L'ENSEIGNEMENT EN ALGÉRIE
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A l'arrivée des Français il existait seulement en Algérie des écoles coraniques qui faisaient surtout appel à la mémoire des enfants et dispensaient des notions de grammaire arabe à l'occasion de commentaires sur les versets du Coran. Les très rares Médersas n'orientaient leurs élèves ni vers les disciplines scientifiques, ni d'ailleurs vers la culture occidentale.

L'œuvre culturelle entreprise pour hâter l'éveil de la conscience individuelle, se révéla longue et délicate en raison de son ampleur et des hésitations qu'elle devait vaincre dans les milieux de la population les moins réceptifs. La première école "maure française" s'ouvrit pourtant dès l'année 1836.

D'abord limité à un dégrossissage, l'enseignement prend rapidement une forme classique et les établissements secondaires commencent à accueillir les élèves mu-sulmans dès l'année 1870. Depuis lors, le nombre de ces élèves ne cesse de croître, aussi bien dans les classes de l'enseignement primaire que dans les établissements secondaires, supérieurs et techniques.
Toutefois, la population scolaire ne présentant pas ici à cette date l'homogénéité de celle de la Métropole, deux sections furent créées l'enseignement primaire des européens, et l'enseignement primaire des indigènes, cette dernière section adaptant les programmes et les méthodes de l'enseignement métropolitain aux conditions et aux besoins particuliers des milieux musulmans.

Cette division, surtout sensible dans les campagnes s'atténua dans les villes où les relations des éléments européens et musulmans se faisaient sans cesse plus. étroites, et à la fin de la deuxième guerre mondiale, en 1945, l'effectif de l'enseignement primaire des indigènes était de 110.000 élèves. D'autre part, 32.700 jeunes Musulmans fréquentaient les écoles primaires européennes qui scolarisaient un total de 149.000 enfants L'effort à accomplir restait énorme car un grand nombre d'écoles étaient à créer en Algérie et, alors comme aujourd'hui, ses propres ressources ne lui permettaient pas de faire face aux besoins toujours croissants de son équipement social. D'autre part, l'extrême dispersion et l'instabilité des populations rurales dans de nombreuses régions ont toujours été et sont encore souvent un obstacle à une scolarisation efficace.

L'œuvre de scolarisation reçut une impulsion vigoureuse par l'application du décret du 27 novembre 1944 qui prévoyait l'ouverture en vingt ans de 20.000 nouvelles classes selon un rythme croissant. Au 1er octobre 1953, 10.475 classes fonctionnaient pour 254.283 garçons et 124.773 filles; au 1er octobre 1954, 11.008 classes accueillaient 286.955 garçons et 140.842 filles. Pour l'année scolaire 1955-56 le nombre global d'élèves inscrits s'est élevé à 522.830. Au cours de l'année 1956 on enregistre une chute des effectifs due aux fermetures d'écoles dans certaines des régions contaminées.

Les locaux scolaires sont édifiés par le service officiel de la construction, soit par les Municipalités avec le concours des populations intéressées qui sont ainsi appelées à participer à la construction de leurs propres établissements d'enseignement (Travaux d'Initiative communale ou T.Le.).
Mais le nombre de nouvelles classes ouvertes chaque année reste encore en deçà des besoins puisqu'il ne peut suivre le rythme d'accroissement de la population (il faudrait en effet pour scolariser entièrement le pays y consacrer le budget de l'Algérie en entier).

Chaque année le budget de l'Education Nationale augmente d'un milliard.
Le budget ordinaire de l'exercice 1956-57 a prévu 20 milliards 564 millions de dépenses pour le fonctionnement des services de l'Education Nationale sur un total de 130 milliards. 9 milliards et demi figurent au budget extraordinaire pour les constructions et l'équipement scolaire.

Le développement de la scolarisation a été encore accéléré en 1955 et se poursuit malgré les difficultés créées par la rebellion. Des instructeurs sont recrutés chaque fois que l'on manque d'instituteurs pour les classes qui s'ouvrent, l'armée de pacification, dans les zones troublées, met des instituteurs à la disposition des populations. Le rythme prévu (construction de 600 classes par an), est porté à 1.200 classes nouvelles pour la rentrée de 1956.

Malgré les difficultés de ce problème, augmentées encore par la dispersion de la population, l'effort de diffusion de l'enseignement s'étend partout, aussi bien dans les villes que dans les campagnes et même jusque dans l'extrême Sud algérien, où l'école, obligée de s'adapter à la vie nomade devient elle-même nomade.

Quant au personnel enseignant, il est recruté à la fois sur place grâce aux promotions sortant des six Ecoles Normales d'Algérie et dans la Métropole; les jeunes instituteurs métropolitains accomplissent, avant d'entrer en fonction, un stage d'adaptation d'une année dans une section spéciale instituée auprès des Ecoles Normales d'Alger et de Constantine. Les effectifs étaient au 1·' novembre 1955 de 1.100 jeunes gens et jeunes filles.
Deux nouvelles écoles normales sont prévues dans le département de Bône. Le 5 mars 1949, un décret réunit les anciens enseignements français et français-musulmans. C'est là une réforme d'une grande portée sociale. Depuis cette date aucune discrimination n'est faite entre élèves musulmans et européens. Il a seulement fallu, par nécessité pédagogique, instaurer des c: classes d'initiation:. où, pendant un an, les petits musulmans, surtout dans les campagnes, acquièrent l'usage de la langue française pour pouvoir rejoindre leurs camarades d'origine européenne.

Les écoles privées fonctionnent en Algérie dans les mêmes conditions que dans la Métropole. Mais elles sont relativement peu importantes (629 classes fonctionnaient au 1 ,.,. octobre 1954 contre 597 au 1" octobre 1953). En ce qui concerne l'enseignement confessionnel musulman, on peut dire qu'il n'apporte qu'une faible contribution à l'œuvre de la scolarisation (Ecoles coraniques). Le nombre des enfants qui fréquentent les écoles privées, catholiques ou musulmanes, n'atteint pas 5 % de l'effectif des écoles publiques.
La lutte contre l'analphabétisme des adultes est entreprise depuis 1947 dans les cours clu soir organisés par de nombreux maîtres d'écoles du bled aussi bien que clans les villes. 25.000 hommes et 3.000 femmes ont fréquenté en 1954-55 ces cours qu'un service officiel dirige et dont les résultats sont très encourageants.

Enseignement secondaire.
Le développement du premier degré a pour conséquence un afflux considérable d'élèves dans les lycées et collèges dont les effectifs sont passés de 1948 à 1955 de 22.000 à 36.684 élèves (21.793 garÇOl13, dont 6.021 musulmans; 14.891 filles, dont 1.111 musulmanes). L'augmentation annuelle approche actuellement de 2.500 élèves .. et le nombre des candidats était à la dernière session du baccalauréat, voisin de 10.000. !.Jes 48 établissements existant (17 lycées .. 4 lycées d'enseignement franco-mu-sulman, 27 collèges) suffisent à peine aux besoins malgré la mise en service en octobre 1952 du nouveau lycée de jeunes filles de Constantine, du collège de jeunes filles d'Oran et du collège mixte de Tiaret.
Les trois Médersas d'Alger, de Constantine et de Tlemcen, qui étaient autrefois des collèges bilingues d'enseignement sont devenus des lycées d'enseignement franco-musulman, par décret du 10 juillet 1951. Un lycée féminin d'enseignement franco-musulman a été ouvert à Alger. Ces lycées Réfectoire de l'école normale de la Bouzaréah (Alger) dispensent à la fois la culture française et la culture islamique ; ils préparent au baccalauréat en conservant l'enseignement traditionnel des disciplines arabes. Les élèves peuvent ensuite poursuivre leurs études dans une Université ou se diriger vers un Institut d'Etudes Supérieures Islamiques.

Cours complémentaires.
Bien que rattachés à l'enseignement du 1er degré, les cours complémentaires d'enseignement général dispensent un enseignement moderne court de la classe de 6ème à la classe de 3ème. En absorbant des effectifs du premier cycle, ils préviennent l'encombrement d'une partie des lycées et collèges et sont de plus en plus appréciés des familles. 145 cours complémentaires de garçons et de filles fonctionnaient au 1'" octobre 1955 fréquentés par 17.200 élèves environ: 517 classes publiques et 88 classes privées, contre 415 classes publiques et 72 classes privées en 1953.

Enseignement supérieur.
L'Université d'Alger occupe le 3ème rang parmi les Universités françaises. Son rayonnement est tel que parmi ses· 5.200· étudiants, il n'est pas rare de trouver de brillants sujets ori"ginaires d'autres pays de l'Union 'française et quelquefois même de l'étranger.
L'Université d'Alger groupe dans ses 92 chaires, non seulement toutes les disciplines d'enseignement supérieur, mais aussi des chaires de Médecine et de Lettres, notamment qui sont propres à l'étude scientifique de certains problèmes intéressant spécialement le pays et ses habitants. De nombreux travaux sont en cours pour agrandir les locaux d'enseignement, construire et équiper les laboratoires.

Outre les facultés, elle comprend 11 instituts spécialisés dont l'Institut d'Etudes Supérieures Islamiques, un centre de Formation Administrative et bientôt un Centre d'Etudes Nucléaires. Le logement des étudiants est aussi un problème de première importance. Il est en passe de recevoir une solution satisfaisante grâce à deux organisations importantes : la Maison d'accueil de la " Robertsau " qui, dès 1948, pouvait abriter une centaine d'étudiants tous d'origine autochtone, et la Cité Universitaire qui loge actuellement 392 étudiants (291 jeunes gens et 101 jeunes filles) européens et musulmans. L'extension de la Cité dotée du confort le plus moderne (1.000 chambres au total, sont prévues) se poursuit dans un cadre reposant.
L'encouragement aux études supérieures est accordé sous diverses formes de bourses, exonérat tions, réductions de tarifs.

Enseignement technique et professionnel.
L'enseignement technique du premier degré est donné dans des centres d'apprentissage et des cours complémentaires d'Enseignement professionnel de garçons et de filles. Ces divers établissements, au nombre de 122 ont un effectif total de 9.972 élèves dont 5.487 enfants musulmans, contre 7.511 en 1952. Pour les garçons, ils préparent une main-d'œuvre qualifiée pour les diverses activitz::; de l'industrie, du commerce, des ateliers et des chantiers dans les villes et plus spécialement de la mécanique et du bâtiment en milieu rural Pour l'enseignement technique féminin, l'évolution de la femme musulmane, facteur essentiel de l'évolution du milieu social, nécessite un apprentissage des arts ménagers et des techniques de la couture familiale.
Dans le cadre de l'enseignement technique du 1'" degré, les cours professionnels ont été organisés, qui reçoivent le soir des apprentis et jeunes ouvriers désireux de compléter leur culture générale et leur formation technique et pratique.

L'enseignement technique privé, de son côté, sous forme d'écoles et de cours professionnels compte 132 établissements (dont 23 sont subventionnés), qui groupent 9.435 élèves.
Pour l'ensemble des établissements publics et privés, la session 1955 du Certificat d'aptitude professionnelle, a enregistré 4.539 candidats dont 1.989 reçus, pour 35 spécialités.
Les brevets professionnels dont la préparation est assurée dans les établissements privés et les cours du soir, ont été postulés en 1955 par 390 candidats dont 122 reçus pour 7 spécialités.

L'enseignement technique supérieur est assuré par l'Institut Industriel de Maison-Carrée (Alger) qui délivre les titres d'Ingénieur des Travaux publics, à l'Eco!e su-périeure de commerce et au Centre algérien d'études de la Gestion des entreprises.
Au total, l'effectif de l'enseignement technique et professionnel public ou privé, atteint en 1955-56 23.300 élèves.
L'enseignement technique du 2" degré est dispensé à 2.190 élèves des collèges techniques industriels et commercial d'Alger, Oran, Constantine et Bône et des sections techniques de lycées et collèges. L'école industrielle de Dellys, assimilée à une école nationale professionnelle est orientée essentiellement vers la formation de techniciens pour la mécanique de précision, l'électricité et le froid les travaux publics et le bâtiment. Une préparation aux écoles nationales d'ingénieurs des ArLs et Métiers est également assurée.

Orientation professionnelle.
Le développement parallèle des Centres départementaux d'orientation professionnelle a permis de s faire passer de 12.575 en 1953 à 18.051 en 1955 le nombre des examens effectués et des conseils d'orientation donnés.

Formation professionnelle des adultes.
En plein développement, elle relève de la Sous-Direction du Travail du Gouvernement Général et s'adresse aux jeunes gens à partir de 17 ans qui reçoivent en un temps minimum, grâce à des méthodes appropriées, une formation qui leur donne les connaissances techniques et la célérité d'exécution nécessaires à la pratique d'un métier. Au 31 décp,mbre 1955, il existait 8 centres et 26 annexes du bâtiment, 3 centres de la métallurgie, 4 centres polyvalents, 12 centres d'entreprise, soit au total 134 sections de 18 élèves pour le bâtiment, 49 sections de 15 élèves pour la métallurgie et la mécanique agricole, et 543 élèves pour les 120 centres d'entreprise, en tout 3.690 élèves.

Algérie quelques aspects des problèmes économiques et sociaux (1957)

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