DISPOSITION DES MUSULMANS A L'ÉGARD DES CHRÉTIENS . 1899

(1) M. Léon Rocher, ministre plénipotentiaire en retraite, ancien secrétaire intime de l'Émir Abd el Kader, ancien interprète du chef de l'armée d'Afrique, vient de publier un livre intéressant et instructif (Trente-deux ans à travers l'Islam) à la librairie Firmin Didot (1885).

Un extrait du livre sur les dispositions des musulmans à l'égard de tous les chrétiens en général, des renseignements dont nous devrions faire notre profit. J'en cite quelques-uns:

M, Rocher fut chargé par le maréchal Bugeaud de diriger une excursion que désiraient faire dans l'intérieur du pays M.M les députés de Courcelles et de Beaumont, et pour leur donner une idée juste de l'état de la société arabe, de son administration, de ses aspirations, IL les mit en rapport avec la plupart des chefs arabes: un surtout, le khalifa Sidi Ali ould sidi Lekhal, ould Sidi Embareck, ayant accepté sans arrière-pensée la domination française, avait une liberté et une franchise de langage en raison même de la sincérité de son dévouement.

" Vous croyez, disait-il, qu'avant l'arrivée des Français en Afrique, nous subissions avec peine le joug des Turcs, maitres injustes et rapaces, et vous pensez que nous devons remercier Dieu d'en être délivrés et d'être aujourd'hui gouvernés par des maitres cléments et justes. Sachez que si nous nous soumettons aux décrets du Très-Haut qui, donnant la victoire à qui lui convient, vous a rendus maitres de notre pays, nous n'en haïssons pas moins votre domination parce que vous êtes chrétiens.
" Vous dites que votre gouvernement est juste et clément.
" Mais conquérir un pays qui ne vous appartient pas, (1) est-ce de la justice? et la ruine et la mort que vos armées trainent après elles au milieu de populations qui ne vous ont jamais offensés, est ce de la clémence?
" Vous nous aviez solennellement promis de respecter nos propriétés et nos usages, et voilà que déjà votre gouvernement dispose du territoire de nos tribus en faveur d'agriculteurs français, territoire dont nos ancêtres jouissaient de temps immémorial et vous songez à mêler sur le même territoire des Français et des Arabes, et vous affirmez que dans cette cohabitation, nous serons incomparablement plus heureux que nous ne l'étions dans l'état voisin de la barbarie, où nous vivions, dites-vous, avant l'arrivée des Français "
C'est une erreur grande, nous avons de tout temps vécu conformément à nos gouts, et notre organisation sociale était juste et respectable, nous n'en désirons pas d'autre. " Le bonheur, notre " savant Lackman l'a dit, réside dans la modération des désirs. "
" Pourrions-nous, je vous le demande, accepter la cohabitation avec les Français, qui, étant les maitres, voudront nous soumettre à leurs coutumes et à leurs usages? Non, il serait plus facile de mêler l'eau avec le feu.
" Croyez-vous donc que nous ignorions l'histoire de nos glorieux ancêtres, conquérants de Bled el Endeleus (pays des Andalous) qui, pendant sept cents ans qu'ils ont occupé ce vaste royaume, n'ont pu faire accepter leur domination aux chrétiens qu'ils avaient vaincus et qu'ils gouvernaient avec tolérance et justice? Dès que ceux-ci entrevoyaient l'espoir de chasser les musulmans de leur pays, ne levaient-ils pas contre eux l'étendard de la révolte?
" Comment alors pourrez-vous croire que des musulmans acceptent avec joie la domination des chrétiens?
" Détrompez-vous donc. Des sentiments de haine soit patents, soit dissimulés, existeront toujours entre les sectateurs des deux religions, comme entre les peuples conquis et les peuples conquérants.
" Moi-même, qui suis aujourd'hui un des plus fidèles serviteurs de la France, je me suis soumis à vous parce que j'ai la conviction qu'en continuant à vous combattre, je m'exposais, ainsi que ma famille, à la ruine, à la mort, sans aucun espoir de vous chasser du pays que vous m'avez pris.
" Les Arabes ne comprennent qu'une chose : c'est qu'ils sont les plus faibles et que vous êtes les plus forts.
" Ne nous prodiguez donc pas des promesses que vous serez amenés à ne pas tenir et ne cherchez pas à nous faire apprécier les bienfaits d'une civilisation que nous repoussons, puisque vous nous apprenez vous-mêmes que ce mot signifie absorption des musulmans par les chrétiens.
" Croyez-moi, restez forts et toujours forts, car le jour où les Arabes découvriraient que vous êtes faibles, ce jour-là, ils oublieraient et votre clémence, et votre justice, et tous vos bons procédés, et ne se souvenant que de vos deux titres chrétiens et conquérants, ils vous jetteraient dans la mer qui vous a apportés

Ce langage pourrait être encore tenu aujourd'hui avec la même vérité ; les sentiments n'ont pas changé ; c'est toujours la même antipathie des musulmans pour les chrétiens :
Elle était un pourrait s'exprimer disait un jour au général Daumas :

Si on faisait bouillir dans la même marmite un chrétien et musulman, le bouillon de chacun se séparerait.

Il est pourtant quelque circonstance ou chrétiens et musulmans se trouvent associés : c'est pour l'exécution de quelques mauvais coups.

Un jour un arabe et un européen surpris en flagrant délit de vol étaient amenés au bureau arabe de Bône ; devant cette confraternité, le capitaine ne pu s'empêchait de s'écrier :
Voilà donc la fusion tant désirée !.

(1)Le rusé et servil khalifa Sidi Ali ould sidi Lekhal, ould Sidi Embareck éluda habilement ma question lorsque j'évoquais les deux conquêtes musulmanes et l'asservissement par l'épée ( becif) des populations berbères qui depuis des millénaires habitaient ce pays.
Savoir ne pas répondre c'est aussi esquiver les questions gênantes

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