LA GARNISON DE GUELMA EN 1837

En Afrique, où l'on devrait veiller avec la plus scrupuleuse attention à ce que la nourriture de l'homme de guerre fut constamment de très bonne qualité, le pain a toujours été très inférieur à celui des garnisons de France ; plus d'une fois on s'est servi de farine avariée, et entre autres à Medjez Amar.
Dans les camps, les soldats peuvent rarement se procurer des légumes frais, et dans certaines localités, à bougies par exemple, ils ont été quelquefois réduits à ne manger du porc et du beurre salé pendant des mois entiers il est vrai que la viande est généralement de bonne qualité, au moins dans la province de Constantine, et que le riz de distribution est généralement bon.
Le riz et la viande sont des aliments par excellence, et dans l'armée devrait sa nourriture presque exclusivement, surtout dans les camps, où affections diarrhéiques sont si fréquentes. Mais le ratio est trop exigu, et je fais des vœux sincères pour qu'elle soit doublée, au moins pendant le séjour dans les milieux malsains.
Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans le développement de toutes les questions relatives à l'hygiène du soldat en Afrique. Cette hygiène est encore tout à faire ; mais nous croyons que, même au point de vue de l'économie, une réforme salutaire dans cette partie de l'entretien des troupes ne saurait être sérieusement combattue.
On consommera, je le sais plus de riz et plus de viande, mais on économisera des journées d'hôpital. La première économie, la plus impérieuse de toutes, doit avoir pour but de conserver la santé de l'armée.
Depuis plusieurs jours M. le duc de Nemours était souffrant. Nous avions à redouter le choléra qui régnait à Bône, les fièvres intermittentes et la dysenterie qui sévissaient avec violence dans l'armée. On chercha donc à dissuader le prince d'aller visiter le camp de Guelma, qui était réputé fort malsain. Mais M.le duc de Nemours sentait le besoin d'exprimer à la garnison de Guelma sa satisfaction pour les travaux immenses qu'elle avait accomplis depuis un an, malgré des privations de toutes espèces, et toutes les remontrances ne purent arrêter son généreux courage.

Il y a un an à peine que de Guelma, de toute cette ancienne ville romaine, il ne restait guère qu'un mur d'enceinte, les traces d'un cirque l'emplacement d'un temple marqué par quelques débris.
Aujourd'hui, après un sommeil de plusieurs siècles, Guelma vient d'être rappelé à la vie.

On est frappé, à la vie de cette cité, des proportions minimes des maisons antiques comparées à nos demeures modernes, de la magnificence romaine il ne restait rien que des ruines est une cité désertée par ses habitants.

Mais il faut se souvenir que Rome chercha toujours la beauté dans l'harmonie, et qu'elle réservait pour les monuments publics la splendeur, la pureté et les proportions géantes. À côté de ces restes d'architectures antiques, on voit se lever les constructions nouvelles, batties avec de larges pierres de taille qui toutes proviennent de monuments ruinés.
Les travaux sont entrepris sur une grande échelle ; il consiste principalement en établissements pour le casernement, les hôpitaux et les subsistances c'est sous la direction du colonel Duvivier que la garnison de Guelma vient d'achever les travaux importants.
Pendant la première expédition de Constantine, l'armée, en passant à Guelma, avait laissé dans cette place 300 fiévreux, que déjà elle traînait péniblement à sa suite, et à notre retour nous avons été agréablement surpris de trouver les hôpitaux vides, tous les malades étaient guéris. Ce fait parlait assez haut en faveur de la salubrité de Guelma.

Le maréchal Clauzel comprit aussitôt toute l'importance de cette place, et malgré les graves préoccupations que notre glorieuse retraite de Constantine devait lui donner, il n'hésita pas à faire immédiatement occuper Guelma par une forte garnison, à laquelle il laissa ses instructions.

Mais les travaux considérables entrepris à Medjez Amar - bientôt oublié Guelma. On diminua la garnison de cette place, qui fut privée même, d'après le rapport du commandant supérieur, des bras nécessaires pour le service des postes militaires.
Les immondices de toute nature s'accumulèrent ; un ruisseau d'une eau vive et très pure, amené dans la place pour ses besoins, s'était répandue en nappe et formait une large mare boueuse au milieu de laquelle gisaient des cadavres en pleine décomposition ; en un mot, Guelma devint en peu de temps un cloaque infect. La garnison était presque entièrement composée de malades, et, ce qui m'étonne, c'est que la peste ne soit pas déployée.

Ceux qui ont visité Guelma savent que je ne trace point ici un tableau exagéré : j'aurais passé ces faits affligeants sous silences si je n'avais pas à cœur de prouver que Guelma, dont la salubrité était incontestable autrefois, peut encore produit être habité sans danger, pourvu qu'on ne viole pas à toutes les lois sanitaires.
La visite du prince porta d'ailleurs ses fruits : les ordres furent donnés pour le nettoyage des maisons, et chacun se mit ainsi aussitôt l'œuvre.

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