ALGERIE, COLONIE OU DEPARTEMENTS ?

             Pour le métropolitain qui débarque dans les années 1950-1955, l'Algérie passe volontiers pour une province française, mêmes platanes bordant les places, même copie des kiosques à musique, même batiments administratifs, même monuments aux morts de toutes les guerres qu'a fait la France. Des départements découpés "made in France", mais ce ne sont pas des départements comme ceux de l'autre côté de la mer, même si les campagnes de Bône ou d'Alger semblent prolonger le Languedoc ou les Pyrénées Orientales. L'Algérie est sous administrée et sans véritables productions autres que la monoculture du vin et du blé. L'activité artisanale subsiste à côté de quelques industries alimentaires (pates Lavie) et textiles modernes qui ont pu se développer sur place. Pour la plupart des produits fabriqués qu'elle achète , l'Algérie doit compter sur les productions métropolitaines qui trouvent là, un débouché protégé, sans possible compétition internationale. Le marché algérien est exclusivement réservé à la métropole.

             Claire Janou-Roussier écrivait dans son livre : Ces maudits colons

         Sait-on que la mandarine, la clémentine, le crin végétal, le dry-farming, les sulfateuses à air comprimé à haute pression, la pompe à vendange, le fouloir égrappoir, le pressoir continu sont dus à la colonisation Française en Afrique. De même que le réfrigérant tubulaire à ruissellement d'eau extérieur, les cuves à lessivage automatique, le gaz agricole (à l'école d'agriculture de Guelma), le dévasement des grands barrages, les pluies provoquées par pulvérisations aériennes d'iodures d'argent, la fermentation diastasique des tabacs en 24 heures au lieu de trois semaines, la désinsectisation des végétaux par le vide ou par le bromure d'éthyle, la fécondation "pneumatique" des dattiers, la découverte du champignon du "bayoud" le pire ennemi des palmeraies, la maturation artificielle des dates, congélation et infrarouge, la suppression des grandes invasions d'acridiens, le vaccin contre la clavelée etc.

             L'industrie proprement dite est à peu près inexistante dans notre commune. Seule existe l'industrie agroalimentaire de transformation des produits indispensables (farine, huile). Mais, pourquoi n'y a-t-il pas d'industries à Guelma et dans sa région qui ont remporté cependant tant de médailles dans les concours, foires et expositions ?

             Nos pionniers, ayant réussi à transformer maquis et marécages en de vastes étendues productives sont certes capables de telles implantations, mais n'ont pas été convenablement et volontairement aidés (et peut être freinés) par la métropole, pour des raisons économiques.

Dans un article récent paru dans un journal, Gilles Martinez écrivait :

"           Dans un pays statique paralysé par des croyances, des dogmes, des superstitions, il a fallu des animateurs, des organisateurs, des capitaux et surtout entreprendre. Entreprendre, quel mot magique ! Mais comment entreprendre ? le courage de travailler, l'esprit pionnier dans un pays difficile nous l'avions, mais le nerf de la guerre c'était l'argent .

             Quand enfin des prêts furent accordés, restaient deux obstacles et pas les moindres : produire (c'est bien) et vendre (c'est mieux) !

            Or, pour la France nous devenions de sérieux concurrents.

             L'Algérie, quoi que l'on dise au risque de choquer, n'a jamais été un DEPARTEMENT FRANCAIS, ou plutôt si, sur le papier ! Nous fournissions à la métropole de la matière première qui nous revenait en produits manufacturés. Nous n'avions pas de savonnerie alors que nous étions producteur d'huile (nous achetions le savon de Marseille), il y eu une tentative de production savonnière à Bône, vite coulée !. Le minerai de fer de l'Ouenza embarquait à Bône et nous revenait sous forme de poêles ou de casseroles. Le gaz nous revenait en bouteilles, le pétrole brut en carburants raffinés et le coton sous forme de vêtements.

             Sous des mots nous étions département, en réalité nous étions une colonie. A Guelma notre cheptel réputé et important faute de moyen ou de "volonté politique (?)" ne put se transformer en "corned-beef", pas d'abattoir réfrigéré, pas d'usine de transformation. Pas non plus de conserveries, les producteurs détruisaient les agrumes faute de pouvoir les mettre en boites et nous achetions des confiture "made in France".

             Si dans les années 1900 ils furent souhaités par les maires successifs et sans résultats, il fallut attendre le "Plan de Constantine" pour les bâtir et... les abandonner".

"A un moment donné de notre existence, nous perdons la maîtrise de notre vie qui se trouve dès lors gouvernée par son destin.

Pas de commentaires!!!

Site Internet du collectif des Guelmois GUELMA-FRANCE