COMICE AGRICOLE de GUELMA

MEURTRES,BRIGANDAGES, RAPINES, VOLS, ATTENTATS,
(Suite)

Avis aux Lecteurs

Nous devons à ceux de nos lecteurs qui ne sont familiarisés avec les expressions et les coutumes indigènes, l'explication d'un terme qui reviendra fréquemment sous leurs yeux au cours de la lecture des pages qui vont suivre.
Nous avons nommé la BECHARA.
La BECHARA et une petite qui opération qui consiste à transformer immédiatement et sans danger aucun pour le voleur le produit matériel d'un vol quelconque en belles espèces sonnantes.


PLAINTE
Cette année, ou du moins à la dernière vendange, en septembre 1890, en plein 12 h 00 et pendant le repas des vendangeurs, le voleur indigène a été surpris par le gardien Thaleh , vendangeurs à plein panier. Le voleur n'hésita pas à frapper le gardien d'un coup de couteau en pleine poitrine et put se sauver l'an dernier, des voleurs indigènes ne volèrent huit sac d'olives, sur un wagon, en pleine gare hammam meskoutine.. Nous sommes purent suivre la trace et retrouvèrent les olives enfermées un tas de t'ben il y a trois ans, le nommé Caprini, mon cher charbonnier, réveillé par un voleur qui s'était introduit dans son gourbis, se mit à sa poursuite sans armes. Au moment d'atteindre le malfaiteur il reçut un coup de fusil qu'il traversa la cuisse.
J'ai environ 400 orangers dans l'extérieur même de l'établissement et je n'en récolte jamais la 10e partie. Les fruits sont envolés nuitamment
en résumé, je suis l'un des propriétaires les plus heureux de l'arrondissement de Guelma et tout se solde par des pertes d'argent. On ne parle on ne m'a pas encore tiré comme un lapin, et on n'a pas encore pu tuer tout à fait quelqu'un des miens
L ROUYER


PLAINTE
VOLS ET INCENDIES
Vers le mois de juillet 1880, on me vola du blé en gerbes. Quatre mulets étaient déjà chargés lorsque je surpris les voleurs et je fis feu sur eux; aux coups de fusils, ils abandonnèrent une partie de ce qu'il m'avait pris et se sauvèrent ; c'était la nuit.
En 1881, pendant la récolte, je m'perçu plusieurs fois qu'une partie de mon blé disparaissait chaque jour, je dus, afin de prendre les voleurs, me faire, la nuit, mon propre gardien ; je fis bien, car je surpris des voleurs chargeant mon blé sur leurs mulets. Comme j'étais armé, je déchargeai mon arme sur eux sans les atteindre ou, du moins, sans leur faire beaucoup de mal. À une certaine distance, l'un d'eux riposta et ne m'atteignit pas non plus, peut-être en raison de l'éloignement et de l'obscurité.
En 1882, tentatives de vols de bestiaux, avec effraction. Les voleurs avaient percé le mur et ils étaient parvenus à faire sortir les bêtes ; mais surpris par nous, ils ont dû les abandonner et se sauver
en 1884, environ 300 q de fourrage incendiés par malveillance. Je n'ai jamais pu découvrir les incendiaires.
En 1887, au mois de décembre, tentatives de vols de bestiaux, avec effraction ; les voleurs ont brisé le cadenas de la porte, mais ont dû se retirer devant notre surveillance.
En 1888, au mois de septembre, on perce le mur la nuit et on me vole 13 bêtes ; elles n'ont jamais été retrouvées malgré de nombreuses recherches qui ont été faites tant par moi que par l'autorité.
En 1889, murs percés, vol de volailles au mois de février. Plus tard au mois d'octobre, les voleurs ont encore tenté de voler mes bœufs en faisant un trou dans le mur ; ils n'ont pas réussi à enlever les bêtes pour la raison qu'elle n'y étaie pas cette nuit là. Enfin, en décembre, les voleurs pratiquant encore un trou dans le mur de ma ferme, mon locataire a tiré sur les voleurs et les a fait fuir.
Quant aux vols de fruits et légumes, ils sont presque journaliers
Louis Marval


PLAINTE
Petit, le 16 mai 1890.

Monsieur le président du Comice Agricole de Guelma

Vers les premiers jours de mars 1890,un colon sérieux et père de nombreux enfants, le sieur Drouin Auguste, ayant trouvé du travail chez M. Seguin, prenait sa jument pour passer la seybouse et, à son arrivée, l'envoyait paître dans un enclos voisin en compagnie des chevaux de la fermeB Un après-midi, la barrière de l'enclos s'ouvrit on ne sait comment (?) et les chevaux de M. Seguin rentrèrent à l'écurie, mais la jument ne parut pas
On crut d'abord qu'elle était revenue à la maison, mais il n'en était rien, la jument était bel et bien volée. Malgré de nombreuse et promptes recherches, on aboutissait à rien, quelque temps après, un courtier à la "mode d'Afrique" lui offrit de lui faire rendre sa jument moyennant la bagatelle de 80 fr., et il tint parole.
Mais n'eut été la générosité de M. Seguin, ce malheureux colon devait travailler toute la saison pour le bon plaisir de ces ignobles bandits.
Depuis lors, il ne chôme pas, mais heureusement pour les colons, on dirait que le pour le moment, ils ont transporté le théâtre de leurs opérations sur les terres de leurs coreligionnaires
vers les premiers jours du ramdam, un mulet et ayant été volé le nommé enbarek benazam, ce dernier, pour le ravoir, versa une somme de 50 fr., entre les mains de deux coquins qui promettaient de le lui ramener immédiatement et depuis lors, il n'a plus revu ni son argent, ni sa bête.
À une date encore plus récente, dans la nuit du 13 aux 14 du courant, ces pillards se sont introduits dans le gourbi du nommé Abed ben Ammar, lui ont décroché sa jument attachée à ses pieds et l'ont enlevée, laissant une ordure à sa place.
À peu de distance, et dans cette même nuit, deux autres chevaux ayant été soustraits à notre indigène, les voleurs, le temps probablement leur manquant, les cachèrent auprès de la montagne du Boulgroun ; or, le lendemain matin, les femmes des gourbis voisins s'étant rendues dans la forêt pour ramasser du bois, durent trop se rapprocher de la cachette, car il leur tomba tout à coup une grêle de pierres sur la tête et sur le dos, qu'il les fit d'étaler plus vite que de raison.
Vous me direz, peut-être, que chez les indigènes, ce sont généralement des voleurs qui se volent, soit ; malheureusement beaucoup de coups devient et tombent sur les européens.
Veuillez agréer Monsieur ect ...
. signé
J B Salesse


DECLARATION
Au milieu du mois de janvier 1889, Albert Delmas, mon beau-père, vieillard âgé de 80 ans, a été tué dans son lit avec une arme à feu, et son armoire a été fouillée.
La porte de la maison a été trouvée ouverte sans porter aucune trace d'effraction, soit que le propriétaire eut oublié de la fermer, soit que l'un des assassins se fut caché dans l'intérieur de l'appartement.
Dans la cour, au contraire, la barrière avait été forcée et la haie éventrée. Dans la boue de cette cour, on voyait des empreintes de nombreuses traces de pieds, les uns nus, les autres chaussés de diverses chaussures arabes.
Quatre gardes de nuit indigène qui faisaient ce soir-là le guet dans le village, ont prétendu n'avoir rien entendu, pas même le coup de feu.
Contrairement à l'avis du maire, l'autorité judiciaire a cru ne pas devoir les inquiéter et l'affaire est tombée dans l'oubli comme tant d'autres.
L'année précédente en 1888, on nous avait volé cinq chèvres et une génisse à 11 jours de distance.
Signé
Veuve Delmas


DECLARATION
Monsieur le rédacteur en chef du PETIT GUELMA,
Quoi de plus navrant et de plus instructif à la fois, que cette longue publication du jugement par contumace rendue dans la séance du 28 janvier dernier de la cour d'assises de Bône et intéressant. seulement l'arrondissement judiciaire de Guelma.
Trois condamnés à la peine de mort.
Cinq condamnés aux travaux forcés.
Un condamné à 10 ans de maison de correction, tel est le gibier que le parquet de Guelma n'a pu parvenir à coffrer, toujours et sans doute pour économiser les frais de justice criminelle, se conformant ainsi aux instructions expresses de Monsieur le Garde des Sceaux, qui n'est certainement pas propriétaire d'une ferme isolée en Algérie
Ces aimables coquins, il est vrai, moins le meurtrier de la pauvre petite Quiot de bled Ghaffar, et celui de Michel Grosso, de Souk Ahras, ne sont guère coupables que d'avoir "chouriné" plus ou moins proprement quelques-uns ou quelques-unes de leurs congénères.
J'estime que ces gens-là devraient être récompensés, car en somme, ceux qui ont lancé dans l'éternité ne valent peut-être pas mieux qu'eux, et je ne puis m'empêcher de penser que moins il y aura d'indigènes, moins il y aura de criminels.
Mais ce qu'il y a d'inquiétant, c'est que le parquet, lui qui ne pense pas comme nous, n'est pas pu trouver le moyen de mettre la main sur cette belle société. "On" les lui paralyse ses moyens, nous le savons, et c'est bien pour être entendu en haut lieu que nous crions si fort et si longtemps.
Si ces braves gens (je parle des contumaces), n'éprouvent aucun scrupule, aucune hésitation à détruire leurs semblables, j'ai peine à croire qu'il respecterait davantage la peau d'un "roumi" et je ne suis pas rassuré du tout, oh ! Mais, pas du tout.
Quand je pense que l'un ou plusieurs de ces intéressants personnages a pu venir s'établir dans mon voisinage.
C'est très joli de réduire les frais de justice criminelle ! Le pays réclame depuis longtemps des économies sérieuses, mais j'estime qu'il y en aurait de plus facile et de moins dangereuse affaire.
Ensemble, le colon qui paie fort cher pour protéger sa personne et c'est bien, aurait quelque droit a trouver détestable un tel détournement de ses deniers.
Pourquoi depuis deux ou trois ans, le maraudage, la rapine des délits de pacage et autre vexations des indigènes se sont-ils autant multiplié ? La réponse est facile et nous pouvons la servir à M. le procureur général, car c'est lui seul qui nous a procuré cette aggravation de mal et de misères.
Aujourd'hui, le garde champêtre ne peut plus poursuivre correctionnellement : la verbalisation n'est faite que sur requête du plaignant, qui doit avancer tous les frais de poursuite, d'assignation d'inculpés, de citations de témoins, se porter civil etc. etc. pour arriver quelquefois encore un renvoi de la plaine.
Inutile d'insister, n'est-ce pas ? Il est certain que plutôt de remplir toutes ces formalités et de faire eux-mêmes les frais de justice, les colons préfèrent se laisser voler.
Si un bonjour le pillage dépasse la mesure ou vos prévisions, et que vous vouliez tâter de la combinaison qui vous est offerte par le parquet général, la situation est pire encore.
Vous obtenez ou non une condamnation, quelquefois des dommages-intérêts dérisoires, et, trois mois après, au plus tard, l'inculpé se venge du rôle du ministère public qu'on vous a imposé en incendiant ou en nouveau dévalisant
Experto crede Roberto

je défie qui que ce soit de le contredire. Aussi et Messieurs les indigènes auraient grand tort de se gêner ; on leur a fait réellement la partie trop belle, et ils en profitent et ils font bien.
Et dire qu'il serait soi simple de revenir aux moyens de répression des bureaux arabes.
Pour terminer, je me permettrai de soumettre à Messieurs les chefs de parquet en Algérie la question suivante :
Sous quelle rubrique le colon doit-il faire figurer sur ses livres de commerce de dépenses d'exploitation, le montant de la petite opération licite connue sous le nom de bechara ?
Car, enfin, le colon est plus ou moins commerçant ; il vend son vin, son huile, son blé, etc. etc. ou, du moins, ce qui lui reste après le vol de ces différents produits.
Il est donc tenu, d'après la loi, d'avoir des livres de dépenses, et celle qui fait l'objet de la question ci-dessus doit évidemment y figurer comme tout autre.
Mettra-t-on : payé 300 fr pour indemnité aux voleurs de la région ?
Ou bien : frais de contribution à l'entretien du brigandage indigène : 300 fr. ?
Ou, bien encore : imposition particulière pour économiser les frais de justice criminelle : 300 fr. ?
Quelle que soit la formule choisie, je doute fort que ce motif de dépenses soit de nature à augmenter la valeur des propriétés rurales en Algérie quand vous mettrez vos livres sur les lieux d'un acquéreur possible.
Veuillez agréer Monsieur., etc. etc.
signé
Ch Régnier

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