LA FÊTE DE LA SOCIÉTÉ SAINT HUBERT
DE GUELMA

EXTRAIT DU JOURNAL "LE PETIT GUELMOIS"
Novembre 1893

       Dimanche dernier, Guelma d'ordinaire si calme était réveillée en sursaut, vers 4 heures du matin par un air de fanfare des plus harmonieux.
       Quelques uns de nos concitoyens, dont la vie monotone et " Pot au Feu" n'est troublée par les manilles et les verres quotidiens de l'apéritif, mettent leur bonnet de coton à la fenêtre.

      Se demandant ce que tout ce bruit signifiait les uns disaient " c'est la classe" c'est monsieur X le nouveau marié que ses amis veulent tenir en éveil" quelques-uns seulement savaient que c'était la fête de notre société St Hubert qui, quoique jeune encore est des plus prospères et que ce réveil en fanfare appelaient nos chasseurs à une battue projetée depuis 1 ou 2 jours. Hélas! le temps de l'aube se montrait peu favorable, le djebel Djebar avait coiffé son bonnet de coton blanc, une petite pluie fine, mouillait nos matériels de musique et semblait vouloir se prolonger toute la matinée.

      Mais St Hubert a toujours voulu favoriser ceux qui mettaient leur confiance en lui et 15 ou 20 de ses plus fervents disciples partaient au grand trot pour le village de Bled Gaffard.

     Deux fois déjà la société s'était rendue à cet endroit, mais soit par suite de mauvais temps; soit par suite d'un nombre de chasseurs insignifiants, un énorme solitaire signalé depuis des années comme la terreur des indigènes et un terrible destructeur de récoltes, avait pu échapper aux atteintes de nos chasseurs.

      Dimanche, enfin, après une menée comme on en a jamais vu nos 'Nemrod' en bottes molles des grandes chasses de France un énorme fauve était tombé sous les balles de MM François et Louis Walter, qui tout deux semblent avoir acquis la spécialité des beaux coups de fusils ..

    La bête abattue pesait 180 kg. Parmi ses nombreux dégâts signalons un chien blessé l'année dernière et deux autres éventrés ce jour là. Ceux-ci ne survivront pas certainement à leurs blessures, l'un d'eux le pauvre vieux Taïaut sera, lui du moins que tant de blessures n'ont pu arrêter, mort aux champs d'honneur, et nous pouvons d'ores et déjà exprimer à ses descendants et nombreux élèves nos sentiments de condoléances, mais aussi de tristesse !

     C'était nous avons dit, un jour de fête, et chacun de s'en convaincre le soir même en assistant au banquet annuel de la société. De nombreux toasts ont été portés tant par M.Saenz, président de la société que par MM Defont-Réault et Boujol ; présidents honoraires, à la prospérité de la société et à la santé des nouveaux membres ainsi qu'à l'habile fanfare. Dire que la plus grande gaieté et la plus franche cordialité ont régné pendant toute la soirée, est il me semble inutile.

      A minuit et demi après avoir chanté notre hymne nationale, chacun s'est séparé gais et contents, comme le dit une antique chanson et, pour terminer un mot du sous préfet.
     Nous espérons que dans 40 ans, nous seront tous à cette même table dans les mêmes conditions de santé ...

      Mais la fête n'est pas close, elle l'aurait été sans donner aux charmantes dames et demoiselles de notre ville une satisfaction dont elles sont généralement friandes.

      Aujourd'hui même à 8 heures du soir, en la salle de théâtre, gracieusement offerte par Monsieur le maire, un grand bal sera donné gratuitement par la société aux personnes munies d'une carte d'invitation.

     Rien ne sera négligé pour charmer nos concitoyennes qui peuvent être sur d'avance que les chasseurs pourront bien faire les choses. M Conte, du bar Lyonnais, adjudicataire de la buvette, a promis de se surpasser.

     Dimanche prochain, repos bien mérité. Mais par compensation, le dimanche 27 novembre, grande battue à Héliopolis proposée par Monsieur Marcel Lavie, qui offre aux sociétaire un couscous et une bouillabaisse monstre.

     Ceux qui connaissent un peu Guelma, affirment avec raison qu'il n'y a pas eu de bal ici sans où l'on se soit mieux amusé qu'à celui de ce samedi soir; ceux qui connaissent à fond Guelma ajoutent qu'il n'y a jamais eu de société où l'on est mieux fait les choses et où l'on s'entend le mieux à faire que dans celle de nos saint Hubertistes guelmois

       Agrémenté avec beaucoup d'art, de pelleteries choisies, de panoplies d'armes des mieux disposées, garnie d'une luxuriante verdure d'où émergeait, vers la scène, une énorme tête de sanglier, notre salle de théâtre offrait un coup d' œil des plus féerique

     Le plus grand entrain n'a cessé de régner jusqu'à deux heures du matin et si nous craignons faire une omission, toute involontaire soit-elle, nous donnerions le nom des intrépides danseuses, qui toutes plus charmantes les unes que les autres se sont distinguées par leur souplesse félines et leur vigueur de jarret.

      Celles qui mériteraient d'êtres signalées, à un autre point de vue, ce sont ces dames et ces demoiselles qui, pour des motifs que j'ignore, n'ayant pas pu ou voulu descendre dans l'arène, se contentant de regarder les danseurs

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE