ALGERIE en 1957
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Plaquette éditée sur les instructions de M Robert Lacoste, ministre résidant en ALGERIE

AVANT PROPOS

        Juger de l'œuvre accomplie par la France en Algérie, ce n'est pas affirmer ou prétendre que les réalisations ont été remarquables ou insuffisantes, mais c'est se demander honnêtement, en prenant conscience de la complexité des problèmes, s'il lui était possible de faire autre chose et mieux. Taxer de colonialiste la politique française en Algérie c'est méconnaître le fait que loin d'exploiter à son seul profit ce territoire, la France consacre une partie importante de ses revenus à des investissements non seulement économiques mais sociaux au bénéfice des populations autochtones dont la condition s'est, il faut l'admettre, sensiblement améliorée, surtout si l'on établit une comparaison avec les pays arabes.

Cet effort, loin de se ralentir, s'est intensifié malgré les difficultés présentes, et le Gouvernement mène de front le rétablissement de l'ordre et de la sécurité et une politique d'émancipation et de progrès social comme en témoigne le plan de réformes dont il assure, jour après jour, la mise en application.

Cet opuscule n'a d'autre ambition que d'établir un bilan objectif de la situation telle qu'elle se présente dans les secteurs économiques et sociaux et des améliorations apportées dans le cadre de la politique actuelle du Gouvernement.

Promouvoir un programme d'expansion économique dans un territoire dont les ressources sont loin de correspondre à l'ampleur de la poussée démographique, assurer aux travailleurs dont la masse s'accroît chaque année, des moyens d'existence, non seulement en multipliant les possibilités d'emploi mais encore en leur assurant la formation nécessaire, scolariser les enfants dont le nombre s'augmente annuellement de 280.000 unités, lutter contre la maladie, telles sont les tâches essentielles qu'il faut résoudre et qui ne peuvent l'être sans une aide toujours plus importante de la Métropole.

LES PROBLEMES SOCIAUX

La création de la Direction Générale de l'Action sociale prononcée par arrêté du 20 juillet 1956, souligne l'importance des problèmes sociaux dans un territoire, sans grandes ressources naturelles comme l'Algérie où la poussée démographique favorisée par l'œuvre de la santé publique - qui a fait considérablement baisser en 50 ans le taux de mortalité - pose chaque jour les problèmes du travail et du plein emploi.

Poursuivre l'œuvre sanitaire, scolariser un nombre d'enfants qui s'accroît chaque année dans de fortes proportions, donner aux jeunes et aux adultes une formation professionnelle et parallèlement multiplier les possibilités d'emploi, sauvegarder les droits des travailleurs, améliorer leurs conditions de vie, tels sont les objectifs qui s'imposent. Pour les atteindre, il a paru indispensable de coordonner et regrouper au sein de la Direction Générale de l'Action sociale, les activités des services chargés au Gouvernement Général : de la Santé Publique ; de l'assistance médicale, de la législation du travail, de la Sécurité sociale et de l'ensemble de l'équipement sanitaire et social.

Cette coordination sera assurée au moyen de l'organisation de services d'études générales et des programmes, travaillant en étroite collaboration avec des organismes d'inspection et de contrôle divers et qui seront, en quelque sorte, chargés de tracer le cadre de l'action des services d'administration dent l'efficacité sera ainsi accrue.

DEMOGRAPHIE

L'ampleur de l'œuvre entreprise par la France se mesurait déjà à l'accroissement remarquable de la population autochtone qui atteignait plus de 6.200.000 habitants avant la dernière guerre et à l'essor considérable du pays dont la balance commerciale, expression fidèle de sa santé économique, avait progressivement tendu vers l'équilibre qu'elle réalisa et dépassa même légèrement en 1938.

Mais en fait l'Algérie n'est pas devenue et n'est pas encore un pays riche.

Insuffisamment dotée en matières premières et en ressources énergétiques pour pouvoir entrer de plain-pied, comme certains pays neufs plus favorisés, dans la voie de l'industrialisation, l'Algérie a principalement demandé aux secteurs agricole et pastoral tout d'abord les moyens de subsistance, puis les revenus nécessaires à l'amélioration des conditions d'existence de ses populations demeurées rurales dans l'énorme proportion de 76 %. La dernière guerre, d'une part, qui a coupé l'Algérie de ses bases d'approvisionnement et, d'autre part, le développement démographique du pays ont fait apparaître comme une nécessité vitale, l'existence en Algérie d'un ensemble industriel suffisant pour la mettre - au moins partiellement - à l'abri des conséquences d'une période de rupture avec les marchés extérieurs, pour fournir de l'emploi à une main-d'œuvre chaque jour plus nombreuse, et créer enfin un complément de revenus nécessaire à l'accroissement du niveau de vie des populations.

Population de l'Algérie.

Les données statistiques soulignent qu'en dépit des années de guerre 1940-1945, la population comptait au recensement de 1948, 8.680.000 habitants, c'est-à-dire qu'elle s'était accrue, depuis le recensement précédent, douze ans auparavant de 1.530.000 unités. Le taux annuel moyen de cet accroissement atteignait à cette époque 1,4 %. Il est au recensement de 1954 de 2,5 %. La population de l'Algérie est actuellement de 9 millions 600.000 habitants. Si l'on constate, en comparant les chiffres de la Métropole que la population de la France a augmenté en 1952, par exemple, de 260.000 habitants pour 42 millions d'habitants, et que celle de l'Algérie également a augmenté de 245.000 unités pour 9.205.000 habitants seulement, on comprendra toute l'ampleur du problème que pose la démographie en Algérie. En 1955 pour une population de près de 10 millions d'âmes, l'excédent des naissances sur les décès, a atteint le chiffre de 280.000 unités. La population algérienne d'origine européenne a suivi ce mouvement mais son rythme de croissance, pourtant très élevé, a été rattrapé, puis largement dépassé par celui de la population autochtone. Ces résultats d'ensemble proviennent d'une très forte natalité affermie par une diminution constante de la mortalité. Chez les européens d'origine, l'excédent des naissances sur les décès passe de 4,8 pour 1000 en 1938, à 11 pour 1.000 en 1950, avec un fléchissement pendant la dernière guerre : l'excédent à cette date n'est plus que de 3,6. Chez les autochtones, ce fléchissement est noté à la même période, mais l'excédent des naissances sur les décès est nettement plus important : il passe de 10,9 pour 1.000 en 1938, à 8,75 pour 1.000 en 1945, mais dépasse 15 pour 1.000 en 1950. Cet excédent est aujourd'hui de 10,4 pour 1.000 chez les européens, et de 31 pour 1.000 pour lies autochtones. Le coefficient de natalité de la population européenne, en régression depuis 1921, est cependant supérieur à celui des populations de France Métropolitaine (16 pour 1.000). Le coefficient de la population autochtone est au contraire en progression constante et dépasse ceux que la Pologne et le Japon avaient atteints entre les années

NATALITE MORTALITE

COEFFICIENT PAR MILLIERS D HABITANTS

1921 .européens natalité 26 AUTOCHTONES 24 1954 européens natalité 19 AUTOCHTONES 44 MORTALITE 1921 . européens Mortalité 15 AUTOCHTONES 20 1954 européens mortalité 8,6 AUTOCHTONES 13

Les questions de ravitaillement de travail, d'habitat, de scolarisation, d'assistance médicale exigent des solutions qui engagent très lourdement chaque année les finances publiques

Enfants du Sud

1921 et 1931, période pendant laquelle ces pays passaient pour avoir la plus forte natalité du monde. Les coefficients de mortalité diminuent d'une manière sensible et continue, celui des populations autochtones se rapprochant de plus en plus de celui des européens.

Excédent de naissances sur les décès, diminution du taux de la mortalité, augmentation du taux de natalité, tels sont les principaux éléments qui font de l'Algérie un pays dont la démographie tient en haleine les pouvoirs publics et les divers organismes chargés de résoudre, à une cadence accélérée, les problèmes vitaux qui se posent Cette évolution inscrite dans les tableaux ci-contre et ci-après souligne l'énergie avec laquelle l'Algérie doit agir pour assurer à la population la satisfaction de ses besoins essentiels et le progrès de sa condition. Le fait démographique domine tous les autres problèmes algériens en imposant aux travaux, aux recherches et aux réalisations, une cadence toujours plus rapide. divers organismes chargés de résoudre, à une cadence accélérée, les problèmes vitaux qui se posent 1921 et 1931, période pendant laquelle ces pays passaient pour avoir la plus forte natalité du monde.

Les coefficients de mortalité diminuent d'une manière sensible et continue, celui des populations autochtones se rapprochant de plus en plus de celui des européens. Excédent de naissances sur les décès, diminution du taux de la mortalité, augmentation du taux de natalité, tels sont les principaux éléments qui font de l'Algérie un pays dont la démographie tient en baleine les pouvoirs publics et les divers organismes chargés de résoudre, à une cadence accélérée, les problèmes vitaux qui se posent Cette évolution inscrite dans les tableaux ci-contre et ci-après souligne l'énergie avec laquelle l'Algérie doit agir pour assurer à la population la satisfaction de ses besoins essentiels et le progrès de sa condition. Le fait démographique domine tous les autres problèmes algériens en imposant aux travaux, aux recherches et aux réalisations, une cadence toujours plus rapide.