HISTORIQUE DU MUSÉE DE GUELMA
par
F-G DE PACHTERE

MEMBRE DE L'ÉCOLE FRANÇAISE DE ROME

         Le musée de Guelma renferme des antiquités découvertes dans ville ou aux environs, Mais surtout il sert d'asile à celles qu'on trouva récemment à Announa (Thibilis), à Khamissa et à Madauros.

         C'est grâce à ces dernières que ce dépôt local, d'abord misérable, est devenu une section régionale assez riche, la seule de ce genre qui existe encore Algérie.

          Quand, après la conquête, on construisit Gue1ma, sur 1es ruines l'antique Calama, on déterra beaucoup d'antiquités. Les unes furent détruites; les autres servirent de matériaux (pour la construction du camps). D'autres prirent le chemin de Constantine, de Bône, d'Alger).

           Les plus précieuses furent accueillies au Louvre. Le reste, sans grande valeur s'entasse dans un coin de l'ancien jardin, au nord de la grande place actuelle de la ville, puis, vers 1880, fut installé dans le jardin des officiers de la garnison.

           Celui-ci devint bientôt la propriété de la ville. M. Joly, alors adjoint au maire, l'agrandit et l'aménagea. Il y disposa, en bon ordre, avec goût, les antiquités de Calama. Le musée de Guelma était créé.
          Son existence fut officiellement consacrée en 1904 M. Joly en fut nommé conservateur.

          Ce musée avait grand besoin de mériter son nom. Il manquait des œuvres auxquelles on pût s'arrêter. De 1903 à 1908, M. Joly déblaya la plus grande partie des ruines d'Announa, situées à 25 kilomètres à l'ouest de Guelma. Il découvrit les deux forums de Khamissa et le nymphée d'où sortait la source de la Medjerda.

          A Mdaourouch, il dégagea de grands thermes. Ces fouilles rapides, entre autres résultats, donnèrent la plus belle récolte d'inscriptions, de sculptures, de monuments d'architecture.

          On ne pouvait songer à laisser sur place, en leur cadre naturel, les antiquités découvertes. Announa, Khamissa, Mdaourouch sont aujourd'hui, des localités désertes, (éloignées de tout village français). Abandonnées sur place, les œuvres déterrées auraient bien vite été détruites par l'Arabe.

         M. Joly fit un choix parmi ses trouvailles. Il donna aux plus précieuses l'hospitalité de Guelma. Et c'est ainsi que la bonne volonté et le dévouement d'un seul homme ont pu enrichir la pauvre collection primitive, et constituer à Guelma un musée régional

           Le hasard, qui a rassemblé là tous ces morceaux, n'a pas trop mal fait les choses. Le jardin de la ville, aux murs bordés d'inscriptions, aux parterres ornés de colonnades et peuplés de statues, est aux murs bordés d'inscriptions, aux parterres ornés de colonnades et peuplés de statues, est peut-être le plus pittoresque d Algérie.

         Surtout la diversité d'origine des antiquités qui s'y trouvent lui donne quelque variété. Sans doute, les monuments de Guelma et d'Announa n'ont aucune valeur artistique; mais ils appartiennent à une région où survécurent, vivaces, les civilisations préromaines, et, si beaucoup de monuments romains qui portent encore leurs traces ne sont pas restés à Guelma, quelques-uns y sont conservés, qui rappellent le souvenir des autres.

        Au contraire, les œuvres découvertes dans les fouilles de Khamissa et de Mdaourouch sont, si l'on met à part,les belles pièces de Cherchell, parmi les moins médiocres qu'ait conservées l'Algérie dans ses musées.
       Même, elles méritent mieux que la protection d'un jardin public, où toutes restent exposées aux dépradations, où les plus faciles à transporter risquent encore d'être dérobées. M. Joly a restauré le théâtre de Guelma que les Français contribuèrent jadis à ruiner.
       Beaucoup de statues du jardin pourraient garnir les niches de la scène. Elles orneraient le théâtre; elles y trouveraient un abri plus sûr.

          Tel qu'il est, en cette demeure, peut-être provisoire, du jardin, le musée de Guelma est assez important déjà pour mériter une description, une étude.
Il en existe un inventaire dressé en 1900 et publié par la Société archéologique de Constantine, en son recueil. Mais c'est un simple dénombrement des pièces du musée, qui date d'un temps où les fouilles d'Announa, de Khamissa, de Mdaourouch ne l'avaient pas encore transformé.

En ce travail, l'aide de Monsieur Gsell, professeur à l'Université d'Alger, ne nous a jamais fait défaut. Surtout M. Joly nous a prêté, en toute occasion, son concours; si bien qu'après l'avoir créé, installé, enrichi le musée, il aurait encore pu sans scrupule signer ce livre. Il ne l'a pas voulu.

C'est dans la région de Guelma qu'on a découvert le plus d'inscriptions libyques. Aussi la ville en possédait-elle autrefois une assez riche collection. Toutes ont disparu, sauf une seule, dont on ignore la provenance. Elle est depuis longtemps au musée

Deux autres ont été découvertes récemment, à Héliopolis, dans les ruines de la Fontaine-Chaude

Une dernière inscription doit être inédite, à moins que la pierre conservée au musée n'en porte qu'une partie. On n'y lit que quelques lettres puniques. Il y en avait une trentaine, leur nombre même témoignait de la force de résistance de la langue dans une cité où la civilisation phénicienne a laissé, à l'époque romaine, d'autres traces.
Malheureusement toute cette collection est aujourd'hui dispersée .

Actuellement le musée en possède seulement six, funéraires, comme l'épitaphe de Mathan, fils de Hannon, par Hannibaal et Baalsillec, ou religieuses, tel l'ex-voto offert au Seigneur Baal par Matanbaal, "fils d'Himilcon " parce qu'il a entendu sa VOIX .

Ce sont encore des témoins de la civilisation phénicienne à Calama que les stèles votives du musée. Elles ne constituent pourtant qu'une faible partie de celles qu'on trouva jadis dans les ruines.

Deux d'entre elles sont accompagnées d'inscriptions puniques; quelques autres, d'inscriptions latines; la plupart sont anépigraphes. Elles ne s'éloignent pas du type le plus commun dans la région.

Elles représentent toujours, à l'intérieur d'une niche semi-circulaire un petit personnage, parfois nu, mais généralement vêtu d'une courte tunique et d'un manteau, tenant en main un gâteau, une grappe de raisin, une pomme de pin, une couronne.

Quelquefois, le dédicant est encadré de palmes. Ces stèles, banales et frustes, n'ont guère d'intérêt que par leur nombre même. On s'est borné à reproduire en une planche les mieux concervées et les plus caractéristiques

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE