Projet de formation d'une compagnie de colonisation en Algérie
Province de Constantine

LA COMPAGNIE RHENANE

PROJETS DE PLANTATIONS DE TABAC: 1853

Nous joignons, comme pièce annexe n° 10, le projet de décret de concession tel qu'il a été élaboré au ministère de la guerre. Il est basé sur les mêmes principes que celui de la colonie du Sétif, seulement au lieu des 20,900 hectares accordés à la compagnie genevoise, il comprend un ensemble de 90,000 hectares, sur lesquels la nouvelle société concessionnaire s'engagerait à construire quarante-cinq villages, dont les quinze premiers dans le délai de cinq ans, quinze autres de.la cinquième à la dixième année, les quinze derniers de la dixième à la quinzième année. Le premier village devra être construit et peuplé deux ans au plus tard après la date du décret de concession; à défaut de ce commencement d'exécution dans le délai fixé la compagnie serait déchue de tous Ses droits; par contre, ce premier engagement étaient rempli, elle ne sera plus exposée à les perdre que sur les zones non occupées par la colonisation à l'expiration de l'une des périodes indiquées, les effets de la concession demeurant réservés quant aux villages construits et peuplés.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur les obligations ou charges qui ressortent de l'acte de concession. En le lisant, il est facile de comprendre que le gouvernement, en entrant dans ce système·, a voulu, tout en sauvegardant les intérêts généraux de l'État et l'avenir des émigrants qui seront amenés en Algérie, ouvrir un champ productif aux compagnies qui engageraient leurs capitaux dans la colonisation.
Dans l'opération que nous venons d'exposer, la compagnie concessionnaire, lorsqu'elle aura exécuté la totalité de ses engagements, sera (devenue propriétaire de 36,000 hectares de terres, et cela dans une des parties les plus fertiles et les plus avantageusement situées de l'Algérie.
il serait difficile d'attribuer dès à présent à ce lot une valeur tant soit peu certaine, soit que la société le réalise ou l'exploite elle-même, soit qu'elle adopte simultanément l'un ou l'autre système. Mais, lorsque l'on sait, ainsi que cela ressort de tous les documents, que la culture des plantes industrielles produit déjà aujourd'hui en Algérie, avec une main-d'œuvre dont le prix doit successivement diminuer encore, un revenu net annuel de 300 à 500 fr' par hectare, on peut entrer résolument et avec une entière confiance dans une opération qui, par sa constitution facile et un virement gradué et successif, ne présente que très-peu de chances de perte à côté de la possibilité, l'on pourrait presque dire de la certitude, des plus brillants résultats.

S. Exc. M. le maréchal, Vaillant termine son rapport du 24 mai dernier à l'empereur en disant que l'Algérie est peut-être destinée à devenir les Indes de la France. En présence d'une semblable perspective, ne doit-il pas naturellement venir à l'idée qu'une entreprise, comme celle dont il est question, pourrait bien un jour, avec une gestion habile et dévouée, arriver à constituer une imitation au petit -pied de la grande compagnie des Indes!

Nous n'avons pas intention de faire ressortir ici avec des couleurs par trop vives tout ce que devra produire de grandiose l'exécution du projet dont nous nous occupons. Banques agricoles, commerce d'importation POUR les besoins des colons et d'exportation pour les produits de la colonie. Tous ces éléments existent dans l'affaire.
Toutefois, et pour le moment, nous ne voulons en traiter qu'un seul.
Il ne fallait pas que ces émigrants fassent défaut, lorsque l'on connaît le chiffre annuel de l'émigration suisse et allemande vers les États d'Amérique? Ne peut-on pas avoir la certitude, au contraire, qu'une compagnie, à la tête de laquelle figureraient des noms connus en Suisse et en Allemagne, parviendra facilement à détourner et à attirer au profit de l'Algérie une partie de ces populations poussées chaque jour davantage à quitter leur sol natal ? Les premiers succès de l'entreprise genevoise sont là pour prouver que cette situation peut et doit se réaliser. Une société ayant à Strasbourg le siège de sa direction agira certainement avec une grande puissance sur les populations allemandes, sur celles de la Suisse et même sur les départements voisins français, notamment sur ceux du Haut et du Bas-Rhin, où l'esprit d'émigration n'attend qu'une occasion favorable pour se faire jour.
Sous ce rapport encore la réussite d'une opération de colonisation en Algérie ne nous paraît donc pas pouvoir être mise en doute.
Après avoir ainsi exposé sommairement les divers éléments qui, dans notre conviction, doivent assurer une grande prospérité à l'entreprise, il nous reste à soumettre le projet d'après lequel nous proposerions de constituer la compagnie qui en entreprendrait l'exécution.
A cet effet nous joignons ci-après les statuts provisoires d'une société anonyme portant le titre de :
Compagnie rhénane de colonisation en Algérie.

Nous ne pensons pas devoir entrer dans de grands détails sur l'économie de ces statuts, dont chaque article s'explique facilement par lui-même. Toutefois il nous semble nécessaire de faire connaître la pensée qui nous a décidé à placer à Strasbourg le siège de la société et de son comité de direction. Nous considérons que le point capital pour faire réussir l'opération, c'est d'y rattacher l'émigration suisse et allemande d'une manière prompte, continue et dans les proportions les plus larges possibles. Le moyen le plus sûr pour arriver à ce résultat est certainement le contact de l'administration de la compagnie avec les populations sur lesquelles on veut agir. Or, ce contact ne peut guère s'obtenir que d'une manière incomplète et souvent défectueuse par des agents intermédiaires, tandis que devenant direct, comme l'organisation proposée l'établit, il inspirera à l'émigration une confiance qui, dans notre opinion, est la condition première essentielle à réaliser, si l'entreprise doit atteindre les destinées que l'on peut entrevoir pour elle dans un avenir peut-être très-prochain.
C'est donc sur ces bases que nous en proposons l'exécution. C'est avec la pensée de pouvoir les appliquer que nous nous sommes fait un plaisir, sur la proposition de quelques amis, de promettre à l'opération le concours de notre activité et de notre dévouement les plus absolus.
Sans doute les charges sont encore lourdes; mais plusieurs circonstances se sont déjà présentées où la France, loin d'avoir à les regretter s'est applaudie de trouver dans les vertus militaires dont l'armée fait l'apprentissage en Algérie, un point d'appui précieux pour' assurer la défense de la société Aujourd'hui même, elle emprunte aux troupes qui ont combattu en Afrique les principaux éléments de l'armée à laquelle Votre Majesté vient de confier l'honneur de nos aigles.

Je ne me le dissimule pas, Sire, le contrecoup de cette guerre peut se faire sentir en Algérie et ces difficultés momentanées peuvent venir contrarier l'essor pris par notre colonie dans ces dernières années; mais ce temps d'arrêt, s'il a lieu, ne sera que partiel et n'atteindra que quelques branches de l'activité européenne. Dans tous les cas, il ne saurait influer que passagèrement sur l'avenir.
L'Algérie est définitivement sortie de la période des essais. Chaque jour révèle des nouvelles l'ressources et augmente, en les groupant, les forces de production. Les efforts de tous répondent aux incitations et à la sollicitude du gouvernement. Après de si longues hésitations et de douloureuses épreuves, le but apparaît enfin, le succès rayonne à l'horizon.
Il est assuré, J'en ai pour garants la situation présente comparée à la situation de 1851, et la bienveillance constante de Votre Majesté pour un pays qui est peut-être destiné à devenir les Indes de la France.
Je suis avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, Le très-humble et très obéissant serviteur
Le maréchal de France ministre secrétaire d'État de la guerre,
VAILLANT.
Strasbourg, le 8 juin 1854.

Rapport de Son Excellence M. le maréchal de Saint-Arnaud, ministre de la guerre, adressé à l'empereur, sur l'encouragement à donner à la culture du coton en Algérie, et décrets y relatifs.

Paris, le 1.6 octobre 1853.
SIRE,
Je viens, conformément aux ordres de Votre Majesté, lui soumettre des propositions en vue de développer énergiquement la culture du coton en Algérie, Mais, avant tout, je crois indispensable d'entrer dans quelques détails sur l'état dans lequel cette question se présente aujourd'hui.
La France a le plus grand intérêt, au point de vue de son industrie manufacturière, à encourager la culture du coton en Algérie,
D'une Part, en effet, la production des États-Unis, qui fournit à l'Europe la plus grande partie de cette matière première, ne suit qu'avec peine les progrès de la fabrication, et le moment n'est peut-être pas très éloigné où le colon fera défaut aux manufactures du continent, surtout quand on voit les Américains mettre chaque année en œuvre des parties de plus en plus considérables de leurs propres produits, D'un autre côté, les autres pays qui pourraient fournir cette matière à l'Europe ne lui en livrent que des quantités tout à fait insuffisantes, Aussi, l'Angleterre s'est-elle déjà préoccupée de celte situation. Depuis plusieurs années, elle encourage la culture du coton dans ses possessions de l'Inde et de l'Australie, les seules qui puissent le produire sur une grande échelle, de manière à pouvoir s'exonérer un jour de la dépendance dans laquelle elle se trouve, sous ce rapport, vis-à-vis d'une nation rivale
La France est aussi fort intéressée à ce que le coton ne manque pas à ses manufactures. Notre pays, on le sait, consomme chaque année pour environ 100 millions de francs de coton, qu'il tire principalement des Etats-Unis et de l'Égypte. Rien n'indique que celte matière première doive lui manquer; mais on ne sait jamais.

Les expériences faites en Algérie depuis plus de dix ans dans les pépinières du gouvernement, et dans les dernières années par quelques colons intelligents, ont prouvé que la culture du coton était non-seulement possible, mais profitable aux agriculteurs, et que les produits l'récoltés étaient susceptibles de rivaliser avec les meilleures qualités obtenues dans d'autres pays,
Parmi les nombreuses espèces de coton qui ont été expérimentées en Algérie , il a été reconnu que la culture de celles dites " Géorgie longue soie ", Jumel, Nankin et Louisiane blanc l'réussissent le mieux, et ce sont précisément les espèces qui sont le plus recherchées pour l'industrie. Les chambres de Commerce de France, auxquelles des échantillons de ces sortes ont été soumis à plusieurs reprises, ont été unanimes pour témoigner de leur bonne qualité, et cette opinion a reçu une éclatante sanction de la part du jury international de l'exposition universelle de Londres, qui, en 1851, a accordé à ces cotons onze récompenses.

Mais c'est principalement vers la production du colon Géorgie longue soir(récolté aux États-Unis sur des îles et des terrains limitrophes de la mer, d'où lui est venu le nom de Sea-Island) que semblent devoir se porter dès à présent les colons algériens, sans toutefois négliger les autres espèces qui pourront aussi donner des résultats avantageux, La raison en est que celte espèce dite longue soie est celle dont le commerce et l'industrie offrent le prix le plus élevé, et qu'en outre la production américaine ne suffit pas aux demandes.
Au l'apport d'un filateur distingué, M. Feray, la récolte des cotons Géorgie longue soie d'Amérique ne dépasserait pas 30,000 balles par an, et on ne pourrait l'augmenter d'une manière notable en raison du peu d'étendue des terres propres à la produire. On ne pourrait davantage obtenir ce colon en Égypte. En Algérie, au contraire, il est facile de trouver, comme dans la Géorgie et la Caroline du Sud, des terrains à proximité de la mer, ou naturellement saturés de sel, où la longue soie croîtrait parfaitement. Ainsi tout le Sahel de la province d'Alger et la plaine de la Mitidja, le littoral de la province d'Oran , principalement dans la partie comprise entre cette ville et Mostaganem, les plaines du Tlélat , de l'Habra et du Sig, celles de Bône et de Philippeville, dans la province de Constantine, sans compter beaucoup d'autres localités, sont susceptibles de produire le coton dans d'excellentes conditions.
Il serait sans doute facile, sur ces terrains, de se procurer, indépendamment des autres espèces, les quantités de Géorgie longue soie qui manquent à , l'industrie, et que M. Feray évalue à 15,000 balles.
Or un pareil placement dans la métropole ou sur les autres marchés de l'Europe procurerait à lui seul un mouvement d'affaires de plus de 20 millions .

On peut, par ce seul fait, juger de l'avenir qui est réservé à l'Algérie.
Déjà des résultats remarquables ont été obtenus par les colons; la première récolte de Géorgie longue soie obtenue en Algérie, en 1850, et soumise à un habile filateur du nord, M. Cox a été estimée par lui au prix de 9 frs le kilogramme; elle a servi à faire des filés ,qui ont atteint facilement les numéros 250 à 360 en fil simple et 400 m en retors. D'un autre côté, M. Feray, appelé à expérimenter les cotons de cette espèce provenant de la récolte de 1852, a reconnu qu'ils avaient conservé la bonne qualité des cotons américains, la finesse, la force, la longueur, et qu'ils se seraient vendus depuis 700 frs jusqu'à 900 frs les 100 kilogrammes sur le marché du Havre, ce qui, dans ces conditions aurait assuré un beau bénéfice au planteur. Enfin, d'après les expériences faites à la pépinière centrale d'Algérie, en 1851, le rendement net à l'hectare de celle espèce serait de 14OO francs, ce qui est produit très avantageux.
Dès à présent donc la culture du coton longue soie, en Algérie, est très profitable au colon; elle le deviendra davantage encore quand les détails en seront plus généralement connus. Dans quelque temps, sans doute, quand la population aura augmenté et que la main-d'œuvre aura baissé, il n'est pas douteux que l'agriculteur trouvera des avantages à produire aussi le coton courte soie dans les parties du territoire qui ne Seront pas reconnues propres à donner le longue soie; peut-être même aujourd'hui pourrait-on, en employant la main-d'œuvre indigène et en intéressant les Arabes aux cultures, se livrer avec fruit à cette production. L'expérience faite en grand, il Y a quelques années, par Mehemed Ali avec les fellahs de l'Égypte, autorise à le penser.

De ce qui précède, il résulte que le gouvernement a le plus grand intérêt à encourager la culture du coton en Algérie. Du reste, les colons commencent à pressentir les bénéfices qu'ils doivent retirer un jour de cette culture.
Restés peu importants jusqu'en 1852, les essais se sont tout à coup multipliés dans ces derniers temps, et, d'après les renseignements parvenus à mon département, on peut évaluer à 700 hectares les ensemencements qui ont été faits cette année pal' les colons dans les trois provinces, Ce chiffre est très considérable si on le rapproche des essais antérieurs . L'impulsion est donc donnée et il semble qu'il n'y ait plus qu'à la développer énergiquement.
Reste à examiner quels sont les moyens les plus propres à obtenir ce résultat

C'est ici le lieu de rappeler les mesures qu'a prises, depuis quelques années, le département de la guerre pour encourager la culture du coton en Algérie.
La première chose à faire était de procurer aux agriculteurs de bonnes graines de coton de Sea-Island. Aucun d'eux n'était en état de tirer, en suffisante quantité, cette graine des États américains, qui n'ont encore que peu de relations avec l'Algérie. Le gouvernement, par l'intermédiaire de ses agents, était seul en position de s'en procurer. Il n'a pas hésité à agir et, depuis 1850, des graines sont distribuées aux colons qui en font la demande, _ L'administration doit persévérer dans cette voie, et il importe qu'elle ne néglige rien pour mettre constamment à la disposition des planteurs algériens des graines d'excellente qualité.
En outre, des notices spéciales sur la culture du coton, rédigées tant à l'étranger qu'en Algérie, ont été mises entre les mains des colons

Mais l'Initiative de l'administration ainsi bornée eût été insuffisante pour encourager la production: le département de la guerre a fait plus,
Le principal obstacle qui arrêtait les agriculteurs était de trouver des acheteurs pour les minimes quantités de coton qu'ils pouvaient produire au début, et la crainte de ne pas obtenir de leur récolte un prix rémunérateur suffisant ils étaient obligés de s'abandonner à la concurrence naturelle et libre du commerce. Aucun colon n'était d'ailleurs en mesure de livrer dès l'abord du coton marchand, c'est·à-dire égrené et tout préparé,

L'administration s'est hâtée de lever cette difficulté en consentant à acheter elle même aux colons le produit de leur récolte à un prix fixé d'avance, suivant la qualité et l'espèce de celle-ci, et suffisamment rémunérateur pour exciter la production, Le coton ainsi acheté non égrené est envoyé des divers points de l'Algérie à la pépinière centrale à Alger, où il est préparé au moyen des machines que possède cet établissement; il est ensuite emballé et expédié en France aux frais de l'État qui, en définitive, le cède à un industriel au prix du commerce. On comprend que cette double opération d'achat aux colons et de revente en France se résout finalement par une perte que le budget de la colonisation est appelé à supporter. Mais ce résultat était prévu, Si cette intervention de l'administration dans la création d'un produit agricole et son débouché est contraire aux principes, elle trouve sa justification dans la nécessité d'encourager une culture naissante du plus grand intérêt pour la France et qui doit faire un jour la richesse de l'Algérie,
Le temps n'est pas encore venu de renoncer à cette mesure de protection; mais il ne faut rien négliger pour hâter le moment où la culture pourra être abandonnée à elle-même,
Dans ce but, je pense qu'il conviendrait d'arrêter dès à présent les moyens d'encouragements suivants:
1 ° Le gouvernement continuerait de fournir des graines aux planteurs qui en feraient la demande,
2° Pendant trois années encore, à partir de i854, les colons seraient avertis que l'administration continuerait à leur acheter leur récolte de coton à un prix fixé d'avance par espèce et par qualité, Le coton, après avoir été préparé, ainsi qu'il a été dit, continuerait d'être vendu en France au compte de l'État,
3° Mais il faut prévoir le cas où le gouvernement, par suite de l'augmentation des produits, pendant ces trois années éprouverait des difficultés à faire préparer le coton dans ses établissements.

Et à le lui livrer non égrené. Pour obvier à cet inconvénient probable, il me parait nécessaire d'allouer des primes à l'introduction en Algérie de machines à égrener, dites Roller-Gin et Saw-Gia.
Nul doute que des agriculteurs s'empresseront d'en faire venir du dehors, et, dans ce cas, l'administration traiterait avec eux pour l'égrenage des quantités qu'elle serait hors d'état de faire préparer dans ses pépinières2, C'est ainsi que tout récemment un marché a été passé entre le préfet d'Oran et M. de Saint-Maur, propriétaire de la ferme d'Arbal, pour l'égrenage de tous les cotons qui seront récoltés cette année dans la province d' Oran. La nécessité de primes, en Algérie, pendant quelques années, la possession de ces machines, est évidente. C'est par elles, en effet, que le pays pourra produire le coton Susceptible d'être livré au commerce.
4° Ainsi que je l'ai dit, le but que doit se proposer l'administration est de mettre les colons à même de créer promptement un produit marchand, et qui trouve de lui-même ses. débouchés. Sans doute, on peut espérer qu'à l'expiration des trois années pendant lesquelles l'administration continuerait à acheter les récoltes des planteurs, la production aurait déjà acquis assez de développement pour marcher à peu près seule, toutefois, avant d'abandonner complètement l'industrie à elle-même, et pour ménager la transition, il me paraîtrait utile de pratiquer encore quelque temps un système d'encouragement vis-à-vis des colons, mais en modifiant le rôle d'intervention de l'administration. Le mode auquel je me suis arrêté consisterait à accorder aux planteurs, pendant deux années, des primes à l'exportation en France des produits récoltés en Algérie et réputés marchands, quelle qu'en soit l'espèce, longue soie ou courte soie, ces deux sortes ayant leur emploi dans l'industrie; une prime déterminée serait allouée par balle de coton d'un poids voulu.
Ainsi, dans le système que je viens d'exposer à Votre Majesté, les colons seraient assurés des encouragements de l'État pendant une durée de cinq années, et il est permis de penser qu'à l'expiration de cette époque, la production serait parvenue à se suffire à elle-même et à se procurer des débouchés dans la métropole,
5° Enfin, indépendamment de l'achat de leurs produits aux colons, l'administration est dans l'habitude, chaque année, lors des expositions agricoles des trois provinces, d'accorder, des prix affectés à la culture de certaines plantes industrielles, au nombre desquelles figure le coton. Mais ces prix sont peu importants, et il est à présumer que l'augmentation de leur valeur serait un énergique stimulant pour développer la culture de ce produit, Je proposerais donc d'instituer, dans ce but, des prix provinciaux de 2,000, 3,000 et 5,000 f.", qui seraient accordés aux cultivateurs qui auraient convenablement rempli les Conditions d'un programme arrêté d'avance par l'administration. L'étendue des cultures, le rendement par hectare, la qualité des produits seraient autant d'éléments d'appréciation. Ces prix seraient accordés concurremment avec les autres modes d'encouragement rappelés ci dessus.

Quant aux détails d'exécution de ces mesures en ce qui concerne la fixation du prix d'achat des cotons, le taux des primes d'exportation des cotons marchands, la valeur des primes à l'importation des machines en Algérie, enfin les conditions des programmes à arrêter pour les prix provinciaux à distribuer annuellement, il sera statué sur tous ces points par décision ministériel}e. Avec un pareil système de primes et d'encouragements, il n'est pas douteux pour moi qu'avant dix ans la culture du coton sera définitivement implantée en Algérie.
Telles sont les propositions que j'ai l'honneur de soumettre à Votre Majesté, Si elle daigne les approuver, je la prie de vouloir, bien revêtir de sa signature le projet de décret ci-joint.
Le ministre secrétaire d'État au département de la guerre,

Signé A. de Saint Arnaud

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