INFLUENZA DANS LA REGION DE GUELMA -BONE -PHILIPPEVILLE (EPIDEMIE DE GRIPPE). EXTRAIT DU " PETIT GUELMA " DE JANVIER 1890

        Où s'arrêtera ce fléau ? Chaque jour de nouvelles victimes viennent s'ajouter à l'hécatombe de l'épidémie bénigne au début et la voilà qui faite des pas de géants et maltraite les gens de tout âge et de toute constitution. Ce n'est pas une épidémie de grippe ordinaire, c'est aujourd'hui une épidémie de Broncho-Pneumonie. Il est bien difficile de décrire cette terrible maladie qui devient meurtrière à la rechute et qui donne tout aussi bien des symptômes de toux que des symptômes de congestion pulmonaire. Il se peut qu'un microbe chassé par le vent, ait déterminé cette terrible maladie. Il se peut aussi que les pressions atmosphériques aient pesé sur la vascularité en même temps que sur l'influent nerveux ; car les douleurs inter musculaires et inter osseuses ont commencé des le début et ont frappé les premières victimes.

       Aujourd'hui l'état est plus grave, ce sont les voix respiratoires qui sont prises au début et dont les troubles vont sans cesse en augmentant.

       En 1832, la même épidémie fut moins violente, moins meurtrière et surtout dura beaucoup moins longtemps. Il y a trois mois que l'on a constaté les premiers cas et aujourd'hui, c'est par centaine pour ne pas dire par milliers que les compte. Il n'y a aucune précaution spéciale connue à prendre, sauf celle qui consiste à ne rien faire qui soit susceptible de fatigue de l'organisme. Les laborieux devront prendre un peu plus de repos, les voyageurs devront éviter ce qui brise le corps et fatigue les muscles. Les buveurs mettre un peu moins de vin dans leur eau et infiniment moins d'alcool dans leur estomac. On évitera de sortir à jeun, on prendra des toniques et des reconstituants, du vin de quinquina, de l'eau de Colombo, on augmentera le feu dans les appartements, on fera une flambée de bois dans les chambres à coucher afin d'en purifier l'air, et à tout hasard on ne boira que de l'eau bien bouillie et après l'avoir bien filtrée.

      Toute fatigue évitée, tout surmenage cessant, si on se conforme bien à tous ces conseils hygiéniques, il y a beaucoup de chance pour éviter la terrible INFLUENZA.

       Une question se pose l'Influenza est-elle contagieuse ? Assurément oui comme toutes les maladies épidémiques d'abord, elle la transporte dans l'air que nous respirons, dans l'eau que nous buvons, dans tout ce qui rentre dans les poumons dans l'estomac et dans la peau par un phénomène quelconque d'endosmose. Elle peut se communiquer comme le Coryza ; mais il est aussi des personnes qui ne le prenne ni par l'air, ni par la peau, ni d'une autre personne. Il est bon d'être fatalistes et de croire que tout peu arriver et tout doit arriver. En général il ne faut pas avoir peur de l'épidémie car c'est le meilleur moyen pour l'éviter (la peur fait le mal).

      Mais de là à négliger le fléau ! Il y a loin…nous recommandons surtout aux personnes ayant été atteintes de l'Influenza, qui se trouvant mieux de suite de ne pas reprendre leurs sorties et leurs travaux avant une dizaine de jour. Elles emploieront leur temps à se soigner, à se remonter grâce à une saine nourriture qui leur rendra les forces perdues pendant la crise aiguë. Le traitement qui n'a jamais manqué son effet dans les manifestations de cette épidémie sur le poumon est les suivant :

 Dès que le poumon ou les deux poumons sont engagés, ou dès que la respiration devient sifflante ou difficile on n'alitera pas le malade, on le tiendra assis dans son lit ou dans un fauteuil, ce qui est préférable, car le DECUBITUS DORSAL ou la position horizontale facilitent la.sanguine et augmente fatalement la congestion pulmonaire. Il faut faire marcher le malade dans la chambre, même en le soutenant et l'assoire dès qu'il est fatigué. Que d'accidents auraient pu être évités, si au lieu de coucher le malade on l'eut maintenu dans une position verticale en prenant un point d'appui sur les membres inférieurs et sur le siège. On fixe alors deux plaques dynamo dermiques sur les omoplates, un peu au-dessus des épaules et deux autres plaques sur les bronches, c'est à dire en avant de la poitrine, au-dessus des pectoraux, on laisse ces plaques jours et nuits. Il est rare que dès les premières heures les poumons ne soient pas absolument débarrassés et les bronches guéries. Cependant, il sera prudent de persister encore même après guérison pendant au moins quatre jours et quatre nuits, de façon à ce qu'il n'est plus rien à craindre.

      Dans le cas où la congestion pulmonaire affecterait de suite une forme grave, c'est à dire que le malade abattu, fiévreux et délirant inspire des inquiétudes sérieuses on ferait immédiatement des plaques sur tout le dos, toute la poitrine, les cuisses et les mollets. On pourrait jusqu'à 13 ou 14 plaques sans craindre de trop en mettre. Nous n'avons pas eu un seul décès sur plus de 500 malades soit par nous, soit par eux-mêmes et suivant ces indications. Il sera toujours bon d'avoir sous la main des plaques dynamo dermiques surtout près de la personne qui a de l'asthme ou de la Catarrhe bronchique. N'oublions pas que ce sont surtout les affaiblis et les malades des bronches, qui sont les plus sujets aux épidémies et surtout à l'INFLUENZA.

     Au mois de février 1890, l'épidémie progresse toujours et ne cesse de faire des victimes dans les populations, à Oued Zenati, elle a fait son apparition depuis une vingtaine de jours. Les écoles ont été fermées et cela depuis plus de 15 jours et ce n'est que depuis lundi dernier qu'elles ont été ouvertes. Mais le nombre d'élèves valides qui fréquente l'école est le tiers des élèves inscrits sur les registres. Tous les habitants sont atteints et les services interrompus en grande partie. Ce qui étonne le plus, c'est que malgré le froid, la fièvre fait autant de ravage que pendant les grosses chaleurs.

     Docteur Coltemps rue Négrier Guelma

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE