MEURTRE A GUELMA

L' AFFAIRE LOMBRE DAVID DEVANT LA COUR D'ASSISE DE BÔNE

Pour des raisons évidentes les noms et prénoms des acteurs de ce drame ont été changés (N D L R),

L'audience ouvre à 8 heures précise sous la présidence de Maître Rennot. Monsieur Royère occupe le siège du ministère public. Maître Louis Panisse du barreau de Guelma pour l'accusé et maître Giury du barreau de Bône pour la partie civile sont assis aux bancs de la défense .La salle est comble, la presse est au complet. Tout le premier banc est occupé par les parents de la victime. Le tribunal est bondé de dames.

ACTE D'ACCUSATION.
Le greffier donne lecture de l'acte d'accusation qui est ainsi conçu :
Dans la journée du 31 juillet 1892, l'accusé Lombre David, avait réuni chez lui, dans une campagne au environ de Guelma, avec les siens la famille M….et la dame P….qu'accompagne ses deux fils . Après le déjeuner l'accusé se retire dans sa demeure pour se reposer. Les autres parents restent à causer sous une tonnelle, tandis que les enfants nombreux se mirent à jouer dans les dépendances de la propriété. A un certain moment un domestique indigène chassa d'un grenier les enfants qui en jouant sur la paille l'endommageait. Il vint ensuite se plaindre à leur parents et prétendit alors, qu'il avait surpris la fille de Lombre Annie blottit dans un coin du grenier avec un jeune garçon. Il désigne d'abord le nommé Serge Darioux puis Arroux André et comme ceux ci protestaient, il les menaça d'aller le dire à son maître ce qu'il avait vu. On le priea de ne rien dire afin de ne pas irriter le sieur Lombre. Le domestique se retira et il alla cependant trouver l'accusé, celui-ci arriva furieux entre 5 et 6 heures du soir, au moment de se mettre à table, échangea quelques paroles avec sa femme et lui reprocha de ne point surveiller les enfants, puis ramassa à terre un morceau de bois préparé pour le feu etfrappa sa fille Annie à la tête, l'enfant s'esquiva. Lombre s'élança alors sur sa femme pour la battre, mais elle s'enfuit à travers le jardin suivit de ses deux fils. L'accusé ne pouvant rejoindre sa femme lança sur elle le morceau de bois qu'il avait dans la main. Le projectile mal dirigé atteignit le jeune fils à l'épaule et à la tempe gauche. La victime eut le crane fracturé succomba dans la nuit aux suites de ses blessures.

INTERROGATOIR DE L ACCUSE
Le dimanche 31 juillet, Boudjemah Ben Ahmed, mon jardinier s'est approché de moi, il m'a raconté qu'il venait de voir ma fille et mon neveu l'un sur l'autre. Furieux j'ai frappé ma fille, puis m'armant d'un bâton je l'ai lancé sur ma femme, le bâton a manqué ma femme, et atteint le jeune Armand. Je regrette profondément la mort de la jeune victime.
PREMIER TEMOIN :
Madame T Purri grand-mère de la victime. Ce témoin déclare que le dimanche 30 juillet elle alla déjeuner chez Lombre avec ses deux petits files. Dans l'après midi l'indigène Boudjemah, vient raconter qu'il avait surpris la fille de Lombre avec l'un de ses petits fils et il menacait d'aller le dire à M Lombre. Je ne sais ce qu'à fait l'indigène, mais vers 5 heures l'accusé arrive sur nous, il était très calme, nous a tous regardé, puis il est reparti. Un moment après il est revenu armé d'un gros bâton, il s'est de suite dirigé vers mon petit fils et lui a fracturé le crane.
Me Panisse : Le témoin croit que c'est l'indiscrétion de Boudjemah qui a été la cause de l'agression ?
Réponse : oui je le crois.
DEUXIEME TEMOIN
R Colombani épouse de l'accusé confirme les déclamations de son mari en affirmant que son mari l'a visée mais qu'il a atteint le garçon.
Me Panisse : Le morceau de bois lancé par votre mari a t il atteint le jeune Albert à la tête ou à l'épaule ?
REPONSE : à l'épaule
Me Panisse : Quand le jeune Albert a été atteint par le morceau de bois, n'a t il pas continué à courir ?à une allure très rapide très vigoureuse, en d'autres termes avait-il l'air de quelqu'un qui vient d'être frappé par un coup mortel ou au contraire de quelqu'un qui vient d'être blessé d'une façon insignifiante ?
REPONSE :
Après avoir été atteint le jeune Albert a continué à courir comme si rien n'était arrivé, aussi ai-je pensé qu'il avait été touché d'une façon insignifiante.
Me Givry : Pourquoi le témoin n-a-t-il pas porté secours à l'enfant ?
Le témoin ne répond pas.
Me Givry constate que madame Lombre a varié dans ses différentes dépositions.
TROISIEME TEMOIN
Sauveur Lombre frère de l'accusé qui témoigne de la même façon que le témoin précédent.
QUATRIEME TEMOIN
Comme Madeleine Mariot : ce témoin affirme que Lombre est venu regarder où se trouvait le jeune Albert, l'a bien fixé et il est revenu un moment après armé d'une énorme matraque. Il s'est dirigé sur la victime et lui a porté un coup très violent . Si je n'ai pas dit cela à l'instruction dit le témoin et si j'ai déclaré que Lombre avait atteint le jeune Albert en voulant frapper sa femme , c'est que j'étais pris de compassion pour ce père de famille qui a eu 7 enfants. Aujourd'hui je dis la vérité, à l'instruction j'ai menti.
REPONSE : Parce qu'elle était fausse ; j'affirme encore une fois aujourd'hui que je dis la vérité.
Me Givry Lombre n'est pas venu voir votre père pour vous vous dicter votre première déclaration ?
REPONSE/ Je ne sais pas.
Me Givry : Est-ce que Lombre, le lendemain, n'a pas dit qu'il regrettait de n'avoir pas tué aussi la grand mère ?
REPONSE : oui, en présence de mon frère.
Me Givry : M Bourre ne vous a-t il- pas menacé si vous changiez la première déposition ?
Me Panisse : M Bourre ne vous a-t-il pas envoyé une robe et promis des bijoux ?
REPONSE : oui cela est vrai, mais je n'ai rien accepté.
Me Panisse : Vous trouviez donc naturel que M Bourre vienne vous apporter une robe alors que vous ne lui aviez rien commandée ?
REPONSE : Je croyais que c'était mon frère qui me l'avait commandée.
Me Panisse : n'est-ce pas sur les instances de votre frère Antoine que vous êtes revenu sur votre première déclaration ?
REPONSE : oui
TEMOIN : Boudjemah : Affirme aujourd'hui qu'il na rien dit à personne et n'a rien vu .
L'accusé : C'est le témoin qui ment, tout ce qui est arrivé est de sa faute .
Neuf autres témoins viennent à la barre. Les uns pour donner des renseignements sur la moralité de l'accusé et les autres se faisant l'écho de divers racontars qui circulent à Guelma au sujet de cette affaire.
L'audience est levée il est 11 heures et demi du matin.
Jugement après délibération du jury
Lombre a été acquitté
La cour l'a néanmoins condamné à 1500 francs de dommages et intérêts envers la partie civile ; qui est condamné aux frais envers l'état avec recours contre Lombre .

Après ce jugement une bagarre générale a éclaté dans la salle et la foule s'est très lentement dispersée des abords du palais de justice.

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE