Ce que souhaiteraient ne plus entendre les Français d'Algérie

              Même si certains s’en sont accommodés et si d’autres le revendiquent avec fierté, comme un étendard, je n’apprécie pas du tout le terme « pieds-noirs » qui, j’en suis persuadé, contient une connotation péjorative, étiquette qui nous a été attribuée par nos adversaires dans le seul but de nous distinguer parmi tous les Français pour mieux nous isoler et nous condamner.

             Vous conviendrez qu’il est plus facile d’accepter pour le peuple français de sacrifier un million de pieds-noirs qu’un million de Français fussent-ils d’Algérie comme d’autres sont de Corse ou de Bretagne ! En Algérie on nous appelait et on s’appelait Français d’Algérie ou Européens, et les Arabes nous appelaient Roumis ou Ensara. En réalité on était tous Français : les uns d’origine, les autres par naturalisation comme les Juifs, les Espagnols, les Italiens, les Maltais, et en plus petit nombre les Allemands, les Luxembourgeois, les Grecs, les Irlandais… A ma connaissance, en Algérie on ignorait le terme « pied-noir » .
Personnellement je l’ai découvert après 1962 en France. J’ai donc, pour les raisons que j’ai indiquées plus haut et pour rester fidèle à l’ancienne et seule appellation qui me convient, conservé le terme de Français d’Algérie comme notre compatriote Albert Camus qui ne prononce pas ou peu souvent le mot « pied-noir », l’avez-vous remarqué ? Lui aussi parle d’Européens ou de Français d’Algérie.

Aujourd’hui encore, plus de 50 ans après, on ne veut pas connaître et dire la vérité longtemps étouffée conjointement par les gouvernants français et algériens successifs et qui sur ce point au moins ont de bonnes raisons de s’entendre car leur conduite est loin d’être exemplaire ! Même l’ouverture bien tardive des archives (Un silence d’Etat de J.J. JORDI ) jusque-là cadenassées, ne semble pas outre mesure troubler leur conscience.

Les responsables sont persuadés que la véritable histoire de l’Algérie est - et restera - celle qu’ils ont eux-mêmes écrite. L’Histoire, tout le monde le sait, est écrite par les vainqueurs ! Les jeunes Algériens, qui comprennent bien que l’Histoire qui leur est racontée par le FLN et ses sympathisants est loin d’être vraie, commencent à douter sérieusement de ce qui se dit sur la présence française en Algérie pendant 132 ans ! Ils veulent savoir (Algérie : le vrai état des lieux-50 ans d’indépendance de Frédéric PONS - Calmann-Levy 2013) d’autant que leur pays ne semble pas avoir décollé, bien au contraire, depuis l’indépendance. C’est un échec total cette indépendance, comme dans beaucoup d’autres pays africains, tout le monde le sait, et en France plus qu’ailleurs, mais on préfère se taire ! Il ne faut pas le dire car on pourrait découvrir que les vraies raisons qui ont poussé De Gaulle (DG) à lâcher l’Algérie,l’abandon d’une partie intégrale du territoire (15 départements français !) ne sont pastotalement celles qui ont été invoquées !C’est parce que principalement l’Algérie coûtait cher à la France et qu’elle aurait davantagecoûté encore si on avait élevé le niveau de vie de ses habitants, que l’indépendance a étéaccordée à ce pays ! Oui , je ne le croyais pas … C’est tout simplement ignoble ! Unedeuxième raison : DG ne souhaitait pas l’intégration ou l’assimilation pour éviter que la France, sous la menace démographique (forte natalité chez les musulmans algériens), ne s’algérianise ! Certains propos cités par le Général sont sans ambiguïté et pourraient même aujourd’hui lui être reprochés, parce que racistes !
La rébellion aurait servi de prétexte puisque même une fois matée, l’armée française ayant eu raison des dernières poches de résistance, DG a quand même poursuivi son but : larguer à n’importe quel prix cet encombrant boulet ! C’est comme si aujourd’hui on décidait d’accorder l’indépendance aux régions ou départements français les plus pauvres ou économiquement faibles (Corse, Bretagne, Corrèze,…) ! Le peuple français ne l’accepterait pas et c’est tant mieux.

On a préféré bien sûr aux yeux de tous (y compris l’International) donner comme prétexte qu’on offrait à un peuple brutalement soumis et colonisé depuis plus d’un siècle son indépendance et sa liberté ! C’est beaucoup plus acceptable que d’invoquer de basses raisons économiques . Comme l’avait analysé parfaitement Albert CAMUS qui était bien placé pour en parler, des réformes étaient certes nécessaires et urgentes mais le départ forcé des Européens d’Algérie (la valise ou le cercueil) a été fatal aussi à l’Algérie et aux Algériens. Peut-être encore davantage que pour les Français d’Algérie repliés en France ou ailleurs (Espagne, Argentine, Canada, Israël, Nouvelle Calédonie,…) et qui, dans l’ensemble et malgré l’accueil qu’ils ont reçu particulièrement de la « L’Amère Patrie », ont fait surface et contre mauvaise fortune bon coeur ! Certains d’entre eux qui vivaient misérablement ou presque en Algérie sont heureux de dire qu’ils sont mieux installés ici que dans leur pays natal.

Excepté le soleil, la douceur de vivre et leurs morts dont les sépultures sont régulièrement profanées ou pillées laissant apparaître des ossements livrés aux intempéries, ils ne regrettent rien.
Nous sommes bien loin des clichés savamment entretenus par nos ennemis de toujours (PC) et l’Intelligentsia française (Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, BHL, Pierre Nora, Benjamin Stora,… et tant d’autres) du colon méprisant et suffisant, fumant cigare, roulant Cadillac, et exploitant abusivement ses ouvriers !... Ces Français, ceux qui ont eu la chance de ne pas perdre la vie mais tout le reste, ont pour la plupart réussi leur vie et celle de leurs enfants en France. Vous les voyez vivre, chers compatriotes Français de Métropole, puisqu’il vous a été donné de les côtoyer et parfois de les fréquenter amicalement depuis plus d’un demi-siècle.

Vous font-ils pitié? Ils ne sont plus à plaindre. Ils l’ont été lors de leur exode. Mais aujourd’hui, les Français d’Algérie ne font pas pitié. Ils ne demandent aucune pitié d’ailleurs. Ils souhaitent uniquement que leur souffrance et l’injustice dont ils ont été victimes soient reconnues par les Français. Ils ne veulent plus être considérés éternellement comme des bourreaux alors que la vérité est tout autre ! Ce sont des victimes à qui, lâchement, on continue de faire porter le « chapeau » ! Les Français d’Algérie ne comprennent pas que ces Algériens, qui ont lutté à feu et à sang pour reconquérir leur pays, aient pu, aussitôt l’Algérie indépendante, l’abandonner pour venir s’installer en France, le pays colonisateur ! Alors pourquoi nous avoir chassés ? Etait-ce vraiment la possession de leur terre que souhaitaient ces Algériens ou plutôt notre départ ? Quel gâchis ! Les Français d’Algérie ne supportent pas que les médias français offrent si complaisamment l’antenne et le micro aux adversaires d’hier surtout quand il s’agit de tueurs, d’assassins et de poseuses de bombes qui ont fait tant de victimes militaires et civiles pour la plupart innocentes.

Les Français d’Algérie ne supportent pas que l’on passe en France des films à la gloire des Algériens financés en partie par des fonds publics et dont l’objectivité n’est pas respectée. Les Français d’Algérie sont fatigués d’être pour un oui ou pour un non brocardés (dernier exemple Eva Joly qui les compare aux Roms ?).

Les Français d’Algérie sont las de s’entendre dire qu’ils sont racistes, eux qui partageaient plus souvent la vie de leurs ouvriers que certains patrons ou chefs d’entreprise métropolitains, les invitant parfois à leur table. Le politologue Thomas Guenole récemmentauteur d’insultes racistes contre les PN devra prochainement répondre devant la justice (plainte déposée par le Cercle Algérianiste).

Les Français d’Algérie ne supportent pas de voir des scènes de violence en France menées par ces jeunes d’origine algérienne qui sont peu enclins à retourner dans leur pays pourtant désormais libre pour les raisons que l’on sait et qui paradoxalement font tout pour que la France qu’ils haïssent ressemble à leur pays d’origine ! Les Français d’ Algérie éprouvent de la peine à voir et entendre leurs compatriotes traiter du sujet avec autant de détachement pour le moins vis-à-vis d’eux-mêmes et des Harkis et avec autant de compassion et d’empathie pour leurs ennemis d’hier ! Les Français d’Algérie ne comprennent pas pourquoi le Peuple de France si prompt à porter secours partout dans le monde à tout individu même étranger en danger, n’a rien fait, bien au contraire, pour leur venir en aide lorsqu’ils étaient en danger de mort ! L’armée française avait reçu l’ordre ignoble de ne pas intervenir la journée du 5 juillet 1962 à Oran, laissant ainsi massacrer, après que l’Algérie fut indépendante, quelques milliers de personnes (femmes, enfants, vieillards, tous innocents et désarmés) uniquement par ce qu’ils étaient européens et qu’ils souillaient une terre d’Islam !) (Oran 5 juillet 1962- Un massacre oublié de Guillaume Zeller). Ce qui évidemment a précipité leur départ ! Peut-on parler comme Jacques Soustelle d’un ethnocide ? Ces Français d’Algérie n’oublieront jamais l’accueil qui leur a été réservé et plus particulièrement par la ville de Marseille, ni les remarques désobligeantes dont ils furent l’objet un peu partout en France (refus à Toulouse de leur louer un appartement par exemple, refus des paroissiens d’un village d’assister à la messe dominicale parce que le prêtre venait d’Algérie !..)

Oui tout cela s’est passé dans notre beau pays de France, il y a seulement 52 ans !

Pour avoir trop diabolisé et stigmatisé les Français d’Algérie et s’être montrés d’une grande mansuétude vis-à-vis des Algériens, les Français risquent bien de connaître dans leur propre pays ce que nous avons vécu les dernières années en Algérie ! Je ne pense pas que DG eût voulu ça ! Mais ce « grand homme » aurait dû, il en avait les moyens, dire aux Algériens : « Vous avez voulu vivre libres dans votre pays, vous avez courageusement combattu pour y parvenir, vous l’avez votre pays, restez-y ! Notre souci premier est maintenant de recaser les Français et les Harkis (plus d’un million de personnes et dans l’urgence) puisque, ignorant les Accords d’Evian, vous leur promettez la valise ou le cercueil ! » Mais non , les cris et fêtes de l’indépendance n’étaient pas encore retombés que nombre d’Algériens et non des moindres s’exilaient pour venir s’installer en France ! Ce flux n’a jamais diminué et se poursuit encore à une cadence que certains Algériens souhaiteraient amplifier (toujours plus de demandes de visas).

C’est souvent l’élite des Algériens (médecins, avocats, enseignants, ingénieurs, journalistes, écrivains,…) qui a quitté le pays. J’en connaissais personnellement quelques-uns. Les Français devraient se poser des questions, me semble-t-il, sur ce nouvel exode et surtout sa destination ! Un jour il pourrait leur être reproché d’avoir accepté de dégarnir ou priver ainsi la nouvelle Algérie de ses cadres, de ses élites, de ses guides, la plongeant assurément dans le chaos où elle est depuis 1962 comme beaucoup de pays africains après leur indépendance ! Certains Algériens, les jeunes surtout, pourraient bientôt se poser la question de savoir si le général DG ne les aurait pas bernés eux aussi, pressé qu’il était de se débarrasser du boulet algérien ! DG le savait (C’était De Gaulle, Alain Peyrefitte) que l’Algérie était incapable de s’administrer mais la volonté de s’en débarrasser était plus forte ! « Tant pis pour eux et tant mieux pour nous ! » aurait dit le Général à Peyrefitte qui le lui faisait remarquer.

Ce que demandent aujourd’hui les Français d’Algérie c’est qu’on cesse de les diaboliser et d’en faire des boucs émissaires ! Rétablir la Vérité, toute la Vérité tout simplement Dire qu’ils n’étaient pas seuls coupables dans cette aventure (si coupables il y a !).
Après tout, c’est bien la France qui a colonisé l’Algérie et demandé à une partie de sa population (souvent des rebelles, des exclus et des miséreux) d’aller civiliser et peupler ce pays qui d’ailleurs n’en était pas un !
L’Algérie n’existait pas en tant qu’entité géographique organisée.

C’est la France qui a donné à l’Algérie son nom et ses frontières et qui a réuni ses populations et tribus éparses souvent en guerre entre elles ! C’est la France qui a apporté l’hygiène et les infrastructures (routes, eau courante, ports, ponts, barrages, villes, hôpitaux, écoles, fermes modèles ou pilotes), la scolarisation, le cadastre, les services sociaux, des cultures et plantations dans des régions sauvages, incultes, inhospitalières, souvent insalubres où il a fallu de gros efforts que seules plusieurs générations de colons français ou devenus français (espagnols , italiens, maltais,..) ont fournis pour en faire un pays moderne et riche (malgré tout) en plein essor et largement convoité en 1950/1960 par les autres Etats de la planète après la découverte des gisements sahariens de gaz et de pétrole par les Français peu avant leur départ .

La France donc, comme le dit notre prix Nobel de littérature Albert Camus, lui aussi d’origine bien modeste, n’a pas à s’affranchir de ses responsabilités dans l’affaire algérienne. C’est toute la France - et pas seulement les PN - qui a profité en son temps de la colonisation de l’Algérie (ce qui était tout à fait normal) et c’est donc s’il y a eu des erreurs faites, à la France toute entière de se sentir responsable. Trop facile et peu glorieux de se retirer pour laisser accuser seuls les PN ! En Algérie c’était la France qui commandait et c’est encore Elle qui fixait le salaire des ouvriers, c’est encore Elle qui avait le pouvoir de nous imposer des réformes et c’est toujours Elle, et Elle seule, qui avait le pouvoir de décision, il faut reconnaître aussi que c’est Elle qui finançait la plupart des grands travaux. Ainsi c’est toute la France qui doit se sentir responsable de la tragédie algérienne. Elle ne doit pas s’absoudre elle-même et laisser à d’autres le soin de régler la note ! En l’occurrence les Français d’Algérie rendus seuls responsables de ce qui leur est arrivé « Crevez-les, ils l’ont bien mérité » ( Chroniques Algériennes 1939-1958 d’Albert Camus ) !

Par ailleurs cette France, plutôt que de battre sa coulpe et de s’abandonner honteusement dans une repentance aussi injustifiée qu’inutile qui divise les Français eux-mêmes, ferait mieux d’affirmer ce qu’elle a réalisé de positif, de grand et de beau en Algérie ! Le monde entier le sait.
Certains Algériens eux-mêmes aujourd’hui en conviennent et avouent regretter notre départ ! (propos de M.Hocine Ait Ahmed, ancien chef historique du FLN ) Ce serait la meilleure façon de s’attacher les populations issues de l’émigration et en tout premier lieu les « Jeunes » !
Sinon nous risquons à plus ou moins long terme de connaître ce qui s’est passé en Algérie, mais cette fois sur le sol français !
Jean-Paul VICTORY

Toulouse le 15 janvier 2014
NB : le terme « Rapatrié » est lui aussi une ineptie quand on sait que près de la moitié des Français d’Algérie étant d’origine étrangère n’étaient donc jamais partis de France, de cette France que la plupart d'entre eux ne connaissaient pas et qu’ils ont découverte pour la première fois en quittant définitivement l’Algérie .
Par ailleurs nous vivions en Algérie et l’Algérie c’était la France.
L’Oranie était un département français, que je sache, nous vivions donc dans notre Patrie.
Le mot « dépatrié » , peu agréable il est vrai, aurait davantage convenu à la situation des Français d’Algérie chassés de leur pays natal en 1962.
"Les religions, les cultures juive et chrétienne se trouvaient en Afrique du Nord bien avant les arabo-musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd’hui hégémonistes.

Avec les Pieds-Noirs et le dynamisme - je dis bien les Pieds-Noirs et non les Français - l’Algérie serait aujourd’hui une grande puissance africaine, méditerranéenne. Hélas ! Je reconnais que nous avons commis des erreurs politiques, stratégiques. Il y a eu envers les Pieds-Noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents et dont l’Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens".
(Propos de Hocine Aït Ahmed, ancien chef historique du FLN, en juin 2005, Revue Ensemble, n°248).

Source internet: envoyé par Christian Migliaccio

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