Maddy DEGEN


Maddy DEGEN est née à Guelma (Algérie), en 1907 dans une famille qui n'avait pas pensé " coloniser". Son grand oncle, jeune universitaire, fut en 1852, un déporté politique du Second Empire qui assuma longtemps la charge de Maire de la ville. Son grand-père alsacien, choisit l'exil volontaire, en optant pour la France après la victoire de la Prusse, en 1870. Son père hérita d'une ferme mais se livra surtout au commerce du blé.

En 1920, Maddy Degen est victime d'une épidémie de poliomyélite qui sévit en Algérie. Elle restera paralysée à vie. Conduite par sa mère à Tunis pour y être soignée, elle y poursuit avec courage ses études et obtient une licence de lettres et un Diplôme d'Etudes supérieures.

Elle y connaît les vicissitudes de notre histoire récente: premiers troubles en Tunisie, progrom à Constantine; en Europe, Hitler en 1933 ; le 6 février 1934 et le Front Populaire en France en 1936; la guerre d'Espagne et, en 1939, la guerre contre l'Allemagne. Elle abandonne alors ses travaux personnels de recherche archéologique pour remplacer, au. lycée Carnot, un professeur d'histoire et géographie mobilisé.

En 1942, elle entre à l'Institution Emilie à Vialar pour assurer les classes de Français dans l'attente du professeur titulaire. Ce furent les Allemands qui arrivèrent et ne furent délogés qu'après six mois de la dure et glorieuse Campagne de Tunisie, livrée par l'Armée française et les Alliés.

Depuis l'indépendance de la Tunisie en 1957, M. Degen avait décidé de partir. Elle quitte " Emilie" de Vialar en 1960 et rentre à La Calle dans la maison familiale " Le Bastion".

Après l'indépendance de l'Algérie, comme d'autres enseignants, elle accepte d'assurer les cours de français au lycée Mercier de Bône, mais refuse de renouveler son contrat.

En 1966, elle rentre en France. Ne pouvant se détacher complètement du pays tant aimé, de ses racines, elle revient à La Calle, chaque été, jusqu'en 1976.

Elle fixe avec émotion le souvenir du Bastion et, par de là la piété filiale, elle nous dévoile ainsi une part importante et méconnue de notre histoire.

De l'épopée coloniale au colonialisme

Notre monde vient d'en découvrir un autre, disait, Montaigne dans les derniers temps du XVI· siècle. L'émerveillement de cette découverte durait encore. Pourtant il devait en sortir la colonisation.

Ce nouveau monde colonisé du XVI· siècle connut une décolonisation massive à la fin du XVIII· et au début du XIX· siècle. Cette décolonisation peut-elle être comparée à celle de notre temps? Elle se fait au profit du colonisateur contre Ia métropole et aux dépens de l'autochtone dominé ou éliminé. Celle de notre temps est faite, en principe, pour l'homme du pays, non pas dans un plein accord mais un certain accord avec la métropole et aux dépens du colonisateur, mal vu de part et d'autre. On sait ce que les Tiers-mondistes pensent de cette deuxième colonisation. M. Bruckner nous le dit dans Le sanglot de l'homme blanc. Il n'est plus question de colonisation mais de colonialisme alors qu'au départ on parlait d'épopée coloniale.

Comment sommes-nous passés de l'admiration pour l'œuvre entreprise au rejet et à la dépréciation de l'œuvre accomplie?

1. - L'EPOPEE. - LA DEUXIEME COLONISATION
1825. - En ce début du XIX· siècle, rien ne semblait annoncer une nouvelle colonisation. L'Angleterre eUe-même avait ses partisans de la décolonisation. La France, vaincue, épuisée, semblait moins qu'aucun autre pays prête à recommencer. Pourtant, dès 1830, l'aventure se répète.

On sait les causes lointaines de la conquête de l'Algérie et comment nous sommes passés du Bastion à la colonie (1). Sous le Second Empire, Faid'herbe au Sénégal passait également du Comptoir à la colonie. Mais c'est surtout après 187'0 que cette colonisation, africaine prend un grand essor. De l'Algérie à la Tunisie, plus tard au Maroc, nous créons l'Empire de l'Afrique du Nord; celui de l'Afrique occidentale en passant du Sénégal au Soudan puis au Tchad, pénétration facilitée par la possession du bas Congo, due à Savorgnan de Brazza. Nous décidons d'entreprendre de traverser l'Afrique d'Ouest en Est et ce sera la mission Marchand.

Quels étaient les mobiles d'une telle expansion? Sans doute une compensation à notre défaite de 1870. Mais il y avait une autre cause, plus ancienne : la France est un pays de missions. En plein XIX· siècle, l'œuvre de Pauline Jariquot, la propagation de la foi, en témoigne. Voilà donc deux grands mobiles : l'amour de la patrie, l'amour du prochain. Enfin un des grands mérites du XIX· siècle est d'avoir mis fin à l'esclavage. La traite des Blancs avait disparu en Méditerranée au début du siècle. La traite des Noirs vers les Etats-Unis avait pris fin avec la guerre de Sécession; mais elle sévissait toujours vers l'Arabie et sa très grande cruauté suscitait l'indignation. Il fallait mettre un terme à l'esclavage et ce fut, en 1876, le rôle que se trouva l'Association internationale africaine.

Patriotisme, charité, sentiments d'humanité, ces grands et beaux mobiles ont-ils résisté à l'action?

Brazza : Nul mieux que Brazza, semble-t-il, n'a fait vivre cet esprit colonisateur. Il croyait à la pénétration pacifique. L'Afrique Noire, 'terre d'esclavage, devait l'attirer. Il rêvait de libérer des peuples et de les donner à la France. Il est bien vrai que nous lui avons dû le -Congo, cette voie d'accès aux futures pénétrations. Nous savons combien il sut se faire aimer des populations. Un témoin de son retour en Afrique écrit : "De toutes parts surgissaient des pirogues surchargées d'indigènes qui criaient: Notre père est revenu! "

Il Y a de l'apôtre en Brazza ", disait Baratier. Mais suffisait-il de sa bonté, de sa générosité, de son ascendant, pour faire du Congo une vraie colonie? Pouvait-on demander à ses agents d'avoir ses qualités? Et puis, quoi que l'on entreprenne, il faut de l'argent. La fortune de Brazza ne pouvait suffire, l'aide du gouvernement fut toujours limitée. Lors de leur mission, Baratier et Marchand découvrirent l'insécurité du pays, son manque d'organisation; d'où le jugement de Baratier: "admirable chimère ".

La mission Marchand: Plus réaliste, Marchand n'en est pas moins profondément humain. Homme d'action remarquable par son esprit de décision, son sens de l'organisation. Il s'engage dans cette expédition pleine de risques avec une faible escorte " pour ne pas affamer les populations là où il passait ". Seuls, le courage, le dévouement à toute épreuve des Sénégalais, des Soudanais, des marsouins" (2) permet à la mission d'atteindre son but : Fachoda. Qui saura les souffrances endurées, les dangers courus par les hommes de cette mission? S'il Y avait de l'apôtre en Brazza, il y a du héros en Marchand et un certain sens de l'héroïsme chez ceux qui le suivaient. La mission Marchand est un exploit qui mérite bien le nom d'épopée coloniale. Ce fut pourtant un échec. Nous voulions traverser l'Afrique d'Ouest en Est et les Anglais voulaient aller du Cap au Caire. Nous devions nous rencontrer, nous heurter. Mal préparée et peu soutenue par nos politiques et bien qu'elle eût atteint son but, la mission ne put affirmer le succès de l'entreprise. Nous cédons sous la force la place aux Anglais. C'est l'humiliation de Fachoda en 1898.

Mais cette mission n'est pas seulement un exploit sans lendemain.

Elle témoigne de nos qualités colonisatrices. Sans rien dire des connaissances géographiques que nous lui devons, de l'œuvre accomplie en cours de route (pistes-ponts-ouverture de marchés où la vie reprenait...) elle a favorisé les connaissances humaines par les contacts avec les populations. Après avoir observé l'ingéniosité des Lanango, admiré les chants des Bassas, Baratier reconnaît chez tous le sens du sacré. "Toutes ces races sont prêtes à recevoir la conception de l'éternité, même d'une éternité enfermant autre chose que des satisfactions terrestres." Mais Marchand et Baratier s'étonnent des scènes de sorcellerie dont ils ont été les témoins. Pourquoi cette séance d'incantation où le sorcier va désigner une victime? Pourquoi l'horrible hécatombe des femmes d'un chef après sa mort? Que s'est-il passé pour que ces hommes, musiciens épris d'éternité, aient accepté ces rites atroces? Baratier s'interroge : "On peut voir dans ces Noirs des hommes qui sont tombés et qu'il faut rendre à eux-mêmes." Ainsi va la pensée et l'expédition continue, sans que l'on ait, sans que l'on puisse avoir, mauvaise conscience.

Le Soudan: Compensation à l'humiliation de Fachoda, cette même année 1898, Gouraud surprend le chef Samory. -Cette capture assure la pacification du Soudan.

Dans ces pays, où les chefs dévastent au lieu d'organiser, " des régions entières - nous dit Galliéni - deviennent de vastes déserts ".

Lorsque Gouraud arrive, en 1894, il peut être convaincu de la nécessité de sa lutte contre Samory. Tout au long de la remontée du Niger il voit un pays ravagé, des villages détruits par celui-ci. Aux· portes d'un gros village, Tenetou, qui a résisté sept mois à ses bandes, ,les cadavres s'amoncellent. Dans ces régions dévastées, nos officiers assurent la sécurité. Samory est en fuite. Bientôt nos missionnaires vont tenter de faire renaître la vie.

En 1898, passant de nouveau par ces régions, Gouraud pourra apprécier les résultats, voir ,la mise en valeur du pays. Le commerce de la noix de kola a pris un grand développement. On crée des ateliers. près de Bamako il y a des constructions spacieuses, un hôpital. Il ne faut pas que cette œuvre soit compromise. Il faut capturer Samory. Sur cette capture prennent fin les souffrances du Soudan. ,Les femmes indigènes chantent : " Samory ne viendra plus prendre les femmes et les enfants pour en faire des esclaves. "

Pouvaient-ils avoir mauvaise conscience, ceux qui avaient mis fin à tant de destructions, tant de cruautés?

Le Tchad? C'est assurer la sécurité mais aussi établir des voies de communications plus rapides du Sénégal et du Congo au Tchad, de l'Algérie au Tchad. Quelle est la joie de Gouraud quand il reçoit une lettre de Laperrine, commandant des Oasis sahariennes. Par cette lettre, il sait que l'union est réalisée de l'Afrique occidentale à l'Algérie, clé de voûte de notre empire colonial. Dans cette Algérie pacifiée, où il n'est plus question que de mise en valeur, on se réjouit de l'œuvre accomplie par les colons, grâce à la création de villages. Ni héros, ni missionnaires, simples pionniers, ils n'apportaient que leur travail. Mais quelle endurance, quelle ténacité, pour passer de la broussailles et des terres incultes aux vignobles et aux champs de blé.

Gouraud pouvait rêver. Il savait que de l'Afrique Noire où la vie reprenait, à l'Afrique du Nord où elle s'épanouissait, l'œuvre civilisatrice des soldats, des missionnaires, des pionniers, rendait à la vie d'immenses territoires et des populations toujours plus nombreuses.

C'est donc un homme plein de confiance en notre avenir colonial qui vient accueillir Brazza lors de son retour en Afrique. Mais Brazza n'est revenu que pour mourir (14 septembre 1905), " L'Afrique finira par avoir ma vie ", avait-il dit. La prédiction s'était accomplie.
On comprend que Bruckner ait choisi, pour illustrer la couverture de son livre, à l'image de cet homme (à l'énergie indomptable, à la simplicité charmante, à la générosité inépuisable; symbole de l'œuvre coloniale dans toute sa grandeur" (Gouraud).

II. - LA GRANDE GUERRE

Pendant que l'œuvre colonisatrice se poursuivait avec succès, la situation n'avait cessé de se détériorer en Europe. En 1914, la Première Guerre mondiale éclatait. Ceux qui avaient tant œuvré aux colonies, Galliéni, Joffre, Gouraud, Mangin, Marchand, nous les retrouvons au front.

L'action de Marchand, peu connue du grand public, mérite d'être rappelée. Sur la Meurthe, en Argonne, sur la Somme, sur l'Aisne, où qu'il soit, son prestige ne se dément pas, non plus que son mépris du danger. Le héros de Fachoda vivra l'enfer de Verdun. Il survivra à cette hécatombe et pourra nous dire ce qu'il pense d'une telle guerre et de notre victoire : " Oui, c'est une grande victoire pour nos armes. Encore une grande victoire comme celle-ci et la France n'aura plus d'armée pour la défendre." A plus forte raison pour défendre l'Empire. Or, avant même la cessation des hostilités, un nouveau danger, venu de l'étranger, menaçait notre empire. Il n'est que de lire nos manuels d'histoire pour connaître la pensée de Lénine : "La concurrence que se font les Etats capitalistes les a contraints à chercher des prolongements à l'extérieur ... de là est né l'impérialisme qui conduit à la guerre. L'impérialisme prépare la voie à la révolution; celle-ci une fois accomplie, il faudra instaurer une société communiste. Ce texte méconnaît l'œuvre que nous venons d'évoquer et qui ne doit pas être oubliée.

Mais il est vrai que l'on s'intéressa aux colonies pour d'autres mobiles que ceux que nous avons rappelés. Ce n'est pas un homme comme Bismarck qui pouvait agir par sentiment d'humanité. Aussi, la Conférence de Berlin en 1885 qui accélérait la course aux colonies avait essentiellement pour but la colonisation économique dite "Economie de traité ". Les Européens cherchen t à obtenir de leurs territoires coloniaux des matières premières, minières ou agricoles et ils leur fournissent des produits manufacturés.

Cette économie dépendait souvent de grandes firmes européennes qui détenaient pour une région déterminée un quasi-monopole du commerce de l'exploitation Il y eût des abus. La publicité donnée à l'un de ces abus, par l'écrivain André Gide, qui vint voir sur place ce dont on l'entretenait, vaut qu'on s'y arrête.

Gide au Congo : Gide est d'abord saisi par l'extraordinaire complication des problèmes coloniaux, aussi ne se hâte-t-Ïl pas de juger. Au Gabon, il constate le mauvais état des populations réduites à un quasi esclavage par la Compagnie Forestière. n y a aussi la Compagnie française de l'Afrique occidentale qui exploite durement les Noirs. Gide dénonce ces pratiques dans son Voyage au Congo. Nos manuels d'histoire en parlent aussi mais en généralisant plus qu'il ne convient.

En approchant de Bangui il voit des villages en bon état, des habitants aux visages ouverts, rieurs. Il peut apprécier l'œuvre du gouverneur Lamblin. Il écrira : " Combien me plaît cet homme modeste dont l'œuvre admirable montre ce que pourrait obtenir une administration bien conduite. " On est heureux qu'un grand écrivain sache regarder à la manière d'autrefois, stigmatisant ,les abus mais appréciant l'œuvre accomplie. Son voyage fut efficace : le mal dénoncé, dès 1930, la Convention de Genève interdit le travail forcé.

Cette même année, fiers de l'œuvre accomplie, nous fêtions le centenaire de l'Algérie. Or, cette œuvre était contestée. Soutenus, en France même, par un fort courant anticolonialiste, des intellectuels algériens qui se donnaient un passé calqué sur le nôtre s'élevaient contre la colonisation. En Tunisie plus encore l'on put constater l'hostilité de l'autochtone. Nous aurions dû sans doute, dans nos lycées, leur enseigner l'histoire de leur pays. Ce rappel les eut rendus plus équitables à l'égard de l'œuvre accomplie. Mais nos dirigeants avaient bien d'autres choses à penser. Tandis que nous fêtions le centenaire, la crise sévissait. L'essor économique ne pouvait suivre la poussée démographique mondiale, cette crise touchait durement l'Allemagne; elle préfaçait l'avènement du nazisme et, quelques années plus tard, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. En 1940, l'armée française fut défaite, mais malgré ce, et l'activisme des mouvements nationalistes, l'Afrique du Nord resta fidèle à la France. Lors de la reprise de la lutte en 1943, tous les hommes d'Afrique du Nord firent leur devoir de citoyen; quels que fussent leur origine, leur religion. On sait ce que fut le C.E.F.I. (3) et la part prise par l'Armée d'Afrique dans les combats pour la libération de la France (3).

Décolonisation : En dépit d'une telle preuve d'union, la décolonisation fut rapidement entreprise. La conférence de Brazzaville promettait l'autonomie de l'Afrique Noire qui s'était ralliée à la France Libre. Sous la IV· République, l'Union française fut jugée décevante parce que trop centralisée et visant, semble-t-il, à l'assimilation. Cette même IV· République consentait l'indépendance de la Tunisie, du Maroc (1956) et sans faire prévaloir quelque reste pouvoir, exaspérait tous les mécontentements.

Le retour de de Gaulle fut, sans doute, le retour à l'autorité mais s'ensuivait la liquidation rapide de l'Afrique Noire occidentale, dans la ligne de la Conférence de Brazzaville.
L'Algérie, dernier bastion, ne gagna aux promesses et aux déclarations, que la prolongation de la guerre, jusqu'en 1962, date de l'indépendance.

Pour l'ensemble des Français cette fin fut un soulagement, et la joie chez les " tiers-mondistes:t dont nous entretenait Bruckner. Pourquoi cette joie? Bruckner l'explique d'une phrase : "S'il est une leçon que l'Europe peut enseigner aux autres, c'est la remise en question d'elle-même; c'est notre grandeur et notre faiblesse. :

Après la Seconde Guerre mondiale, le tiers-mondisme renchérissait sur l'anticolonialisme. Non seulement ces Français n'avaient plus confiance en eux, mais ils se haissaient; ce que les Français d'Afrique du Nord ne pouvaient comprendre, ni même imaginer, n'ayant pas connu l'occupation et ses ranoœurs, ni la résistance et ses drames. Ils en étaient restés à des conceptions patriotiques de la vie publique.

Il serait bon d'apprendre ce qu'est ce tiers-mondisme, de suivre l'évolution de ses sentiments à l'égard des peuples anciennement colonisés et donc de lire Le sanglot de l'homme blanc. Le livre s'ouvre sur un plaisant apologue : la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb ; il décrit l'enchantement des premiers contacts avec les indigènes, puis la révélation de leur cruauté et les premières hostilités dont, selon les tiers-mondistes, nous portons la responsabilité.

D'après Bruckner, ces hommes qui haissaient leur propre civilisation, découvrirent "l'autre" ,le Tiers monde, à la conférence de Bandoung en 1955. "Cette intelligentsia déçue par l'absence de perspectives politiques de l'Europe, projeta un nouveau messianisme sur les peuples qui venaient de s'affranchir du joug colonial., (Françoise Blaser, Gazette de Lausanne.) Ces jeunes nations pauvres devinrent le nouveau prolétariat qui porterait le fer de la Révolution contre le berceau du capitalisme, l'Europe, les Etats-Unis. Ils mirent tout leur espoir en ces décolonisés qu'ils ne connaissaient pas. Ils étaient décolonisés, cela suffisait. Faisant fi de toute logique ils prétendaient que nous devions apprendre à vivre de ces peuples, tout en affirmant que nous étions finis. "Monde occidental, tu es condamné à mort. , (Aragon.)

Ils en vinrent, après la condamnation de la colonisation, à renier la France, l'Europe et l'Occident.

L'illusion fut de courte durée. Trop de peuples décolonisés usèrent de leur indépendance pour commettre des crimes (Cambodge, Vietnam ... Amin Dada ou Khomeiny entre autres, ne peuvent prétendre éduquer l'Europe ... ).

Et Bruckner d'avancer avec tristesse... "qu'ont fait ces peuples? Ces jeunes républiques ont quitté les jardins clos de la candeur; acheté des tanks, des canons, rempli les prisons, déolaré la guerre, bafoué les droits des opposants, mis en place des structures despotiques ... " et de poursuivre : "l'ancien esclave vaut bien le maître ... la terrible vérité c'est que tous les hommes sont pécheurs ,.

Il eut été sage de le savoir plus tôt. Il est trop tard pour nous. D'autres en Afrique ont pris notre place. Ils ne semblent pas apporter "sur soi même et sur les autres', ce regard qui était le nôtre.

Crédit l'Algérianiste 1984

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE