PHENICIENS ET LA CIVILISATION PUNIQUE.

Baliddir, " le Maître puissant " recevait des hommages à Sigus (au sud de Constantine) et dans le voisinage de Guelma (grottes de Taya), d'autres divinités sémitiques se cachaient derrière des noms latins.
La civilisation hellénique s'était introduite dans la ville de Carthage dès le septième siècle; pendant les siècles suivants, elle l'avait envahie à un tel point qu'à la veille de sa disparition, la Tyr de l'Occident était à moitié grecque.

Ce fut d'abord par cette porte qu'elle entra dans les pays indigènes ; plus tard, elle y pénétra directement. Aussi constate-t-on, dans certains monuments de Algérie antérieurs aux Romains, c'est un mélange d éléments grecs et carthaginois,- soit des influences purement grecques.
Dans le Médracen, vaste tumulus élevé, vers le troisième siècle avant J-C, par un roi numide, à proximité de l'Aurès, le pourtour offre des chapiteaux doriques, alliés à une corniche égypto-phénicienne. C'est à l'art grec qu'appartient tout entier le mausolée du Khroub, construit au milieu du second siècle, peut-être pour servir de demeure dernière au grand Masinissa. C est aussi à l'art grec, mais à une école quelque peu figée dans la routine; qu'a été empruntée la décoration extérieure du "Tombeau de la Chrétienne ", sépulture d'un roi qui dut vivre au premier siècle avant notre ère et qui voulut à la fois imiter et surpasser le Médracen.

Le culte de Déméter et de Perséphone, apporté de Sicile à Carthage en l'année 395 avant notre ère, se répandit à travers l'Afrique du Nord; il en fut de même des cultes de Dionysos et d'Hadès.
A l'époque romaine, on adorait ces divinités sous les noms de Cereres, de Liber, Pater et de Pinto.

LES GRANDS ROYAUMES INDIGÈNES

Formation de grands États indigènes. -- Progrès de la civilisation dans ces royaumes. - Rome et les rois numides. - Jugurtha. - Juba I et Juba

L'Algérie n'a pas de larges voies de pénétration. Deux longues rangées de montagnes, courant de l'ouest à l'est, la partagent en des bandes de végétation et d'aspect divers.
La bande qui s'étend en arrière de la Méditerranée, le Tell, est la plus propre au peuplement humain, grâce aux pluies qu'elle reçoit.
Mais c'est une suite incohérente de plaines, de vallées et de massifs, formant des compartiments. Cette contrée semble donc avoir été destinée par la nature au morcellement politique.

Cependant de nombreux passages s'ouvrent à travers les montagnes et facilitent les communications. Tous les ans, les nomades des steppes et du Sahara amènent leurs troupeaux dans les pâturages du Tell; ils viennent échanger des laines et des dattes contre des céréales.

Des rapports suivis s'établirent de bonne heure entre les indigènes des diverses régions de la Berbérie où une seule langue s'y répandit

Aux temps préhistoriques, celles dont dérivent les dialectes qu'on y parle encore. Plus tard, de vastes royaumes se fondèrent. Syphax put lever une armée de soixante mille hommes pour combattre Scipion l'Africain ; Juba 1er rassembla contre César trente mille fantassins et vingt mille cavaliers.
Au second siècle avant Jésus-Christ, Masinissa, Micipsa et Jugurtha régnèrent depuis le Maroc jusqu'à la Tripolitaine.
Ces princes prétendaient exercer une autorité absolue; après leur mort, peut-être aussi de leur vivant, on leur rendait des honneurs divins.
Mais, en réalité, les tribus et les cités gardaient presque entièrement leur autonomie et formaient une vaste mosaïque de groupes distincts, auxquels se superposait le pouvoir royal, fort quand le maître était un homme actif et énergique, faible et contesté quand sa vigueur et sa volonté étaient inférieures â sa lourde tâche.
Tous les sujets de ces rois n'étaient pas des barbares. Lors de la destruction de Carthage, et probablement même auparavant, des colonies phéniciennes du littoral avaient dû se soumettre à la domination des souverains maures et numides. A 1'intérieur du pays, d'anciens refuges, d'anciens bourgs avaient été remplaces par des villes.
Dans plusieurs d'entre elles, s'élevaient des édifices puniques ou gréco-puniques, palais, temples, mausolées ; des marchands, des artisans grecs et italiens vivaient a Cirta.
Ces villes étaient nombreuses surtout dans le nord de la province de Constantine, mais on en rencontrait aussi quelques-unes loin des côtes Theveste (Térbissa) avait déjà dans ses murs et sur son territoire une population assez forte pour pouvoir livrer trois mille otages à un général carthaginois.

Dans le Tell, l'agriculture se développa sous la tyrannie bienfaisante de Masinissa; plus d'une fois, les rois de Numidie envoyèrent du blé et de l'orge aux armées romaines qui faisaient la guerre en Sardaigne et en Espagne.
L'Afrique était, dès cette époque, la terre fertile en céréales et propre à l'élevage dont parle Salluste. Cette prospérité agricole s'étendait jusqu'à la frontière occidentale de notre Algérie. Le pays des Masasy1es, qui comprenait le Tell des provinces d'Oran et d'Alger, les plaines de Bordj bou Aréridj et de Sétif, était même, assure-t-on, plus riche en hommes et en produits du sol que celui des Massyles, qui répondait au reste de la province de Constantine. On vantait la fécondité des femmes indigènes et on prétendait que l'Afrique était la contrée où il naissait le plus de jumeaux.
Quand Scipion Émilien eut brûlé Carthage, la République romaine s'annexa le territoire que cette ville possédait avant la dernière guerre punique ce n'était que la partie nord-est de la Tunisie. Elle se soucia d'ailleurs assez peu de sa nouvelle province et ne chercha pas à la transformer en un pays latin. Elle confia la surveillance de ses frontières aux souverains indigènes, auxquels elle laissa le reste de l'Afrique du Nord. Ces princes devinrent ses vassaux. Masmissa disait humblement qu'il regardait les Romains comme les véritables propriétaires de son royaume et qu'il n'en avait que l'usufruit.
Il envoyait au delà des mers des éléphants et des cavaliers pour combattre leurs ennemis; en récompense, il recevait du Sénat quelques hochets : couronne d'or, bâton d'ivoire, chaise d'ivoire, toges et tuniques richement brodées.

Grotte de Taya,
Souvenir du voyage de 2005
L'entrée est enfin là, le couloir des inscriptions présente une inclinaison de 5 mètres sur une longueur de 35 mètres puis s'enfonce dans les ténèbres. On patauge et on glisse sur des bouses de vaches fraîches.. on n'ira pas plus loin
Des inscriptions votives et mortuaires au nombre de 64, dédiées à l'auguste Dieu Bacax, existent encore mais il faut avoir une bonne vue pour deviner les écritures.
Presque toutes sont du troisième siècle de notre ère. Tous les ans les habitants de Thibilis, venaient en grande pompe offrir des sacrifices au Dieu des grottes .
C'est dans un de ces pèlerinages que deux jeunes Thibilitains , Judius et Caïus Voratius, trouvèrent la mort en se laissant choir maladroitement dans le gouffre, ainsi qu'en témoigne l'une des inscriptions relatées ci-dessus.

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