LA TRIBU ARIB ET "DJEZAIR BENIB MEZGHANNA"

Des dissensions intestines forcèrent une partie de la tribu des ARIB à s'éloigner du sol natal. Elle s'avança alors vers le nord-est, et vint s'établir sur les confins du Sahara algérien.
Là de nouvelles contestations avec les tribus voisines déterminèrent un nouveau mouvement vers le nord, et la colonie nomade des Arib arriva ainsi dans le Hodna, au sud de Sétif ; puis elle passa dans le massif méditerranéen, et vint s'établir, par suite d'un effrangement avec les tribus qu'elle déplaçait, sur l'un des affluents supérieurs de l'Ouad-Akbou (rivière de Bougie).

L'occupation française occasionna encore un déplacement dans la tribu des Arib, dont une partie vint asseoir ses tentes au pied de la maison carrée, à deux lieues d'Alger. C'est ainsi que , par une suite de vicissitudes et de déplacements, la tribu la plus reculée du Sahara marocain se trouve avoir une colonie sur la côte algérienne.b Alger lui-même, le chef-lieu actuel de nos possessions, est une colonie d'origine berbère. Mais les Beni-Mesghanna, ses fondateurs, ont disparu dans les guerres nombreuses qui ont agité le pays depuis trois siècles. Cependant ils ont laissé leur nom à la montagne qu'ils habitaient dans la partie supérieure du cours de l'Isser. Ce lieu est encore fréquemment visité par les Algériens, qui vont saluer leur ancienne métropole.

La ville avec les îlots qui lui font face, îlots dont le principal forme la tête de la jetée Khaïr-ed-Din, s'appelait au moyen âge Djezaïr-Beni-Mezghanna (les îlots de Beni-Mezghanna ). Plus tard ce nom fut altéré. Les indigènes n'en conservèrent que la dernière partie et nommèrent par abréviation la ville barbaresque Dzai'r.
Les Européens, au contraire, n'en conservèrent que les premières syllabes, et l'appelèrent Alger; de sorte que l'ensemble des deux noms Alger, Dzaïr donnés aujourd'hui à la cité mauresque par les deux populations qui l'habitent, reconstitue le nom primitif Eldje-Zair.
Parmi les tribus-colonies, nous ne devons point passer sous silence la classe intéressante de celles que les Turcs avaient formées pour la sureté de leur conquête. Ils les établissaient sur des terres acquises au domaine de I ‘État, soit par voie de confiscation, soit Le noyau de ces colonies reconnaît diverses. Tantôt c'était une réunion de familles empruntées ;aux diverses origines on les appelait alors Zmala ou Daiïa.
Tantôt c'était une troupe de nègres affranchis; on les appelait "ABID"

Ces tribus réunissaient le double caractère militaire et agricole : elles recevaient des terres et des instruments de travail; mais elles recevaient aussi des armes. Le siège de leur établissement était souvent un marché, ou bien elles s'échelonnaient sur une route. ou bien enfin elles étaient groupées autour d'une ville dont elles protégeaient les abords.
Toute l'organisation, toute la sûreté de la province d'Alger sous les Turcs reposaient sur les colonies militaires indigènes.
Moyennant la concession de la terre, qui ne lui coûtait rien, le gouvernement disposait d'une gendarmerie nombreuse, mobile, aguerrie.
C'est à l'aide de ces auxiliaires empruntés au sol lui-même, qu'il était parvenu à occuper avec 14,994 hommes de troupes régulières, autant d'espace que nous en occupons nous mêmes avec 100000.

TRIBUS RELIGIEUSES.
Il existe des tribus dont tous les habitants sont "marabouts" et naissent "marabouts". Il en existe un grand nombre. On les désigne par la qualification générique de Oulâd-Sidi (les enfants de monseigneur), suivie d'un nom propre ; c'est le nom d'un personnage qui de son vivant S'est acquis, soit par des excentricités pieuses, soit par des actes de bienfaisance mystique, une réputation de sainteté consacrée par de prétendus miracles.
Élevé ainsi au pavois de la vénération populaire, il a transmis à toute sa postérité, avec son titre de marabout, le prestige qui l'accompagne. Parmi ces tribus il en est quelques-unes qui ont laissé peu à peu décroître leur influence, et n'ont conservé, si I ‘on peut s'exprimer ainsi, qu'un titre nu; mais en revanche il en est beaucoup d'autres qui exercent sur toutes les communes circonvoisines une véritable suzeraineté. Ce sont elles qui donnent le signal du labourage et de la moisson.

A l'approche de ces deux époques capitales, le paysan arabe ne regarde pas si la terre est prête à recevoir la charrue, si la moisson est prête à recevoir la faucille : I' œil fixé sur le champ de ses maîtres il attend que la charrue et la faucille suzeraines se mettent en mouvement; alors seulement il se met à l'œuvre, car s'il les devançait la bénédiction du ciel manquerait à ses travaux.
Ce sont encore les tribus de marabouts qui donnent le signal de la guerre sainte, et une expérience de dix-sept années nous: a édifiés sur le caractère de leur intervention.

Cependant quelques exceptions intéressantes ont prouvé que tous les chefs de ces familles ecclésiastiques, ne se sont pas jetés avec la même ardeur dans la voie de la violence et du fanatisme.
Ainsi dans les premières années de notre occupation un des marabouts les plus influents de la province d'Alger, consulté parles indigènes de sa juridiction sur la conduite qu'ils devaient tenir à l'égard des Français, leur fit cette réponse remarquable :

"Restez tranquilles, et ne luttez pas contre eux; car ou la volonté de Dieu est qu'ils restent, et vos efforts pour les chasser seraient impies ; ou la volonté de Dieu est qu'ils s'en aillent, et vos efforts seraient inutiles. »
Tel fut encore le chef de la principale famille ecclésiastique du Ziban, Ben-Azzouz. Il avait embrassé en 1838 le parti d'Abd-e1-Kader; en 1840 il fut battu par notre cheik-el-arab Ben-Ganna, qui envoya à Constantine, comme trophées de sa victoire, un drapeau, une pièce de canon et quelques centaines d'oreilles.
Cependant après plusieurs vicissitudes et une assez longue captivité à l'île Sainte-Marguerite, Ben-Azzortz, le marabout vénéré de l'est, sentit le besoin de se réconcilier avec les Français. Il obtint de retourner en Afrique et d'aller habiter les environs de Bône avec sa famille. Il y mourut après quelques années de séjour.

Les habitants de Bône, Français et indigènes, se rappellent avec émotion la scène touchante et imposante à la fois qui signala les derniers moments de ce vieillard, chef d’une des plus saintes et illustre famille d’Algérie

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