ALGERIE
Par Rozet (Claude Antoine, M.),Ernest Carette-.

La SEYBOUSE-GUELMA


Quoiqu'il y ait entre l'embouchure du Medjerda et celle de la Seybouse une distance de deux cents kilomètres, les affluents supérieurs des deux rivières se touchent presqu'en un grand nombre de points. Mais le cours de la Seybouse appartient exclusivement à l'Algérie. Du golfe de Bône, où elle verse ses eaux, elle s'étend jusqu'à quelques lieues de Constantine d'une part et de l'autre jusque tout près de la frontière de Tunis, Dans ce large bassin il n'existe pas d'autre établissement français permanent que Guelma. Mais la route qui partant de Bône conduit à cette ville ne suit pas le cours de la rivière; elle la laisse se dérouler à gauche en replis tortueux, et va passer au sommet du Fedjoudj, col élevé situé dans le massif de I" Aouara, qui sépare la branche inférieure de la branche supérieure de la Seybouse. Parvenu au col du Fedjoudj, si l'on se tourne vers le nord, on voit se dérouler à cinquante kilomètres de distance la nappe bleue de la Méditerranée; si l'on se tourne vers le sud, on voit se dresser les cimes de la Maouna, dont la Seybouse borde le pied.

Vers les derniers gradins de la montagne, au delà du lit de la rivière, le voyageur distingue un point blanc, couronné dans les temps calmes d'un léger nuage de fumée: c'est la petite ville de Guelma, dont il n'est plus alors éloigné que d'environ douze kilomètres.
Après avoir donné quelques instants d'attention au panorama qu'il a sous les yeux, il redescend par une route en lacets le versant méridional de l'Aouara, traverse la rivière sur un beau pont construit, il y a quelques années, par les Français avec le concours des indigènes, et après avoir parcouru une distance de deux kilomètres sur le glacis en pente douce de la Maouna, il arrive à Guelma.

On sait que cette position fut occupée par les Français en 1836, au retour de la première expédition de Constantine, pour affaiblir dans l'esprit des indigènes es effets de l'insuccès de nos armes.

Il n'y existait à cette époque qu'un amas de ruines, restes de l'ancienne Calaina, mentionnée plusieurs fois par l'historien Orose et par saint Augustin, et célèbre d'ailleurs dans les fastes de l'Église, pour avoir été le siège épiscopal de l'évëque Possidius, biographe de illustre écolier de Madaure. Nos troupes y trouvèrent de somptueux vestiges de l'antique cité, et surtout un prodigieux amas de sculptures etd'inscriptions, dont plusieurs portaient le nom de l'ancienne ville. Au milieu du chaos de pierres détaille, de fragments de colonnes, entassés péle-méle sur le sol, s'élevait un reste de citadelle, postérieure |à la destruction de la ville romaine, ouvrage grossier de eette époque où Justinien, redevenu maître de rAfrique, la couvrit de petites forteresses appelées burgos, construites à la hâte des débris de la première occupation romaine.

C'est dans les ruines de cette seconde Calama, bâtie sur la nécropole de la première, parmi d'innombrables fragments de tombeaux, que la garnison française installa, en 1836, ses premières tentes. Le rempart, sur tout son pourtour, offrait de nombreuses, de profondes dégradations. Sur certains points il n'en restait que les fondations; ailleurs il conservait encore six mètres de hauteur ; au dedans et au dehors un amas de pierres colossales encombrait le pied de la muraille. Évidemment la main brutale de l'homme et l'action lente du temps avaient contribué à cette œuvre de dévastation; mais en même temps de larges et profondes déchirures dans la masse des maçonneries ne pouvaient être attribuées qu'au choc puissant des tremblements de terre.

Les pierres de taille accumulées sur l'emplacement de la ville romaine fournirent des matériaux tout préparés aux constructions françaises, qui s'élevèrent rapidement, au milieu des misères d'une première installation, sur un sol nu et par un hiver rigoureux. Quelques ingénieurs apportèrent dans l'emploi de ces débris historiques un respect et une sollicitude qui méritent toute la reconnaissance du monde savant. C'est ainsi qu'un officier d'artillerie, chargé de la construction d'une caserne qui devait donner à ses troupes leur premier abri, Ut rechercher avec soin les pierres portant inscription et disposer les faces écrites dans le parement extérieur du mur, de manière à en assurer la.conservation et en même temps à en faciliter l'étude. De cette façon il lit d'une simple caserne un beau et curieux musée.

Aujourd'hui uu assez grand nombre d'édifices européens se sont élevés à Guelma, et sans ôter à ces magnifiques débris leur aspect pittoresque, leur ont ajouté, parla vie nouvelle qui les aoime, le charme du contraste.

Au 1er janvier 1847 la population de Guelma se composait, outre la garnison, de 691 Européens, dont 322 Français, et de 187 indigènes en résidence fixe, dont 140 musulmans,7 nègres et 40 Israélites , auxquels il faut ajouter une population flottante de 140 indigènes en résidence temporaire.

Le Roumel. - Constantine. - Mila.
Si le voyageur, en quittant la ville de Guelma, au lieu de retourner sur ses pas, continue de s'avancer dans la direction du sud-ouest, il se trouve sur la route qui conduit de Bône à Constantine; il laisse à droite dans les gorges dé la Seybouse l'établissement thermal d'Hammam-Meskhoutin ( les bains enchantés ), apparition féerique de cônes naturels d'un aspect bizarre et fantastique, d'où s'élève incessamment un épais nuage de vapeur. Là s'échappe impétueux, par de nombreuses ouvertures, un fleuve d'eau bouillante chargé de substances minérales dont les dépôts donnent naissance aux cônes pointus et aux stratifications caverneuses qui font de ce lieu une des curiosités de l'Algérie. Il y existe des ruines romaines qui portaient autrefois le nom d'Aquae Tibilitanae ( les eaux de Tibilis ). Depuis quelques années le gouvernement, appréciant l'utilité de ces eaux pour la santé de nos soldats, y a fondé un hôpital, dont les effets ont déjà justifié ses espérances et ses prévisions. Avant d'arriver à la hauteur d'Hammam-Meskhoutin, on trouve, au confluent des deux bras principaux de la Seybouse, le camp de IMedjez-Ammar, qui de loin avec ses meurtrières et ses tourelles ressemble assez à une petite forteresse féodale. Ce lieu, situé à moitié chemin de Bône à Constantine, fut, comme on sait, le point de départ de la seconde expédition qui nous rendit maîtres de cette ville.
après avoir franchi le col du Ras-elAkba, on redescend dans la vallée de la Seybouse, que l'on suit jusqu'à sa source, à travers un pays largement ondulé, riche de terre végétale et de labours, assez bien arrosé, mais d'une nudité désespérante.
A peine a-t-on dépassé de quelques kilomètres le dernier filet d'eau qui verse ses eaux dans le golfe de Bône, que l'on se trouve au bord de l'Ouad-Mehris, quiva porter les siennes dans le golfe de Djidjeli; on entre alors dans la vallée du Roumel. Le partage entre les deux fleuves s'opère sur un plateau large et nu, dominé au nord par la chaîne grise et aridede l'Oum-Settas, couverte de monuments druidiques, dont nous donnerons plusloinladescription. Au sud l'horizon est borné à une assez grande distance par un majestueux rideau de montagnes dont l'accident le plus remarquable est la large découpure du Nif-en-Nser, ou Bec de l'aigle.

En descendant le cours du Mehris, on ne tarde pas à apercevoir dans une échancrure de la vallée les minarets de Constantine.

Laissons de côté le monument curieux du Sôma, qui se présente sur la route, au sommet d'une colline; monument fastueux, autel ou tombeau, dont aucun archéologue n'a pu encore avec certitude reconnaître la destination. Laissons donc de côté le Sôma, et entrons à Constantine, cette ville qui à toutes les époques, sous les rois numides, sous la domination romaine comme sous la domination française, a occupé une place si éminente dans les destinées de cette contrée.

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