VOYAGE A GUELMA du 28 MAI AU DIMANCHE 3 JUIN 2006


PROGRAMME DU SEJOUR

             Lundi 29 juin 06 :Départ pour Annaba (Bône) visite de la ville et des plages, tentative pour monter visiter le complexe de Seraidi (Bugeaud) route en réfection, visite de la basilique de saint Augustin, puis direction le phare du cap de Garde, déjeuner au restaurant "Le Vivier" oursinade au menu, retour sur Annaba puis Guelma (il pleut).
             Mardi 30 juin 06 : Départ 7 H pour Timgad par la N20; Ain Nassainia, Ras el Akba, Oued Zenati, Ain Abid, Bounouara, Ouled Rahmoun, El Guerrah, Ain Mila par la N3 ; Oued Zouai(shott) Ain Yagout, Batna.
Arrivée à Timgad à 13 H par N 88, puis direction Khenchela, sidi Mancar, Touffana, Kais, arrivée à 14,00 H à Khenchela et déjeuner
Retour par Ain Beida N10 : M'Toussa, Kirina, Ain Beida , Ain Fakroun, Segus, Ouled Rahmoun, puis Guelma par la N20, arrivée 19,00 H
             Mercredi 31 mai : Visite de la ville, puis la manufacture de tapis et broderies, direction Belkheir (Millesimo) visite d'une fabrique de tuiles, l'après midi la famille Martinez a visité l'Ecole d'Agriculture son élevage de lapins reproducteurs, ses vaches laitières guidés en cela par Farouk Kebabsa ingénieur à l'I.T.M.A., puis la ferme annexe où habitait Yvette, dîner vers 19 h.00 puis concert à 21 h.00
             Jeudi 1 juin 06 : Départ pour Hamamm Ouled Ali, visite du complexe qui entrera en activité au mois de juin 06, puis Hamamm Meskoutine, les Ruines majestueuses d'Announa (Thibilis) retour 19.00 h
             Vendredi 2 juin 06 : Tour dans la ville puis visite du lac souterrain prés d'hammam Meskoutine, direction les grottes du Taya dont le debel Taya culmine à 1220 mètres, retour vers 15.00h , visite de Guelma.
             Samedi 3 juin 06 visite, de l'usine de mise en bouteilles d'eau de source de Monsieur et Madame Ali Chechoua


17 ans après….
"              En ce qui concerne l'Algérie, j'ai toujours peur d'appuyer sur cette corde intérieure qui lui correspond en moi et dont je connais le chant aveugle et grave. Mais je puis bien dire au moins, qu'elle est ma vraie patrie et qu'en n'importe quel lieu du monde, je reconnais ses fils et mes frères à ce rire d'amitié qui me prend devant eux. Oui, ce que j'aime dans les villes algériennes ne se sépare pas des hommes qui les peuplent. Voilà pourquoi je préfère m'y trouver à cette heure du soir où les bureaux et les maisons déversent dans les rues, encore obscures, une foule jacassante qui finit par couler jusqu'aux boulevards devant la mer et commence à s'y taire, à mesure que vient la nuit et que les lumières du ciel, les phares de la baie et les lampes de la ville se rejoignent peu à peu dans la même palpitation distincte. Tout un peuple se recueille ainsi au bord de l'eau, mille solitudes jaillissent de la foule. Alors commencent les grandes nuits d'Afrique, l'exil royal, l'exaltation désespérée qui attend le voyageur solitaire. Non, décidément, n'allez pas là-bas si vous vous sentez le cœur tiède et si votre âme est une bête pauvre, mais, pour ceux qui connaissent les déchirements du oui et du non, des midis et des minuits, de la révolte et de l'amour, pour ceux enfin qui aiment les bûchers devant la mer, il y a, là-bas, une flamme qui les attend."

           1947 Albert Camus

C'était en 1947, .......aujourd'hui en 2006, l'Algérie est notre patrie virtuelle


Poéme dédié aux français qui ont habité Guelma

Durant 132 ans, nos routes longtemps parallèles,
Se sont jointes, croisées ou heurtées,
Puis le temps et les circonstances ont fait
Qu'elles s'éloignèrent laissant amertume et regrets.

Avec notre amitié fraternelle
Leïla (Guelmia)


              Pourtant rien n'est jamais définitif et irréversible, nous avons quitté l'Algérie, notre ville de Guelma et pourtant nous sommes toujours vivants dans le cœur des Guelmis = Guelmois, ce qui fait que pour nous l'Algérie est toujours la contrée bénie des Dieux, elle est le pays du soleil, du ciel profond et bleu, des paysages dorés par les blés, des nuits sereines et noires où des milliards d'étoiles scintillent et fusent en de longues traînées ce qui laisse en nous d'inoubliables souvenirs

             Ils se souviennent, de leurs instituteurs, (Raynaud (les deux), Gruffaz, Grégoire, mme Betch, Attali (les deux), Cuchot, mme Quilly, mlle Allard, Olives, Beau, mme Minot, mme Aubry, Attal, Zemour (les deux), Richardo etc.) de leurs camarades de classes, des boulistes, des footballeurs, des commerçants, ils n'ont rien occulté et le plus surprenant… ! la mémoire collective joue, encore, son rôle, les jeunes détiennent les connaissances passées, c'est ainsi que souvent nous avons été abordés en nous demandant qui nous étions puis :

            - Ah oui !, votre père avait le café Glacier, il parlait l'arabe et le kabyle, d'ailleurs il y a une chanson que nous chantions dans les calèches pour la fin du Ramadan qui disait : si tu passes devant le café Glacier……ou encore :
            - Lorsque l'Espérance Sportive Franco-Musulmane Guelmoise a été championne d'Afrique du Nord ton père avait organisé une grande fête sur la place où tous les joueurs et dirigeants avaient été invités…tu te souviens ?. Il y avait des tables jusqu'au kiosque à musique…il était beau ce kiosque (sic)…dommage qu'il ait été détruit…
            - Il y avait dans la grande salle un tableau de classement des équipes de foot et tous les dimanches nous allions le consulter pour connaître les résultats…au sous sol, il y avait une table de Ping-Pong….et un billard américain !!!! et…et …
Dans la rue par des jeunes écoliers qui en excellent français interrogeaient :
             - Bonjour, qui êtes vous ?
             - Ah bon !,
             - Bienvenue dans votre ville !
 

  
      
             Des amis nous avaient offert des roses, tout à coup une mignone petite fille qui jouait dans la rue vint à notre devant :
             - Tata,(sic) tu as de belles roses, veux-tu m'en donner une ?
             - Merci tata.

            Lors d'une promenade (rapide) d'un RV à un autre, une charmante guelmia s'approche de nous : " je suis allée à l'école Georges Sand et je garde de ces moments là de merveilleux souvenirs de mes institutrices et de mes camarades...vous savez je regarde toujours un site de guelmois et le dernier m'a fait pleurer....on se quitte...pour se rencontrer plus tard par le plus grand des hasard. Beya , accompagnée d'une jeune fille, traverse la rue , court vers nous avec des feuilles imprimées du site GUELMA FRANCE , bien sûr je lui dit que je suis le "webmaster",
            - Qui ?
            - C'est moi qui produit ce site sur Guelma :
            - Vous savez, je ne suis pas la seule à être "collée" à ce site, nous sommes des dizaines à regarder des textes, photos et souvenirs...
Cela fait toujours plaisir d'être lu au delà de la mer...elle me donne son numéro de téléphone que je gribouille sur un morceau de papier...mais qui disparaîtra dans le voyage ...à bientôt Beya M et pense aux photos...tu as mon adresse E-mail

             Grâce à l'organisation parfaite de Gérard Beaufils, président de l' Association Joinville le Pont-Guelma - 48 rue de Paris 94340 Joinville le Pont adresse mail : asso.jlp-guel@neuf.fr. Nous avons parcouru des centaines de kilomètres de Annaba (Bône) en passant par Batna, visitant les ruines de Timgad, déjeunant à Khenchela, remontant sur Ain Beida puis oued Zenati et toujours comme point de chute : Guelma.
             Tous nos parcours journaliers ont été libres et sans escortes, sauf une fois alors que notre camarade d'école Gasmi Mohamed-Laid (27 ans directeur d'école) nous faisait une conférence sur l'origine du lac souterrain de Hammam Meskoutine, une voiture de gendarmerie s'arrêta et nous proposa de nous accompagner vers notre destination du jour, c'est à dire les grottes de Taya…...

Après cette digression revenons à notre point de départ.
             Il y a à peu près la même distance de Paris à Marseille que de Bône à Marseille une heure d'avion. Notre fille nous accompagne, elle va découvrir l'Algérie et notre ville natale.. Il est midi nous accédons à l'appareil de la compagnie Air Algerie, dans l'avion un vieux (de mon âge) me demande de lui remplir les formalités de débarquement (cela n'a pas changé), je lui demande s'il est Annabi (Bônois), non je suis Guelmi (Guelmois), la conversation s'engage, il connaît mon père, le Glacier, il travaillait comme ouvrier aux docks….comme son siège est situé derrière le mien les échanges sont difficiles. Après une heure de vol, la côte d'Algérie apparaît, des bateaux attendent dans la baie de Bône, un rebond sur la piste, l'avion s'immobilise, la porte s'ouvre l'air chargé des senteurs d'Algérie s'engouffre, la langue arabe me ramène à des années en arrière. Police, le passeport DZA, lieu de naissance Sétif, le préposé s'exclame : Ah ! je suis moi aussi Sétifien, de quel endroit ? nous bloquons la foule qui document à la main attend, " ada Benti " ( c'est ma fille ) et nous voilà dans l'attente des bagages, la récupération durera autant que le vol. Un bus est au parking, nous faisons la connaissance de " Djo " un jeune et sympathique guelmi qui m'apprend qu'il fait partie d'un groupe de rap du nom de " Game Over " qui se produira mercredi. Les villes et villages se traversent rapidement, il nous faut une heure pour rejoindre l'Hôtel Mermoura. Visite de nos chambres une douche et nous voilà dans la ville. Notre première visite est réservée à une amie, Micheline Mekhancha, elle habite une splendide villa entourée de roses, bavardages ….et nous la quittons, vite un bonjour à Abdelazziz souvenez-vous c'est lui qui avait accompagné Michel et Yvette sur les terres de l'arrière-grand-père Ménard dont la famille faisait souche en 1840 à l'oued Maïze, nous prenons rendez-vous, puis débouchons dans la rue anciennement Louis Panisse, je profite pour montrer à notre fille la villa Monge où nous étions locataires.
                La batisse est entretenue, le portail est le même, mais les jardins qui l'a bordaient ont fait place à des logements, les deux frênes qui encadrent le portail sont énormes.
             On continue, photo rapide de l'immeuble de l'Hydraulique, de la villa Ermati, puis du magasin Laperge, le nom de Max n'est pas oublié.
             Nous remontons toujours en direction du théâtre municipal, tout à coup un cybercafé, (ils sont très nombreux car il y là, l'A D S L) j'ai comme correspondant par mail depuis presque deux ans un jeune étudiant Salim qui pour se faire un peu d'argent travaille dans un de ces établissements et je me dis que peut-être j'aurais la chance de le trouver là, bingo..! Salim est là !, heureux présage, je lui avais raconté ma jeunesse, nos jeux de foot avec comme ballon une boite de Nefa, les parties de pèches à la Seybouse, les vols de pastèques les soirs de Ramadan après que le canon annonçait la fin du jeune, je l'avais tellement fait rire qu'il m'appelle L O L.

            La villa de nos amis est là, on frappe, on ouvre c'est Fethi, (Yvette l'a langé à sa naissance), on pleure d'émotion puis ses parents arrivent, Souda est toujours là, elle se déplace avec difficulté, cependant malgré ses 88 ans elle conserve une mémoire intacte, Bouakez toujours digne (ex professeur à l'école d'agriculture) évoque le temps passé, mais il nous faut les quitter en leur promettant de revenir les voir (nous irons trois fois).
            Puis Rachid Bencheikh qui est gérant d'une librairie moderne qui sent bon le papier et l'encre, livres de qualité sur rayonnage. C'est un ami connu lorsqu'il était enfant, son père travaillait également à la ferme école. Il sait que l'histoire de l'Algérie me passionne, nous parlons de Souk-Ahrras, de saint Augustin, il se lève va dans ses rayonnements où les bouquins sont impeccablement classés, et me tend un livre " Moi Saint Augustin ", je tourne quelques pages,..... il ne veut pas que je le lui rende, c'est pour toi....nous prenons rendez-vous pour aller rendre visite à son père malade.
            En traversant la place du théâtre municipal je photographie, l'ex boulangerie Abella, ainsi que la droguerie du même nom, photo de l'immeuble où habitait Roland Zenati, le café du Théâtre Meyer puis Bockler, la boulangerie Saïd, le garage Lacroix, en face la pâtisserie Bonnet. Nous traversons la rue, l'intérieur du commerce est à l'identique, même présentoirs, bonbonnières, tables.....une photo avec le patron qui nous propose des gâteaux en précisant les milles feuilles ; c'est le matin seulement, on prend rendez-vous, on remonte l'ex rue Sadi Carnot, une voiture stoppe à notre hauteur :
   
 
       
           - Bonjour êtes-vous Guelmois ? des vrais Guelmois ? (ils font la différence entre ceux nés depuis des générations à Guelma et ceux arrivés aprés l'indépendance)
           - oui !,
           - qui êtes vous, ?
           - ah oui !
           - alors toi, tu es bent Bordj, mon père travaillait à l'école, aux cuisines avec "Pascal" (c'était un pseudo car il était algérien), et...…

            Puis le café Boutin, la place saint Augustin; plus de fontaine, un énorme et écrasant monument la remplace (dommage). Le café Glacier toujours partagé en une multitude de khannout (magasins), on s'y arrête un instant, il y a là une pâtisserie, elle est propre et les gâteaux sont isolés dans des vitrines fermées. Puis le restaurant de Luluce Missud, la droguerie Richet, Morio, Bata qui sont maintenant des commerces ; …..l'hôtel d'Orient de mon oncle Gervais. Nous revenons sur nos pas et remontant la rue saint Louis, Tamina (Le bonheur des Dames) nous habitions au-dessus, Vidal (les jumeaux), le café Habib, Guerard (avoué), Garnièri (pharmacien), Zuretti qui est toujours une boulangerie.
           Je me retourne, fixe sur la pellicule la droguerie Azzaro et leur balcon, à ce moment je suis interpellé
            - Bonjour, vous êtes Guelmois ?
            - Sais-tu qui habitait là ?
            - Oui, Toto Azzaro et..
            - et celui à côté ?, sans attendre ma réponse,
            - Eh bien !; c'était Bezzina Charlot ! il avait deux fils Jean et Guy et dans la cour il y avait Marienne et Madame Berdeaux qui travaillait à la poste avec Djebar…et Aumercier.!.incroyable ! l'homme qui nous parle doit avoir 40 -45 ans… !!!

             Nous décidons de retourner à l'hôtel, car le deuxième groupe doit en principe être là, vite nous traversons la place..le garage Ferro ! un homme intrigué par mes prises de clichés me demande si je connaissais ;
           - oui bien sûr ;
           - mon père avait acheté un Ferguson en 1948 à Gaétan, il était de couleur gris-bleu et son moteur avait 60 chevaux et trois vitesses je crois et.....

            Je suis statique et médusé, tout défile dans ma mémoire je retrouve spontanément des noms oubliés ; le coiffeur Attali, beau-frère de Gaston Attal, Morio le footballeur, Balibouze notre liquoriste, en face, l'épicerie Chalvin, Yvette s'arrête devant la vitrine et explique à notre fille :
           -Vois-tu ta grand-mère a tenu ce commerce, c'était une épicerie....elle l'a vendu à la famille Morin.
Comme nous étions face à la porte, le patron se mêle à la conversation, :
           - Vous êtes Guelmoise ?, et vous êtes née ici ? alors vous êtes une algérienne !....…bienvenue chez vous....ici vous êtes chez vous, vous êtes plus guelmois que certains guelmois !(sic).
             Un attroupement se forme, un jeu de questions-réponses ininterrompus....café Glacier....je connais dit-il, j'en profite pour demander si les garçons de café de mon père sont à Guelma, je cite, Bouzid , ah lui il était de Sétif (quelle mémoire !)…je continue, Amar (l'aouar) " met " (mort) et Chérif " met ", et Tayeb " met " (les trois prénoms précités étaient des frères) et Ahmed-pékinini " met " aucune chance de retrouver ceux avec qui j'ai passé ma jeunesse dans ce café……
Ils aimeraient que nous rentrions boire un rafraîchissant, mais le temps nous est compté…..on file.
Arrivés devant l'hôtel pas de bus, les autres ne sont pas arrivés.
            Je propose d'aller rendre visite à l'épouse d'un camarade de classe décédé l'année passée. Ma mère habite prés de l'Hôtel Mermoura, m'avait dit Beya sa fille, une mignonne (photo) Guelmia étudiante à la Sorbonne avec qui je corresponds par Internet. Mais où la trouver ?,.
            Un homme sort de l'ex école Anatole France, comme elle était professeur de Français (maintenant à la retraite), je lui demande s' il sait où elle habite, il nous conduit devant une porte d'entrée d'immeuble et des gosses nous précédent jusqu 'à l'étage. On frappe la porte s'ouvre, nous nous présentons, accueil chaleureux, entrez, nous propose la maîtresse de maison, gâteaux, boissons et évoquons de vieux souvenirs nostalgiques… mais il est (déjà) l'heure de nous quitter…on se promet de se revoir hélas, nous repartirons de Guelma sans revoir cette charmante et attachante famille.
Le deuxième groupe arrive de Paris, ils sont onze, nous faisons connaissance….. nous passerons d'excellents moments en leur compagnie.

             Les excursions nous mèneront dans le département et bien au-delà, mais c'est dans la ville et dans les rencontres fortuites que nous trouverons des échanges humains et chaleureux. Impossible de payer un " ftaïr " (beignet) ou une consommation des anonymes s'en chargeront…vous êtes nos invités !!!!.

             Nous partons en excursion, le bus s'arrête rue d'Announa , la porte s'ouvre.. deux hommes de passage sont là…qui êtes vous ? je décline mon identité…,oui je vous connais…, moi, je m'appelle Sihili de suis le cousin d'Amar et de Chérif…l'un est mort ..l'autre est en France.....peux-t-on se revoir je te donnerai son adresse en France?…...la porte se ferme et le car démarre...et je n'ai pu avoir cette adresse.....tout va trop vite ….
       

                - Bonjour, êtes vous Guelmois ? permettez moi que je vous raconte ceci : j'avais 10 ans à l'indépendance, comme tous les gosses j'étais heureux sans savoir trop pourquoi, c'était la fête. Je suivais un cortège de gens surexcités et tout à coup, la porte d'un commerce appartenant à un Français, fut forcée alors commença un pillage systématique des lieux. Effrayé je m'enfuie et je raconte à ma mère ce que j'avais vu, et dans sa sagesse elle m'a tenu ces propos qui sont à jamais restés gravés dans mon subconscient
           - ne sort plus, reste à la maison, nous risquerons un jour de payer ces excès.Sans trop en connaître les raisons, je me suis mis dès ce jour à aimer la langue française, je n'étais coupable de rien, mais j'ai ressenti une sorte d'irritation morale morbide à l'idée d'être en tort. Il en est né en moi une susceptibilité extrême de croire qu'un jour je pourrais être mis en cause. La langue de Molière ; je l'ai faite aimer en facultés, par des générations d'étudiants.. ma mère ne s'était pas trompée et pour bonne preuve c'est que vous êtes de retour.

                La scène se passe dans la salle à manger de l'hôtel, comme acteurs madame Yvette Martinez (honneur à la dame) et monsieur Kadour Djebar. Nous sommes de passage à Guelma et observons de notre table ces gens en osmose français et algérien heureux de partager des souvenirs. Le vieil homme semble particulièrement attachant et à chaque …tu te souviens …pousse amicalement du poing sa vis è vis.. elle proteste en riant …mais tu me fais mal.. et pourtant la scène se prolonge….. un passé vivant les unis…Le couple se lève le vieillard doit partir.. la dame l'accompagne, ils se quittent et je m'approche…Madame permettez-moi de vous embrasser, Monsieur je ne le refuse pas ..mais j'aimerais savoir pourquoi ? Voyez Madame j'ai été très indiscret peut-être, mais j'ai suivi votre conversation avec ce monsieur âgé que vous devez bien connaître, j'ai été surpris et témoin de cette chaleur amicale, rieuse et spontanée.. jamais je n'aurai imaginé que de tels liens puissent perdurer, je suis très ému, telles sont les raisons de ma demande ( rédigé par un inconnu)


Madame Ali Chachoua
(nous nous excusons de la mauvaise qualité de l'image extraite d'un film vidéo par Jacky Malléa)


  

         Tout le groupe est invité par madame et monsieur Ali Chachoua pour déguster un succulent couscous Kakyle, préparé par madame Chachoua...un régal..merci encore de cette délicate attention...

Ali (Chachoua), Gérard ( Beaufils président de l'association Joinville le Pont-Guelma) et Badri...couscous Kabyle sublime...

             
             Le soir dans les salons de l'hôtel c'est un défilé constant de guelmis qui nous demandent des nouvelles de connaissances passées. Ainsi, deux copains n'ont pas hésité à venir par deux fois d'Annaba (Bône) pour me rencontrer…..mais toujours pas de " Ahmed-Pékinini " (met) . J'ai tenu un carnet de voyage précis et minuté, mais je vais aller directement à la soirée du mercredi où nous avions invité des amis de toujours et des internautes inconnus. Tous n'ont pu venir ce soir là, et je reçois depuis des mails d'excuses Cependant, les principaux, ceux avec qui j'ai échangé de nombreux courriels, n'ont pas manqué à notre invitation et tout en prenant des rafraîchissants, nous avons parlé, parlé beaucoup, jusque tard dans la nuit après l'échange de cadeaux.
             Le lendemain jeudi, un concert est organisé en présence du consul de France d'Annaba invité pour la circonstance par Gérard à la soirée de lutte contre le cancer. Au programme, des jeunes artistes français venus de Chambéry, un groupe de rap local " Game Over " des jeunes super dynamiques qui chantaient en français et un concert " Malhouf ".
             Azzedine Zennache en véritable " Jean-Pierre Foucault " présente l'orchestre : son fils Badri et son frère Rafic tous deux remarquables musiciens. L'oncle entame une musique à la guitare sèche puis le neveu commence à chanter , Rafic fait un signe à Yvette : cette chanson est pour toi . !. " J'ai quitté mon pays ".. tantôt en arabe tantôt en français…grandes émotions, la foule écoute dans un profond silence et des larmes coulent….. Il faut être nés dans ce pays pour comprendre la profonde signification de ces paroles .

Hamamm Meskoutine photo Yann Artus- Bertrand

             
Vendredi : Le lac souterrain d'Hammam Meskoutine : J'ai retrouvé dans ma bibliothèque une description rédigée par L.Rouyer en 1888, qui écrit :
          C'est une des curiosités les plus attrayantes des environs d'Hammam Meskoutine. C'est au mois de juillet 1878, par une journée orageuse, qu'un affaissement du sol, en forme de circonférence d'environ 30 mètres de diamètre, s'est produit ..c'était la naissance d'un lac aux eaux limpides et fraîches....


L'entrée de la grotte du Dieu Bacax dans le djebel Taya

       Journée fatigante; les grottes de Taya, diable ! je ne me souvenais plus qu'elles étaient si éloignées de Guelma. Les jeunes gendarmes nous aident à gravir des pentes qui ne sont plus de notre âge : donne moi la main ya beba …(papa)... L'entrée est enfin là, le couloir des inscriptions présente une inclinaison de 5 mètres sur une longueur de 35 mètres puis s'enfonce dans les ténèbres. On patauge et on glisse sur des bouses de vaches fraîches.. on n'ira pas plus loin
             Des inscriptions votives et mortuaires au nombre de 64, dédiées à l'auguste Dieu Bacax, ou Ifru (ou Ifri) : il s’agit d’un dieu des montagnes et des grottes. Son image avec une tête radiée apparaît au fond d’un abri sous roches. Son nom s’apparente à la racine amazighe FR (se cacher) qui se trouve aussi dans le nom de la grotte (ifri). Peut-être faut-il le considérer comme le roi des génies habitant dans la caverne. Des écritures existent encore mais il faut avoir une bonne vue pour les déchiffrer. Presque toutes sont du troisième siècle de notre ère. Tous les ans les habitants de Thibilis, venaient en grande pompe offrir des sacrifices au Dieu des grottes . C'est dans un de ces pèlerinages que deux jeunes Thibilitains , Judius et Caïus Voratius, trouvèrent la mort en se laissant choir maladroitement dans le gouffre, ainsi qu'en témoigne l'une des inscriptions relatées ci-dessus.

             Quelqu'un me demande à la réception. Je regarde un homme qui semble me connaître, je suis Babès le peintre en lettres, j'avais loué un entrepôt à Bezzina Charlot, il était au bout de la ruelle…et là encore des échanges de moments passés à jouer au billard , le lendemain c'était son frère et là encore des souvenirs …

             Ce vendredi 3 juin sera pour Yvette un moment de joie, d'émotion, et de tension extrême celui de revoir Habib qui était cocher à la ferme école. Elle n'espérait pas le revoir car la veille sa fille lui avait annoncé qu'il avait été hospitalisé à Annaba et voilà qu'il était là, il avait tenu à revoir Yvette. Malgré ses 88 ans Habib est un fier vieillard qui a gardé toute sa lucidité, ses attaches et ses souvenirs. C'est un homme digne qui n'en veut pas à la France de l'avoir chassé de l'armée après 13 ans de bons et loyaux services.
Il me raconte sa guerre celle du 7 régiment de tirailleurs Algériens, son départ (parce que De Gaulle en avait besoin) son arrivée à Marseille puis son cantonnement à Avignon, son installation dans les tranchées sur la ligne Maginot, les incessants bombardements par l'aviation allemande, la fuite vers Dunkerque, le sauve qui peut vers l'Angleterre, retour à la case départ, puis la campagne de France, l'Allemagne et un an en Indochine et le remerciement de la France :
bor toi l'armi ci fini..
              Je lui ai demandé s'il n'avait pas de haine devant tant d'injustice, magnanime avec un léger sourire il m'a répondu : non !
             - Comme je ne savais que faire à part la guerre, je suis allé voir ton père monsieur Borg, je me suis assis sur l'une marche d'escalier devant chez toi et j'ai attendu qu'il rentre de son travail. Quand il est arrivé je me suis mis au garde à vous, je lui ai fait mon rapport, il m'a écouté ..puis …….viens demain matin prendre ton travail, …………je te jure Yvette, ton père m'a sauvé la vie
 

         - Puis il se mit à sangloter en évoquant la gentillesse et la disponibilité de madame " Bordj ", (la maman d'Yvette) , au point que sa fille l'implore respectueusement de parler plus bas……reviens me voir Yvette, tu viendras à la maison, tu n'es pas une étrangère pour aller à l'hôtel, reviens avant que Dieu ne me rappelle à lui…….


Autre émotion, le samedi 4 juin 06 c'est notre dernier soir à Guelma.
             Alors que nous nous apprêtions à dîner, on me demande. Dans l'embrasure de la porte de la salle à manger se tient un homme, il me regarde et ne dit rien, ses yeux brillent et sourient…il attend…il m'a fallu une seconde pour le reconnaître …..c'est Ahmed dit Pékinini…il est bien vivant….il y avait deux pekininis , et c'est l'autre qui est " met ". Ahmed est né le 8 avril 1934 (même année que moi) il était cireur sur la place saint Augustin, à la " glace de Paris " c'était sa pub. Son " gingle " un roulement de brosse sur le côté de résonance de sa boite tac tac tac…. tactac !. Il était malin et intelligent, mon père l'adopta rapidement. Il commença à faire des commissions pour le café, ensuite il intégra la plonge,.. puis le service en salle,…. il considérait ma mère comme sa propre mère…..et lorsqu'elle fut malade, il me remplaçait à son chevet passant de longs moments à lui tenir compagnie…..ces instants là ne peuvent s'oublier. Jusqu'à mon départ de Guelma, nous ne nous étions jamais quittés.
             Ce récit est haché et reflète mal les émotions ressenties tout au long de ce court séjour à Guelma. Non, décidément, n'allez pas là-bas si vous vous sentez le cœur tiède et si votre âme est une bête pauvre.

Pour ceux qui auraient l'intention de se rendre à Guelma :

             Il y a une vertu que l'on ne peut nier chez l'algérien, c'est la discrétion, à question posée demeurée sans réponse il n'y aura pas redondance.
             Le monde est fait d'ambivalences dites vertueuses, comme la fausse pitié de la sensiblerie, ou la fausse fraîcheur des puérils il faut y prendre garde. Un des compagnons d'un jour a cru bon de faire repentance en abordant la guerre d'Algérie, il fut immédiatement stoppé dans sa démarche par une intervention directe et sans appel :
             La guerre d'Algérie, monsieur, est du passé, elle est inscrite dans l'histoire.. alors regardons l'avenir.....il y a tant de choses à reconstruire ensemble…

             A Guelma et probablement en Algérie, il n'y a pas de mendiants comme en Egypte ou au Maroc, ne donnez pas l'aumône à quelqu'un qui ne vous demande rien, c'est vexant et cela complique les relations .
             La scène se passe ex-rue Mogador, je suis assis à côté d'une connaissance d'un jour..nous bavardons du temps passé..tout à coup une touriste du groupe se dirrige vers nous et donne une pièce à mon compagnon
             Wallache t'med li sadaka, ouana ma t'loubt hach !!!!  (pourquoi me donne -t-elle l'aumône!!!!je ne lui ai rien demandé)
             D'autre part si vous offrez des friandises à des enfants faites le avec discrétion
             Wallache t'med el halwoua kima haka, ma houmch d'jaje!!!! <(pourquoi lui donne-t-il ces bonbons de cette façon, ce ne sont pas des poulets)

Je laisse la place d'écriture à ma fille Valérie.
Un des représentant de l'autorité de la wilaya lui posa la question traditionnelle :
             Mademoiselle, que pensez-vous de l'Algérie ?
             Vous savez, monsieur, depuis ma tendre enfance je suis baignée par l'Algérie, mes parents ne m'ont pas trompée, je mets enfin des légendes sur des images.

             Nous sommes dans l'aéroport peu d'entre nous ne parle on fait la queue pour l'embarquement et tout à coup un merveilleux sourire et des beaux yeux bleus, Djanet dahel est là, les bras chargés de cadeaux...voilà vous penserez mieux à moi et à nous, bon voyage à l'année prochaine. Djanet pense à m'envoyer tes peintures tu me les a promises...

             Voilà,….. je suis devant mon ordinateur où des dizaines de mails s'affichent tous de Guelma, ils ont promis sans rien demander en échange,..ils ont tenu leurs promesses. .photos, textes, arrivent chaque heure.

Toulouges juin 2006.

            A leur intention, j'ai des messages à faire passer, ce sont pour la pluspart des anciens élèves qui voudraient entrer en contact avec leurs instituteurs ou camarades de classe.

            L'un d'eux nous disait à propos de son professeur mademoiselle Claude Aubry : un jour je lui ai dit :
           - vous êtes dur avec nous !
            et elle m'a répondu :
           - non, je suis juste.
Et il conclut, grâce à son intransigeance, j'ai terminé mes études en facultés à Alger.

Sujets d'étonnements :

            Pourquoi n'y a -t-il aucune voiture de stationnée la nuit en bordure des trottoirs des rues ?
            Réponse : parce que le lendemain elle sera en pièces détachées en vente à Ain Mlila...(qui est le plus grand marché d'Algérie de pièces auto)
            Pourquoi toutes les maisons y compris les immeubles ont les fenêtres baraudées
            Réponse : contre le vol!, nous ne laissons jamais un logement vide, il faut qu'il y est toujours une présence humaine

Ils aimeraient avoir (juste) de vos nouvelles.

Benraidi Hamid ; ses profs Raynaud en Math, Gruffaz, ect.
Oubeidi Bachir
Chiheb Djamila qui recherche : Fabrer ?, Krief Aline, Larosa Danièle, Bittoun Raymonde, Missud Marie Jeanne et qui signe son mail par : amitiés sincères et bien le bonjour à tous les français qui habitaient Guelma
Mebarki Beya : élève à l'école Georges Sand directrice Madame Betch
Amira Messaoud recherche son copain J-J Martini et l'adresse de madame Raynaud-Aubry Claude
Aissani Hacen recherche J-J Martini, Tobelem Gérard, Lascoum, Cheylan père dans la police, Bugega Marc, Zerbib, Guedj, Tafarelli, que devient Mademoiselle Sauvage qui s'est marié avec Martinazi.
Les anciens élèves de mademoiselle Valette dite Titine de l'école Sévigné (il en reste encore) aimeraient échanger des correspondances.
Questions posées : Que sont devenus :Christian Cautres, Hahn, Vela, et les autres joueurs de l'A S P T T ?
Les anciens postiers ? et les joueurs de la J S G ?, ceux de la boule tricolore, du bowling et les coureurs cyclistes…. ?
Nous disposons des adresses à Guelma de :

Benraidi Hamid ; Oubeidi Bachir ; Mebarki Beya ; Amira Messaoud ; Aissani Hacen ; Hacen barman du Yoyo Bar, puis de chez Croce, de Babès Amar et bien d'autres...

A vous de répondre si vous le désirez…… !!!!!!..
Gilles Martinez

Collectif des Guelmois GUELMA FRANCE 2006