LES CAVALIERS SAHARIENS.
(étude)

Ces deux cavaliers faisant halte et scrutant autour d'eux le désert, l'un se penchant de côte et tendant l'oreille pour saisir le moindre bruit apporté par le vent, l'autre dressé sur ses étriers, s'exhaussant de ses deux bras raidis sur sa selle, allongeant le plus possible sa haute taille et levant la tête pour atteindre de son regard perçant les dernières limites de horizon, expriment un des traits

Travailler lui semble indigne de lui; il laisse l'agriculture et le commerce aux habitants sédentaires des villages, qu'il traite ironiquement de marchands de poivre. Il est généralement grand, maigre, robuste, agile, courageux son teint, bruni par le soleil, a la couleur du sable, les plus caractéristiques de la vie des nomades sahariens. L'Arabe nomade du Sahara est presque toujours à cheval; il se promène, il surveille ses nombreux troupeaux, il chasse l'autruche et l'antilope, il fait la guerre et il adapte sa vue, sans cesse exercée, est d'une portée étonnante, il prétend distinguer à deux ou trois lieues de distance un homme d'une femme, et a cinq ou six un troupeau de chameaux d'un troupeau de moutons.

Il se déplace vers le Tell, où il achète sa provision de grains; puis il retourne au désert, sa vraie patrie. Tous les quinze ou vingt jours, il change de campement; quand il n'est pas en selle, il est assis en plein air, a la porte de sa tente, causant de ses exploits de chasse et de guerre, de sa religion et de ses chevaux: ces derniers surtout, chéris et soignés comme des membres de la famille, sont le sujet d'inépuisables conversations.

Les Arabes nomades sont fiers de ce genre de vie, et ils ne l'échangeraient pas contre les douceurs de la civilisation la plus raffinée.

M. le général Damnas rapporte l'opinion d'un de ces Sahariens venu a Paris, et dont la vive intelligence avait été très frappée -dit-il, par merveilleux spectacle offert a ses yeux.

Il y a dans votre pays, dit il, un commandement sévère. Un homme peut y voyager jour et nuit sans inquiétude. Vos constructions sont belles, votre éclairage est admirable, vos voitures sont commodes, vos bateaux a fumée et vos chemins de fer n'ont rien qui leur soit comparable dans le monde. On trouve chez vous des aliments et des plaisirs pour tous les âges et pour toutes les bourses.

Vous avez une armée organisée comme des degrés, celui-ci au-dessus de celui-là. Le fer de-vos soldats brille comme de l'argent. Vous avez de, l'eau et des ponts en abondance. Vos cultures sont bien entendues vous en avez pour chaque saison. L'œil ne se lasse pas plus de voir vos légumes et vos fruits que votre sol ne se lasse de les fournir. Vous avez de quoi contenter l'univers entier en velours, en étoffes précieuses, en pierreries.
Enfin, ce qui nous étonne le plus, c'est la promptitude avec laquelle vous savez ce qui se passe sur les points les plus éloignés.

Après avoir rendu justice à notre pays, il fit l'éloge de l'Afrique en ces termes :
Tandis que votre ciel sans cesse brumeux, que votre soleil est celui d'un jour ou deux, nous avons un soleil constant et un magnifique.
Si, par hasard, le ciel se couvre, cela dure un instant après il se referme, le beau temps et la chaleur nous est rendue.
Tandis que vous êtes fixés au sol par ces maisons que vous aimez et que nous détestons, nous, nous voyons sans cesse un paysage nouveau.

Dans ces migrations, nous avons pour cortège la guerre, la chasse, les jeunes filles qui poussent des cris de joie, les troupeaux de chamelles et de moutons se promènent sous nos regards, les juments suivies de leurs poulains bondissent autour de nous.
Vous travaillez comme des malheureux; nous, nous ne faisons rien.
Nos troupeaux, qui sont notre fortune, vivent sur le domaine de Dieu; nous n'avons besoin ni de piocher, ni de cultiver, ni de récolter.

Quand nous le jugeons nécessaire, nous vendons des chameaux, des moutons, des chevaux ou de la laine; puis nous achetons et les denrées que réclame notre subsistance elles sont plus riches de ces marchandises que les chrétiens prennent tant de peine fabriquer.

Nos femmes,-quand elles nous aident, sellent elles-mêmes nos chevaux, et quand nous montons à cheval, elles viennent nous présenter notre fusil :
0 mon seigneur, s'il plaît a Dieu, tu pars avec le mal, tu reviendras avec le bien.

Notre pays, au printemps, en hiver, dans toutes les saisons, ressemble à un tapis de fleurs d'où s'exhalent les plus douées odeurs.
Nous avons des truffes et des légumes qui valent le navet; le ciel nous fournit des aliments précieux.
Nous chassons la gazelle, l'autruche, le lynx, le lièvre, le lapin, le dol, le renard, le chacal, l'antilope.

Personne ne nous fait payer d'impôts; aucun sultan ne nous commande.

Chez vous, on donne l'hospitalité pour de l'argent. Chez nous, quand tu as dit: Je suis l'invité de "Dieu", on te répond, Rassasie-toi et l'on se précipite pour te servir.

Les versets suivants, composés par un marabout, peignent, et démontrent la vie arabe:

L'Arabe nomade est campé dans une vaste plaine; la nuit, autour de lui règne le silence, et le jour, il n'entend que le beuglement des chameaux, et le cri des chacals.

Sa maison est une pièce d'étoffe tendue avec des piqués dans le sable..
Les herbages que Dieu fait croitre dans les champs sont les herbages de ses troupeaux.
Sous sa tente, il a son chien qui l'avertit si le voleur approche.

Aussi le musulman est heureux, il a le lait de ses chamelles qui est son aliment de base, la laine de ses moutons fait son vêtement.. il se couche où le surprend la nuit;

Et de conclure, ma maison ne peut pas s'écrouler. Je suis à l' abri des caprices du sultan, car il est loin, et les griffes du lion ne me font pas peur.

Pourquoi voudriez-vous que je copie votre façon de vivre, vous avez peur de la mort, moi pas, car je sais que dieu est de mon côté

Cette logique orientale, me dit-il, est vieille de quelques dizaines de siècles, elle est encrée au plus profond de notre être, et nous nous battrons jusqu'à la mort pour la conserver....

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