ITINERAIRE HISTORIQUE ET DESCRIPTIF
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ROUTE 44. DE CONSTANTINE A GUELMA, PAR EL-HARIA.

100 kil. - Route stratégique.
3 kil. Sidi Mabrouk. F. p. 385.
La route suit les pentes du djebel Ouach dont les sommets principaux, élevés de 12 à 1300 met. au-dessus de la mer, se prolongent de PO.

12 kil. El-Lamblek. v. créé en 1854 pour 44 familles, est situé près de ruines romaines, dans un petit vallon, sur la rive g. du douar-eiiïagd.
17 kil. Oued-Masin, ham. sur le ruisseau du même nom.
26 kil. L'Oued-Tarf, v. créé en 1850 pour 50 feux, sur le ruisseau du même nom.
C'est non loin de l'Oued-Tarf, au S., sur un mamelon et à l'entrée du col du Bou-R'areb, qu'est situé Ksar Mahdjouba, le château de la Recluse. C'est un groupe de ruines appartenant à l'ancienne ville de Seniore, parmi lesquelles on remarque une tour carrée de 42 pieds de haut, et une belle source sortant d'une voûte en pierre de grand appareil.
30 kil. El-Haria, v. créé en 1856 pour 40 feux, et caravansérail, près de ruines romaines.
68 kil. Caravansérail de l'oued Zenati.
77 MI. Ras-el-Akba, dont le sommet s'élève à 1000 mèt. au-dessus de la mer. C'est le point de jonction de la route ou du sentier que l'on vient de parcourir, avec la future mute provinciale de Constantine à Guelma, qui sera ouverte au S. de la première.
88 kil. Medjez-Hamar, créée en 1849, et annexée à Guelma le 31 déc. 1856, rappelle le souvenir de là 2* expédition de Conslantine en 1837.
Pour ne point laisser à Ahmed-Bey l'espoir qu'il nourrissait peut-être de gagner du temps et d'échapper encore cette année au péril dont il se sentait menacé, le général de Damrémont résolut de se rapprocher de Constantine en occupant fortement la position favorable de Medjez-Hamar, destinée à devenir le point de départ des opérations ultérieures; un vaste camp y fut tracé et devint bientôt une immense place d'armes. Le 20 sept. 1837, Ahmed en personne, à la tète de 10 000 hommes, espéra surprendre le camp, sur lequel les Arabes se précipitèrent avec fureur; ils furent repoussés avec des pertes considérables. L'armée expéditionnaire, partie de Medjez-Hamar le 1" oct. suivant, arrivait le 6 sous les murs de Constantine, qui tombait en notre pouvoir le 13.

L'ancien camp concédé d'abord, en 1849, avec 500 hect de terrain, à M. l'abbé Landmann pour la création d'un orphelinat semblable à ceux de Ben-Aknoun, de Bou-Farik et de Misserguin (F. p. 97), fut remis ensuite à M. l'abbé Plasson, par décret du 26 juil. 1852. Au 31 déc. 1856, il était encore confié à la direction des religieux de l'ordre de Saint-Augustin. Depuis 1857, ces religieux ont renoncé à leur concession; l'orphelinat a été dissous,et les enfants ont été répartis dans les autres établissements du même genre en Algérie. Par suite, la concession est rentrée dans les mains de l'Etat, qui l'a donnée en location, en attendant qu'une occasion se présente d'en tirer meilleur parti.

La jonction de l'oued Cherf et de l'oued-Zenati, au-dessous de Medjez Hamar, forme la Seïbouse, l'Ubus des anciens, qui, coulant d'abord de l'O. à l'E., remonte ensuite au N. et va se jeter dans la Méditerranée au-dessous de Bône.

A 100 kil. Guelma. hôtels: Arriel, de l'Aigle, de Numidie, des Voyageurs.
- Cafés : Arriel, Rougier, Baffo.
- Cercle civil et militaire avec Bibliothèque.
- Libraires papetiers: MM. Maréchal, Havard. -Lithographie, M. Maréchal. - Bureau des Postes. - Télégraphie électrique. - Sertvice de diligences pour Bône. - Omnibus pour Hammam Meskhioutin. - Location de chevaux et mulets. - Marché arabe les lundis et mardis.

Situation.
Guelma est située par 5°5' de longitude E. et 30°27'de latitude N., à 2 kil. S. de la rive dr. de la Seïbouse et à 2 kil. 1/2 du djebel-Mahouna , dans une plaine sans grands accidents, qui descend en glacis doux depuis les dernières limites inférieures de cette montagne jusqu'à la rivière.

Histoire.
Guelma est-elle sur l'emplacement de Suthul, formidable citadelle, dépositaire des trésors de Jugurtha, et sous les remparts de laquelle le prince numide fît éprouver un grave échec aux aigles romaines?
Est-ce bien Suthul dont le peuple-roi fît disparaître le nom et les monuments pour y substituer la colonie militaire de Calama, détruite à son tour par les Vandales?

Le commandant de Lamarre dit :
" On a retrouvé à Guelma et aux environs du camp assez de bas-reliefs et d'inscriptions puniques et libyennes pour attester suffisamment que la colonie romaine succéda à une ville plus ancienne.
11 semble même résulter d'une remarque du docteur Judas que les Romains n'avaient changé le nom de la ville que par leur manière de lire :
Ainsi Calama serait le nom ancien lu a rebours, c'est-à-dire de g. à dr. Si ce fait très-probable venait radicalement à être démontré, il trancherait le débat non encore vidé de la synonymie de Suthul et de Guelma.

Guelma , telle que les Français la trouvèrent à la fin de 1836, était bâtie avec les matériaux provenant de l'ancienne Calama nommée pour la première fois par saint Augustin; mais l'emplacement qu'elle occupe n'était pas celui sur lequel fut jadis construite la véritable cité romaine.
Celle-ci était devenue la proie soit des Maures révoltés, soit des Vandales; probablement elle avait eu beaucoup à souffrir tant dans ses monuments et ses remparts que dans la personne de ses habitants. Ceux-ci, profitant d'un moment de répit, se construisirent une forteresse imposante à côté de l'ancienne Calama, dont ils employèrent une partie des matériaux. Mais, en 1836, le rempart de la seconde Calama était renversé sur tout son pourtour d'une manière irrégulière, et si la main des hommes avait contribué à cette destruction, un examen approfondi de la situation de certaines fractions restées encore debout, prouvait d'une manière incontestable qu'un ou plusieurs tremblements de terre avaient été la cause principale de la chute de cette citadelle.

Voici parmi les nombreuses inscriptions trouvées à Guelma une de celles qui figurent sur un monument élevé, au moyen d'une souscription, à Quintus Domitius Victor, patron de Calama:
Q. DOM1T10. c. F.
QVIIt. VICTOBI.
PRAEF. COH. VI. BRITONN. (SIC)
TRIB. MIL. LEG. X. FRETENSIS
TRIB. MU.. LEO. III. CÏRENAICAE
CALAMENSES.
PATRONO.
AERE. CONLATO.

Le maréchal Clauzel, frappé de l'importance stratégique de Guelma, y établit un camp permanent destiné à surveiller le bassin de la Seybouse et à préparer définitivement la conquête de la province de l'Est.
Guelma présentait des pierres de taille en immense quantité, des carrières de bon calcaire, des pierres à plâtre, du bois de chauffage à proximité.
De belles casernes, un hôpital parfaitement installé, une place publique régulièrement tracée, des fontaines,les plantations, s'élevèrent, et bientôt le camp de Guelma, dont le colonel depuis général Duvivier fut le premier commandant, devint l'un des plus beaux établissements militaires de l'Algérie et le chef lieu d'un cercle important.
Telle est l'origine de la Guelma actuelle dont la création, comme centre de population européenne, remonte au 20 janv. 1845; cette population, de 200 âmes au 31 déc 1845, en compte aujourd'hui près de 3600.
Guelma, érigée en commune le 17 juin 18ô4, a été d'abord administrée par un commissaire civil, et par un sous-préfet depuis le 13 oct 1808.

Description.
Guelma, jolie ville neuve d'un aspect tout à fait européen, où tout a été construit, placée en dehors de la vieille Calama, devenue sa citadelle, est entourée d'un rempart crénelé dans lequel sont percées 5 portes qui prennent de leur direction les noms de Bône, delà Pépinière, de Constantine, de Medjez-Hamar et d'Announa.

Aux places de l'Eglise, Saint-Augustin, Saint-Cyprien, Coligny, de la Fontaine et du Fondouk viennent aboutir de belles rues plantées d'arbres pour la plupart et arrosées par de nombreuses bornes-fontaines.
Les rues principales sont les rues Saint-Augustin, Saint-Louis, de Bône, d'Announa, de Medjez-Hamar, Mogador, Duquesne, Belizaire, Jean-Bart, Négrier, de La Fontaine, etc.

Une fort jolie église, un modeste oratoire protestant, une élégante mosquée construite par les français, constituent les édifices religieux.
Les édifices militaires sont:
l'hôtel du commandant supérieur du cercle, 1 bureau arabe, 4 casernes et l' hôpital. Quant aux édifices civils, sauf l'abattoir dont la destination a toujours été la même, on les citera pour mémoire.
Le Musée de Guelma, installé provisoirement dans les ruines d'un temple circulaire, rue Mogador, renferme des statues, des tombeaux, des autels, des inscriptions qui ont été ramassés par le génie militaire. Cette belle collection, susceptible de devenir plus riche au moyen des nombreuses ruines qui entourent Guelma, serait plus importante depuis longtemps, si la ville n'avait pas été rebâtie de nos jours par des constructeurs malheureusement pleins de dédain pour les objets d'art et pour les reliques des temps passés. Indépendamment de la Kasba reconstruite avec des matériaux romains, on visitera encore l'ancien théâtre, merveilleusement conservé.

Il nous reste à parler du commerce et de l'industrie assez prospères à Guelma, mais qui prendraient plus de développements encore, si de bonnes routes entre cette ville et Constantine et Bône étaient définitivement ouvertes.
Là, comme pour presque toutes les villes de l'Algérie, est la question vitale.
L'industrie principale consiste en minoteries, tanneries et briqueteries.b Les marchés sont : le marché aux légumes, place Saint-Cyprien, tous les jours; le marché au bois, place Coligny, tous les jours également; le marché au blé et aux huiles, place de l'Hôpital, les mardis et les samedis; et enfin, le marché aux bestiaux, le plus important, les lundis et les mardis, au champ de manœuvre.
Les promenades immédiates de Guelma sont :
L'Esplanade, prolongement de la place Saint-Augustin. Le jardin des fleurs et la pépinière.

Environs.
A 5 kil. N. Héliopolis et Hammam-Berda. {V. Route. 50.)
A 4 kil. E.,Millesimo, 370 hab., village créé sur la rive dr. de la Seïbouse, colonie agricole de 1848; constitué en centre le 11 février 1851, annexé à la commune de Guelma, le 17 juin 1854.
A 8 kil. S. K., et 4 kil. de Millesimo, Petit, nom d'un colonel du génie, tué devant Zaatchaen 1849; 400 hab., colonie agricole de 1848; constitution du centre, 11 février 1851; annexion à la commune de Guelma, 17 juin 1854.
A 3 kil. S., le djebel-Mahouna, couvert de forêts, de clairières, de ravins et de rochers, au milieu desquels Gérard le tueur de lions a commencé sa renommée.
A 12 kil. S. 0. par les sentiers, et 16 kil. par Medjez-Hamar, Announa, ville romaine dont le nom antique Tibilis, longtemps ignoré, a été retrouvé par M. le général Creuly, sur l'inscription suivante, découverte dans des fouilles qu'il fit faire à Announa, au mois de mai 1856:
FAVSTINAE....
IMP. CAES. ANTO.
Hun. AVG. AR.
MENIACI.PAR
TH1CI. MAXI
III. MED1CI
THIBILITA
NI. P. P.
D. D.

A Fansline Auguste, femme de l'empereur César Antonin Auguste, l'Arméniaque, le Parthique très grand, le Médique, les Thinilitains, des deniers publics, par décret des décurions. "

Les ruines d'Announa couvrent la croupe d'un mamelon à pentes roides, enserré à l'E. par l'oued-Cherf. et au N. 0. par l'oued-Announa. Les plus remarquables de ces ruines sont : au centre, un arc de triomphe de 4 met. d'ouverture, et qui devait avoir d'après M. le commandant de Lamarre, 8 mèt. de haut sur 10 mèt. et demi de large; au N. 0. de cet arc, un espace rectangulaire de 30 mèt. sur 20, avec des murs de 0,80: à l'extrémité N. du plateau, au bord du fossé naturel qui le termine, des figures obscènes sculptées sur les parties restantes des murs de la ville; vers le S., une porte de ville et des bas-reliefs; en tournant vers l'O., des mosaïques, des fûts, des chapiteaux de 1 mèt.; plus à l'O encore, des inscriptions tumtilaires et une autre porte de ville; enfin sur le plateau au S. O., l'église dont les traces font encore voir la disposition : mesurant 12 mèt. 30 c. sur 15 mèt. 30, elle était divisée en trois nefs; celle du milieu était terminée par une abside de 4 mèt. 90 d ouverture.

Les ruines d'Announa ont été étudiées et décrites à différentes époques, par MM. Berbrugger, Falbe et Temple, de Lamarre, Ravoisié et le général Creuly.
Quant au voyageur Peyssonel, il les a parcourues rapidement et n'y a vu dans le temps, en fait d'inscriptions, que celle d'un tombeau d'un enfant de quinze ans, sans aucun intérêt pour la science.

A 6 kil.N. 0., sur la future routa de Guelma à Jemmapes, Gastu, nom d'un général qui a commandé la province de Constantine ;. village nouvellement créé.

A 14 kil.O., Hammam-Mtskhroum lin, le bain des Maudits. Des omnibus conduisent de Guelma a Hammam, en passant près de la belle exploitation agricole de Rou-Far, appartenant à la famille Vigier, et par Medjez-Hammar.

Une route tracée dans la vallée de la Seïbouse, et passant près de l'ancien orphelinat de Medjez-Hamar, rend facile et rapide la course de Guelma à Hammam-Meskhroutin. Mais le voyageur en quête d'impressions neuves et imprévues, préférera toujours les sentiers arabes qui sillonnent en zigzag les flancs des montagnes, s'il veut voir se dérouler devant lui les capricieuses beautés d'une nature orientale. Quelque route qu'il suive d'ailleurs, il devinera de loin l'emplacement des sources aux nuages de vapeur qui s'en échappent comme de la surface de chaudières en ébullition.
Elles sourdent sur la rive dr. de l'oued Bou-Hamden, qui réunie à lO kil. Plus bas à l'oued-Cherf, donne naissance à la Seibouse. Le plateau d'où s'échappent ces eaux forme la partie inférieure d'un versant à pente douce, exposé au N., et n'offre pas moins d'intérêt par sa végétation que par les phénomènes géologiques anciens ou modernes dont il est le théâtre.

" Vues de haut, elles occupent le centre d'un large bassin, entouré d'une ceinture de montagnes modérément élevées. Sur le second plan, le djebel-Debbar, le Taya, le Rasel-Akba, la Mahouna, contreforts atlantiques, dont l'altitude varie entre 1000 et 1300 mèt., dessinent leurs crêtes abruptes aux quatre coins de l'horizon, et encadrent le pays le plus pittoresque qu'il soit possible d'imaginer. Des montagnes aux fronts chauves et dénudés, des plateaux couverts d'une végétation luxuriante et primesautière, des ravins profonds, deux ou trois cours d'eau torrentueux, cachés dans une épaisse forêt de lentisques, de lauriers-roses et d'oliviers, le tout noyé dans un océan de lumière et d'azur, telle est la perspective qui se déroule aux regards et frappe l'âme la plus prosaïquement constituée.
" Le nombre des sources est en quelque sorte illimité; des changements se sont opérés dans leur lieu de dégagement, à une époque reculée, et continuent de nos jours sur une moins large échelle. 11 n'est pas rare, en effet, de les voir tarir dans un point pour ne plus reparaître, ou pour se faire jour dans un autre généralement plus déclive.
Quelquefois au contraire, et celte circonstance est à noter, en creusant le sol à de faibles profondeurs, on en fait jaillir de nouvelles.
Elles sourdent par groupes ou bassins distincts, et MM. Hamel et Grellois en admettent six sous les noms de : sources de la Cascade, des Bains, de la Ruine, de l'Est, sources nouvelles et sources ferrugineuses. Les deux groupes de la Cascade et des Bains servent seuls aux besoins de l'établissement militaire; ils fournissent 84 0(10 litres d'eau à l'heure. La source ferrugineuse principale donne 4000 litres à l'heure.
" Un examen comparatif des eaux minérales connues, assigne à celles de Meskhroutin une des premières places, sous le rapport du débit, à côté de Louche et d Aix en Savoie; Plombières ne fournit à l'heure que 10 416 lit.
Baréges 7 500
Saint-Sauveur 6 000
Bourbonne 5 000
" Toutes les eaux thermales vont grossir l'oued-Bou-Hamden, après s'être réunies en un ruisseau important dans la topographie du pays de Youed Chedakhra ou Sekhrouna, rivière chaude; en s'y jetant, les sources de la cascade donnent naissance à une belle chute d'eau, et revêtent les ondulations du sol d'un vernis calcaire éblouissant de blancheur. Une teinte rouge uniforme remplace par moments la blancheur de la cascade. Elle résulte, pour M. le docteur Moreau, de Bône, des plantes textiles que les Arabes font rouir sur le griffon des sources.

A mesure qu'elles s'éloignent de leur point de départ et s'épandent sur le sol, les eaux déposent les sels calcaires qu'elles tenaient en dissolution. Le dépôt s'effectue au lieu même d'émergence, quand la température approche du degré d'ébullition, et, en thèse générale, d'autant plus loin que la température est moins considérable. Par l'addition lente et progressive de nouveaux matériaux, une colonne s'élève autour de chaque source et produit à l'état de complet développement ces cônes bizarres qu'on croirait sculptés dans le roc, tant leur forme est régulière et bien dessinée. On en compte plus de cent ayant 3, 4 mèt. et plus de hauteur et autant de circonférence à la base. Une ouverture, existant suivant l'axe, représente le conduit ascendant d'une source tarie. La terre, qui s'y est accumulée avec le temps, en fait des espèces de pots à fleurs naturels, où les graines entraînées par le vent viennent germer. Quand, dans la brume du soir et à travers les vapeurs des sources, on voit de loin blanchir ces pyramides, on croit avoir sous les yeux, dit M. le docteur F. Jacquot, les pierres tumulaires d'un cimetière de géants.
En présence de toutes ces choses, l'imagination ne pourrait manquer de se donner carrière. Dépourvu de notions scientifiques , ignorant des plus simples lois de la nature, l'Arabe fait appel au merveilleux pour expliquer les faits qui dépassent son intelligence, et voici, entre autres légendes spéciales à Hammam-Meskhroutin, celle qui a le plus de crédit.

Un Arabe riche et puissant avait une sœur, mais la trouvant trop belle pour la fiancer à un autre qu'à lui, il voulut l'épouser malgré l'interdiction formelle de la loi musulmane, malgré les remontrances et les supplications des anciens de la tribu, dont il fit rouler les tètes devant sa tente. Alors commencèrent les fantasia, les danses, terminées par un immense festin ; puis, comme le couple maudit allait se retirer, les éléments furent bouleversés : le feu du démon sortit de terre, les eaux de leur lit, le tonnerre retentit effroyablement, puis, quand tout revint au calme, on retrouva l'Arabe et sa sœur, les gens de loi, les invités, les danseuses et les esclaves pétrifiés; les cônes représentent tous les acteurs de ce drame. Si, dans certains points, le sol résonne sous les pieds des chevaux, c'est la musique infernale de la noce. Si l'une des sources de la cascade rejette au dehors des corps ronds ou ovoïdes, gros comme de petites dragées, les indigènes ne manquent pas de vous dire que ces petits corps , pisolithes , formés dans une colonne liquide tenant des sels en solution, sont les grains de keuskoussou du repas de noce. Et, ajoutent-ils, quand vient la nuit, fuyez cet endroit ; chaque pierre reprend sa forme, la noce recommence, les danses continuent, et malheur à celui qui se laisserait entraîner; quand le jour reviendrait, il augmenterait le nombre des cônes.

" Les eaux d'Hammam-Meskhroutin, celles de la cascade, comptent parmi les plus chaudes que l'on connaisse; leur température s'élève à 95'. Celles du Geyser, en Islande, sont de 109", et de las Trincheras de 96",6. Les Arabes utilisent cette haute température pour dépouiller de leurs parties solubles certaines plantes textiles qu'ils emploient à la confection de cordes et de nattes ; pour laver leur linge et détruire les parasites dont il est trop souvent rempli: pour faire cuire des oeufs, des légumes, de la volaille, etc.
" Les sources de la ruine font monter le thermomètre à 90°. La source ferrugineuse a atteint 78*,25.
" Les eaux d'Hammam-Meskhroutin rentrent clans la classe des eaux salines; chlorurées sodiques simples, selon M. Durand-Fardel; tout aussi bien sulfatées calcaires, selon M. Hamel, le sulfate de chaux étant représenté par le même chiffre que le chlorure de sodium. Elles se rapprochent de plusieurs eaux thermales importantes et tiennent à la fois des Eaux-Bonnes, deBagnères, de Plombières, de Loëche, de Bath, d'Aix en Savoie et de Hammam-Rir'a (Miliana).
" La source ferrugineuse sort des flancs de marnes ferrifères, sur la rive dr. de l'oued-Chedakhra, à environ 1000 mèt. de l'établissement militaire. C'est une eau ferrugineuse sulfatée identique presque aux eaux de Spa, de Bussang et de Pyrmont. L'existence d'une eau de cette nature à côté de sources salines et sulfureuses est d'une utilité reconnue. En permettant d'élargir le cercle des indications thérapeutiques, elle contribuera pour sa part à faire d'Hammam-Meskhroutin une station thermale des plus importantes.
" Les eaux d'Hammam-Meskhroutin se prêtent aux applications les plus larges de la médication thermale: elles sont indiquées dans les cas suivants, pour lesquels de nombreuses guérisons ont été obtenues: hémiplégies et paraplégies, cachexies palustres, affections cutanées, accidents syphilitiques, névralgies sciatiques, plaies d'armes
a feu, arthropathies, fistules, douleurs, engorgements glandulaires chroniques, ulcères atoniques, douleurs rhumatismales, arthritiques
et musculaires.
" L'efficacité de ces eaux était du reste connue des Romains. Les Aquas Tibilitinx ont précédé Hammam-Meskhroutin. Ces thermes ont laissé des vestiges à différents endroits du plateau. Quelques piscines ont surtout résisté à l'action destructive du temps et des révolutions. L'une d'elles n'a pas moins de 55 mèt. de long; mais la hauteur où elle est placée n'a pas permis de l'utiliser, les eaux ayant baissé de niveau depuis des siècles et ne sortant de terre qu'à un point de beaucoup inférieur. Les autres piscines, plus petites mais situées au-dessous des sources actuelles, ont repris leur ancienne destination; restaurées par les soins du génie, elles ont formé jusqu'à ce jour les piscines de l'établissement militaire.
" De nouvelles baignoires, récemment terminées, sont au nombre de neuf, renfermées dans un grand bâtiment, et assez spacieuses pour que quatre à cinq personnes y prennent place à la fois. L'appareil a donc été installé dans une anfractuosité de rocher, et les bains de vapeur, établis dans une hutte en planches divisée en deux compartiments, laissent beaucoup à désirer.
" Toutefois , comme on peut le voir, le mode d'administration des eaux en douches, en bains de vapeur et de piscine, en boisson et par Inhalation , a lieu à Hammam-Meskhroutin comme dans les établissements thermaux les plus fréquentés. Leur efficacité est authentiquement démontrée, et nul doute qu'on leur restituera , au profit de la colonisation algérienne , l'importance qu'elles avaient acquise au temps des Romains. " (Docteur Hamel.)
A 35 kil. N. 0., en passant par Hammam-Meskhroutin, on visitera les belles grottes remplies de stalactites du djebelrMlaia.


ROUTE 45. DE CONSTANTINE A GUELMA,
PAR LE KROL'BS.
100 kil. - Route stratégique, suivie par l'armée aux deux expéditions de Constantine, et future route provinciale.
16 kil. Le Kroubs (F. p. 415).
18 kil. Former, annexe du Kroubs, créé par décret du 9 mars 1852, sur la rive dr. du Bou-Meurzoug, près du monument romain en ruine, connu sous le nom de Soma; Soma, en arabe, signifie tour, minaret.
37 kii. Oued-el-Beurda, v. près de ruines, sur la rivière du même nom, affluent du Bou-Meurzoug.
64 kil. Kouvba de Sidi Tamtam, sur la rive g. de l'oued-Zenati.
77 kil. Ras-el-Akba (V. p. 469).
100 kil. Guelma (V. p. 469).

ROUTE 46. DE CONSTANTINE A SOUK-HARRAS, PAR GUELMA.
156 kil. - Route stratégique.
100 kil. de Constantine à Guelma {V. R. 44 et 45). 104 kil. Millesimo (V. p. 471). 108 kil. Petit (V. p. 471). 128 kil. Versants S. du djebel
'A'adoret koubbab de Sidi Mabrovk , Sidi Amar et Sidi Bou-Aicha.
134 kil. Hedjez-Sfa, v. créé le 2 septembre 18S9 à la jonction des routes de Guelma et de Rône à Souk-Harras. Il y avait d'abord une seule auberge, tenue par un Européen sur ce point important en ce qu'il forme un lieu d'étape pour les troupes et une halte forcée pour les voyageurs.
144 kil. Fedj-Makta.
149 kil. Duvivier, nom d'un général tué à Paris en 1848, v. créé le 27 niai 1857 , à l'endroit dit BouChagouf.
156 kil. Souk-Harras. - Hôtels et auberges. - Cafés.- Bureau de poste. - Télégraphie électrique. - Location de mulets et de chevaux - Marché arabe très-important, les mercredis et les jeudis.
Histoire. - La V. de Souk-Harras, située par 36° 15' de latitude N. et 5° 37' de longitude E. a 4 kil. 0. de l'oued-Medjerda, Bagradas des anciens, et à 35 kil. 0. de la Tunisie, s'élève sur un petit plateau mamelonné. Des ruines couvrant un périmètre de 10 hectares sur ce plateau , attestent l'existence d'un établissement romain important, dj'où on rayonnait dans les bassins de la Seïbouse, de la Medjerda et de la Mellaya. Diverses inscriptions, découvertes principalement par M. le capitaine J. Lewal , permettent d'assurer la synonymie de Souk-Harras avec Thagaste, siège d'un évêché. Voici les fragments essentiels de l'une d'elles:
Itinéraire historique et descriptif de l'Algérie, comprenant le Tell et le ...
Par Louis Piesse

NDLR.Recopié sans corrections orthographiques

Site Internet GUELMA-FRANCE