JOURNAL OFFICIEL
DEBAT DE L ASSEMBLEE CONSULTATIVE PROVISOIRE
MARDI 10 JUILLET 1945

INTERVENTION DE PAUL CUTTOLI

La parole est à M. Cuttoli.

Mesdames, messieurs, c'est bien plus en témoin qu'en simple narrateur que je vais soumettre à l'Assemblée certaines observations sur les émeutes qui ont désolé, il y a quelques semaines, le département de Constantine.
Deux arrondissements de ce département, celui de Sétif et celui de Guelma, ont été le théâtre d'événements sanglants. Des hommes appartenant aux classes les plus modestes de la population française ont été lâchement assassinés, des femmes, des jeunes filles ont été sacrifiées après avoir été torturées dans leur chair, des enfants ont été immolés sans pitié par des forcenés ivres de sang et de carnage.
Les auteurs fanatiques de ces épouvantables forfaits ne se contentaient pas de tuer: Ils pillaient, ils volaient, ils incendiaient les fermes isolées, des maisons dans les villages et même des hameaux entiers.
Je passe sous silence les nombreux incidents qui se sont déroulés sur de nombreux points de l'Algérie avant le 8 mai 1945, pour arriver à la période la plus tragique.
LE DRAME DE SETIF

Sétif, petite ville des Hauts-Plateaux, qui comprend une population musulmane considérable et qui est entourée de douars importants, a été le théâtre d'une échauffourée sanglante, qui devait s'étendre aux villages de la région avec une rapidité déconcertante.
Le 8 mai, à 9 h. 20 du matin, alors que la population française de la cité s'apprêtait, conformément aux instructions reçues, à célébrer la victoire, des indigènes, au nombre de plusieurs milliers — 7.000 environ — s'organisaient en cortège devant la mosquée de la ville et, scouts en tête, se mettaient en mouvement vers l'avenue Clemenceau qui est le centre de Sétif.
Le cortège étalait des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Libérez Messali! », « Nous voulons être indépendants! », « L'Algérie aux Arabes! », etc.
A un moment donné, les quelques agents qui barraient la rue voulurent enlever les emblèmes séditieux et ils pénétrèrent hardiment dans la foule des manifestants; ces derniers résistèrent avec violence et tirèrent des coups de feu sur les représentants de l'autorité qui, attaqués, ripostaient à leur tour; une bagarre générale s'ensuivit, tandis que les femmes indigènes qui faisaient partie du cortège encourageaient la tuerie des infidèles de leurs « youyou » retentissants.
Enfin, la gendarmerie et quelques sections de tirailleurs arrivèrent et, sans se servir de leurs armes, dispersèrent les émeutiers; ces derniers se répandaient alors dans les différentes rues de Sétif et massacraient tous les Français qui s'exposaient à leur fureur. En une heure, de 10 heures à 11 heures du matin, on put déplorer la mort de vingt-deux victimes, parmi lesquelles on cite M. Delucca, président de la délégation spéciale de Sétif, justement considéré et aimé de tous, et M. Vaillant, anciennement président du tribunal de la ville, qui mourut la têt a broyée avec des pavés. Les autres victimes de ces lâches attentats étaient de petits fonctionnaires et de modestes cultivateurs qui regagnaient leur domicile pour se mettre en sûreté.
Ajoutons à cette liste funèbre de vingt deux morts une quantité considérable de blessés.
A la même heure, des émeutiers provenant des douars environnants pénétraient dans le village de Perigotville, massacraient plusieurs habitants, pillaient leurs foyers et incendiaient de nombreuses maisons.
Douze habitants français sont tués: il faut comprendre parmi eux l'administrateur du centre et son adjoint. Les insurgés pénétraient ensuite dans le bordj de la commune mixte et s'emparaient des fusils et des munitions qu'il renfermait.
Une section de soldats escortant une automitrailleuse arrivait et mettait en fuite les assaillants.
Le centre des Amouchas est, à son tour, menacé et un millier d'émeutiers assiègent le village ; un colon. M. Fabre, est tué. La population n'a que le temps de se réfugier dans la gendarmerie et de résister avec succès aux attaques des révoltés, jusqu'à l'arrivée de la troupe.
Le même jour, 8 mai, vers 14 heures, des insurgés appartenant à la région des Eulmas pénétraient dans le village de Sillegue, sur les ordres de trois indigènes venus de Sétif. Ils massacraient le garde champêtre, sa femme et le chef cantonnier de la localité. Ils avaient eu la précaution de couper au préalable les fils téléphoniques qui reliaient le village au centre de la commune mixte. Les habitants, assiégés par ces forcenés sont délivrés qu'à 3 heures du matin, par un détachement de soldats.
Le lendemain, 9 mai, dès 7 heures du matin, à Kerrata, attaque inopinée des européens par des bandes armées ; la population, terrorisée, se réfugie au château Dussaix où elle soutient un siège en règle. Toutes les maisons du village sont pillées et quelques-unes sont incendiées. Les émeutiers font des victimes, parmi lesquelles le juge de paix de la localité et sa femme, nouvellement arrivés de France.
De nombreuses attaques se produisirent les leurs suivants, notamment à Guellal et à Pascal, toujours dans les environs de Sétif. La troupe, qui patrouillait dans la région, met en fuite les rebelles.
Tandis que les villages étaient attaqués dans les conditions que je viens de rappeler, des agressions isolées se poursuivaient sur d'autres points de la région sétifienne. Des fermes, que leurs occupants avaient dû abandonner, tentent la convoitise des émeutiers et sont consciencieusement pillées. Des gardes forestiers, surpris dans les maisons qu'ils habitent à Tamentent et à Aîn-Settah, sont massacrés avec toute leur famille. Neuf personnes périssent ainsi dans les conditions les plus tragiques.
Toujours dans cette même région de Sétif, un ingénieur. M. Coste, et son adjoint technique, M. Beauveau, qui se dirigeaient sur Perigotville en automobile, sont massacrés sur la route.
Ajoutons à ce douloureux bilan de nombreuses fermes et maisons forestières incendiées.
Il convient de remarquer que ces faits odieux se sont déroulés à Sétif et dans les villages environnants le même jour, qu'ils démontrent une organisation habilement préparée et qu'ils ne se sont produits qu'à la suite d'un mot d'ordre répandu dans toute la région.
Constatons aussi avec quelle habileté criminelle les émeutiers ont procédé, pour isoler les villages et priver leurs habitants de toute communication avec l'extérieur: tous les fils téléphoniques reliant les petits centres à des villes avaient été coupés.
LE DRAME DE GUELMA

Les mêmes scènes de carnage devaient se produire dans la région de Guelma.
Le 8 mai, à 15 h. 30, les cérémonies officielles pour célébrer la victoire prenaient fin par un défilé dans les rues principales de la ville; les musulmans de la localité, à l'exception de six ou sept qui s'étaient mêlés au cortège des européens, n'avaient pas pris part à la manifestation organisée par les autorités de la cité.
A la fin des manifestations officielles, un groupe de près de 2.000 musulmans, organisés en cortège, débouchèrent sur la place principale de la ville, brandissant des drapeaux de l'Islam et des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Vive l'Algérie libre! », Libérez Messali! », « A bas l'impérialisme ! », « Vive l'indépendance ! », et chantant un hymne de circonstance. ^
Le sous-préfet de Guelma, M. Achiari, dont on ne saurait trop louer la présence d'esprit et le courage, se porta à la rencontre du cortège et essaya de ramener les manifestants au calme en faisant appel à leur raison et en leur rappelant que l'on célébrait ce jour-là une victoire dont ils pouvaient être fiers puisque leurs coreligionnaires y avaient puissamment contribué. Les émeutiers couvrirent sa voix et entreprirent de forcer le barrage formé par les agents.
A un moment donné, ils tirèrent sur la petite équipe de policiers plusieurs coups de feu; l agent Ratto était grièvement atteint.
Les forces de police chargèrent et repoussèrent les révoltés; elles parvinrent à disperser les manifestants.
On constate un mort et six blessés du côté des émeutiers tandis que l'on relève cinq blessés dans le service d'ordre.
Par son intrépidité et par son esprit de décision, le sous-préfet Achiari, ainsi que les agents qui l'accompagnèrent, avaient, ce jour-là, sauvé les habitants de la ville. Mais la population de Guelma était épouvantée. Le sous-préfet prit sagement toutes les dispositions nécessaires. Il fit fermer tous les magasins et cafés de la ville et le couvre-feu fut fixé à 21 h. 50. Des patrouilles, constituées par des agents de la force publique, des militaires et des gardes civiques de bonne volonté, que l'on avait organisées à la hâte, circulèrent dans les rues de la ville pendant toute la nuit et purent ainsi tenir en respect les insurgés.

Le lendemain 9 mai, les émeutiers appartenant aux douars environnants vont agir; la veille, en effet, c'étaient les musulmans habitant la ville de Guelma qui avaient manifesté.
Ici, je parle en témoin. J'étais, en effet, dès 8 heures du matin à Guelma où. avec un de mes confrères du barreau de Constantine, nous avions été appelés par les nécessités de notre profession d'avocat.
J'étais venu de Philippeville et j'avais aperçu des groupes nombreux d'indigènes qui longeaient la rivière de la Seybouse et se dirigeaient sur Guelma. En arrivant dans cette ville, je constatai que les rues étaient désertes. Au palais de justice où je me rendis, j'apprenais les événements de la veille et 1 on me fit part de l'émotion des habitants de la cité qui craignaient de nouvelles attaques.
Vers 9 heures, on nous informa que près de 3.000 indigènes se dirigeaient sur Guelma. A 10 heures du matin, il y eut une escarmouche entre les émeutiers oui s'étaient groupés sur les hauteurs voisines de la ville et les troupes qui appartenaient à la petite garnison de la cité. Quelques coups de feu furent échangés.
Au début de l'après-midi, les insurgés entouraient Guelma dont ils paraissaient vouloir faire le siège. De nombreux émeutiers qui constituaient l'avant-garde des manifestants s'étaient postés au cimetière européen ainsi qu'au marché aux bestiaux, tandis que le gros des émeutiers était sur les hauteurs voisines.
L'inquiétude de nos compatriotes de Guelma était d'autant plus grande qu'ils avaient appris que des familles habitant des fermes isolées dans les environs de la ville, notamment la famille Winschell, et des colons, MM. Gauci et Missud avaient été massacrés.
Comme leurs complices de la région de Sétif, les criminels de Guelma avaient abattu à coups de hache, les poteaux qui soutenaient les fils téléphoniques ; ils avaient même enlevé une partie de la voie ferrée entre Guelma et la station de Duvivier, centre ferroviaire important qui dessert à la fois Bône, la région de Tebessa et la Tunisie.
En ce qui me concerne, désireux de regagner Philippeville où ma présence, comme maire était nécessaire, et soucieux d'inviter l'autorité militaire à envoyer des renforts pour protéger la région de Guelma, je quittai cette ville vers 17 heures de l'après-midi et, en prenant des chemins de traverse, je pus, avec mon confrère de Constantine, forcer la ligne des assiégeants et échapper à leur fureur.
J’avais appris, en quittant Guelma, qu'une seconde colonne de manifestants, venant de Sedrata, se dirigeait vers la ville, sans doute pour faire sa jonction avec la colonne d'Oued-Zenati qui campait autour de Guelma.

Le lendemain, 10 mai, aux premières heures de la matinée, on pouvait voir dans la campagne, autour de Guelma et notamment sur les crêtes qui entourent la ville, de nombreux groupes d'indigènes dont l'attitude était hostile.
Les villages de Petit et de Millesimo, envahis par les manifestants, sont délivrés par des détachements de soldats et des gendarmes, après des combats assez violents; les habitants des hameaux de Petit et de Guellat-Bousba sont évacués sur Guelma sous la protection de renforts militaires; les nombreuses patrouilles qui circulaient dans la région découvrent, dans le lit de la Seybouse, les corps mutilés de cinq habitants de Petit, les sieurs Samorti Pascal, Villa Victor, soldat venu en convalescence, d'un prisonnier de guerre, Baali Paolo, ainsi que de deux colons bien connus dans la région, les sieurs Bezzina Dominique et Zarah François.

A Petit, deux jeunes filles, les demoiselles Soukhal, avaient été violées et assommées à coups de gourdin.
Tandis que la population d'Héliopolis se réfugiait au moulin Lavie, d'autres villages tels que Bled Gaffar, Lapaine et toutes les fermes environnantes, sont évacués. Les insurgés profitent de l'abandon de ces villages pour se livrer au pillage. La ferme Luzet est encerclée, ainsi que le village de Villars. Les autos-mitrailleuses parviennent à dégager ce dernier centre mais on découvre le corps de M. Aldebert, gérant de la ferme Luzet, qui avait été égorgé et atrocement mutilé.
Le vendredi 11 mai, comme les émeutiers menacent encore la région, la gendarmerie dirige sur Guelma les habitants des villages de Gallieni et de Kellermann, toujours sous la protection d'autos-mitrailleuses. On. découvre sur la route, à proximité de la maison cantonnière le cadavre du cantonnier Valensi dont la maison avait été pillée.
Enfin, le samedi 12 mai, l'établissement 'thermal d'Hammam-Meskoutine est évacué et les populations des deux villages de Clauzel et de Jean-Sadler, sont repliées suc la gendarmerie d'Ain-Simar.

De nombreux détachements militaires font des rondes dans les campagnes; il est, en effet, impossible de circuler sur toutes les routes qui entourent Guelma sans essuyer des coups de feu.
Grâce à la présence des troupes appuyées par des autos-mitrailleuses, les émeutiers se retirent et se réfugient dans les montagnes voisines, échappant ainsi à la poursuite dont ils sont l'objet.
Je termine ce douloureux exposé en disant que si Guelma a été épargné, on le doit à la présence d'esprit et au courage de M. le sous-préfet Achiari et à l'intervention décisive de la gendarmerie, de la police et des gardes civiques, ces derniers hâtivement constitués.
Dans tout le département, la répression a été rapide. Aussi, ce mouvement insurrectionnel qui aurait pu se développer sur d'antres points et notamment dans l'arrondissement de Bougie, a-t-il été brusquement circonscrit et arrêté.
Le 13 mai, l'ordre était rétabli dans le Constantinois.

Ce résultat est dû à l'autorité et à l'esprit de décision de M. Lestrade-Carbonnel préfet du département, et à la fermeté bien connue de M. le général Duval, commandant la division de Constantine. Tous deux en se rendant dans les régions troublées et s'adressant directement aux insurgés sont parvenus à maîtriser ce mouvement séditieux.
Ces attentats ont malheureusement faits de nombreuses victimes européennes, tant tuées que blessées.
Ne voulant pas m'exposer à commettre une erreur, je laisse à M. le ministre de l'intérieur le soin de vous donner des précisions sur ce point.
Quant au chiffre des morts du côté musulman. je ne puis que rappeler la déclaration faite à la radio par le représentant du Gouvernement, il serait de 1.200 à 1.500.
Combien plus nombreuses eussent été les victimes européennes si la répression n'avait pas été aussi énergiquement menée.

Mais, m'objectera-t-on, cette répression a été violente et excessive, notamment dans la région de Guelma.
Obéissant aux ordres du sous-préfet de cette ville, les gardes civiques qui avaient été organisés en plein accord avec l'autorité militaire, le maire et les dirigeants des groupements de la Résistance et des anciens combattants, se seraient livrés à de déplorables excès. Des indigènes incarcérés à la prison de la ville auraient été arrachés à leurs gardiens et fusillés.
Ceux qui formulent ce grief ignorent qu'une lutte ardente, qu'un véritable combat de jour et de nuit s'était engagé les 10 et 11 mai entre les forces de police, la gendarmerie et les gardes civiques d'une part et plusieurs milliers de fanatiques qui assiégeaient la ville de Guelma d'autre part, tandis que leurs complices envahissaient et pillaient les villages environnants.

La situation était si critique et le danger couru par les habitants de la cité si grave, qu'il a été impossible d'inhumer les victimes européennes au cimetière de la ville, occupé par les assiégeants, et qu'il a fallu les ensevelir précipitamment dans un des squares de Guelma
Ajoutons, pour être complet, que la garnison ne comprenait que quelques tirailleurs indigènes fatigués et incapables d'opposer une résistance bien vigoureuse.
C'est en raison de l'insuffisance de cette garnison que les autorités locales avaient songé à constituer une garde civique composée de volontaires qui furent armés par le commandant d'armes et placés sous les ordres de M. Champ, président des anciens combattants, de M. Garrivet, président de la France combattante, et de M. Cheylan. secrétaire de l'union locale des syndicats, tous trois hommes réfléchis et pondérés, patriotes ardents et chefs reconnus de la Résistance.

Ces volontaires ont d'ailleurs été dissous le 13 mai lorsque la petite garnison de Guelma a été complétée par les troupes régulières.
Voilà, rapidement exposés, les faits criminels qui ont troublé le département de Constantine et qui ont douloureusement impressionné les populations européennes qui l'habitent.
Et maintenant, je prends la liberté de m'adresser à tous ceux qui, par une sorte d'attachement naturel au groupement politique auquel ils appartiennent, seraient tentés de ramener le problème algérien actuel à une simple question de parti.
Je leur demande — qu'ils ne voient dans mes paroles ni critique, ni mercuriale — je leur demande instamment d'envisager la question algérienne sous son aspect véritable.
Je leur demande de retenir qu'elle n'intéresse pas seulement l'existence de l'Empire et par conséquent l'existence de la France, mais qu'elle met aussi en cause le salut de nos frères musulmans.
Aussi, dans un élan unanime, conservons à ce problème son caractère élevé et efforçons-nous de le résoudre dans un esprit de fraternité et de justice.

Mes chers collègues, analysons maintenant les causes de ce mouvement séditieux qui, heureusement n'a été que partiel, et précisons les responsabilités quelles qu'elles soient.
Et d'abord, rappelons que la question qui nous occupe n'est pas une question de simple politique; c'est avant tout, une question d'ordre national qui intéresse au plus haut point l'avenir de l'Algérie française.
Il est incontestable que pendant cette dernière guerre, il s'est produit, en Afrique du Nord, un véritable malaise.
En Algérie, de la part d'une partie importante de la population musulmane, il convient de signaler une réelle désaffection pour la France. Nous avons pu, en effet, constater avec tristesse que de nombreux indigènes n'avaient plus pour nous la même considération. Ce changement, dans l'état d'esprit de certains musulmans, nous le devons à l'effondrement qui s'est produit en juin 1940 et à la défection, suivie de servilité envers l'ennemi occupant, du pseudo gouvernement de Vichy.
Les Musulmans d'Algérie, êtres simplistes par excellence, ne connaissant que la force, et l'Allemagne leur est apparue, dès l'armistice, comme une puissance redoutable sur le point de dominer le monde.
Ajoutez à cela la propagande nazie qui s'est accentuée avec le débarquement des Allemands en Tunisie, propagande entretenue par des émissaires et des espions que des avions ennemis déposaient fréquemment sur le sol algérien.
A ces propagandistes sont venus s'ajouter les travailleurs arabes que le gouvernement de Vichy avaient recrutés pour les envoyer en Allemagne et qui, adroitement stylés, dans ce dernier pays, se sont faits, dès leur retour en Algérie, des apôtres ardents des conceptions du Reich.
Voilà pour le côté moral I

Pour le côté matériel, des fusils et des mitraillettes ont été jetés, à de nombreuses reprises, sur le sol Constantinois par des parachutistes ennemis et offerts ainsi à la convoitise des populations musulmanes. Enfin, d'autres armes de guerre et des munitions, ces dernières déposées en quantité considérable sur toutes nos routes, ont été volées aux armées alliées ou vendues par quelques soldats américains indisciplinés et sans scrupules.
C'est ainsi que les futurs insurgés sont entrés en possession d'armes et de projectiles dont ils devaient faire usage plus tard, pendant les sinistres journées de mai 1945.
Le terrain, pour une sédition prochaine, était donc préparé.
Par surcroît, depuis le débarquement des alliés en Algérie, les groupements musulmans nationalistes qui combattent l'influence française et revendiquent l'indépendance de ce qu'ils appellent « le peuple algérien », n'ont cessé d'intensifier leur action.

Trois partis musulmans nationalistes se dressent en effet contre la souveraineté de la France.
Le premier groupement est celui des Oulémas réformistes. Il est le plus dangereux de tous car il réclame un nationalisme absolu et il appuie ses revendications sur une sorte de mystique religieuse qui trouble profondément l'âme musulmane.
Ce groupement lutte pour l'Islam, au nom de l'Islam et, ce faisant, il propage la haine contre tout ce qui n'est pas musulman. exaltant ainsi le fanatisme des fidèles et prêchant la guerre sainte.
Ses chefs qui exercent une véritable autorité sur leurs disciples, profitant des épreuves redoutables que la guerre nous a imposées, ont créé, dans de nombreuses villes des trois départements algériens, des médersas ou écoles coraniques où l'on professe un enseignement exclusivement religieux, en même temps que le mépris de l'européen qualifié d' « infidèle ».

Le deuxième groupement qui s'intitule « Parti populaire algérien », se réclame d'un chef, Messali Hadj, que l'administration supérieure algérienne a jugé utile de placer en surveillance dans une de nos colonies africaines.
L'action de ce groupement se traduit par des distribution de tracts et de journaux clandestins, répandus à profusion.
Ses dirigeants font surtout appel aux jeunes musulmans qu'ils organisent en associations sportives et en sections de scouts et dont ils sont arrivés à faire des adversaires résolus de l'influence française.
Ce parti, nationaliste à outrance, déclare que l'Algérie doit être un État exclusivement arabe, dépendant de la Fédération des États musulmans et dégagé de toute influence étrangère.
Pour justifier ses conceptions, il invoque les dispositions de la Charte de l'Atlantique.

Le troisième groupement est l'Association connue sous le nom des « Amis du Manifeste et de la Liberté ». Son fondateur est Ferhat Abbas, conseiller général et délégué financier de la région de Sétif,
Son principal lieutenant est le docteur Sardane, conseiller général et délégué financier de Biskra.
Le programme de cette association qui a fait l'objet d'un manifeste répandu à profusion dans nos trois départements, est aussi nationaliste, mais en apparence plus aténué et moins absolu que celui des deux autres groupements.
Ce manifeste réclame la création d'un État algérien autonome, ayant clans le cadre français, cité à titre purement symbolique, sa constitution propre et son parlement comprenant, en nombre égal, des Français d origine et des Musulmans. Il condamne et supprime la colonisation entreprise sous la tutelle de la France et exige une nouvelle répartition des terres et le retour au prolétariat agricole. J'ajoute que ce parti est admirablement organisé et qu'il a des représentants dans presque toutes les agglomérations urbaines et rurales du département de Constantine.

Je dois dire que le Gouvernement a semblé tolérer et reconnaître dès le début ce groupement ; il a paru lui donner une sorte de consécration officielle. (Mouvements divers et interruptions sur divers bancs.)
Il l'a même autorisé à publier un journal hebdomadaire connu sous le titre Egalité, dont certains articles, dirigés contre la souveraineté française, pouvaient être jugés sévèrement.
Depuis de nombreux mois, les chefs de ces trois groupements qui, pour exercer une action plus efficace, avaient coordonné leurs efforts, avaient entrepris — chacun dans sa sphère et suivant sa méthode — des tournées de propagande, notamment dans les régions populeuses de Sétif et de Guelma, réclamant l'indépendance du peuple algérien et entretenant leurs coreligionnaires, à l'esprit simple et crédule, dans une sorte d'effervescence qui devait fatalement faire explosion.

Ce ne sont plus des hommes de parti qui exposent leur doctrine, ce sont de véritables agitateurs qui soulèvent la question de l'Islam et placent ainsi leur action sur un terrain exclusivement religieux.
Avec de pareils éléments, il est facile de façonner l'âme arabe. Elle accueillera avec empressement tout ce qui l'incitera au mépris de l'Européen, tout ce qui la portera à la violence et à la manifestation brutale de ses instincts héréditaires.
C'est dans cette atmosphère surchauffée que certains journaux français extrémistes, dont je ne conteste pas l'entière bonne foi, se sont adressés, eux aussi, à la clientèle musulmane qui n'avait pas besoin d'un stimulant nouveau pour se dresser contre l'influence française.


Sous l'impression de quelques articles passionnés, flétrissant certaines défaillances dans le ravitaillement ou quelques complaisances blâmables de certains chefs indigènes, la masse musulmane ignorante, qui prend connaissance de ces articles mais qui, ne sachant ni discerner, ni discriminer, a une tendance à généraliser, englobe dans sa réprobation tous les hauts fonctionnaires algériens, l'ensemble des chefs indigènes et même la collectivité des colons européens.
Et son mépris pour tout ce qui n'est pas musulman . Les fonctionnaires français pour les colons eux-mêmes qui les emploient, augmente d'autant. Et celte attitude se traduira, dans la suite, par des meurtres, des actes de pillage et des violences.
C'est qu'on lit avec avidité le journal qui critique et attaque avec âpreté et va même jusqu'à l'injure et l'outrage. On le lit dans les cafés maures, on le commente et le lecteur ou l'auditeur musulman ne retient qu'une chose de toutes ces diatribes: c'est que l'administration algérienne est un ramassis de brigands, que tous les chefs indigènes vivent de rapines et de concussions et que les colons français exploitent avec cynisme les travailleurs musulmans qui sont à leur service.
Et voilà comment la suspicion est jetée sur les fonctionnaires les plus dignes, sur les citoyens les plus probes !
Et voilà comment le mépris et la haine se développent dans le cœur de ces êtres ignorants et simples que nous avons la mission de protéger
Et pour expliquer cette campagne imprudente entreprise par quelques journaux abuser ou excessifs, on dira que le mouvement insurrectionnel qui a désolé le département de Constantine est dû au dénuement des populations musulmanes et serait une révolte de la misère et de la faim !
Inexactitude grossière qu'il convient de relever avec énergie!
Ce mouvement séditieux a éclaté dans les régions les plus riches et les mieux pourvues en céréales du département. Les perquisitions faites dans les gourbis abandonnés par les insurgés qui, leurs tristes exploits accomplis, se sont réfugiés dans les montagnes et dans les ravins voisins du lieu de leurs méfaits, ont fait découvrir de la farine, de la semoule, de l'huile, des denrées de toutes sortes en quantité considérable.
Ce grief est donc sans fondement.

Prétendra-t-on aussi, comme d'aucuns l'affirment naïvement, qu'il s'agit d'un complot fasciste, d'une véritable conspiration organisée par quelques puissants propriétaires hitlériens qui, avec la complicité de la haute administration, auraient soudoyé des bandits à gages pour commettre les abominables forfaits que nous flétrissons ?
De bonne foi, renonçons à ces arguments misérables.
Ce mouvement séditieux que tous les Français doivent déplorer et blâmer et qui est dû à quelques dizaine de milliers de fanatiques a été une véritablé révolte préparée, organisée avec méthode contre la souveraineté française.
• certes, il faut tenir compte de la fatalité de races et de religions,
• c 'est-à-dire de ces traditions coraniques, ancestrales et sociales qui séparent le musulman et l'européen.

Mais, ceci dit, il faut reconnaître que cette insurrection est le résultat de ces excitations journalières qui ont profondément troublé de nombreux égarés facilement disposés au désordre et à la violence.
Et ce qu il faut se rappeler, avec émotion c est que ces hommes, ces femmes, ces enfants, qui ont été lâchement sacrifiés et torturés dans leur chair, par la hache et par le poignard, sont des nôtres. Ce sont des humbles et des déshérités, des gardes forestiers, des cantonniers, des petits cultivateurs et des journaliers qui ont trouvé la mort dans des conditions que ne désavoueraient pas les partisans si cruels d Hitler.
Je m'empresse toutefois d'affirmer avec force qu'il ne faut pas confondre avec ces hordes fanatiques la très grande majorité des musulmans laborieux, paisibles et dont le loyalisme ne saurait être suspecté.

La population musulmane, je parle de la partie saine qui ne se laisse pas égarer par un fanatisme irréfléchi et qui cormprend l'étendue des bienfaits qu'elle a reçus de nous, partage l'indignation de tous les Français d'Algérie.
Ces scènes tragiques, ces attentats, criminels ont provoqué, en effet. la réprobation d'un nombre considérable d'élus de notables, de fonctionnaires et de cultivateurs indigènes qui s'associent à nous pour demander le châtiment exemplaire des coupables quels qu'ils soient. Dans leur détresse, ces amis fidèles supplient les Français d Algérie de ne pas creuser un fossé infranchissable entre les deux races.
Cette prière doit nous toucher, nous avons pour mission de protéger la race arabe, de la préserver contre ses propres erreurs et qui nous rappelons avec gratitude que des soldats musulmans ont versé leur sang pour la libération de la France et le salut du monde civilisé.
A tous ces musulmans fidèles, à ces héroïques défenseurs de la cause française, frères d'armes de nos vaillants soldats, nous conservons notre confiance et notre affection.

La France qui a toujours voulu réaliser dans son Empire la conquête des cœurs ne se dérobera pas à ses instincts généreux
Elle persévérera dans son rôle de nation de la race musulmane et rien ne la détournera de la voie qu'elle a toujours suivie.
Je suis persuadé qu'en m'exprimant ainsi, je traduis le sentiment unanime des membres de cette Assemblée.
Nous devons à nos frères musulmans des satisfactions matérielles et des réformes sociales et économiques.
Avant tout, nous avons pour devoir d assurer leur existence. Donner à nos associés de chaque jour du pain et des vêtements doit être notre préoccupation constante.
Il nous faut aussi veiller à la santé et à l hygiène de ce peuple ami et continuer 1 œuvre de bienfaisance déjà entreprise en multipliant les établissements hospitaliers et les réformés d'assistance.

Mais c'est surtout à l'éducation morale et il l'enseignement de la race indigène qu'il faut nous attacher.
Il faut réserver une culture supérieure aux musulmans doués qui constituent l'élite et, grâce à des écoles professionnelles, former des artisans spécialisés et mettre un métier entre les mains de tous les autres sujets musulmans qui ne peuvent faire partie de celte phalange d'élite à laquelle toutes les charges et toutes les situations doivent être permises, en venu de ce grand principe d'égalité qui ne saurait être discuté.

Enfin, n'hésitons pas à favoriser le plus possible la création d'écoles de filles musulmanes dans les villes algériennes. II faut entrer dans cette voie avec empressement si l'on songe à l'ignorance dans laquelle a été tenue jusqu'à ce jour la femme musulmane et à tout ce que l'instruction francaise peut apporter de compréhension mutuelle des deux sociétés et particulièrement d'amélioration dans la 'vie matérielle et morale de la femme indigène. (Applaudissements.)
Certes, la tâche est immense et son exécution exigera des sacrifices considérables.
L'Algérie y contribuera pour sa part ; mais le Gouvernement de la République ne doit pas oublier qu'il s'agit là de dépenses de souveraineté, de dépenses impériales, et qu'à ce titre, il nous doit son concours matériel et moral le .plus absolu.
J'ajoute enfin que l'ordonnance du 7 mars 19il qui accorde la citoyenneté à certaines catégories de contribuables musulmans doit, non seulement être maintenue, mais encore rigoureusement appliquée et étendue à tous ceux qui en sont dignes.
•M. Adrien Tixier, ministre de l'intérieur, Bravo !
M. Paul Cuttoli. La France ne revient pas sur un acte généreux.
Elle ne reprend jamais ce qu'elle a librement donné en vue de l'émancipation d'un peuple qui lui est cher.
Voilà le problème envisagé simplement du point de vue purement national.

LES COLONS
Mesdames, mes chers collègues, vous voudrez bien me permettre à la fin de mes observations de vous parler de ces colons si méconnus et si injustement attaques.
Évoquons donc, ensemble, ces premiers pionniers qui, à côté de nos soldats, ont puissamment contribué à la conquête de l'Algérie, en vivifiant de leur travail et de leurs peines la terre algérienne.
Ces colons, ce sont des paysans de France qui, à une époque déjà lointaine, ont quitté leur pays natal pour aller s'installer sur une terre étrangère placée, au delà des mers, sous la domination de la France; ce sont ces rudes paysans, provenant de toutes les régions de la France, qui, après avoir été les soldats de Bugeaud, ont été les premiers agriculteurs de l'Algérie.
Que dire de leur courage, de leur ténacité et de leur labeur ! Exposés sans cesse aux attaques des populations autochtones, il a fallu de leur part une vocation réelle. Que dis-je!. un véritable héroïsme.
Et c'est cependant grâce à cette poignée de paysans de France que les plaines de la Mitidja se sont couvertes d'arbres, que leurs possesseurs ont pendant de longues années défendre contre le pillage et l'incendie.JOURNAL OFFICIEL DEBAT DE L ASSEMBLEE CONSULTATIVE PROVISOIRE MARDI 10 JUILLET 1945 INTERVENTION DE PAUL CUTTOLI La parole est à M. Cuttoli. M. Paul Cuttoli. Mesdames, messieurs, c'est bien plus en témoin qu'en simple narrateur que je vais soumettre à l'Assemblée certaines observations sur les émeutes qui ont désolé, il y a quelques semaines, le département de Constantine. Deux arrondissements de ce département, celui de Sétif et celui de Guelma, ont été le théâtre d'événements sanglants. Des hommes appartenant aux classes les plus modestes de la population française ont été lâchement assassinés, des femmes, des jeunes filles ont été sacrifiées après avoir été torturées dans leur chair, des enfants ont été immolés sans pitié par des forcenés ivres de sang et de carnage. Les auteurs fanatiques de ces épouvantables forfaits ne se contentaient pas de tuer: Ils pillaient, ils volaient, ils incendiaient les fermes isolées, des maisons dans les villages et même des hameaux entiers. Je passe sous silence les nombreux incidents qui se sont déroulés sur de nombreux points de l'Algérie avant le 8 mai 1945, pour arriver à la période la plus tragique. LE DRAME DE SETIF Sétif, petite ville des Hauts-Plateaux, qui comprend une population musulmane considérable et qui est entourée de douars importants, a été le théâtre d'une échauffourée sanglante, qui devait s'étendre aux villages de la région avec une rapidité déconcertante. Le 8 mai, à 9 h. 20 du matin, alors que la population française de la cité s'apprêtait, conformément aux instructions reçues, à célébrer la victoire, des indigènes, au nombre de plusieurs milliers — 7.000 environ — s'organisaient en cortège devant la mosquée de la ville et, scouts en tête, se mettaient en mouvement vers l'avenue Clemenceau qui est le centre de Sétif. Le cortège étalait des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Libérez Messali! », « Nous voulons être indépendants! », « L'Algérie aux Arabes! », etc. A un moment donné, les quelques agents qui barraient la rue voulurent enlever les emblèmes séditieux et ils pénétrèrent hardiment dans la foule des manifestants; ces derniers résistèrent avec violence et tirèrent des coups de feu sur les représentants de l'autorité qui, attaqués, ripostaient à leur tour; une bagarre générale s'ensuivit, tandis que les femmes indigènes qui faisaient partie du cortège encourageaient la tuerie des infidèles de leurs « youyou » retentissants. Enfin, la gendarmerie et quelques sections de tirailleurs arrivèrent et, sans se servir de leurs armes, dispersèrent les émeutiers; ces derniers se répandaient alors dans les différentes rues de Sétif et massacraient tous les Français qui s'exposaient à leur fureur. En une heure, de 10 heures à 11 heures du matin, on put déplorer la mort de vingt-deux victimes, parmi lesquelles on cite M. Delucca, président de la délégation spéciale de Sétif, justement considéré et aimé de tous, et M. Vaillant, anciennement président du tribunal de la ville, qui mourut la têt a broyée avec des pavés. Les autres victimes de ces lâches attentats étaient de petits fonctionnaires et de modestes cultivateurs qui regagnaient leur domicile pour se mettre en sûreté. Ajoutons à cette liste funèbre de vingt deux morts une quantité considérable de blessés. A la même heure, des émeutiers provenant des douars environnants pénétraient dans le village de Perigotville, massacraient plusieurs habitants, pillaient leurs foyers et incendiaient de nombreuses maisons. Douze habitants français sont tués: il faut comprendre parmi eux l'administrateur du centre et son adjoint. Les insurgés pénétraient ensuite dans le bordj de la commune mixte et s'emparaient des fusils et des munitions qu'il renfermait. Une section de soldats escortant une automitrailleuse arrivait et mettait en fuite les assaillants. Le centre des Amouchas est, à son tour, menacé et un millier d'émeutiers assiègent le village ; un colon. M. Fabre, est tué. La population n'a que le temps de se réfugier dans la gendarmerie et de résister avec succès aux attaques des révoltés, jusqu'à l'arrivée de la troupe. Le même jour, 8 mai, vers 14 heures, des insurgés appartenant à la région des Eulmas pénétraient dans le village de Sillegue, sur les ordres de trois indigènes venus de Sétif. Ils massacraient le garde champêtre, sa femme et le chef cantonnier de la localité. Ils avaient eu la précaution de couper au préalable les fils téléphoniques qui reliaient le village au centre de la commune mixte. Les habitants, assiégés par ces forcenés sont délivrés qu'à 3 heures du matin, par un détachement de soldats. Le lendemain, 9 mai, dès 7 heures du matin, à Kerrata, attaque inopinée des européens par des bandes armées ; la population, terrorisée, se réfugie au château Dussaix où elle soutient un siège en règle. Toutes les maisons du village sont pillées et quelques-unes sont incendiées. Les émeutiers font des victimes, parmi lesquelles le juge de paix de la localité et sa femme, nouvellement arrivés de France. De nombreuses attaques se produisirent les leurs suivants, notamment à Guellal et à Pascal, toujours dans les environs de Sétif. La troupe, qui patrouillait dans la région, met en fuite les rebelles. Tandis que les villages étaient attaqués dans les conditions que je viens de rappeler, des agressions isolées se poursuivaient sur d'autres points de la région sétifienne. Des fermes, que leurs occupants avaient dû abandonner, tentent la convoitise des émeutiers et sont consciencieusement pillées. Des gardes forestiers, surpris dans les maisons qu'ils habitent à Tamentent et à Aîn-Settah, sont massacrés avec toute leur famille. Neuf personnes périssent ainsi dans les conditions les plus tragiques. Toujours dans cette même région de Sétif, un ingénieur. M. Coste, et son adjoint technique, M. Beauveau, qui se dirigeaient sur Perigotville en automobile, sont massacrés sur la route. Ajoutons à ce douloureux bilan de nombreuses fermes et maisons forestières incendiées. Il convient de remarquer que ces faits odieux se sont déroulés à Sétif et dans les villages environnants le même jour, qu'ils démontrent une organisation habilement préparée et qu'ils ne se sont produits qu'à la suite d'un mot d'ordre répandu dans toute la région. Constatons aussi avec quelle habileté criminelle les émeutiers ont procédé, pour isoler les villages et priver leurs habitants de toute communication avec l'extérieur: tous les fils téléphoniques reliant les petits centres à des villes avaient été coupés. LE DRAME DE GUELMA Les mêmes scènes de carnage devaient se produire dans la région de Guelma. Le 8 mai, à 15 h. 30, les cérémonies officielles pour célébrer la victoire prenaient fin par un défilé dans les rues principales de la ville; les musulmans de la localité, à l'exception de six ou sept qui s'étaient mêlés au cortège des européens, n'avaient pas pris part à la manifestation organisée par les autorités de la cité. A la fin des manifestations officielles, un groupe de près de 2.000 musulmans, organisés en cortège, débouchèrent sur la place principale de la ville, brandissant des drapeaux de l'Islam et des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Vive l'Algérie libre! », Libérez Messali! », « A bas l'impérialisme ! », « Vive l'indépendance ! », et chantant un hymne de circonstance. ^ Le sous-préfet de Guelma, M. Achiari, dont on ne saurait trop louer la présence d'esprit et le courage, se porta à la rencontre du cortège et essaya de ramener les manifestants au calme en faisant appel à leur raison et en leur rappelant que l'on célébrait ce jour-là une victoire dont ils pouvaient être fiers puisque leurs coreligionnaires y avaient puissamment contribué. Les émeutiers couvrirent sa voix et entreprirent de forcer le barrage formé par les agents. A un moment donné, ils tirèrent sur la petite équipe de policiers plusieurs coups de feu; l agent Ratto était grièvement atteint. Les forces de police chargèrent et repoussèrent les révoltés; elles parvinrent à disperser les manifestants. On constate un mort et six blessés du côté des émeutiers tandis que l'on relève cinq blessés dans le service d'ordre. Par son intrépidité et par son esprit de décision, le sous-préfet Achiari, ainsi que les agents qui l'accompagnèrent, avaient, ce jour-là, sauvé les habitants de la ville. Mais la population de Guelma était épouvantée. Le sous-préfet prit sagement toutes les dispositions nécessaires. Il fit fermer tous les magasins et cafés de la ville et le couvre-feu fut fixé à 21 h. 50. Des patrouilles, constituées par des agents de la force publique, des militaires et des gardes civiques de bonne volonté, que l'on avait organisées à la hâte, circulèrent dans les rues de la ville pendant toute la nuit et purent ainsi tenir en respect les insurgés. Le lendemain 9 mai, les émeutiers appartenant aux douars environnants vont agir; la veille, en effet, c'étaient les musulmans habitant la ville de Guelma qui avaient manifesté. Ici, je parle en témoin. J'étais, en effet, dès 8 heures du matin à Guelma où. avec un de mes confrères du barreau de Constantine, nous avions été appelés par les nécessités de notre profession d'avocat. J'étais venu de Philippeville et j'avais aperçu des groupes nombreux d'indigènes qui longeaient la rivière de la Seybouse et se dirigeaient sur Guelma. En arrivant dans cette ville, je constatai que les rues étaient désertes. Au palais de justice où je me rendis, j'apprenais les événements de la veille et 1 on me fit part de l'émotion des habitants de la cité qui craignaient de nouvelles attaques. Vers 9 heures, on nous informa que près de 3.000 indigènes se dirigeaient sur Guelma. A 10 heures du matin, il y eut une escarmouche entre les émeutiers oui s'étaient groupés sur les hauteurs voisines de la ville et les troupes qui appartenaient à la petite garnison de la cité. Quelques coups de feu furent échangés. Au début de l'après-midi, les insurgés entouraient Guelma dont ils paraissaient vouloir faire le siège. De nombreux émeutiers qui constituaient l'avant-garde des manifestants s'étaient postés au cimetière européen ainsi qu'au marché aux bestiaux, tandis que le gros des émeutiers était sur les hauteurs voisines. L'inquiétude de nos compatriotes de Guelma était d'autant plus grande qu'ils avaient appris que des familles habitant des fermes isolées dans les environs de la ville, notamment la famille Winschell, et des colons, MM. Gauci et Missud avaient été massacrés. Comme leurs complices de la région de Sétif, les criminels de Guelma avaient abattu à coups de hache, les poteaux qui soutenaient les fils téléphoniques ; ils avaient même enlevé une partie de la voie ferrée entre Guelma et la station de Duvivier, centre ferroviaire important qui dessert à la fois Bône, la région de Tebessa et la Tunisie. En ce qui me concerne, désireux de regagner Philippeville où ma présence, comme maire était nécessaire, et soucieux d'inviter l'autorité militaire à envoyer des renforts pour protéger la région de Guelma, je quittai cette ville vers 17 heures de l'après-midi et, en prenant des chemins de traverse, je pus, avec mon confrère de Constantine, forcer la ligne des assiégeants et échapper à leur fureur. J’avais appris, en quittant Guelma, qu'une seconde colonne de manifestants, venant de Sedrata, se dirigeait vers la ville, sans doute pour faire sa jonction avec la colonne d'Oued-Zenati qui campait autour de Guelma. Le lendemain, 10 mai, aux premières heures de la matinée, on pouvait voir dans la campagne, autour de Guelma et notamment sur les crêtes qui entourent la ville, de nombreux groupes d'indigènes dont l'attitude était hostile. Les villages de Petit et de Millesimo, envahis par les manifestants, sont délivrés par des détachements de soldats et des gendarmes, après des combats assez violents; les habitants des hameaux de Petit et de Guellat-Bousba sont évacués sur Guelma sous la protection de renforts militaires; les nombreuses patrouilles qui circulaient dans la région découvrent, dans le lit de la Seybouse, les corps mutilés de cinq habitants de Petit, les sieurs Samorti Pascal, Villa Victor, soldat venu en convalescence, d'un prisonnier de guerre, Baali Paolo, ainsi que de deux colons bien connus dans la région, les sieurs Bezzina Dominique et Zarah François. A Petit, deux jeunes filles, les demoiselles Soukhal, avaient été violées et assommées à coups de gourdin. Tandis que la population d'Héliopolis se réfugiait au moulin Lavie, d'autres villages tels que Bled Gaffar, Lapaine et toutes les fermes environnantes, sont évacués. Les insurgés profitent de l'abandon de ces villages pour se livrer au pillage. La ferme Luzet est encerclée, ainsi que le village de Villars. Les autos-mitrailleuses parviennent à dégager ce dernier centre mais on découvre le corps de M. Aldebert, gérant de la ferme Luzet, qui avait été égorgé et atrocement mutilé. Le vendredi 11 mai, comme les émeutiers menacent encore la région, la gendarmerie dirige sur Guelma les habitants des villages de Gallieni et de Kellermann, toujours sous la protection d'autos-mitrailleuses. On. découvre sur la route, à proximité de la maison cantonnière le cadavre du cantonnier Valensi dont la maison avait été pillée. Enfin, le samedi 12 mai, l'établissement 'thermal d'Hammam-Meskoutine est évacué et les populations des deux villages de Clauzel et de Jean-Sadler, sont repliées suc la gendarmerie d'Ain-Simar. De nombreux détachements militaires font des rondes dans les campagnes; il est, en effet, impossible de circuler sur toutes les routes qui entourent Guelma sans essuyer des coups de feu. Grâce à la présence des troupes appuyées par des autos-mitrailleuses, les émeutiers se retirent et se réfugient dans les montagnes voisines, échappant ainsi à la poursuite dont ils sont l'objet. Je termine ce douloureux exposé en disant que si Guelma a été épargné, on le doit à la présence d'esprit et au courage de M. le sous-préfet Achiari et à l'intervention décisive de la gendarmerie, de la police et des gardes civiques, ces derniers hâtivement constitués. Dans tout le département, la répression a été rapide. Aussi, ce mouvement insurrectionnel qui aurait pu se développer sur d'antres points et notamment dans l'arrondissement de Bougie, a-t-il été brusquement circonscrit et arrêté. Le 13 mai, l'ordre était rétabli dans le Constantinois. Ce résultat est dû à l'autorité et à l'esprit de décision de M. Lestrade-Carbonnel. préfet du département, et à la fermeté bien connue de M. le général Duval, commandant la division de Constantine. Tous deux en se rendant dans les régions troublées et s'adressant directement aux insurgés sont parvenus à maîtriser ce mouvement séditieux. Ces attentats ont malheureusement faits de nombreuses victimes européennes, tant tuées que blessées. Ne voulant pas m'exposer à commettre une erreur, je laisse à M. le ministre de l'intérieur le soin de vous donner des précisions sur ce point. Quant au chiffre des morts du côté musulman. je ne puis que rappeler la déclaration faite à la radio par le représentant du Gouvernement, il serait de 1.200 à 1.500. Combien plus nombreuses eussent été les victimes européennes si la répression n'avait pas été aussi énergiquement menée. Mais, m'objectera-t-on, cette répression a été violente et excessive, notamment dans la région de Guelma. Obéissant aux ordres du sous-préfet de cette ville, les gardes civiques qui avaient été organisés en plein accord avec l'autorité militaire, le maire et les dirigeants des groupements de la Résistance et des anciens combattants, se seraient livrés à de déplorables excès. Des indigènes incarcérés à la prison de la ville auraient été arrachés à leurs gardiens et fusillés. Ceux qui formulent ce grief ignorent qu'une lutte ardente, qu'un véritable combat de jour et de nuit s'était engagé les 10 et 11 mai entre les forces de police, la gendarmerie et les gardes civiques d'une part et plusieurs milliers de fanatiques qui assiégeaient la ville de Guelma d'autre part, tandis que leurs complices envahissaient et pillaient les villages environnants. La situation était si critique et le danger couru par les habitants de la cité si grave, qu'il a été impossible d'inhumer les victimes européennes au cimetière de la ville, occupé par les assiégeants, et qu'il a fallu les ensevelir précipitamment dans un des squares de Guelma Ajoutons, pour être complet, que la garnison ne comprenait que quelques tirailleurs indigènes fatigués et incapables d'opposer une résistance bien vigoureuse. C'est en raison de l'insuffisance de cette garnison que les autorités locales avaient songé à constituer une garde civique composée de volontaires qui furent armés par le commandant d'armes et placés sous les ordres de M. Champ, président des anciens combattants, de M. Garrivet, président de la France combattante, et de M. Cheylan. secrétaire de l'union locale des syndicats, tous trois hommes réfléchis et pondérés, patriotes ardents et chefs reconnus de la Résistance. Ces volontaires ont d'ailleurs été dissous le 13 mai lorsque la petite garnison de Guelma a été complétée par les troupes régulières. Voilà, rapidement exposés, les faits criminels qui ont troublé le département de Constantine et qui ont douloureusement impressionné les populations européennes qui l'habitent. Et maintenant, je prends la liberté de m'adresser à tous ceux qui, par une sorte d'attachement naturel au groupement politique auquel ils appartiennent, seraient tentés de ramener le problème algérien actuel à une simple question de parti. Je leur demande — qu'ils ne voient dans mes paroles ni critique, ni mercuriale — je leur demande instamment d'envisager la question algérienne sous son aspect véritable. Je leur demande de retenir qu'elle n'intéresse pas seulement l'existence de l'Empire et par conséquent l'existence de la France, mais qu'elle met aussi en cause le salut de nos frères musulmans. Aussi, dans un élan unanime, conservons à ce problème son caractère élevé et efforçons-nous de le résoudre dans un esprit de fraternité et de justice. Mes chers collègues, analysons maintenant les causes de ce mouvement séditieux qui, heureusement n'a été que partiel, et précisons les responsabilités quelles qu'elles soient. Et d'abord, rappelons que la question qui nous occupe n'est pas une question de simple politique; c'est avant tout, une question d'ordre national qui intéresse au plus haut point l'avenir de l'Algérie française. Il est incontestable que pendant cette dernière guerre, il s'est produit, en Afrique du Nord, un véritable malaise. En Algérie, de la part d'une partie importante de la population musulmane, il convient de signaler une réelle désaffection pour la France. Nous avons pu, en effet, constater avec tristesse que de nombreux indigènes n'avaient plus pour nous la même considération. Ce changement, dans l'état d'esprit de certains musulmans, nous le devons à l'effondrement qui s'est produit en juin 1940 et à la défection, suivie de servilité envers l'ennemi occupant, du pseudo gouvernement de Vichy. Les Musulmans d'Algérie, êtres simplistes par excellence, ne connaissant que la force, et l'Allemagne leur est apparue, dès l'armistice, comme une puissance redoutable sur le point de dominer le monde. Ajoutez à cela la propagande nazie qui s'est accentuée avec le débarquement des Allemands en Tunisie, propagande entretenue par des émissaires et des espions que des avions ennemis déposaient fréquemment sur le sol algérien. A ces propagandistes sont venus s'ajouter les travailleurs arabes que le gouvernement de Vichy avaient recrutés pour les envoyer en Allemagne et qui, adroitement stylés, dans ce dernier pays, se sont faits, dès leur retour en Algérie, des apôtres ardents des conceptions du Reich. Voilà pour le côté moral I Pour le côté matériel, des fusils et des mitraillettes ont été jetés, à de nombreuses reprises, sur le sol Constantinois par des parachutistes ennemis et offerts ainsi à la convoitise des populations musulmanes. Enfin, d'autres armes de guerre et des munitions, ces dernières déposées en quantité considérable sur toutes nos routes, ont été volées aux armées alliées ou vendues par quelques soldats américains indisciplinés et sans scrupules. C'est ainsi que les futurs insurgés sont entrés en possession d'armes et de projectiles dont ils devaient faire usage plus tard, pendant les sinistres journées de mai 1945. Le terrain, pour une sédition prochaine, était donc préparé. Par surcroît, depuis le débarquement des alliés en Algérie, les groupements musulmans nationalistes qui combattent l'influence française et revendiquent l'indépendance de ce qu'ils appellent « le peuple algérien », n'ont cessé d'intensifier leur action. Trois partis musulmans nationalistes se dressent en effet contre la souveraineté de la France. Le premier groupement est celui des Oulémas réformistes. Il est le plus dangereux de tous car il réclame un nationalisme absolu et il appuie ses revendications sur une sorte de mystique religieuse qui trouble profondément l'âme musulmane. Ce groupement lutte pour l'Islam, au nom de l'Islam et, ce faisant, il propage la haine contre tout ce qui n'est pas musulman. exaltant ainsi le fanatisme des fidèles et prêchant la guerre sainte. Ses chefs qui exercent une véritable autorité sur leurs disciples, profitant des épreuves redoutables que la guerre nous a imposées, ont créé, dans de nombreuses villes des trois départements algériens, des médersas ou écoles coraniques où l'on professe un enseignement exclusivement religieux, en même temps que le mépris de l'européen qualifié d' « infidèle ». Le deuxième groupement qui s'intitule « Parti populaire algérien », se réclame d'un chef, Messali Hadj, que l'administration supérieure algérienne a jugé utile de placer en surveillance dans une de nos colonies africaines. L'action de ce groupement se traduit par des distribution de tracts et de journaux clandestins, répandus à profusion. Ses dirigeants font surtout appel aux jeunes musulmans qu'ils organisent en associations sportives et en sections de scouts et dont ils sont arrivés à faire des adversaires résolus de l'influence française. Ce parti, nationaliste à outrance, déclare que l'Algérie doit être un État exclusivement arabe, dépendant de la Fédération des États musulmans et dégagé de toute influence étrangère. Pour justifier ses conceptions, il invoque les dispositions de la Charte de l'Atlantique. Le troisième groupement est l'Association connue sous le nom des « Amis du Manifeste et de la Liberté ». Son fondateur est Ferhat Abbas, conseiller général et délégué financier de la région de Sétif, Son principal lieutenant est le docteur Sardane, conseiller général et délégué financier de Biskra. Le programme de cette association qui a fait l'objet d'un manifeste répandu à profusion dans nos trois départements, est aussi nationaliste, mais en apparence plus aténué et moins absolu que celui des deux autres groupements. Ce manifeste réclame la création d'un État algérien autonome, ayant clans le cadre français, cité à titre purement symbolique, sa constitution propre et son parlement comprenant, en nombre égal, des Français d origine et des Musulmans. Il condamne et supprime la colonisation entreprise sous la tutelle de la France et exige une nouvelle répartition des terres et le retour au prolétariat agricole. J'ajoute que ce parti est admirablement organisé et qu'il a des représentants dans presque toutes les agglomérations urbaines et rurales du département de Constantine. Je dois dire que le Gouvernement a semblé tolérer et reconnaître dès le début ce groupement ; il a paru lui donner une sorte de consécration officielle. (Mouvements divers et interruptions sur divers bancs.) Il l'a même autorisé à publier un journal hebdomadaire connu sous le titre Egalité, dont certains articles, dirigés contre la souveraineté française, pouvaient être jugés sévèrement. Depuis de nombreux mois, les chefs de ces trois groupements qui, pour exercer une action plus efficace, avaient coordonné leurs efforts, avaient entrepris — chacun dans sa sphère et suivant sa méthode — des tournées de propagande, notamment dans les régions populeuses de Sétif et de Guelma, réclamant l'indépendance du peuple algérien et entretenant leurs coreligionnaires, à l'esprit simple et crédule, dans une sorte d'effervescence qui devait fatalement faire explosion. Ce ne sont plus des hommes de parti qui exposent leur doctrine, ce sont de véritables agitateurs qui soulèvent la question de l'Islam et placent ainsi leur action sur un terrain exclusivement religieux. Avec de pareils éléments, il est facile de façonner l'âme arabe. Elle accueillera avec empressement tout ce qui l'incitera au mépris de l'Européen, tout ce qui la portera à la violence et à la manifestation brutale de ses instincts héréditaires. C'est dans cette atmosphère surchauffée que certains journaux français extrémistes, dont je ne conteste pas l'entière bonne foi, se sont adressés, eux aussi, à la clientèle musulmane qui n'avait pas besoin d'un stimulant nouveau pour se dresser contre l'influence française. Sous l'impression de quelques articles passionnés, flétrissant certaines défaillances dans le ravitaillement ou quelques complaisances blâmables de certains chefs indigènes, la masse musulmane ignorante, qui prend connaissance de ces articles mais qui, ne sachant ni discerner, ni discriminer, a une tendance à généraliser, englobe dans sa réprobation tous les hauts fonctionnaires algériens, l'ensemble des chefs indigènes et même la collectivité des colons européens. Et son mépris pour tout ce qui n'est pas musulman . Les fonctionnaires français pour les colons eux-mêmes qui les emploient, augmente d'autant. Et celte attitude se traduira, dans la suite, par des meurtres, des actes de pillage et des violences. C'est qu'on lit avec avidité le journal qui critique et attaque avec âpreté et va même jusqu'à l'injure et l'outrage. On le lit dans les cafés maures, on le commente et le lecteur ou l'auditeur musulman ne retient qu'une chose de toutes ces diatribes: c'est que l'administration algérienne est un ramassis de brigands, que tous les chefs indigènes vivent de rapines et de concussions et que les colons français exploitent avec cynisme les travailleurs musulmans qui sont à leur service. Et voilà comment la suspicion est jetée sur les fonctionnaires les plus dignes, sur les citoyens les plus probes ! Et voilà comment le mépris et la haine se développent dans le cœur de ces êtres ignorants et simples que nous avons la mission de protéger Et pour expliquer cette campagne imprudente entreprise par quelques journaux abuser ou excessifs, on dira que le mouvement insurrectionnel qui a désolé le département de Constantine est dû au dénuement des populations musulmanes et serait une révolte de la misère et de la faim ! Inexactitude grossière qu'il convient de relever avec énergie! Ce mouvement séditieux a éclaté dans les régions les plus riches et les mieux pourvues en céréales du département. Les perquisitions faites dans les gourbis abandonnés par les insurgés qui, leurs tristes exploits accomplis, se sont réfugiés dans les montagnes et dans les ravins voisins du lieu de leurs méfaits, ont fait découvrir de la farine, de la semoule, de l'huile, des denrées de toutes sortes en quantité considérable. Ce grief est donc sans fondement. Prétendra-t-on aussi, comme d'aucuns l'affirment naïvement, qu'il s'agit d'un complot fasciste, d'une véritable conspiration organisée par quelques puissants propriétaires hitlériens qui, avec la complicité de la haute administration, auraient soudoyé des bandits à gages pour commettre les abominables forfaits que nous flétrissons ? De bonne foi, renonçons à ces arguments misérables. Ce mouvement séditieux que tous les Français doivent déplorer et blâmer et qui est dû à quelques dizaine de milliers de fanatiques a été une véritablé révolte préparée, organisée avec méthode contre la souveraineté française. • certes, il faut tenir compte de la fatalité de races et de religions, • c 'est-à-dire de ces traditions coraniques, ancestrales et sociales qui séparent le musulman et l'européen. Mais, ceci dit, il faut reconnaître que cette insurrection est le résultat de ces excitations journalières qui ont profondément troublé de nombreux égarés facilement disposés au désordre et à la violence. Et ce qu il faut se rappeler, avec émotion c est que ces hommes, ces femmes, ces enfants, qui ont été lâchement sacrifiés et torturés dans leur chair, par la hache et par le poignard, sont des nôtres. Ce sont des humbles et des déshérités, des gardes forestiers, des cantonniers, des petits cultivateurs et des journaliers qui ont trouvé la mort dans des conditions que ne désavoueraient pas les partisans si cruels d Hitler. Je m'empresse toutefois d'affirmer avec force qu'il ne faut pas confondre avec ces hordes fanatiques la très grande majorité des musulmans laborieux, paisibles et dont le loyalisme ne saurait être suspecté. La population musulmane, je parle de la partie saine qui ne se laisse pas égarer par un fanatisme irréfléchi et qui cormprend l'étendue des bienfaits qu'elle a reçus de nous, partage l'indignation de tous les Français d'Algérie. Ces scènes tragiques, ces attentats, criminels ont provoqué, en effet. la réprobation d'un nombre considérable d'élus de notables, de fonctionnaires et de cultivateurs indigènes qui s'associent à nous pour demander le châtiment exemplaire des coupables quels qu'ils soient. Dans leur détresse, ces amis fidèles supplient les Français d Algérie de ne pas creuser un fossé infranchissable entre les deux races. Cette prière doit nous toucher, nous avons pour mission de protéger la race arabe, de la préserver contre ses propres erreurs et qui nous rappelons avec gratitude que des soldats musulmans ont versé leur sang pour la libération de la France et le salut du monde civilisé. A tous ces musulmans fidèles, à ces héroïques défenseurs de la cause française, frères d'armes de nos vaillants soldats, nous conservons notre confiance et notre affection. La France qui a toujours voulu réaliser dans son Empire la conquête des cœurs ne se dérobera pas à ses instincts généreux Elle persévérera dans son rôle de nation de la race musulmane et rien ne la détournera de la voie qu'elle a toujours suivie. Je suis persuadé qu'en m'exprimant ainsi, je traduis le sentiment unanime des membres de cette Assemblée. Nous devons à nos frères musulmans des satisfactions matérielles et des réformes sociales et économiques. Avant tout, nous avons pour devoir d assurer leur existence. Donner à nos associés de chaque jour du pain et des vêtements doit être notre préoccupation constante. Il nous faut aussi veiller à la santé et à l hygiène de ce peuple ami et continuer 1 œuvre de bienfaisance déjà entreprise en multipliant les établissements hospitaliers et les réformés d'assistance. Mais c'est surtout à l'éducation morale et il l'enseignement de la race indigène qu'il faut nous attacher. Il faut réserver une culture supérieure aux musulmans doués qui constituent l'élite et, grâce à des écoles professionnelles, former des artisans spécialisés et mettre un métier entre les mains de tous les autres sujets musulmans qui ne peuvent faire partie de celte phalange d'élite à laquelle toutes les charges et toutes les situations doivent être permises, en venu de ce grand principe d'égalité qui ne saurait être discuté. Enfin, n'hésitons pas à favoriser le plus possible la création d'écoles de filles musulmanes dans les villes algériennes. II faut entrer dans cette voie avec empressement si l'on songe à l'ignorance dans laquelle a été tenue jusqu'à ce jour la femme musulmane et à tout ce que l'instruction francaise peut apporter de compréhension mutuelle des deux sociétés et particulièrement d'amélioration dans la 'vie matérielle et morale de la femme indigène. (Applaudissements.) Certes, la tâche est immense et son exécution exigera des sacrifices considérables. L'Algérie y contribuera pour sa part ; mais le Gouvernement de la République ne doit pas oublier qu'il s'agit là de dépenses de souveraineté, de dépenses impériales, et qu'à ce titre, il nous doit son concours matériel et moral le .plus absolu. J'ajoute enfin que l'ordonnance du 7 mars 19il qui accorde la citoyenneté à certaines catégories de contribuables musulmans doit, non seulement être maintenue, mais encore rigoureusement appliquée et étendue à tous ceux qui en sont dignes. •M. Adrien Tixier, ministre de l'intérieur, Bravo ! M. Paul Cuttoli. La France ne revient pas sur un acte généreux. Elle ne reprend jamais ce qu'elle a librement donné en vue de l'émancipation d'un peuple qui lui est cher. Voilà le problème envisagé simplement du point de vue purement national. LES COLONS Mesdames, mes chers collègues, vous voudrez bien me permettre à la fin de mes observations de vous parler de ces colons si méconnus et si injustement attaques. Évoquons donc, ensemble, ces premiers pionniers qui, à côté de nos soldats, ont puissamment contribué à la conquête de l'Algérie, en vivifiant de leur travail et de leurs peines la terre algérienne. Ces colons, ce sont des paysans de France qui, à une époque déjà lointaine, ont quitté leur pays natal pour aller s'installer sur une terre étrangère placée, au delà des mers, sous la domination de la France; ce sont ces rudes paysans, provenant de toutes les régions de la France, qui, après avoir été les soldats de Bugeaud, ont été les premiers agriculteurs de l'Algérie. Que dire de leur courage, de leur ténacité et de leur labeur ! Exposés sans cesse aux attaques des populations autochtones, il a fallu de leur part une vocation réelle. Que dis-je!. un véritable héroïsme. Et c'est cependant grâce à cette poignée de paysans de France que les plaines de la Mitidja se sont couvertes d'arbres, que leurs possesseurs ont pendant de longues années défendre contre le pillage et l'incendie. Rappelons, à ce sujet, que le maréchal Bugeaud, ce grand soldat laboureur donnait aux colons de cette époque: « Les faucheurs devront avoir leurs faisceaux de fusils à peu de distance d'eux et devront avancer petit à petit, à mesure qu'ils parcourront leurs terres. » Ajoutez à ces dangers de l'homme, les tremblements de terre, le choléra, la famine, la fièvre, les invasions de sauterelles, l'inclémence du temps et déclarez comme moi que ceux qui ont résisté à tous ces fléaux ont bien mérité de la France. Vers 1880, le phylloxéra, qui venait de ravager toute la métropole, amena en Algérie une nouvelle colonie de Français qui s'y sont installés c'est à eux que l'on doit ce magnifique vignoble qui est aujourd'hui la pâture en même temps que la richesse de nos trois départements algériens. Mais la véritable colonisation, celle qui fut entreprise sur les hauts plateaux et qui a été réservée aux petits colons, date de 1891. Les nouveaux arrivés se sont débattus au milieu de difficultés de toutes sortes dont la plus grande était l'insuffisance d'argent: c'est alors que l'on a créé, pour leur venir en aide, ces organisations de crédit agricole et ces caisses régionales qui leur ont été d'un si grand secours. En 1905 seulement, le prix des vins augmentant dans des conditions considérables, la situation des colons s'en ressent de la façon la plus favorable. Et aujourd'hui, ces colons si attaqués ... M. René Vivier. Ce ne sont pas les vrais Français qui les dénigrent. M. Paul Cuttolli...que l'on rend si bêtement et si injustement responsables des événements tragiques qui viennent de désoler l'Algérie, se livrent à là culture des céréales, de la vigne, des agrumes, des dattes et des primeurs, contribuant pour une grande part au développement économique de la France. Un délégué, à gauche. Et au recrutement des années de Rommel ! M. Paul Cuttoli. Mais quelle est l'origine ethnique de ces agriculteurs algériens, qui n'appartiennent pas tous, hélas! à cette féodalité puissante de grands propriétaires dont on critique le rôle de façon si imméritée. Ce sont surtout les départements du Centre, du Midi de la France, de la Savoie et de la Corse qui ont fourni le plus fort contingent. A cet élément sont venus s'amalgamer des éléments du dehors: Italiens, Espagnols, Maltais, notamment. Ces éléments ont créé le peuple algérien qui va sans cesse grandissant et qui, constitué par ce mélange de sangs divers, représente une race qui a toutes les qualités de la race latine, avec un je ne sais quoi de plus énergique et de plus audacieux. Ce qu'ont fait ces colons, dont l'élite demeure française, ce qu'ont fait ces colons, qui se sont dévoues à leur tâche, a excité l'admiration de tous les écrivains étrangers qui ont visité l'Afrique du Nord; tous: Américains, Anglais, Allemands, se sont inclinés devant les résultats obtenus. On a constaté, en effet, à des époques de famine, que les journaliers indigènes qui se trouvaient dans le voisinage des fermes européennes, avaient résisté, tandis que leurs coreligionnaires, livrés à eux-mêmes sur des points du territoire algérien éloignés de tout homme européen, avaient durement subi les conséquences de ces crises économiques. Au surplus, ce qui démontre la supériorité de nos méthodes de colonisation, c'est que la population musulmane a presque quadruplé dans l'espace d'un peu plus d'un siècle. A quoi attribuer cette manifestation ethnique si éclatante, sinon à la politique généreuse de la France et à la collaboration loyale et vigilante de ses enfants ! Enfin, l'Algérie n'a-t-elle pas joué un rrôle considérable dans la partie décisive de cette guerre ? N'est-ce pas en débarquant en Afrique du Nord que les alliés ont pu modifier les destins des combats, soutenir victorieusement les assauts répétés de l'ennemi et préparer la victoire finale ? A-t-on oublié le rôle de cette armée improvisée sur notre sol qui, presque sans vêtements et sans armes, a rempli en Tunisie auprès de nos puissants amis anglais et américains, une mission qui l'a rendue digne de cette ancienne armée d'Afrique que l'histoire a glorifiée ? Les trois départements algériens ont montré, par leur patriotisme, par leurs sacrifices, qu'ils étaient le véritable prolongement de la mère patrie. Et cependant, ces Français d'Algérie, ces colons qui ont reçu ce mandat qui leur est cher de conserver ce pays à la France, sont injustement attaqués, et ces attaquas ont créé autour de nos frères des trois départements algériens, une légende inexacte. Si quelques propriétaires de vignobles se sont enrichis, doit-on. pour cela, calomnier cette quantité de petits colons, descendants de nos régions de France qui forment la véritable armature de la colonisation algérienne et qui sont loin de constituer celte féodalité foncière que l'on accable de sarcasmes et d'outrages ? Mes chers collègues, j'en appelle à votre justice ! Les populations de l'Algérie, françaises d'origine et françaises d'origine musulmane, étroitement unies et associées, doivent, en dépit des épreuves et des injures, poursuivre, avec une foi constante, leur mission qui est de conserver l'Algérie à la France. Pour cela. elles ont besoin de sécurité, d'ordre et de justice. C'est là le rôle des pouvoirs publics. Mais, rappelons-nous toujours que tout ce qui intéresse l'Algérie, tout ce qui assure son existence, son développement économique et sa grandeur intéresse la France au plus haut degré. Laissez-moi en terminant, citer les paroles que Jules Favre prononçait au cours d'un voyage qu'il effectuait en Afrique du Nord : « Je ne sais pas ce que l'on entend par question algérienne: l'Algérie c'est la France, le nier c'est fermer les yeux à la lumière. L Algérie est la France non pas seulement parce qu'elle a été conquise par nos. armes, parce qu'elle a été arrosée de sang de nos soldats, mais parce qu'en dépit de tons les systèmes, elle a été pénétrée de nos idées, de nos sentiments, parce qu'elle, est devenue le foyer généreux du libéralisme. « L'Algérie est notre pays, et si une semblable idée pouvait rencontrer des adversaires, j'appellerais ceux qui la contestent à contempler le beau spectacle qu'offrent ici et les splendeurs de la nature et les travaux des hommes. Je leur demanderais ensuite -s'ils ne reconnaissent pas dans cette terre si féconde, si prospère, le miroir du sol natal ». Reconnaissez, mesdames, mes chers collègues, qu'on ne saurait mieux dire!

Rappelons, à ce sujet, que le maréchal Bugeaud, ce grand soldat laboureur
donnait aux colons de cette époque: « Les faucheurs devront avoir leurs faisceaux de fusils à peu de distance d'eux et devront avancer petit à petit, à mesure qu'ils parcourront leurs terres. »
Ajoutez à ces dangers de l'homme, les tremblements de terre, le choléra, la famine, la fièvre, les invasions de sauterelles, l'inclémence du temps et déclarez comme moi que ceux qui ont résisté à tous ces fléaux ont bien mérité de la France.
Vers 1880, le phylloxéra, qui venait de ravager toute la métropole, amena en Algérie une nouvelle colonie de Français qui s'y sont installés c'est à eux que l'on doit ce magnifique vignoble qui est aujourd'hui la pâture en même temps que la richesse de nos trois départements algériens.
Mais la véritable colonisation, celle qui fut entreprise sur les hauts plateaux et qui a été réservée aux petits colons, date de 1891.
Les nouveaux arrivés se sont débattus au milieu de difficultés de toutes sortes dont la plus grande était l'insuffisance d'argent: c'est alors que l'on a créé, pour leur venir en aide, ces organisations de crédit agricole et ces caisses régionales qui leur ont été d'un si grand secours.
En 1905 seulement, le prix des vins augmentant dans des conditions considérables, la situation des colons s'en ressent de la façon la plus favorable.
Et aujourd'hui, ces colons si attaqués ...
M. René Vivier. Ce ne sont pas les vrais Françis qui les dénigrent.
M. Paul Cuttolli...que l'on rend si bêtement et si injustement responsables des événements tragiques qui viennent de désoler l'Algérie, se livrent à là culture des céréales, de la vigne, des agrumes, des dattes et des primeurs, contribuant pour une grande part au développement économique de la France.
Un délégué, à gauche. Et au recrutement des années de Rommel !
M. Paul Cuttoli. Mais quelle est l'origine ethnique de ces agriculteurs algériens, qui n'appartiennent pas tous, hélas! à cette féodalité puissante de grands propriétaires dont on critique le rôle de façon si imméritée.
Ce sont surtout les départements du Centre, du Midi de la France, de la Savoie et de la Corse qui ont fourni le plus fort contingent.
A cet élément sont venus s'amalgamer des éléments du dehors: Italiens, Espagnols, Maltais, notamment. Ces éléments ont créé le peuple algérien qui va sans cesse grandissant et qui, constitué par ce mélange de sangs divers, représente une race qui a toutes les qualités de la race latine, avec un je ne sais quoi de plus énergique et de plus audacieux.
Ce qu'ont fait ces colons, dont l'élite demeure française, ce qu'ont fait ces colons, qui se sont dévoues à leur tâche, a excité l'admiration de tous les écrivains étrangers qui ont visité l'Afrique du Nord; tous: Américains, Anglais, Allemands, se sont inclinés devant les résultats obtenus.
On a constaté, en effet, à des époques de famine, que les journaliers indigènes qui se trouvaient dans le voisinage des fermes européennes, avaient résisté, tandis que leurs coreligionnaires, livrés à eux-mêmes sur des points du territoire algérien éloignés de tout homme européen, avaient durement subi les conséquences de ces crises économiques.
Au surplus, ce qui démontre la supériorité de nos méthodes de colonisation, c'est que la population musulmane a presque quadruplé dans l'espace d'un peu plus d'un siècle.
A quoi attribuer cette manifestation ethnique si éclatante, sinon à la politique généreuse de la France et à la collaboration loyale et vigilante de ses enfants !
Enfin, l'Algérie n'a-t-elle pas joué un rrôle considérable dans la partie décisive de cette guerre ? N'est-ce pas en débarquant en Afrique du Nord que les alliés ont pu modifier les destins des combats, soutenir victorieusement les assauts répétés de l'ennemi et préparer la victoire finale ?
A-t-on oublié le rôle de cette armée improvisée sur notre sol qui, presque sans vêtements et sans armes, a rempli en Tunisie auprès de nos puissants amis anglais et américains, une mission qui l'a rendue digne de cette ancienne armée d'Afrique que l'histoire a glorifiée ?
Les trois départements algériens ont montré, par leur patriotisme, par leurs sacrifices, qu'ils étaient le véritable prolongement de la mère patrie.
Et cependant, ces Français d'Algérie, ces colons qui ont reçu ce mandat qui leur est cher de conserver ce pays à la France, sont injustement attaqués, et ces attaquas ont créé autour de nos frères des trois départements algériens, une légende inexacte.
Si quelques propriétaires de vignobles se sont enrichis, doit-on. pour cela, calomnier cette quantité de petits colons, descendants de nos régions de France qui forment la véritable armature de la colonisation algérienne et qui sont loin de constituer celte féodalité foncière que l'on accable de sarcasmes et d'outrages ?
Mes chers collègues, j'en appelle à votre justice !
Les populations de l'Algérie, françaises d'origine et françaises d'origine musulmane, étroitement unies et associées, doivent, en dépit des épreuves et des injures, poursuivre, avec une foi constante, leur mission qui est de conserver l'Algérie à la France.
Pour cela. elles ont besoin de sécurité, d'ordre et de justice.
C'est là le rôle des pouvoirs publics.

Mais, rappelons-nous toujours que tout ce qui intéresse l'Algérie, tout ce qui assure son existence, son développement économique et sa grandeur intéresse la France au plus haut degré.
Laissez-moi en terminant, citer les paroles que Jules Favre prononçait au cours d'un voyage qu'il effectuait en Afrique du Nord :
« Je ne sais pas ce que l'on entend par question algérienne: l'Algérie c'est la France, le nier c'est fermer les yeux à la lumière. L Algérie est la France non pas seulement parce qu'elle a été conquise par nos. armes, parce qu'elle a été arrosée de sang de nos soldats, mais parce qu'en dépit de tons les systèmes, elle a été pénétrée de nos idées, de nos sentiments, parce qu'elle, est devenue le foyer généreux du libéralisme.
« L'Algérie est notre pays, et si une semblable idée pouvait rencontrer des adversaires, j'appellerais ceux qui la contestent à contempler le beau spectacle qu'offrent ici et les splendeurs de la nature et les travaux des hommes. Je leur demanderais ensuite -s'ils ne reconnaissent pas dans cette terre si féconde, si prospère, le miroir du sol natal ».
Reconnaissez, mesdames, mes chers collègues, qu'on ne saurait mieux dire!

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