AVENTURE EN NUMIDIE
Á TOUS LES PIONNIERS DE LA CIVILISATION FRANCAISE QUI ONT DÉFRICHÉ ET ASSANI,
L'ALGÉRIE
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Plus redoutable que les fauves, sont les insectes parasites de même que le paludisme est inoculé à l'homme par de minuscules anophèles nés des eaux stagnantes. Le pou du bovin, ou piroplasmose, est donné au bœuf par des piqûres des tiques qui apparaissent en été dans l'herbe des prairies apparentes que le marais laisse en séchant.
Nous revenions du camp de Millesimo 1, Sur le bord de la piste, une maisonnette isolée est là, déserte, contrevents fermés, portes barricadées. Les écuries, le chai et les granges sont clos, la toiture se disjoint, les herbes folles ont envahi les cours, les chemins, le jardin, les champs et les vignes qui n'ont pas été taillées ni labourées. Pas une âme, pas un être vivant. Silence et solitude, à l'heure crépusculaire où la fin des travaux et le retour des troupeaux emplissent d'ordinaire les cours de ferme d'une joyeuse animation. L'histoire est malheureusement répétitive et dramatique, Un colon était venu de France avec sa jeune femme, il avait construit ces bâtiments, il avait, avec acharnement, défriché la brousse, retourné la terre, planté vigne et fruitiers, semé orge et blé. Un bébé était né. La terre commençait à produire, les salaires faisaient vivre plusieurs familles d'indigènes. L'été dernier le paludisme s'était abattu sur la famille, ruinant les forces et la santé des parents, tuant l'enfant. Le père, et la mère, désespérés, s'étaient enfuis, étaient rentrés en France. Nous n'avons pas retrouvé les registres obituaires de la population civile de Guelma, cependant les chiffres de Boufarik nous donnent un aperçu des mortalités :
En 1837 il meurt un habitant sur 10,
en 1838 se sera également un habitant sur 10,
En 1839,1841,1842 un sur cinq,
En 1843 1 sur 17,
En 1844 1 sur 13,
En 1846,1 sur 15,
En 1847 un sur 12,
En 1848 un sur 28,
En 1849 un sur 35,
En 1850 un sur 34,
En 1851 un sur 31.
L'insalubrité rend son séjour mortel pour les Européens.
A Guelma, les arabes seront étonnés de voir les troupes françaises et les colons occuper la plaine. Depuis trop longtemps décimés par les fièvres, ils avaient compris d'une façon empirique que l'altitude entre 700 et 800 mètres, les protégeraient des piqûres de moustiques et donc des fièvres.

LES MARAIS DE LA SEYBOUSE. M Fromentin écrivait :
" La partie basse de plaine est cachée sous l'eau ". C'est le royaume de la vase, - fond morne, affreux, sombre et donnant. " En 1837, le territoire de GUELMA depuis le confluent de l'oued Seybouse et de l'oued Bou Hamdame n'était qu'un marais tigré de forêts, de joncs impénétrables ; ce n'étaient que flaques d'eau croupissantes, que mares, que rides suintantes ne trouvant pas à s'écouler, ces eaux dormaient sur le sol en attendant que le soleil les bût... Des chaussées, des ponts en branchages jetés sur ces vases permettaient de circuler à travers les fondrières, lesquelles étaient semées d'îlots fourrés de maquis emmêlé et embroussaillé de lianes, de ronce d'aubépines et d'oliviers rabougris... Les sentiers suivaient les renflements, les veines du sol, en traversant des enfoncements bourbeux,... dans lesquels on enfonçait jusqu'aux genoux, surtout pendant la saison des pluies.

LE MARAIS SOUS LA DOMINATION MUSULMANE. Par faute de documents arabe, les archives consultées, ne nous permettent pas d'esquisser un aperçu du sort de la plaine qui cerne Guelma pendant cette période de découverte de cette région.
Considérerons d'abord la suite des événements politiques et militaires, puis la situation économique aux différentes époques

LA DÉVASTATION DES TRIBUS HILALIENNE ET L'OPPRESSION TURQUE. La civilisation antique, déjà frappée par les Vandales et par les indigènes, périt dans l'Afrique du Nord après la défaite et le départ des Byzantins, lorsque se produisirent, en 647, les premières incursions musulmanes. A partir de ce moment, l'Afrique du Nord appartint tout entière à l'Orient ; l'unité méditerranéenne cessa d'exister. Les Berbères venaient de perdre leur identité L'emprise intellectuelle de l'Egypte ne dura pas trois siècles. Un événement capital ruina, en Afrique du Nord, à partir de 1050, cette civilisation d'origine orientale : l'invasion des Arabes Hilâliens. Ils arrivèrent dans la Mitidja vers le milieu du XIIe siècle. Leur domination a soustrait le pays à l'influence de la civilisation orientale.

GUERRES INCESSANTES ET ÉPIDEMIES MEURTRIÈRES SONT CAUSE DE L'INFERTILITÉ DE LA NUMIDIE
La destruction de l'empire romain est suivie d'une décadence économique que la conquête byzantine ne suffit pas à enrayer. Lorsque les premières bandes musulmanes pénètrent, au VIIe siècle, dans la province d'Afrique, l'Algérie conserve quelque chose de la prospérité qui avait fait naître la paix romaine. Mais, à partir du XIe, l'invasion des Hilâliens venus de la Haute-Egypte renouvelle presque entièrement les conditions d'existence en Afrique du Nord. L'irruption des Béni Hilâl " rappelle aux chroniqueurs le " vol des sauterelles apportées par " le vent du Sud " écrit Ibn Khaldoun, qui est un homme d'état arabe et un juge musulman (cadi) d'origine andalouse, né à Tunis en 1332, mort au Caire en 1406, (ndlr) insiste sur l'ampleur du fléau arabe. " Voyez, écrit-il, tous les pays que les Arabes ont conquis depuis les siècles les plus reculés : la civilisation en a disparu, ainsi que la population : le sol même paraît avoir changé de nature. De nos jours, la Syrie est ruinée; L'Ifriquiya [Tunisie] et le Maghreb [Algérie et Maroc] souffrent encore des dévastations commises par les Arabes .Un pays possédé par les Arabes est un pays ruiné " D'autre part, les Arabes hilâliens " furent, parmi les Berbères, a dit Gsell, les propagateurs de cet islamisme fataliste, qui tue l'énergie, méprise le travail et professe que la civilisation ne vaut pas les efforts qu'elle coûte " .
La décadence de la vie économique s'accentue dans la Numidie, comme dans le reste de l'Algérie, au cours des siècles suivants, le pays étant ravagé périodiquement par d'audacieux aventuriers, les Béni Ghanya. Les massacres et les razzias déciment les fellahs et entraînent de fréquentes famines. L'oppression turque qui pèse à partir du XVIe siècle sur l'Algérie, en particulier sur la régence d'Alger, n'a fait que paralyser une vie économique dont les tribus arabes avaient dès longtemps arrêté l'essor.

HÉCATOMBES DANS LES MARAIS HOMICIDES IL est curieux de voir que la plupart des livres sur l'Histoire de l'Algérie sont remplis des prouesses de la glorieuse Armée d'Afrique, et que bien peu mettent à sa place la vérité que plus tard a proclamée Lyautey : le principal obstacle qu'ont dû vaincre soldats et colons, c'est la maladie, le paludisme.
Dès le mois d'août 1837, les avant-postes que le Corps expéditionnaire poussa, sur le rivage marécageux de Guelma vers Constantine avant le col de Ras el Akba furent frappés par le paludisme.
Dès cette année 1837, le Général Clauzel, " comprenant le parti qui pouvait être tiré de la place forte de Guelma, voulut tenter une expérience qui servirait aux futurs colons ". L'emplacement choisi était situé dans notre région où furent crées les villages de colonisation de Millesimo 1, puis plus tard Millesimo 2 qui prendra le nom de Petit, au bas des pentes de la montagne la Mahouna. Millesimo 1 inaugura la longue liste de victimes que devait faire la plaine de Guelma avant de devenir saine et prospère ". Il fallut créer des dispensaires et des orphelinats à Medjez Amar par exemple tant la mortalité était grande. Par la force des choses, afin de survivre, les veuves et veufs s'unirent pour fonder de nouvelles familles. Bien plus tard, en 1856, nous trouvons dans les archives le long de Seybouse à quelques kilomètres de Guelma, on pouvait voir des résidus de famille dont les enfants et les chefs avaient été enlevés un à un par les fièvres paludéennes ; ... là où miracle il était resté un père, un héritier, un colon, un homme résolu, âme d'acier, volonté de fer, corps de bronze, vraie trempe de pionnier américain, il n'y avait plus qu'un squelette jauni, parcheminé, jetant annuellement, dans la tombe qu'il creuse, jusqu'à son dernier cheveu, jusqu'à son dernier lambeau de chair... il y a là des fermes, des habitations qui ont changé cinq, six fois de colons, dont les tombes sont par-là, quelque part, dans les broussailles, attendant leurs successeurs, qui ne tardent guère à les suivre.
L'épopée de la mise en culture de la plaine de Guelma justifie un certain lyrisme qui adjure les Algériens " ;
De ne pas oublier que cette luxuriante végétation qui leur donne ses fruits et qui leur procure son ombre émerge d'un charnier, et que la terre qu'ils foulent recouvre les débris humains, les ossements de génération morte à la peine, ou décimée par la fièvre et le feu de l'ennemi ".
Guelma était, au moment de l'arrivée des Français, un marais pestilentiel occupé surtout par des animaux sauvages...
Encore en 1863, un écrivain anglais, dont les observations sont toujours pertinentes, s'exprime ainsi :
Il n'est pas de doute, il n'est pas dans toute l'Algérie un seul établissement français qui évoque un pareil souvenir de mort. Nulle part dans ce pays la colonisation n'a payé sa victoire du même prix énorme. La fièvre intermittente ou la fièvre maligne enlevait à la fois les vieux et les jeunes. Sous le chaud soleil d'automne, les exhalaisons du sol marécageux produisent un poison violent auquel succombent même les plus forts " ce cloaque ; elle sera le tombeau de tous ceux qui oseront l'exploiter.
En 1837, le Général Bernard, Ministre de la Guerre, poussé à bout dans un Conseil :
" L'Algérie n'est qu'un rocher stérile dans lequel il faut tout apporter, excepté l'air : encore y est-il mauvais " ('). [Malaria : mauvais air, est le synonyme, en italien, de paludisme]. En 1841, le Général Duvivier ex commandant du camps de Guelma écrivait :
"Les troupes, depuis onze ans, ont fait de rudes épreuves de l'insalubrité de positions où on les a jetées. Les cimetières sont là pour le dire. Jusqu'à présent, ils sont les seules colonies toujours croissantes-
RÉSERVOIR DE VIRUS SÉDENTAIRE ET RÉSERVOIR DE VIRUS MOBILES. LES APPORTS DE VIRUS " Les fellahs attachés à la glèbe qu'ils cultivent constituent en Afrique du Nord un réservoir de virus stable qui s'augmente chaque année des nouveau-nés infectés dès le bas âge.
A côté de ce réservoir de virus sédentaire, un danger parfois considérable est créé par un réservoir de virus mobile, constitué par les " migrateurs " kabyles et marocains qui parcourent la Berbérie, se louant comme moissonneurs, vendangeurs, mineurs et terrassiers. Les guebla -(gens du Sud), originaires des steppes, sont des casseurs de cailloux spécialisés, les femmes (à la haute coiffure et au visage sans voile) aussi bien que les hommes. Le long des routes où ils cassent les pierres pour le rouleau compresseur, ils campent sous de misérables petites tentes haillonneuses, avec un ou deux bourricots. Tous ces travailleurs éloignés de leur commune d'origine, pérégrinant dans tout le pays suivant les offres de travail, ne sont pris en charge par aucun Service sanitaire : contaminés dans une région fiévreuse, dépourvus de soins médicaux, ils transportent leurs germes dans d'autres exploitations. On peut parfois les suivre à la trace, par les épidémies locales qu'ils sèment au cours de leurs déplacements successifs. Très souvent, on voit des foyers épidémiques, que des campagnes prophylactiques locales avaient éteints, se rallumer à la suite de l'arrivée de nouveaux porteurs de germes, à la suite de mariages, de transferts d'ouvriers. La fréquence de ces apports de virus crée de grandes difficultés à l'amendement des réservoirs de virus. La région de Guelma est avant tout un passage pour les nomades du sud qui, ainsi, propagent les maladies.

PREMIER OBJECTIF : GUÉRIR LES PORTEURS DE GERMES Le paludisme est, du point de vue géographique, une maladie locale dont l'aire d'expansion est limitée par la portée du vol des anophèles : d'une part autour des gîtes aquatiques, leur berceau, et, d'autre part, autour de l'habitat des paludéens sur lesquels ils se chargent de virus.
Les anophèles trouvent, parmi les habitants des gourbis disséminés à proximité de leurs gîtes, une proie suffisante pour leurs repas sanguins répétés à quelques semaines d'intervalle. Ils ne peuvent propager que le virus qu'ils trouvent sur place, ils n'en apportent pas d'ailleurs.
C'est pourquoi une campagne de quininisation systématique peut, en quelques années, abaisser le niveau du réservoir de virus local au-dessous du " seuil de danger ".
Mais les risques de communication de l'infection palustre renaissent si l'immigration de paludéens vient grossir le nombre des porteurs de germes.
Dans la lutte contre le paludisme, on tâtonna longtemps, car on ignorait la cause. On incriminait les exhalaisons délétères des marais, les miasmes, les remuements de terre.

Un proverbe punique, cité par Gsell, exalte l'effort du colon sur le sol africain :
La terre doit être plus faible que l'agriculteur, car lorsqu'il faut lutter contre elle et qu'elle l'emporte, l'homme est écrasé.
Aujourd'hui peu d'hommes se souviennent et rendent hommage à ces colons des premiers jours dont les ossements de générations mortes à la peine se fondent dans la terre algérienne.

L'histoire retiendra et sans distinction :
" Les riches colons qui faisaient " suer le burnous" et arrivaient d'Algérie en 1962, les valises pleines d'or ……

Site Internet GUELMA-FRANCE