MONSIEUR CHARLES ALBERT JOLY

HONNEUR Á UN GRAND HOMME, UN GRAND GUELMOIS :

      
    Si Guelma peut s'enorgueillir d'être la seule ville d'Algérie a posséder un théâtre romain en état, cette ville le doit à un archéologue convaincu que le passé riche et glorieux devait ressurgir de terre. Personne avant lui n'avait entrepris un tel travail " de romain " et personne ne lui a succédé.Toutes les ruines romaines d'Algérie sont dans l'état où en 1830 elles ont été découvertes, Monsieur Joly avait comme ambition de rendre à ANOUNA sa splendeur passée en évoquant la mère de Saint Augustin, sainte Monique née à THIBILIS.

       Le musée de Guelma renferme des antiquités découvertes dans la ville ou aux environs. Mais surtout il sert d'asile à celles qu'on trouva récemment à Announa [Thibilis], à Khamissa [Thilbiir-sicum Numidariini} et à Mdaourouch [Mcuiauros]. C'est grâce à ces dernières que ce dépôt local, d'abord misérable, est devenu une collection régionale assez riche, la seule de ce genre qui existe encore en Algérie.

       Quand, après la conquête, on construisit Guelma sur les ruines de l'antique Calama, on déterra beaucoup d'antiquités. Les unes furent détruites car inexploitables morcellées par les succesifs pilleurs qui se succédèrent aprés Rome ; les autres servirent de matériaux de construction.
       D'autres, en bon état, prirent le chemin de Constantine, de Bône, d'Alger où il existait des musées. Les plus précieuses furent recueillies au Louvre. Le reste, sans grande valeur, fut entassé dans un coin de l'ancien jardin, au nord de la grande place actuelle de la ville, puis, vers 1880, fut installé dans le jardin des officiers de la garnison.

      Celui-ci devint bientôt la propriété de la ville. M. Joly, alors adjoint au maire, l'agrandit et l'aménagea. Il y disposa, en bon ordre, avec goût, les antiquités de Calama. Le musée de Guelma était créé. Son existence fut officiellement consacrée en 1904. M. Joly en fut nommé conservateur. Ce musée avait grand besoin de mériter le nom de MUSEE CH AL JOLY. Il manquait d'œuvres auxquelles on pût s'arrêter. De 1905 à 1908, M. Joly déblaya la plus grande partie des ruines d'Announa, situées à 12 kilomètres à l'ouest de Guelma.

      Il découvrit les deux forums de khamissa et le nymphée d'où sortait la source de la Medjerda. A Mdaourouch, il dégagea de grands thermes. Ces fouilles rapides, entre autres résultats, donnèrent la plus belle récolte d'inscriptions, de sculptures, de monuments d'architecture. On ne pouvait songer à laisser sur place, en leur cadre naturel, les antiquités découvertes, car de toujours sans importance par les indigènes, ces ruines prenaient brusquement de l'importance et pouvaient être monayées. Announa, Khamissa, Mdaourouch sont aujourd'hui des localités désertes, éloignées de tout village français. Abandonnées sur place, les œuvres déterrées auraient bien vite été détruites par l'Arabe qui se moquait éperdument de voir ces français attacher tant d'importance à des pierres taillées. M. Joly fit un choix parmi ses trouvailles. Il donna aux plus précieuses l'hospitalité de Guelma. Et c'est ainsi que la bonne volonté et le dévouement d'un seul homme ont pu enrichir la pauvre collection primitive, et constituer à Guelma un musée régional.
      Le hasard, qui a rassemblé là tous ces morceaux, n'a pas trop mal fait les choses. Le jardin de la ville, aux murs bordés d'inscriptions, aux parterres ornés de colonnades et peuplés de statues, est peut-être le plus pittoresque d'Algérie (PI. I). Surtout, la diversité d'origine des antiquités qui s'y trouvent lui donne quelque variété. Sans doute, les monuments de Guelma et d'Announa n'ont aucune valeur artistique; mais ils appartiennent à une région où survécurent, vivaces, les civilisations préromanes, et, si beaucoup de monuments romains qui portent encore leurs traces ne sont pas restés à Guelma, quelques-uns sont conservés, qui rappellent le souvenir des autres. Au contraire, les œuvres découvertes dans les touilles de Khamissa et de Mdaourouch sont, si l'on met à part les belles pièces de Cherchel, parmi les moins médiocres qu'ait conservées l'Algérie dans ses musées.
      Même, elles méritent mieux que la protection d'un jardin public, où toutes restent exposées aux déprédations, où les plus faciles à transporter risquent encore d'être dérobées. M. Joly a restauré le théâtre de Guelma que les Français contribuèrent jadis à ruiner. Beaucoup de statues du jardin pourraient garnir les niches de la scène. Elles orneraient le théâtre; elles y trouveraient un abri plus sur.

     Tel qu'il est, en cette demeure, peut-être provisoire, du jardin, le musée de Guelma est assez important déjà pour mériter une description, une étude. Il en existe un inventaire dressé en 1900 et publié par la Société archéologique de Constantine, en son recueil. Mais c'est un simple dénombrement des pièces du musée, qui date d'un temps où les fouilles d'Announa, de Khamissa, de Mdaourouch ne l'avaient pas encore transformé. En ce travail, l'aide de M. Gsell, professeur à l'Université d'Alger, ne nous a jamais fait défaut. Surtout M. Joly nous a prêté en toute occasion, son concours; si bien qu'après avoir créé, installé, enrichi le musée, il aurait encore pu sans scrupule signer ce livre. Il ne l'a pas voulu.

INSCRIPTIONS LIBYQUES ET NÉO-PUNIQUES. - STÈLES

     C'est dans la région de Guelma qu'on a découvert le plus d'inscriptions libyques. Aussi la ville en possédait-elle autrefois une assez riche collection. Toutes ont disparu, sauf une seule, dont on ignore la provenance. Elle est depuis longtemps au musée . Deux autres ont été découvertes récemment, à Héliopolis, dans les ruines de la Fontaine-Chaude. Une dernière inscription doit être inédite, à moins que la pierre conservée au musée n'en porte qu'une partie. On n'y lit que quelques lettres plus riche encore était autrefois la série des inscriptions néo puniques. Il y en avait une trentaine leur nombre même témoignait de la force de résistance de la langue dans une cité où la civilisation phénicienne a laissé, à l'époque romaine, d'autres traces. Malheureusement toute cette collection est aujourd'hui dispersée.

      Actuellement (en 1908) le musée en possède seulement six, funéraires, comme l'épitaphe de Mathan, fils de Hannon, par Hannibaal et Baalsillec, ou religieuses, tel l'ex-voto offert au Seigneur Baal par Matanbaal, fils d'Himilcon " parce qu'il a entendu sa voix ". Ce sont encore des témoins de la civilisation phénicienne à Calama que les stèles votives du musée. Elles ne constituent pourtant qu'une faible partie de celles qu'on trouva jadis dans les ruines Deux d'entre elles sont accompagnées d'inscriptions puniques; quelques autres, d'inscriptions latines; la plupart sont anépigraphes. Elles ne s'éloignent pas du type le plus commun dans la région. Elles représentent toujours, à l'intérieur d'une niche semi-circulaire un petit personnage, parfois nu, mais généralement vêtu d'une courte tunique et d'un manteau, tenant en main un gâteau, une grappe de raisin, une pomme de pin, une couronne. Quelque-fois, le dédicant est encadré de palmes. Ces stèles, banales et frustes, n'ont guère d'intérêt que par leur nombre même. On s'est borné a reproduire en une planche les mieux conservées et les plus caractéristiques.

Notes du Collectif : Il faut savoir qu'une petite tête d'Hercule fut longtemps abandonnée, parmi les pierres dans le jardin municipal, récupérée elle fut fixée temporairement sur un piédestal, elle fut arrachée et a disparue. De même la " dispersion " des trésors Guelmois fut systématique, ainsi sur une série de stèle provenant de Guelma se retrouva à Bône ainsi qu'une dédicace néo-punique . ( certaines pièces dans les années 2000 et notamment des têtes disparurent du musée de Guelma et furent semble -t-il retrouvées en Tunisie (?)

     Devant le nombre de vestiges, il fut décidé de créer un musée et monsieur Joly en dressa un inventaire pour compléter celui dressé non pas en entre 1860 ou 1870, mais en 1900, une mosaïque et une statue sont déjà installée dans une petite pièce attenante à la scène. Les petits objets mobiliers de la collection sont rangés en des vitrines dans une des salles de la mairie. (Un grand nombre de statues qui se trouvaient dans le jardin publique ont été démolies à l'indépendance, nez cassés, corps asexués et sont irrémédiablement perdues)

     Beaucoup des inscriptions conservées autrefois à Guelma proviennent de la nécropole voisine d'Aïn-Nechma (aujourd'hui vouée à la construction anarchique d'H L M) . On retrouve une grosse plaque de calcaire gris gravée deux autres toujours dans du calcaire d'une hauteur de 0, 70x 0,41puis 0,64x0,44 enfin une de hauteur 0,55 largeur 0,46 .
Un grand nombre se trouvent au musée du Louvre, mais aussi à Narbonne.
Monsieur Joly en déterra plus d'une centaine qu'il laissa sur place à Announa.

MUSEE DE GUELMA
MONSIEUR CHARLES ALBERT JOLY

Toutes les stèles sont représentées à l'échelle du l /5e.

Planche II, fig. I. - Calcaire. - Dans une niche, petit personnage vêtu de la tunique et enveloppe dans les plis d'un manteau qui pend de l'épaule gauche et forme ceinture. Les objets qu'il tient sont peu distincts (grappe (?) et couronne). A ses pieds, un autel. Dans le champ, des deux côtés de la tête, deux étoiles à huit pointes gravées. Sur ces images d'astres qu'on voit souvent sur les ex-voto trouvée à Guelma.
Planche II, fi". 2. - Marbre blanc. -
Haut. o,36, larg. O,28, Entre deux palmes qui se rejoignent au sommet, un personnage vêtu d'une tunique et d'un manteau court, portant aux poignets un bracelet. Il tient de la main gauche une énorme grappe de raisin. - Trouvée à Guelma.
Planche II, fig. 4. - Calcaire. - Haut. 0,36, larg. 0,34. Sous un arc en saillie, personnage a tunique courte, dont la poitrine et les épaules sont enveloppées d'un autre vêlement. De la main gauche baissée, il tient un objet de forme ovale allongée, de la droite, une pomme de pin. A ses pieds, un petit quadrupède, le mouton du sacrifice. Dans la bande inférieure est creusée une petite coupe, comme dans les mensac. - Trouvée à Guelma.
Planche II, fig. 5. - Marbre blanc. - Haut. o'",58, large 0,29.-Stèle avec inscription punique. Dans le demi-cercle du sommet de la stèle, croissant aux cornes très relevées. Un cordon sépare la partie supérieure du tableau central. Dans celui-ci on voit un personnage dont les seins et le nombril sont indiqués, mais qui pourtant est couvert d'un vêtement dont les plis lui traversent le corps depuis l'épaule gauche. Il tient de la main gauche levée une palme, de la droite un gâteau (?) qu'il semble poser sur un autel. Dans le champ, à ses pieds, deux galettes rondes ornées d'une croix. Au-dessous, l'inscription. - Trouvée a Guelma.
Planche II, fig. 6. - Marbre rouge de la Mahouna. - Haut. O,72, larg. o,37. Sous une niche en léger relief, entre deux branches de palmier, au-dessous du croissant, petit personnage vêtu d'une tunique courte et d'un manteau, portant un collier. De la main droite il tient un gâteau (?) en forme de losange ; de la main gauche, il porte une énorme grappe. Au-dessous, une inscription latine-.

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE