour, à la fin du XIIe siècle, se vanta de ce qu'aucune église chrétienne ne subsistait dans ses Royaumes d'Afrique du Nord.

     Les géographes et chroniqueurs Arabes étaient particulièrement discrets sur ce sujet ; ce n'est que récemment que les historiens se sont vraiment intéressés à cette question.

L'Algérien d'aujourd'hui doit connaître, en toute vérité, l'histoire de ses ancêtres, qu'il sache et prenne pleinement conscience que c'est par eux, après avoir emprunté des dieux à l'Egypte, à Carthage, à Rome, rentré, sans y être contraint, dans le christianisme naissant, qu'il comptera toujours, grâce à ces mêmes ancêtres, parmi les plus purs joyaux de l'Eglise d'Afrique, qui fut l'un des fleurons de l'Occident.

Aussi connaître que l'empire Romain, durant 386 ans d'occupation (de 42 à 428), a fait de l'Algérie la contrée la plus riche du monde Antique, a laissé au pays, en héritage, de grands modèles de constructions sociales. Malheureusement, les Algériens n'ont pas pu ni les acquérir, ni s'adapter à une logique administrative, alors, que les Européens ont repris et sauvegardé l'idéal au prix de multiples guerres civiles et grâce à la ténacité de leur monarchie.

Cette prise de conscience rapprochera les peuples sans distinction de religion pour les amener à agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. Elle aura probablement son impacte positif sur toutes les générations futures pour les aider à mieux se connaître, avec leurs valeurs communes et leurs différences et à élargir le champ de leurs sources culturelles et spirituelles, afin de vivre sereinement leur foi.

Les écrivains Berbères de renom avant l'évènement de l'Islam
Les Algériens sont les fils de ceux qui cultivèrent les sciences avec succès. A l'époque Antique, ils enseignèrent l'Espagne et l'Italie pendant plus de cinq siècles. C'est eux qui allumèrent le flambeau des sciences sur l'Europe barbare, qui leurs révélèrent, avant Constantinople et Rome, les écrits des Grecs et des Latins, et leurs donnèrent les premières notions de chimie, de médecine et d'astronomie.

En Algérie, il y a toujours eu et il y a des hommes issus de ce terroir, nourris, formés par lui, qui ont fait, qui font acte d'écrivains, qu'ils s'expriment ou se soient exprimés tour à tour en Punique, en Grec, en Latin, en Arabe, en Français. Il en est même qui, sans écrire, créent une littérature de transmission orale dans les divers dialectes de l'Algérie Berbère profonde.

Le tableau littéraire de l'Algérie a pour arrière-plan son âge Punique et Carthaginois. Mais, Carthage fut une vulgarisatrice plutôt qu'une créatrice de culture. La Grèce a diffusé l'influence Hellénique ; grâce à elle c'est le Grec qui fut la langue des intellectuels Nord-africains. Le grand Massinissa, le plus Berbère des Dynastes, fit donner à ses fils une éducation Grecque. Si nous pensons qu'il y avait une littérature Carthaginoise, les Romains, en détruisant Carthage, nous ont privés de la consulter.

De même que le Punique et le Grec s'étaient superposés aux idiomes Berbères. Le Latin s'implanta en Afrique au temps d'Auguste et fut répandu largement par le christianisme.

Les Berbères romanisés ou les Romains berbérisés vont donc apporter à la littérature Latine une contribution nouvelle, importante en qualité et en quantité. Des noms d'hommes glorieux, Roi, Ecrivains…, ont marqué le cours de l'histoire de l'Algérie. Ils ont écrie des chapitres de science, de gloire et de liberté et les ont monté dans le ciel d'Occident.

Il est difficile d'isoler ces écrivains Algériens de l'ensemble latins d'Afrique du Nord. Car la domination Romaine a englobé tout le continent, des Syrtes à l'Atlantique, modifiant, selon les époques, la longueur, la profondeur, l'étendue, le nom de ses diverses provinces. Il n'y a pas de différence de nature entre l'écrivain Latin Tertullien, appartenant à l'espace de l'actuelle Tunisie, et l'écrivain Latin Saint-Augustin, appartenant à l'espace de l'actuelle Algérie. En outre, assez nombreux sont les écrivains dont nous savons seulement qu'ils étaient Nord-Africains sans plus de précision.

Auguste, d'une rare beauté, petit-neveu et fils adoptif de Jules César, premier empereur Romain (63 av. J-C. à 14 apr. J-C.). Son règne fut caractérisé par une floraison remarquable des arts et des lettres, valant au "siècle d'Auguste" de rester une référence culturelle mythique. Le siècle d'Auguste, n'a guère produit que Fiorus et Manilius, dont il y a peu à dire. C'est à partir du IIe siècle qu'on voit les écrivains Algériens, de renom, s'imposer dans la littérature Latine, à savoir :

Le 1er Siècle nous a donné Fronton, né à Cirta (Constantine), un Orateur réputé, précepteur de l'empereur Marc-Aurèle, ses écrits à cet empereur seront retrouvés et publiés.

Le 2e Siècle nous a donné deux auteurs : Apulée, né à Madaure (M'Daourouch), dont son apologie reste un petit chef-d'œuvre d'astuce et d'humour. Ses Métamorphoses, plus connues sous le nom fameux de l'Ane d'or, un des très rares romans de l'antiquité.
Puis, Tertullien, né à Carthage (Tunisie), une figure emblématique de la communauté chrétienne de Carthage. Théologien, père de l'Église, auteur prolifique, catéchumène, son influence sera grande dans l'Occident chrétien

Le 3e Siècle nous a donné Minucius Félix, né à Theveste (Tébessa) auteur de "L'Octavius", dialogue philosophique dans lequel il montre que la foi chrétienne peut se concilier avec la culture traditionnelle, notamment avec la philosophie.

Le 4e Siècle fut aussi le siècle de Saint ; il nous a donné plus de cinq auteurs :

- Arnobe, né à Sicca Veneria (Le Kef-Tunisie), un apologiste célèbre de la religion chrétienne. Auteur d'une œuvre rassemblée sous le titre de "Adversus Nationes".

- Donat le grand, évêque de Casa Nigra (Négrine, W. Tébessa-Algérie), fondateur de la secte Donatiste. Il prit la tête d'un mouvement schismatique opposant les paysans pauvres (Circoncellions) aux riches colons Romains et Berbères romanisés.
Donat fut suivi de son successeur Parmenianus, de l'Evêque donatiste Petilianus, originaire de Cirta ; et de Gaudentius évêque donatiste de Timgad, un apologiste du martyr volontaire.

- Saint Optat, évêque de Milev (Mila-Algérie), adversaire résolu du schisme des donatistes avant Saint Augustin. Il laissa, entre 360 et 370, de nombreux écrits : pamphlets et polémiques.

- Licentius, poète de Thagaste (Souk Ahras) et disciple de Saint Augustin.

- Saint-Augustin, né à Thagaste (Souk Ahras), évêque d'Hippone (Annaba). Père de l'Eglise, grand théologien et théoricien catholique... Bref, trop connu ; bien récupéré et honoré par l'Eglise comme il est chanté par tous les chrétiens pour mériter d'être présenté. Sa mère, Sainte Monique a deux fois mis au monde Augustin, l'homme et le saint.
Saint Augustin nous donne l'exemple d'un pays toujours déchiré entre ses tendances extrêmes, entre l'Occident et l'Orient, entre la passion et la raison, un phénomène plein de conséquences et propre à nous faire méditer sur les possibilités de l'avenir du Nord-Africain.
Toute grande époque a sa décadence et ne finit pas d'un seul coup, la littérature Latine n'est pas morte avec saint Augustin. Les Africains ont continué, pendant près de deux siècles, à lui fournir une contribution qui n'a pas toujours été sans intérêt.

Le 5e Siècle, marqué par l'invasion des Vandales, nous a donné Martianus Capella, né à Madaure (M'Daourouch), auteur du roman "Les Noces de Mercure et de la Philologie".

L'Afrique romaine devenue Vandale, à la cour des Rois barbares, les écrivains s'y pressaient pour célébrer, toujours en Latin, la joie de vivre. Tel que Dracontius, dont un vaste poème didactique peut faire penser à Milton ; tel que Fulgence qui fait penser à Dante, car lui aussi, mais huit siècles plus tôt, était descendu aux enfers avec Virgile pour guide.

Le 6e Siècle a été marqué par la reconquête de l'Afrique du Nord par les Byzantins à une époque d'anarchie, de guerre, d'insurrections peu favorables à la vie littéraire. Il en émerge pourtant de Cherchell (Algérie) Priscien, un fameux grammairien, qui a laissé aussi une géographie versifiée.
Puis, Corippus, poète-lauréat, qui a consacré des épopées à la louange de ses maîtres. Il est l'auteur de "La Johannide" où il célébrait la victoire du "Magister Militum" sur les Maures.

L'Algérie, au VIIe Siècle, est rentrée dans la sérénité de l'islam qui éteint le flambeau du monde occidental et du christianisme. Son histoire et sa littérature, tournées vers le moyen Orient dans la nouvelle langue "l'Arabe", prennent une autre tournure riche en évènement, mais pauvre en production littéraire.

Cependant, il faut noter que le Maghreb islamique, tout autant l'Afrique Romaine, n'ont sécrété qu'une culture d'inspiration religieuse. A l'époque Romaine, le seul Apulée pouvait se prévaloir du titre de bon écrivain, et le grand esprit était Augustin avec son ouvrage "la Cité de Dieu". A l'époque islamique, sur douze siècles, on ne peut retenir que deux ou trois noms d'envergure : Ibn Sharaf, Ibn Rashîq, une référence dans "el adab et la critique litiraire", et enfin, l'illustre Ibn Khaldoun.

En évoquant ses écrivains, illustres fils d'Afrique du Nord, nous constatons que leur doctrine était le flambeau de la pensée occidentale. Qu'ils ont éclairé l'Occident, qu'ils étaient, à leur époque, quasiment les seuls représentants de la pensée occidentale.

Par cet honorable hommage, que les générations actuelles et futures puissent retrouver toute la vigueur de leur flamme et la répandre à nouveau sur le monde, afin qu'elle devienne l'inséparable apanage du titre Magrébin.

Fin de l'extrait du sous chapitre.
Halim Cherfa

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE