LA PRISE DE ZAATCHA
PAR LE GÉNÉRAL HERBILLON

Pour en citer un exemple, je dirai quelques mots de la prise de Zaatcha, qui eut lieu en 1849.
Bou Zian, le cheik de ce village, s'étant insurgé contre l'autorité française, entraînait avec lui les populations des villages voisins. Le commandant supérieur de Batna se porta sur l'oasis de Zaatcha avec une partie du 28 régiment de la légion étrangère, qu'il commandait. L'intention du chef de l'expédition était d'enlever la place à la baïonnette, et il faut dire que la bravoure et la longue expérience des officiers et des soldats placés sous ses ordres justifiaient sa confiance; mais il y avait là un ennemi plus dangereux que les fusils des Arabes, et contre lequel les baïonnettes furent impuissantes.

Après avoir tué ou mis en déroute les défenseurs apostés dans les jardins, la colonne d'attaque s'élança vers les murs de la place pour les escalader.
Elle fut arrêtée un instant par un fossé large, profond et rempli d'eau qui entourait le village, et, au moment où officiers et soldats franchissaient à l'envi cet obstacle, des milliers d'Arabes; abrités par un mur crénelé les fusillèrent à bout portant.

Malgré les pertes nombreuses qu'il avait déjà éprouvées, le commandant Saint-Germain, qui dirigeait l'attaque; porta tous ses efforts contre une des portes de Zaatcha. Pendant près d'une heure, et sous un feu meurtrier nos soldats travaillèrent à faire une brèche.

A chaque coup de hache, les Arabes répondaient par dix coups de fusil, et les travailleurs tués étaient immédiatement remplacés par d'autres.
Prévoyant une sortie des défenseurs au moment où il se retirerait, et craignant pour ses morts et ses blessés, qu'il ne voulait pas laisser en leur pouvoir, le commandant ordonna la retraite quand le tiers de son monde fut hors de combat.

Environ deux mois après, M. le général Herbillon, qui faisait une expédition en Kabylie pendant la première attaque de Zaatcha, vint mettre le siège devant cette place.

Je ne raconterai point toutes les péripéties de cette rude campagne, qui restera profondément gravée dans le souvenir de ceux qui l'ont faite; mais, pour que le lecteur sache combien est sérieuse la guerre des oasis, je dirai que Zaatcha a tenu cinquante-deux jours contre nos meilleures troupes, dont le chef, pendant toute la durée du siège, n'a pas cessé de s'exposer aux balles de l'ennemi comme un simple soldat.

Ce fut après une résistance désespérée que la place fut enlevée d'assaut par trois colonnes commandées par les colonels Canrobert, de Lourmel et de Barrai, et tous ses défenseurs, y compris Bou-Zian, se firent tuer à leur poste.

Telle est la guerre d'Afrique, que beaucoup de personnes traitent un peu trop à la légère ; car l'ennemi, qu'il soit Arabe ou Kabyle, est doué d'une grande bravoure individuelle.
Quand les circonstances le lui ont permis, il nous a résisté et nous a fait éprouver de grandes pertes; enfin il n'y a ni grâce ni merci à espérer pour ceux qui ont le malheur de tomber en son pouvoir.

Ce qu'il ya de singulier dans cette guerre, c'est que celui qui cherche l'occasion de s'y distinguer la rencontre rarement, à moins qu'il n'ait un commandement, et que souvent le hasard fait naître les occasions pour ceux qui n'y pensent même pas. Après deux ans de séjour en Afrique et plusieurs expéditions où bien des milliers de cartouches avaient été brûlées, mes armes étaient encore vierges. Le plus souvent, quand l'infanterie était engagée, nous la regardions faire, et lorsqu'il nous arrivait de charger, j'avais beau m'isoler du gros de l'escadron, mon ami Rousselot se hâtait de me rejoindre, afin, disait-il, de m'empêcher d'être enlevé.
Nous cherchions ainsi à deux, le fusil haut, soit un groupe de cavaliers, soit un burnous rouge égaré, et toujours nous revenions après avoir entendu siffler les balles sans voir d'où elles partaient.
Le soir, au bivouac, Rousselot me parlait sans cesse de ses campagnes d'Oran, et il me proposait de l'accompagner dans cette province, où il avait la ferme intention de retourner. Il venait, ainsi que moi, d'être nommé brigadier, et il m'assurait qu'en renonçant à notre grade, il nous serait facile de changer de régiment.
Je n'opposai aucune résistance au désir de mon ami, et nous rentrâmes à Guelma dans les premiers mois de l'année 1844, bien décidés à quitter le pays.

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