Le Messager
Edition du cercle de Guelma

Aout 1891
Maire de la ville
M. Girard Pierre

CIRCULAIRE PREFECTORALE

10 août 1891 :
Par une récente circulaire le préfet du département rappelait aux maires, aux adjoints et administrés sa circulaire du 19 septembre 1885, qui interdit de la façon la plus formelle à tous les agents employés municipaux de s'immiscer dans les perceptions des impôts, des démarches ou autres. Le seul fonctionnaire chargé de la perception des impôts, taxes etc. est le receveur municipal et lui seul a le droit de faire ces perceptions. Tout autre agent qui servirait d'intermédiaires entre les contribuables et le receveur municipal s'exposerait, dit la circulaire préfecture, à être poursuivi comme comptable occulte devant les tribunaux ordinaires.

FAUSSES PIÈCES
: on signale la mise en circulation de pièces d'argent de cinq francs à l'effigie de Victor-Emmanuel , Millésime 1872. Ces pièces parfaitement imitées, n'ont pas été fondues, elles sont frappées, elles pèsent 2 de grammes de moins que les bonnes pièces. Il circule également depuis quelques jours les pièces fausses de deux francs à l'effigie du roi Léopold II portant le millésime 1867.

UNE BONNE DÉCISION
Guelma le 13 août 1891:
Monsieur le maire vient de prendre un arrêté qui invite toute la population de Guelma à le suivre. Il est en effet, d'abord, fort ennuyeux, lorsque l'on suit un trottoir, d'être obligé de descendre dans la chaussée, parce qu'un marchand ambulant, vous barre le passage au moyen de quelques frusques étalés sur le sol.
Les commerçants en général ont à souffrir d'un inconvénient autrement important. Les marchands ambulants avaient l'habitude d'étaler par terre toutes leurs marchandises, les clients en passant étaient frappés du prix demandé, croyant acheter meilleur marché parce que les vendeurs semblaient avoir moins de frais, ils étaient généralement trompés. Il n'en était pas moins vrai que c'est pour les commerçants fixes autant d'affaires perdues et Monsieur le Maire a bien fait d'intervenir interdisant ; ces vendeurs de pacotilles qui obstruaient la rue, gênaient la situation et nuisaient aux vrais commerçants.

NÉCROLOGIE :
HELIOPOLIS: Claude-Marie Genisson était négociant à Paris lorsque la débâcle de 1848, l'obligea à venir fixer ses pénates à Héliopolis. Il avait alors 29 ans. Dès lors sa vie fut entièrement consacrée à la négociation, et à la vie des colons qui, à ses côtés, arrosaient la terre de leur sueur.
Ainsi il obtiendra le morcellement d'un terrain communal et dota chaque colon de plusieurs hectares de terre abandonnées qui produisent aujourd'hui les meilleurs vins du pays. Plus tard il fera amoindrir la part beaucoup trop large accordée aux curés et aux religieuses, et la fit distribuée aux colons laborieux ; cela à la suite de lutte incessante. Il a fait conduire l'eau au milieu Héliopolis et il a projeté la création de nouveau village qui n'a pu être mené à bonne fin.
Tour à tour, maire-adjoint, conseiller municipal, il a rempli à Héliopolis les fonctions qu'il a voulues, il aurait été conseillé général s'il n'avait voulu céder le pas à M. Furcioli.

SINISTRES :
HELIOPOLIS: En 1800 époque de la grêle et de la sécheresse ont appauvri les habitants du village. Des quêtes ont été faites dans tout le département et au dehors pour venir au secours des victimes. M. Genisson a , alors, partagé la population en trois fractions.
Celle des riches, celle des pauvres et celle des gens ordinaires, et répartir les ressources relativement à l'aisance de chacun. Cette idée ne put prévaloir et la distribution se fit en fonction des pertes subies. Lorsque vint à son tour de recevoir les 570 fr., qui lui revenaient, il les fit publiquement distribuer aux plus les déshérités.
En somme cet homme qui vient de perdre beaucoup n'a que des actions de ce genre à son avoir, et a toujours su oublier, se désintéresser, pour le bien des autres.
Homme de conseil et de longues visées il était d'un bon conseil et savait concilier les signes de tous même de ces adversaires politiques.
Claude Marie Genisson a succombé à 72 ans à une congestion pulmonaire, laisse après lui le meilleur souvenir possible.

CHASSE
À souk ahras le 20 août 1891: capture d'un Lion. " Le Réveil de Souk Ahras " nous apprend encore qu'un superbe lion a été tué samedi soir aux oueds belhia par le nommé Rabah Ben Ammara. La peau a été achetée 155 francs par M. Pechemarty administrateur.

AVIS
GUELMA le 5 septembre 1891. Le maire à l'honneur d'informer messieurs les commerçants qu'une colonne composée de 2500 hommes et de 480 chevaux stationneront le 30 septembre courant à Guelma. Les troupes de cette colonne devront trouver à acheter sur place, les denrées qui ne sont pas fournies par l'État et notamment : la viande, le bois, la paille de couchage, l'orge et s'il est possible du foin, pommes de terre, légumes et denrées de toutes les espèces. Le marché devrait être pourvu de 1700 kilos de viande sur pied, 60 q de bois, 61 q de paille, 2160 kilos d'orge, 1750 kilos de foins, la viande sur pied pourra être constituée par des " bleus " et des moutons.
Toutes ces denrées devront se trouver sur la place du marché aux bestiaux.
Guelma le 3 septembre 1891 le maire Poggi.

FIEVRE TYPHOIDE
:
8 octobre 1891
La fièvre typhoïde sévit à Guelma, elle ne relève pas encore, il est vrai, la forme épidémique, mais à l'exemple des médecins, qui partagent la durée de cette fièvre en trois niveaux. Nous remarquerons que beaucoup de malades s'estiment heureux de s'en relever, à force de soins, et des péripéties de la première période. Pendant cette époque de sept jours environ, la maladie souffre d'une 'céphalolalgie' ( ?) parental souvent fort vive ; son abattement est tel qu'il oblige à s'éventer la nuit, l'insomnie est ordinairement complète ; la bouche et la gorge sont sèches, la soif vive, l'appétit nul. On observe encore un peu de douleur dans l'abdomen, surtout dans la région 'ombilicale'( ?), les phénomènes fébriles sont très prononcés, le pouls dépasse 100 pulsations. Cette fièvre n'a pas encore, à notre connaissance, atteint ici la deuxième période, mais si l'administration ne se soumet pas davantage de l'hygiène de la ville et de ses habitants, nous croyons fort de voir cette fièvre sévir en sont pleins et faire de nombreuses victimes. Il résulte, en effet des études approfondies que nos sommités médicales pensent que le manque d'hygiène fait défaut dans la lutte contre la fièvre typhoïde. Et l'expérience dénonce, que ce sont les infiltrations de toutes les matières fécales qui la produise.
La contamination des sous-sols par l'infiltration et des matières fécales des égouts, est funeste, non seulement quant on avale de l'eau qui est passée dans ce sous-sol, mais même si on se contente de vivre sur ce sol. Comme le pense les habitants de la rue Saint Cyprien qui sont constamment empoisonnés soit par l'égout qui se termine dans la rue, soit par les eaux puantes qui coulent dans les rigoles ?
Des bacilles peuvent être entraînés dans l'intestin après être passé dans la bouche ou le nez ou s'être mêlés aux aliments que l'on absorbe en plein air. Du coup, il devient imprudent d'acheter des aliments au marché.
À cause de la proximité des affections qui nous signalons et que nul ne contestera. Bien plus, les vêtements, les mains peuvent s'imprégner de même germes et l'on n'ignore pas combien sont efficaces les poussières provenant du sol infecté de matières fécales.
Quelles sont les résolutions pour y remédier :
En premier c'est d'abord de refaire les égouts mal faits et de les rendre capables d'évacuer toutes les matières putrides. Car il est avéré aujourd'hui que le plus souvent la typhoïde nait par le fait de l'insalubrité et de l'infection des sous-sols des villes.
En second lieu, surveiller les rigoles de nos rues dans lesquelles on déverse trop fréquemment des eaux fétides qui soulèvent des odeurs de toutes parts et obligent les habitants à fermer les portes et fenêtres hermétiquement pour être moins empestés
Les agents de police eux-mêmes, ne peuvent supporter les mauvaises odeurs et ont soin de s'éloigner des quartiers lorsque la putréfaction se fait sentir.
Espérant que prochainement un remède soit trouvé à ce grave problème.

SCENE DE CARNAGE.

Octobre 1891
Lundi soir, un garçon indigène et un cafetier de la rue d'Announa se prirent de querelles et en vinrent rapidement aux mains puis à des échanges de coups de tête.
Survint un tiers, indigène qui voulant s'interposer et les réconcilier au moins jusqu'au lendemain, mais mal lui en prit, le malheureux se vit subitement accablé d'injures par le garçon, qui devenant de plus en plus furieux à la suite de l'intervention inopportune de son défenseur lui assena d'abord un coup de debouze ; puis un second sur la tête et l'envoya mordre la poussière.
Bref notre victime se relève et tombe sur son agresseur. Mais celui-ci a eu la barbarie de se munir d'un long couteau arabe et il s'en servir le sang coule à flots, il taille la peau de l'adversaire comme celle d'un mouton que l'on égorge, il lui coupe presque le doigt lui raccourci le nez, lui larde la figure et lui sillonne le cou, qu'il voulait littéralement couper.
L'agent Saphar informé arrive au pas de course se rend maître des deux champions et les amène au commissariat.
La foule suivait pressée et très mouvementée.
Au bureau Monsieur le commissaire vient interroger les prévenus, lorsque ces derniers bondissent l'un sur l'autre, et veulent rééditer les violences d'un instant auparavant.
" Donnez-leur donc, un couteau à chacun s'écrit M. le commissaire et qu'ils en finissent "
L'agent Saphar, court de taille, mais plein de jugement, n'est pas de l'avis de son chef, et sépare de nouveaux les deux combattants, qui font leur déposition. Puis vint le tour des témoins, la plupart mozabites que monsieur le commissaire gratifie de quelques épithètes fort mal sonnantes et déplacées sur les lèvres d'un commissaire. Nos mozabites en sont ahuris, mais n'osent se plaindre. Un témoin prétendant que le garçon indigène n'avait pas de couteau, on recherche l'arme et l'agent Saphar, toujours lui, le découvre dans un tas d'ordures près du lieu de la lutte
le blessé est sur le champ conduit à l'hôpital et l'agresseur remis à disposition de son patron qui en sera garant ..

MORT SUBITE

21 décembre 1891 :
Avant-hier, un indigène s'est subitement affaissé dans la rue Saint-Louis à l'angle de la rue négrier. Quand on a voulu le relever ? on s'aperçut que cet individu était mort. Il était paraît-il sorti de l'hôpital depuis trois jours.

Sources Jean-Pierre Walter.

Site Internet GUELMA-FRANCE