ANTHROPOLOGIE

PRATIQUES FUNÉRAIRES.

En Berbérie dans des sépultures qui datent des temps historiques et que nous étudierons plus tard. L’usage des peintures corporelles, que nous avons signalé chez les vivants(1), devait être aussi appliqué aux morts. Il n’est pas nécessaire de croire qu’un badigeonnage ait été fait sur les ossements mêmes, décharnés à la suite d’une exposition en plein air ou d’un ensevelissement provisoire : la matière colorante pouvait être déposée sur le cadavre et, après la disparition des chairs, teindre les os avec lesquels elle entrait en contact(2).
Pour l’époque préhistorique, rien n’atteste avec évidence le rite du décharnement dans l’Afrique du Nord(3). L’incinération aurait été constatée a Tifrit, près de Saïda (province d’Oran), dans une grotte à mobilier néolithique(4) ; mais cette découverte n’a pas fait l’objet d’un compte rendu détaillé. Peut-être s’agit-il d’ossements calcinés accidentellement, par des foyers qui auraient été établis sur des sépultures.

On a vu qu’à Lalla Marnia plusieurs corps avaient les jambes pliées(5). Cette attitude se retrouve, en dehors de la Berbérie, dans un grand nombre de tombes primitives. En Berbérie même, elle est très fréquente à une époque plus récente : nous indiquerons les diverses hypothèses qui ont été émises pour

Le désordre des ossements peut, nous l’avons vu, s’interpréter autrement. L’hypothèse du décharnement expliquerait cependant certains faits (à supposer qu’ils aient été bien observés). Dans une grotte de Khenchela, Jullien (Matériaux, XIII, p. 46) a découvert un grand nombre d’ossements humains, d’ordinaire brisés et pêle-mêle, immédiatement au-dessous d’un amas de grosses pierres. Dans la grotte Ali Bacha, M. Debruge croit avoir trouvé deux crânes emboîtés l’un dans l’autre et bourrés d’ossements divers, qui auraient appartenu à plusieurs individus (Assoc. française, Montauban, 1902, II, p. 870. 4. Doumergue, Assoc. française, Nantes, 1898, II, p. 580 : « C’était plutôt un lieu de sépulture qu’un lieu d’habitation. Je crois y avoir relevé des preuves d’incinération méthodique. 5. Dans la grotte du Mouflon, à Constantine, M. Debruge a trouvé, au sommet de la couche néolithique, un squelette dont, dit-il, « le corps avait été replié sur lui-même, car dans les ossements se trouvaient amoncelés dans un espace relativement restreint » l’expliquer lorsque nous décrirons les sépultures indigènes de la période historique(1).
Nous différons en effet l’étude des tombes en pierres sèches, désignées sous les noms de tumulus, bazinas, dolmens, chouchets, qui sont répandues par milliers dans l’Afrique septentrionale et qui se distinguent nettement des sépultures phéniciennes et romaines. Que les types lie ces tombeaux remontent a une antiquité reculée, comme les rites funéraires qu’on y rencontre, nous le croyons sans peine : certains d’entre eux offrent des ressemblances qui ne peuvent pas être fortuites avec des monuments élevés, au troisième et au second millénaire avant J.-C., dans l’Ouest de l’Europe et dans les pays riverains de la Méditerranée occidentale.
Mais, dans l’état actuel de nos connaissances, toutes les sépultures africaines en pierres sèches que l’on peut dater appartiennent aux siècles qui ont immédiatement précédé et suivi l’ère chrétienne.

1. Notons dès maintenant que les postures varient. Tantôt, comme à Lalla Marnia, les jambes sont simplement pliées, le reste du corps étant étendu. Tantôt les genoux sont ramenés vers la poitrine, le mort ayant été soit couché sur le flanc, soit assis sur les talons ? en même temps que les jambes, les bras ont souvent été repliés.

Quel était l’aspect de ces habitants primitifs de l’Afrique du Nord dont nous avons étudié les moeurs dans les chapitres précédents ? En essayant de répondre à cette question, nous nous abstiendrons de l’embrouiller, comme on l’a fait trop souvent, par des considérations sur la langue et la civilisation :
anthropologie, linguistique, ethnographie sont des sciences indépendantes, et de nombreux exemples nous apprennent que divers groupes humains peuvent parler le même idiome, mener le même genre de vie, professer les mêmes croyances, tout en différant beaucoup par leur conformation physique.
On sait que les textes classiques concernant les Libyens ne sont pas antérieurs au Ve siècle avant notre ère, qu’ils appartiennent à une période historique où ces indigènes étaient en rapports avec d’autres peuples méditerranéens, où une partie d’entre eux subissaient des maîtres étrangers. Cependant, comme nous le verrons tout à l’heure, les immigrés, les conquérants ne paraissent guère avoir modifié le fond de la population ; si nous trouvions dans les auteurs grecs et latins des descriptions précises des Africains qui vivaient de leur temps, nous pourrions les invoquer, sans trop de témérité, pour l’époque dite préhistorique. Mais l’anthropologie est une science moderne : les anciens ne se sont guère inquiétés d’observer minutieusement l’aspect des hommes et de les classer d’après cet aspect Si, d’une manière générale, ils distinguent en Afrique les Éthiopiens, c’està- dire les gens à la peau très foncée(1), du reste des indigènes(2),ils n’indiquent, ni pour le uns ni pour les autres divers groupes correspondant à un ensemble de caractères physiques. Par les termes Numides, Gétules, Maures, Masæsyles, Massyles, etc., ils désignent les habitants de telle ou telle contrée, les sujets de tel ou tel royaume ; nullement ce qu’aujourd’hui l’on se plait à appeler des races. Les représentations figurées ne compensent pas l’insuffisance des textes.
Les gravures rupestres qui appartiennent à la période que nous étudions offrent quelques images humaines, mais elles sont d’une exécution si rudimentaire qu’elles ne peuvent pas, comme certaines peintures et sculptures égyptiennes, servir de documents anthropologiques(3). Il en est de même des stèles plus récentes qui nous montrent des indigènes.

L’examen des ossements que contiennent les grottes occupées pendant l’âge de la pierre et les sépultures construites plus tard par les autochtones fera connaître la structure anatomique des Libyens primitifs et de leurs descendants. Mais ces recherches sont à peine ébauchées. Elles ne nous apprendront rien sur d’autres caractères importants : couleur de la peau, des yeux, couleur et forme des cheveux, Faute de mieux, l’étude des indigènes actuels nous permettra d’indiquer ce qu’étaient leurs lointains ancêtres.

Hérodote (IV, 197) dit nettement qu’en Libye il n’y a que quatre peuples,deux indigènes, les Libyens et les Éthiopiens, habitant les uns au Nord, les autres au Midi, et deux étrangers, les Phéniciens et les Grecs.3. Conf. p. 268, n. 3.

On peut admettre en effet que, depuis les temps historiques, la population de la Berbérie n’a pas été profondément modifiée par des éléments étrangers. Les Phéniciens ont fondé sur les côtes des colonies qui, pour la plupart, étaient étroitement enfermées dans leurs murailles, ou ne disposaient que d’une banlieue restreinte. Carthage ne se décida qu’après plus de trois siècles à occuper un territoire qui ne semble pas s’être étendu au delà de la Tunisie septentrionale; rien ne prouve d’ailleurs qu’il ait été fortement colonisé par les conquérants. Jusqu’à Jules César, les Romains ne détinrent que le Nord-Est de la Tunisie et, sauf une tentative malheureuse pour relever Carthage, ils n’instituèrent aucune colonie. Il est vrai que, dans le demi-siècle qui précéda et dans le siècle qui suivit l’ère chrétienne, la fondation de quelques douzaines de colonies implanta en Afrique un certain nombre d’étrangers, surtout d’Italiens.

Nous savons très peu de choses sur cette immigration officielle, mais il ne faut point en exagérer l’importance : on a,par exemple, des raisons de croire que cinq cents familles, toutau plus, furent installées à Thamugadi, qui ne fut assurément pas la moindre de ces communes nouvelles(1). Nous devons aussi tenir compte de ceux qui obtinrent des concessions sur des territoires non coloniaux, de ceux qui vinrent se fixer volontairement dans les provinces africaines. A leur égard, tout calcul précis est impossible ; cependant il n’y a pas lieu d’admettre qu’ils aient été très nombreux. Ce furent surtout d’anciens soldats des armées d’Afrique qui reçurent des terres non coloniales.

Or les effectifs de ces armées ne devaient guère dépasser vingt-cinq mille hommes sous le Haut-Empire et, comme le service militaire durait longtemps (vingt-cinq ans), le chiffre annuel des libérés était peu élevé. Depuis le IIe siècle, les troupes furent composées de gens du pays pour une très grande part, en totalité pour la légion, corps de citoyens romains. L’Italie, dont la natalité était faible, ne pouvait pas fournir de forts contingents à des régions qui étaient au contraire très peuplées.

L’étude des moeurs, des croyances, des noms nous révèle moins l’afflux d’immigrants que l’acheminement d’une partie des Africains vers la civilisation latine(1). Quant aux tribus restées barbares, sur lesquelles Ammien Marcellin, Procope et Corippus nous donnent quelques renseignements au IVe et au VIe siècle, il est évident qu’elles avaient conservé intact le sang de leurs pères(2).
A leur entrée dans l’Afrique du Nord, les Vandales devaient être tout au plus deux cent mille(3). Ils ne se mêlèrent point aux Africains et lorsqu’au bout d’un siècle, le royaume fondé par 1. Sur le petit nombre de Romains qui vinrent s’établir en Afrique, Il n’y a sans doute aucun exemple à tenir des prétentions de certains groupes Berbères à descendre des Romains (probablement parce qu’ils ont des ruines romaines sur leur territoire, ou même simplement parce qu’ils ont conservé un vague souvenir de la domination romaine). Voir, pour l’Aurès, Masqueray, Revue africaine, bulletin de correspondance africaine . M. Schmidt croit qu’il s’agit de tous ceux qui accompagnèrent Genséric, y compris les femmes. Selon d’autres savants (et leur opinion me parait plus vraisemblable), ce chiffre représenterait seulement ceux que Genséric voulait faire passer pour des combattants.

Le nombre des Vandales et des gens que l’on confondait sous ce nom se serait accru pendant le rèigne de Genséric, par suite de l’excédent des naissances et de l’arrivée d’autres barbares . Pourtant, vers l’année 480, Victor de Vite affirme que les Vandales étaient fort loin de compter 80 000 guerriers.

Genséric fut anéanti, ceux qui ne disparurent pas dans la tourmente furent presque tous exilés par les Grec vainqueurs(1). Ces derniers ne laissèrent pas de traces plus durables : ils défendirent, administrèrent, exploitèrent tant bien que mal les parties des anciennes provinces romaines dont ils purent se rendre maîtres; ils ne les couvrirent pas de colons.
Il en fut de même des guerriers arabes qui détruisirent la domination byzantine, soumirent les indigènes et les convertirent à l’islamisme(2).

Groupés dans les villes et d’ailleurs peu nombreux, ils ne pénétrèrent pas les masses profondes des Berbères, qui, bientôt même, reprirent possession de leur pays.

Ce fut seulement au milieu du XIe siècle que l’Afrique septentrionale eut à subir une grande invasion arabe, celle des Ouled Hilal et des Ouled Soleïm. Vinrent-ils au nombre de 150 000, de 200 000, de 500 000, d’un million, de deux millions ? Tous ces chiffres ont été indiqué(3), tous sont arbitraires(4).

Mais il est certain que les nouveaux venus constituèrent désormais un des éléments importants de la population.

Pasteurs nomades, ils se dispersèrent dans les plaines du Tell, dans les steppes du haut pays, sur la lisière septentrionale du Sahara. De nombreuses tribus se rattachent à ces envahisseurs.

Je laisse de côté de prétendues invasions d’Arabes himyarites qui, passant par l’Éthiopie et le Sahara, se serraient succédé dons l’Afrique du Nord depuis les derniers siècles avant J.-C. jusqu’à la conquête musulmane . Cette hypothèse ne s’appuie sur aucun argument solide. M. Slouschz a eu un précurseur, Tauxier, qui admettait une immigration arabe dans l’Afrique septentrionale au début du IIe siècle de notre ère : Revue africaine, Recherches sur l’origine des principales tribus de l’Afrique septentrionale, remarque que, d’après un poète cité par Ibn Khaldoun (Histoire des Berbères, trad. de Slane ; I, p. 35), les envahisseurs u’auraient mis en ligne que 3 000 combattants dans une bataille décisive.

Léon l’Africain parle d’une invasion de 50.000 combattants et d’un nombre infini de femmes et d’enfants sont toutes plus ou moins mélangées de sang berbère et le type arabe pur y est fort rare(1). Crâne très renflé au-dessus de la nuque( 2) ; figure longue et régulièrement ovale ; nez long, mince et aquilin ; lèvres fines, belles dents ; menton arrondi ; yeux grands, foncés et brillants; sourcils peu fournis, d’une courbe régulière, d’un noir de jais, comme la barbe, également peu fournie; teint mat : telles sont les principales caractéristiques de ce type(3), bien distinct des types indigènes.

Les Berbères se sont maintenu, intacts dans la majeure partie de l’Afrique du Nord, surtout dans les massifs montagneux, où les Arabes n’ont pas pénétré. Les aventuriers, soldats ou corsaires, qui sont venus des régions les plus diverses de la Méditerranée pendant la période turque(4), n’ont presque rien laissé derrière eux. Ils ne se sont pas répandus en dehors de quelques villes du littoral, de quelques garnisons de l’intérieur. Vite emportés par une vie de dangers et de plaisirs, ils fondaient rarement des familles durables : ce n’est guère qu’à Tlemcen qu’ont subsisté des Koulouglis, métis de soldats turcs et de femmes indigènes.

Nous devons mentionner encore d’autres étrangers, dont l’établissement en Berbérie n’a pas été la conséquence d’une conquête.

Il y a environ 300 000 Juifs en Tripolitaine, en Tunisie, en Algérie et au Maroc(5). Ils étaient déjà assez nombreux à l’époque romaine et il est à croire que la plupart d’entre eux étaient de véritables Hébreux, se rattachant peut-être à ceux que les Ptolémées avaient transportés en Cyrénaïque(1). Plus tard, il en vint beaucoup, à diverses reprises, du Sud de l’Europe, surtout de la péninsule ibérique, doù les rois chrétiens les expulsèrent en masse. Ces Juifs formaient des colonies distinctes du reste de la population. On a cependant des raisons de supposer que, vers la fin des temps antiques, la religion israélite se propagea dans certaines tribus indigènes(2) peut-être des descendants de ces convertis se trouvent-ils aujourd’hui confondus avec ceux des Juifs d’origine étrangère. Soit par atavisme, soit par adaptation au milieu, beaucoup de Juifs maghrébins offrent des traits qui rappellent des visages berbères et n’ont rien de « sémitique »(3).

Des Maures ou Andalous, chassés d’Espagne par les chrétiens vainqueurs, ont fondé des colonies dans des villes marocaines( 4), algériennes(5) et tunisiennes(6), où ils se livrent surtout au commerce et au jardinage. Ils se distinguent des Berbères par leur physionomie plus douce, leur teint plus clair, souvent . Ils peuvent être 15 à 20 000 en Tripolitaine. Au Maroc, leur nombre parait dépasser de beaucoup le chiffre de 100 000, qui est approximativement celui de la population juive des villes importantes aussi par leur corpulence : différences qui doivent s’expliquerpar la diversité des conditions d’existence(1).

Enfin les nègres, originaires du centre de l’Afrique, sont très nombreux au Maroc ; ils ne manquent ni en Algérie, ni en Tunisie, quoiqu’ils aient beaucoup diminué depuis la conquête française et l’abolition de l’esclavage(2). L’importation de noirs à travers le Sahara date peut-être de loin. Toutefois, dans l’antiquité, elle ne semble pas avoir été très active(3). Mais, depuis que l’islamisme a pénétré dans le coeur du continent, la traite n’a guère cessé d’amener en Berbérie des convois de Soudanais. La plupart d’entre eux devenaient des esclaves domestiques ; d’autres formaient des corps de troupes au service des souverains du Maghrib ; dans les oasis du Sud, d’autres venaient renforcer la population agricole dont nous parlerons plus loin. Bien traités par les musulmans, qui n’ont pas de préjugé de couleur et qui regardent leurs esclaves presque comme des membres de leur famille, ils ont mêlé largement leur sang a celui des indigènes, surtout au Maroc(4), où des métis ont occupé et occupent encore un rang social élevé(5). Il convient de tenir compte des altérations que ces mélanges ont pu faire subir aux types berbères primitifs.

Mais les traits caractéristiques des Nigritiens, ou nègres du Soudan, — prognathisme, cheveux laineux, nez large et aplati, lèvres charnues et retroussées, sont aisés à reconnaître et l’on peut constater qu’ils font défaut hez la plupart des Berbères.

En résumé, malgré les apports que nous venons d’énumérer et dont les plus considérables sont probablement ceux des Arabes hilaliens et des nègres, il n’est pas téméraire de soutenir que les habitants actuels de l’Afrique du Nord ne doivent guère différer des hommes qui peuplaient le pays il y a environ trois mille ans. Pour savoir ce qu’étaient ces derniers, regardons autour de nous, sans négliger les rares documents que l’archéologie et les auteurs anciens nous fournissent.

Il faut avouer que l’étude anthropologique des Berbères d’aujourd’hui est encore bien peu avancée. Nous ne disposons que d’un petit nombre d’observations précises, minutieuses, et les essais de classement que l’on a présentés ne peuvent pas être regardés comme définitifs(1). Comme à peu près partout sur la terre, les croisements ont été innombrables entre les indigènes 1. Pour la Tunisie, il existe un excellent travail de M. Collignon, dans Bull. de géographie historique, 1886, p. 181-353 ; je m’en suis beaucoup servi (voir aussi le même, Revue d’anthropologie, 1888, p. 1-8). On peut encore consulter Bertholon, Revue générale des sciences, VII, 1896, p. 972-1008. Études particulières sur l’anthropologie de la Khoumirie et de la Mogadie : Bertholon, Bull. de géographie historique, 1891, p. 423 et suiv. ; de l’île de Djerba : le même, dans l’Anthropologie, des diverses régions de l’Afrique septentrionale(1). Relations créées par le voisinage, le commerce, les nécessités de la transhumance, migrations causées par les guerres et les famines, transplantations de tribus vaincues ont rapproché et confondu les groupes primitifs(2). Nulle part, on ne constate l’existence de populations dont tous les individus offriraient un type uniforme( 3). Dans ce chaos, il est malaisé d’introduire l’ordre. Les classifications proposées se fondent sur les caractères anatomiques (formes, dimensions et proportions du squelette, en particulier du crâne et des os de la face) et sur les caractères extérieurs (couleur de la peau, de l’iris des yeux, forme et couleur des cheveux et des poils). Mais les anthropologistes ne sont pas d’accord sur la valeur respective de ces caractères, sur leur persistance héréditaire, sur la durée des effets du métissage. Les uns attribuent une importance prépondérante à l’étude des crânes ; ils partagent l’humanité en gens à tête longue, large ou moyenne (dolichocéphales, brachycéphales, mésocéphales). D’autres soutiennent que, même dans les groupes les plus isolés, il y a différentes formes de crânes.

Certains admettent que ces formes se maintiennent immuables à travers les générations, en dépit des croisements et des circonstances extérieures ; d’autres croient qu’elles peuvent se modifier, Pour les uns, la couleur de la peau et celle des cheveux priment, comme éléments de classification, les caractères ostéologiques ; d’autres restent plus ou moins fidèles à la vieille opinion qui rapporte les diversités de la pigmentation aux influences des climats. On ne sait pas exactement dans quelle mesure les conditions de la vie modifient la taille. Il est presque superflu d’ajouter que des individus ayant la même conformation peuvent beaucoup différer d’aspect selon leur alimentation, leur existence sédentaire ou active, l’intensité de la lumière et de la chaleur; sans parler des impressions trompeuses que les costumes provoquent chez des observateurs superficiels.

Les pages qui suivent témoigneront de la difficulté et de l’insuffisance des recherches, aussi bien que de l’incertitude des méthodes.

En général, les Berbères ont le visage droit, des yeux horizontaux, non saillants, un nez plus ou moins long, plus ou moins large, mais non pas épaté, comme celui des nègres, Leur corps est d’ordinaire bien proportionné, leur complexion robuste. Ils résistent aux variations de la température, aux privations, aux longues marches et, quand cela est nécessaire, aux durs travaux : ils atteignent souvent une extrême vieillesse(1). A leur naissance, leur peau est blanche, mais le soleil la brunit rapidement : il ne faut sans douté pas chercher d’autre cause au teint foncé que de nombreux textes anciens attribuent à des indigènes du Nord de l’Afrique(2). La plupart ont des yeux noirs, très vifs chez les enfants, des cheveux noirs ou bruns(1) non laineux.

Un type(2) très répandu est de taille élevée (aux environs de 1 m. 70). Le crâne est long, le front droit, avec des arcades sourcilières bien accusées. La face s’allonge en pointe à partir des tempes, les pommettes étant à peine indiquées. Le nez est mince et long, souvent busqué, le menton droit, la barbe peu abondante. La musculature apparaît sur le corps maigre et sec. Des épaules larges surmontent un thorax qui se rétrécit en tronc de cône renversé. Les individus qui appartiennent à ce type sont très nombreux en Algérie(3) ; selon M. Collignon(4), ils formeraient à peu près la moitié de la population de la Tunisie. On pourrait voir en eux les descendants de ces Africains, grands, secs, maigres, qui sont mentionnés dans 1’antiquité(5). D’autres Berbères(6) sont petits (en moyenne 1 m. 63). Leur crâne est également allongé, avec des bosses pariétales et un occiput très saillants : vu d’en haut, il présente une forme pentagonale. La face est, au contraire, courte et large; les pommettes sont fortement développées et les angles de la mâchoire très écartés. Le nez, assez large, est d’ordinaire convexe ; le menton, dit que les Libyens ressemblent aux Éthiopiens. — par un jeu de mots, le nom ethnique Maures, employé par les Latins et plus tard par les Grecs : fut rapproché du mot grec qui signifie sombre, obscur et qui se présente même sous la forme saillant, s’encadre d’une barbe bien fournie; la bouche est grande, aux lèvres charnues. Poitrine large, taille fine, hanches très développées. Ce type parait être disséminé dans tout le Maghrib; on l’a signalé en Khoumirie(1), dans la vallée de la Medjerda( 2), d’ans le massif montagneux de la Tunisie centrale(3), sur le littoral oriental(4), en particulier à Gabès(5), dans la région d’Alger, dans le Sud de l’Algérie(6). Par la forme de la tête, il est étroitement apparenté au type dit de Cro-Magnon(7), qui se caractérise par la longueur du crâne et par la largeur de la face(8). Les types que nous venons de décrire sont très anciens dans l’Afrique septentrionale. Des crânes qui pourraient être classés dans l’une ou l’autre des deux séries se rencontrent dès l’âge de la pierre(9), ainsi que dans des sépultures indigènes plus récentes(10).

On a constitué un troisième groupe(1) avec des gens à tête ronde, de stature médiocre (on moyenne 1 m. 64 — 1 m. 65). Visage large et court, front souvent bombé, sourcils épais, se rejoignant presque, nez court et assez large, bouche plutôt grande, menton arrondi, barbe clairsemée, poitrine trapue telles sont les caractéristiques de ce type, très fréquent dans l’île de Djerba et dans les oasis du Mzab(2). Il se retrouve, plus ou moins pur, sur la côte orientale de la Tunisie(3), dans les montagnes situées au Sud de Gabès(4), en Tripolitaine(5), sur le littoral algérien(6), en Kabylie(7) dans l’Aurès(8), etc.(9). Beaucoup de Mzabites se distinguent des autres indigènes par leur teint très mat, que le soleil dore, au lieu de le brunir.

C’était peut-être au même type qu’appartenaient des individus à tête large, ensevelis sous des dolmens de Roknia(10) et de Guyotville(11).Cette classification n’est nullement définitive ; elle ne doit pas nous faire oublier qu’en dehors des Berbères se rattachant aux types mentionnés, il en est d’autres, sans doute plus nombreux, qui présentent des caractères mixtes : nous dirions hybrides, si nous voulions admettre que ces trois types seuls sont primitifs, et qu’ils ont produit des variétés en se croisant(1). Dans la masse des indigènes, on rencontre souvent des barbes et des cheveux blonds, roux, châtains; des yeux bleus, gris, verts; des carnations pales, qui, sous le soleil, rougissent au lieu de brunir, ou bien se couvrent de taches de rousseur. Ces particularités ne sont pas toujours associées, comme elles le sont d’ordinaire dans le Nord de l’Europe. Les yeux clairs, ou du moins très peu foncés, paraissent être bien plus fréquents que les cheveux et les teints clairs. On s’est le plus souvent contenté de noter la couleur des cheveux, sans indiquer d’autres caractères physiques. Il semble pourtant qu’il y ait beaucoup de gens de haute taille parmi ces blonds(2). Leur présence au milieu d’une grande majorité de bruns a frappé plus d’un observaleur au point de faire exagérer leur nombre(1). Étaient-ils plus répandus autrefois ? Nous ne pouvons pas l’affirmer, car il n’est nullement prouvé, comme on l’a cru(2), que, dans toute population mélangée de blonds et de bruns, la proportion des premiers ait tendance à diminuer. Des blonds ont été signalés depuis le détroit de Gibraltar, jusqu’au delà des Syrtes(3). Cependant ils ne sont pas répartis d’une manière uniforme. Au Maroc, ils abondent dans le Rif(4), mais ailleurs ils sont beaucoup plus rares(5). En Algérie, leur nombre est très élevé dans la grande Kabylie. il est permis de croire que les gens qui offrent ces caractères ont eu des blonds parmi leurs ancêtres. Des blonds sont aussi signalés en Cyrénaïque(1). Il y en aurait jusque dans les tribus nomades du Sahara, mais ils n’y forment certainement qu’une infime minorité(2). Notons enfin qu’au Sud- Ouest du Maroc, les cheveux blonds paraissent avoir été fréquents chez les Guanches, qui habitaient les îles Canaries avant l’occupation espagnole(3). Il est inutile de discuter l’opinion qui rattache ces blonds aux Vandales(4), ou celle qui en fait des descendants de soldats gaulois, introduits par Carthage et par Rome(5). Nous savons qu’après leur défaite, les Vandales disparurent à peu près de l’Afrique septentrionale(6). Les Gaulois qui y vinrent au service des Carthaginois et des Romains ne furent pas très nombreux et, en général, ils ne durent pas faire souche dans le pays; il test du reste pas prouvé qu’ils aient été surtout des gens blonds. La grande extension de ce type doit faire admettre qu’il a existé et qu’il s’est répandu on Berbérie dès une époque lointaine. Il n’était pas inconnu des anciens(7). Au VIe, siècle de notre ère, au lendemain de la destruction du royaume vandale, Ortaias, prince indigène, affirmait à Procope qu’au delà de son territoire (situé à l’Ouest de l’Aurès), il y avait un désert très vaste, puis des hommes qui n’avaient pas le teint noir comme les Maures, mais dont le corps était très blanc, avec des cheveux blonds(1). Cette indication sommaire ne permet malheureusement pas de dire quelle région ils occupaient. Neuf siècles environ plus tôt, le Périple mis sous le nom de Scylax mentionne des Libyens « blonds... et très beaux(2) » entre Thapsus et Néapolis (en arrière du golfe de Hammamet), c’est-à-dire ans un pays où les blonds sont aujourd’hui fort rares. A l’Est de la Berbérie, les blondes Libyennes de la Cyrénaïque ont été célébrées par le poète Callimaque(3), né lui-même à Cyrène vers la fin du IVe siècle avant J.-C.(4). Enfin des indigènes qui habitaient à l’Ouest de la vallée du Nil sont représentés avec un teint mat, blanc sale ou jaune clair, des yeux bleus, une barbe châtain sur des peintures égyptiennes de l’époque du Nouvel Empire, dans la deuxième moitié du second millénaire

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