R E C I P R O C I T E

Monsieur Mohamed-Laid Gasmi

    
        Le dicton assurant que, dans la succession des faits, on a inévitablement un schéma composé de trois phases et énoncé sous la forme de " Jamais deux sans trois " n'aurait-il pas d'équivalent dans le domaine des voyages ? Ne pourrait-on pas dire alors " Jamais un sans trois " ? Ce qui revient à dire évidemment que tout voyage que l'on entreprend ne saurait être isolé. Il ne peut être unique. Un voyage entrepris vient après toute une période de préparation de contacts et de démarches. Il y a des mesures à prendre, des formalités à observer et des étapes à respecter. Cette phase d'élaboration du projet est essentielle. Tout ce que nous faisons, à ce niveau, ne cesse de nous faire ressentir que nous vivons d'avance -par la pensée- les péripéties du déplacement projeté telles que nous les représente notre imagination. Notre matériel est-il suffisant ? Notre équipement sera-t-il fonctionnel ? Avons-nous pris toutes les précautions ? Voilà, donc, pour le premier voyage.
            Le deuxième est celui auquel on se réfère le plus souvent, car la vie nous fait tout simplifier. Ici on exécute, en principe, le programme arrêté.
             Le troisième est cette phase non moins importante durant laquelle c'est le tour de notre mémoire d'intervenir à tout instant. Nos souvenirs sont prépondérants. C'est par leur truchement que nous revoyons les personnes que nous avons côtoyées et appréciées, les lieux que nous avons visités et qui nous ont intéressés ainsi que les moments que nous avons vécus et les actions dont nous avons été les auteurs ou les témoins…Que ramenons-nous du déplacement ? Les objets répondent-ils à notre attente ? Nos appareils ont-ils été utiles ? Peuvent-ils nous livrer tout ce qui était précieux ? Les coordonnées des anciens amis retrouvés et des nouvelles personnes dont nous avons fait la connaissance ont-elles été minutieusement conservées ?
             L'expédition organisée par l'association JLP-G n'a pas fait exception à la règle de ce " triptyque ". Sa phase préparatoire et qui entre donc dans l'optique du " voyage par la pensée " a été -cela va sans dire- menée à bien, grâce au souci d'une organisation méthodique. Ayant constamment reçu des échos, dès le début, les gens de Guelma étaient tenus en haleine.
Le déplacement proprement dit a eu lieu dans des conditions fort satisfaisantes pour le gros des participants, excellentes voire exceptionnelles pour les plus accommodants, plutôt perfectibles pour les éternels insatisfaits qui ne sont qu'une minorité, du reste.              Ce qui est certain et demeurera un acquis indéniable c'est que des personnes dans la localité d'accueil ont vécu, durant toute une semaine, au diapason du séjour. Leur grande et sincère joie de revoir des amis n'a d'égal que celle des visiteurs animés des nobles sentiments de se retrouver, très émus, parmi des êtres qui leur sont attachés et auxquels ils accordent autant d'attachement sur une terre aimée des deux côtés, dans leur ville commune car elle a vu naître un très grand nombre d'entre eux.              Aucune manière protocolaire ! Aucune gêne ! Point de règles de bienséance ! Relations humaines directes et simples ! Sitôt que l'on se voit, ce sont les embrassades ! Qui donne l'accolade ? Qui la reçoit ? Les sentiments sincères se manifestent spontanément, avec effusion, de part et d'autre. Un septuagénaire tutoie un petit jeunot et vice-versa . Des camarades de classe au primaire, il y a plus d'un demi-siècle, parlent de leur ancienne institutrice, entre autres. Un imberbe découvre, avec admiration, que son interlocuteur a connu son grand-père et lui en parle avec force détails. Une dame écoute la conversation de son ancien entraîneur de basket. Captivée par la discussion, elle ne se rendra compte des bleus que viennent de lui causer les gestes animés de l'octogénaire resté vigoureux qu'après coup. Les relations amicales empreintes d'estime réciproque se sont multipliées tout au long du séjour et se sont manifestées sous diverses formes allant des cadeaux aux invitations en passant par les photos prises ensemble, les séquences de vidéo, l'échange de documentation, etc. Tous les moments ont été mis à profit pour être auprès des amis quitte à ignorer délibérément le repas servi, à l'hôtel, pour les uns ou, à la maison, pour les autres…Cette forme de disponibilité a été exercée, au même titre que celles qui l'ont précédée et celles qui vont la suivre, mutuellement , de gaîté de cœur et sans faille. Jusqu'à la veille du retour et alors qu'il fallait se diriger vers l'avion , le lendemain matin très tôt, aucun moment pour faire les valises, car les entretiens vont bon train et ne peuvent être épuisés. Il y a, en outre, les engagements mutuels de s'envoyer des cartes postales, des coupures de journaux …Bien sûr, les mails se poursuivront…Mieux encore, de nouvelles adresses électroniques circulent…Le cercle des internautes ou cybernautes va s'élargir…
             Une rétrospection sommaire du programme montre qu'il a été riche et varié autour de deux axes fondamentaux, le premier ayant trait à une vision globale embrassant une aire géographique étendue et comprenant un certain nombre d'axes routiers et de localités de l'est de l'Algérie et le second se proposant l'approfondissement de la connaissance des principaux sites de Guelma et sa région. L'équilibre judicieux se devait d'allier avec l'archéologie, l'écologie, le thermalisme et l'histoire, la culture et l'économie.
             Bien que respectant la programmation initiale dans ses lignes essentielles, les activités menées pouvaient faire l'objet de réajustements jugés opportuns eu égard aux propositions émanant du terrain dans un souci de faire plaisir aux participants.

             Le mois de mai venait d'enregistrer, dans la région, des températures excessives. Exceptionnelle, la chaleur suffocante rappelait les paroxysmes atteints par le thermomètre habituellement en juillet et août. Les hôtes de Guelma allaient arriver et, simultanément, renversement miraculeux ! Accalmie totale ! Adoucissement inespéré de l'air ambiant ! Le climat torride devient subitement clément. Faisant allusion à ce revirement voluptueux, l'accompagnateur dira laconiquement, en guise de souhait de bienvenue, au début d'une excursion " Vous nous avez apporté la fraîcheur des journées ! " Spontanément, de sa place du car, une dame répliqua, à juste titre, " Nous en avons bénéficié, nous-mêmes ! " En effet, les scènes consacrant l'imbrication des sentiments et des intérêts ne manqueront pas jusqu'à l'ultime moment fatidique de la pénible séparation. Au cœur déchiré des uns répondra réciproquement le déchirement du cœur chez les autres.

            Se trouvant en situation de randonnée pédestre, un matin, par un temps splendide, le groupe entraîné par l'allégresse du grand air, n'avait pas besoin, à vrai dire, d'être stimulé dans la marche mais l'accompagnateur ayant distingué, au loin, l'ouverture béante, cible de la progression ne pouvait s'empêcher d'en annoncer la nouvelle comme s'il voulait dire aux éléments ayant besoin d'aller lentement qu'ils étaient presque au bout de leur peine. Simultanément, les interventions fusaient : " Je la vois, l'entrée ! ", dit le premier intervenant. " Quelle est grande ! ", s'exclame le deuxième. Déçue de ne pas apercevoir suffisamment de détails, comme elle l'aurait souhaité, une voix annonce " Je ne vois qu'une tache ! " C'est déjà dire le degré de concentration et le désir de bien observer ! Les propos échangés par petits groupes sur les us et coutumes du pays qui ont marqué à jamais quelques locuteurs dès leur prime enfance ou sur la flore dont des espèces nombreuses présentent, dans une orgie de couleurs et de lumière, des corolles épanouies même sur le bord du chemin, reprennent n'empêchant pas les fonceurs d'amorcer la dernière montée les conduisant d'emblée à la baie large d'où part un corridor aménagé par la nature dans le flanc rocheux du mont Taya comme pour permettre aux spéléologues de s'engouffrer, aisément, dans un monde souterrain fascinant. Or, les randonneurs n'ont ni l'équipement, ni l'expérience de ces spécialistes. Il s'agit, en général - à peu d'exceptions près- de personnes du troisième âge ayant la fraîcheur, l'éclat de la jeunesse et le désir d'admirer tout ce qui est beau, loin du risque. Ceux qui se sont aventurés, autant que le permettait la longueur de l'impressionnant couloir, ont essayé d'éclairer des profondeurs mais elles leur semblaient sans fin. En attendant leur retour, l'accompagnateur entretenait les hésitants sur les inscriptions latines tapissant les parois de l'entrée. Ce sont des dédicaces datant des années allant de 210 à 284. Elles rappellent des sacrifices faits, à un dieu local, par les magistri du pagus de Thibilis, (dont les vestiges ont été la destination de la visite de la veille). Un texte se trouvant sur le côté gauche du rocher, à une certaine hauteur, était pointé du doigt. Le nom de la divinité y était mentionné en entier et ceux des dédicants lisibles. Le temps trop court ne permettait pas de se pencher sur les autres ex-voto surtout que les épigraphistes en ont dénombrés plus de 80 ! La tenue, au troisième siècle, de la cérémonie annuelle se faisait au printemps. " Un peu plus d'un mois sépare la période choisie dans l'antiquité de celle qui nous réunit sur les lieux, à présent ", pouvait-on penser. L'intérêt de la Djemaa, selon l'accompagnateur qui en établit un parallèle tantôt avec la grotte merveilleuse de la côte jijellienne, tantôt avec celle baptisée féérique de cap Aokas, dépasse la portée touristique et réside dans le fait qu'elle n'est pas de création récente mais qu'elle a été constamment ouverte, à travers des millénaires, à telle enseigne qu'elle a accueilli et abrité l'homme préhistorique et des espèces d'animaux disparus dont elle a livré les ossements à la science. Certes, les excursionnistes n'ont pu pousser plus loin, afin de s'émerveiller devant le raffinement des profondeurs karstiques…Qu'importe, puisque la matinée leur a, déjà, occasionné le plaisir d'admirer, précisément, un phénomène analogue et qui est une particularité du travail des eaux thermales de Meskhoutine. Après la découverte du lac souterrain, n'ont-ils pas constaté que les stalactites et les stalagmites se trouvent, paradoxalement, à l'air libre et se présentent sous des aspects variés que sont les cônes cratériformes, l'ondulation connue sous l'appellation de muraille de Chine et la grandiose cascade ? Une description des différentes parties de la caverne est esquissée de l'extérieur, faute d'une visite à l'intérieur… Les explications devaient s'interrompre…On appelle les promeneurs ! Dans la précipitation, la photo-souvenir a failli être omise. Le car, par chance, grâce à l'attention bienveillante des gendarmes, s'est rapproché considérablement. Il suffit de redescendre un parvis du côté de la vallée et chacun a droit à une place assise, sans être obligé de marcher, comme à l'arrivée, quand le véhicule, soucieux de l'état de ses pneus -sans doute- s'était arrêté à une distance de trois kilomètres environ, faute d'asphalte sur le sol.

            Le séjour, réflexion bien faite, bouscule certaines habitudes du langage que l'on tient habituellement pour établies définitivement, en ce sens qu'il a prouvé à tout moment que le bonheur des uns faisait également le … BONHEUR des autres.             Revenons sur terre où il n'y a que des êtres humains et pas d'anges ! " Il faut de tout pour faire un monde ! " Dans tous les pays, il y a les bons et les mauvais ! N'y a-t-il jamais eu d'incidents durant tout le séjour ? Hélas, si ! Le malheur est survenu à la dernière minute, et, par surcroît, devant l'hôtel. La probité morale, cependant, nous oblige à reconnaître, qu'en un rien de temps, la dame agressée a reçu, bel et bien, son bijou grâce à un mouvement spontané de vigilance et de solidarité agissante et efficace. Il a suffi, en outre, de quelques minutes aux services compétents pour identifier et, simultanément, appréhender le malfaiteur et prendre les mesures adéquates qu'impose le maintien de l'ordre dans le strict respect des personnes et des biens auquel l'Algérie veille avec autant de rigueur que de vigueur.

            Mais notre " triptyque " ! Revenons-y pour signaler que le voyage de JLP-G. s'est complété magistralement par son 3e volet. N'en donnons que quelques éléments d'appréciation. :
           - " Le téléphone a chauffé ", pendant plusieurs jours, car, qui ne voulait pas savoir comment cela s'est passé en Algérie ?
           -400 photos retracent désormais, pour une famille, " l'impérissable souvenir " de son séjour. -Autant de photos, probablement, constituent un dossier ouvert par une autre famille et intitulé " Guelma ".
           -A Vaison La Romaine, le voyage a été raconté des dizaines de fois.
-" Les photos et nos commentaires ont, certes, bousculé les " on m'a dit ", selon un participant.
           -Celui-ci dans un autre mail a écrit : " Il aurait fallu que je me promène avec une caméra fixée sur le front à déclenchement automatique ".
           -Parmi les premiers échos parvenus d'Ortaffa, " Nous allons, au cours d'une réunion de famille, projeter les photos et le film. "
           -Il convient de citer également l'assertion que voici : " Samedi prochain, nous serons les témoins de ce que nous avons vécu auprès de vous devant notre famille réunie et des amis "
           -Ainsi que cette information : " Je sais que beaucoup attendent ce moment et que l'émotion sera au rendez-vous. "
           -Les premières réunions de famille examinent les résultats du séjour, ailleurs également.
           -A peine rentré chez lui, un ami fidèle envoie trois mails espacés de quelques heures à son camarade de Guelma.
           -Un couple de Vendée ne met que quelques jours pour faire parvenir, à l'habitant de Belkheir, une documentation conséquente et commence à lui enrichir sa collection de cartes postales.
           -Les nouvelles du retour au bercail sont communiquées par Internet à l'ensemble des amis Guelmis.
           -Ceux-ci, sans désemparer, demeurent en liaison étroite, l'un d'eux allant jusqu'à être le premier à faire circuler, en pièces jointes à ses messages, les photos-souvenirs de l'événement.
           -L'envie de se rendre à Guelma naît chez de nouveaux candidats.
           -Une agence de voyages " planètes-tours " déclare être prête à proposer ses services.
           -L'envie d'envisager un séjour plus long se dessine, d'ores et déjà, chez des éléments aussi attachés qu'attachants.

           L'action de l'association organisatrice est absolument bénéfique, en définitive, et mérite d'être poursuivie, dans le sens d'initier d'autres voyages pour en faire bénéficier le plus grand nombre de personnes. La Méditerranée a été et demeure si précieuse pour l'humanité. Les avions la survolent en quelques instants et nous offrent les retrouvailles ou le changement dans le mode de notre vie quotidienne. Bien sûr, il y a également les atouts innombrables et diversifiés qu'offre l'Algérie et les grandes mesures qu'elle a mises en chantier pour la rénovation de ses conditions d'accueil et des questions complémentaires, pour le développement de toutes les formes de tourisme, répondant ainsi à tous les goûts.
Très sincèrement.

GASMI M.-L. Président de l'office du tourisme.

Collectf des Guelmois GUELMA FRANCE 2006