GUELMA
COMICE AGRICOLE
MEURTRES, VOLS ET BECHARA
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En 1887,un boeuf volé et rendu contre 70 frs de bechara.
En 1888, une vache volée ne m'a pas été rendue malgré 20 frs de bechara donné par mon berger.
En août 1888, vol avec effraction d'effets habillement et de literie d'une valeur de six à 700 fr. Plainte portée au commissariat de police. Rien découvert.
En septembre 1888, tentative de vol avec effraction. Pièce à conviction déposée au parquet. Rien découvert.
En octobre 1889, tentative d'assassinat, j'ai essuyé deux coups de feu sur la route, en voiture, le troisième a raté ; deux balles ont traversé le chapeau d'une personne de ma famille ; je n'ai pas porté plainte.
De l'enquête à laquelle je me suis livré, j'ai acquis la connaissance des noms des voleurs d'effets et de ceux qui ont tiré des coups de feu. Mais l'absence de preuves m'a obligé au silence et je m'y oblige encore.
À mon avis, ce qui se passe provient de ce que la chancellerie prescrit aux magistrats ou aux officiers de police judiciaire d'éviter les transports et les recherches.
Un propriétaire a tué, un jour, un indigène qui le dévalisait. Si la justice s'était immédiatement transportée sur les lieux, elle aurait trouvé le père du voleur tué, sur le moment, poussé par la douleur, il aurait certainement dénoncé les complices contre lesquels les preuves abondaient. Cela eut permis de détruire un repaire de voleurs, et, par suite, il d'inspirait une crainte salutaire à leurs congénères.

H Rigollet

Monsieur le Président du Comice Agricole à Guelma
j'ai été aussi victimes d'autre dépravation de la part des indigènes. Le 24 octobre 1888,un rapport du maire de Millesimo à M. le procureur de la république de Guelma, lui signalait le 14 sujets d'ormes avait été coupés dans ma propriété oued Zimba.
Pas de suite ni de recherches. Refus de perquisition m'a été donné par le procureur.
Dans les premiers jours du mois d'août 1887 ; trois tentatives de vols ont été faites en trois nuits différentes à ma propriété du bou Guergar
la troisième nuit, les malfaiteurs ont incendié :
Premièrement le gourbi de mon berger, Salah Bensaïd, et les trois quarts de son mobilier
Deuxièmement : un gourbi servant d'écurie à mes juments et mes mulets ;
Troisièmement : un gourbi servant de remise à mes grains et mes instruments ou outils d'agriculture ;
Quatrièmement : le parc de montre.
La gendarmerie s'est transportée sur les lieux, a fait un rapport et..... C'est tout
Jean-Baptiste Gerbaulet.

M. le Président.
Je parle ici au nom de mon fils qui n'est plus ; le 1er octobre 1888, à 8:00 du soir, il tombait, assassiné d'un coup de feu, à 40 m de la maison.
À la suite de ce crime et sur dénonciation, trois indigènes ont été arrêtés ; l'enquête ouverte n'a donné aucun résultat et les coupables présumés ont été relâchés. L'affaire a été abandonnée.
En septembre 1881,un boeuf de labour lui fut volé. La bechara lui fut offerte, débattue et convenue à 60 fr., mais l'opération n'aboutit pas sous prétexte que la bête avait été dirigée vers Sétif.
En août 1882, au niveau la mulet ; les voleurs, effrayés sans doute par les recherches qui se faisaient, l'abandonnèrent et le mulet conduit à la fourrière de la commune mixte de l'oued Cherf, fut vendu aux enchères pour la somme de 325 fr.
le 16 septembre 1874,un cheval lui fut encore volé ; on n'eut jamais de ses nouvelles.
Enfin, en 1888, il a fini par payer de sa personne.
Cheymol père

Guelaât Bou-sbah le 27 mars 1890
Monsieur le Président du Comice Agricole de Guelma,
Je considère comme un impérieux devoir de répondre au questionnaire que vous avez adressé aux colons de la région de guelma au sujet des vols dont ils ont pu être victime
il m'est impossible d'assigner une date exacte (année, mois, jour), aux faits dont j'ai eu à me plaindre pendant la période décennale de 1880 à 1890, mais je peux vous affirmer que le brigandage arabe, à son actif, les actes suivants.
Premièrement : deux tentatives de vol avec effraction, à mon domicile, mais qui ont échoué. L'objet convoité était mon coffre-fort
deuxièmement : vol avec effraction de dix charges blé.
Troisièmement : vol d'une paire de boeufs confiés à la garde d'un berger. Ces boeufs, vu leur état d'extrême maigreur ont été rendus contre le paiement d'une bechara de 25 fr.
Quatrièmement : coupage de plus de 200 pieds de vigne.
Cinquième coupage de plusieurs eucalyptus et d'autres arbres de divers essences.
Je ne mentionne que comme simples peccadilles les nombreux vols de moindre importance dont j'ai été l'objet
Enfin, et pour finir, à la fin de 1888, incendie d'une meule de fourrage, la seule que je possédais.
Tous ces méfaits sont restés impunis, sauf l'indigène qui a coupé les pieds de vigne et qui a été condamné à un an de prison.
En présence du résultat négatif auquel aboutissent les 19 vingtièmes des plaintes, je suis décidé à ne plus signaler à l'avenir les actes de brigandage dont je peux être de nouveau victime.
On ne peut qu'être profondément écoeuré en voyant la placide indifférence de l'administration actuelle en présence d'un état de chose qui tient en échec la colonisation.
J'ai beau me tortuer la cervelle, je ne le trouve pas d'autres qualifications à appliquer à cette indifférence que : aveugle, bête ou criminelle.
On est à se demander où nous allons. Indubitablement a la quasi liquidation de la colonisation, si un prompte et énergique remède n'est pas apporté à une situation aussi grave.
Sans sécurité, pas de colonisation possible ; c'est une vérité qui crève les yeux, excepté ceux de nos gouvernants.
On se demande avec tristesse si la France aurait dépensé, dans ce pays, tant de centaine de millions et sacrifié tant de précieuse existences pour arriver à ceci :
Le coin le plus mal famé de la Calabre est un eden à côté de l'Algérie.
Et pendant que jour et nuit le colon est sur le qui-vive pour défendre son existence et le père de ses enfants, le conseil supérieur est réuni pour s'occuper de l'octroi de mer.
La maison brûle et on discute gravement sur le badigeon on veut lui donner.
Pauvre Algérie, en quelles mains débiles es-tu tombée ?
A. Bailleul

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