L'ECHO D’ALGER
Journal républicain du matin
Date d'édition : 01 mai 1912

GRANDE FOIRE ET CONCOURS DE LA VILLE DE GUELMA

Le Concours organisé par le Syndicat d'Élevage qui a eu lieu samedi 27 et dimanche 28 avril, a été favorisé par un temps superbe bien que le sirocco voulut se mettre aussi de la fête. Ce concours a été un véritable succès puisqu'il groupait plus de 350 animaux.
Le Jury avait fonctionné dans la soirée de samedi, nous en avons donné la composition dans notre avant dernier numéro.

Dimanche matin après qu'eut été décerné le prix d'honneur au remarquable lot d'animaux de M. Clouet des Pesruches, la distribution des prix a eu lieu à dix heures, au Théâtre, sous la présidence de M. Durand, sous-préfet.
Sur l'estrade se trouvaient le délégué du Gouverneur, les membres du Jury, les bureaux des Sociétés et les invités.

M. Durand prend la parole, remercie de sa présence le délégué du Gouverneur, M. Bauguil, directeur du service de l'élevage à Alger, de même que MM. Perruchot, professeur départemental de Constantine, Clément Thomas, le dévoué président du Syndicat, Boivin, ingénieur agricole, etc.
Il profite de la circonstance pour remettre la rosette d'officier du Mérite Agricole à M. Maurice Boujol, dont il est heureux de récompenser les services rendus à la cause républicaine et à l'agriculture, le ruban de chevalier, à MM. Vincent, architecte-voyer de la ville, Blidi et Kayoun, conseillers municipaux, et colons ; puis il donne la parole à M. Bauguil qui, dans un langage très sympathique, rappelle sa visite de 1910, il constate avec beaucoup de plaisir les progrès réalisés par la race bovine de Guelma, seule race de toute l'Algérie.
Il salue d'une heureuse espérance ses efforts qui seront la revanche des errements passés où tant d'éleveurs par snobisme, par engouement irraisonné, ont englouti leurs fortunes, en des croisements plus ou moins hétéroclites pour arriver à un acclimatement illusoire, mais dit-il, aux colons que votre herd boot ne soit pas à ses débuts d'un exclusionisme trop accusé, qu'il tienne compte des variations la robe, de format qu'une race a obligatoirement du fait qu'elle est le reflet du sol où elle vit, par une alimentation rationnelle surtout dans le jeune âge, par une sélection méthodique' vous augmenterez la taille, vous développerez le squelette, ce qui n'empêchera pas de conserver à la race un minimum de rusticité indispensable à son évolution locale.

Et c'est en améliorant le système de culture, en employant judicieusement les engrais phosphatés qu'on atteindra ces résultats.
Le Gouvernement est très heureusement, disposé à encourager les efforts des colons, 'ajoute M. Bauguil ; puis il donne lecture de son rapport que nous nous faisons un devoir de publier in-extenso.:
On a écrit que la race de Guelma, même améliorée par des croisements judicieux, ne peut répondre qu'insuffisamment aux exigences et aux besoins du moment et de l'avenir en raison de son manque de poids, de taille et d'aptitude laitière.

Comment la vache de Guelma améliorée par des croisements judicieux ne peut-elle donner des produits répondant à ces besoins, Je me pose la question sans pouvoir la résoudre, avec d'autant plus d'embarras que ces croisés réussis dont on parle tant et qu'on trouve surtout dans la région de Sétif sont issus du croisement de la vache de Guelma avec le taureau Schwytz.
D'autre part, ces reproches faits à la race bovine de Guelma au point de vue travail, poids, taille et aptitude à la production laitière ne me paraissent pas justifiés.

Cette race est parfaite pour tous les travaux agricoles; sa précocité, son aptitude à l'engraissement ne peuvent être discutés et à ce sujet ses détracteurs pourraient prendre tous renseignements utiles auprès des colons des régions de Guelma, de Bône et de Constantine.
Les bœufs de Guelma, bien nourris à l'étable, le moment venu, pèsent facilement cint cents kilos pour arriver à 600 kilos poids vif, et, s'ils étaient soignés, alimentés alors qu'ils sont jeunes comme le sont les jeunes des races perfectionnées Schwytz, Charolaises, Durham et autres, il est certain que leur taille et, par suite, leur poids, s'accroîtraient dans de sérieuses proportions.

Enfin, tous ceux qui ont eu l'occasion d'utiliser la vache de Guelma comme laitière, savent qu'elle peut donner en moyenne 10 litres de lait par jour lorsqu'elle est abritée, bien soignée, et bien nourrie. Il est en France une race bovine également de petite taille, aussi rustique, et vivant aussi sobrement que la variété de Guelma, non apte au travail et à l'engraissement, elle est surtout laitière, je veux parler de la bretonne ».
- C'est par une sélection et des efforts persévérants dans ce sens, qu'on a pu obtenir une variété nouvelle supérieure à l'ancienne race. Il serait à désirer que les agriculteurs qui, en Algérie, tendent à remplacer un peu partout les vieilles races animales indigènes par des races métropolitaines améliorées saisissent cet exemple, basé sur la connaissance des lois scientifiques qui régissent la production et l'élevage.

Continuez donc votre œuvre, dit-il, en terminant, toujours avec le même courage et la même énergie, la vérité comme toujours finira par apparaître triomphante, vos efforts seront couronnés de succès, vous récolterez à pleines mains, les fruits que vous aurez sommés et vous aurez donné l’exemple que tous, un peu tard malheureusement, s'empresseront de suivre.
Il aborde ensuite la question de la cherté de la viande ; celle-ci a sa cause initiale dans l'augmentation de la consommation ; alors qu’en 1869, nous consommions seulement 25 kil. 700 par tête, en 1909 nous arrivons à 57 kil. 100. A cette cause, s'ajoute la mauvaise organisation commerciale.

L'orateur préconise pour régulariser le prix et la distribution du produit, la création d'abattoirs régionaux avec Installation frigorifique et non réexpédition. Enfin il termine en encourageant le colon à persévérer dans la voie tracée par le Syndicat car en développant la valeur du cheptel algérien on travaille non seulement, pour soi mais pour la France, la Grande Patrie

M. Thomas remercie M. Bauguil de sa conférence, indique aux assistants que désormais les colons possesseurs de bétail primé au-dessus de vingt francs et non syndiqués seront inscrits d'office au Syndicat et leur cotisation retenue au moment de la distribution des prix, puis M. Petit donne lecture du palmarès :

PALMARES Prix d'honneur, décerné pour un lot d'animaux primés contenant 1 taureau, 2 vaches et 2 génisses : M. Paul Clouët des Perruches, à Medjez-Amar (Clauzel).
Première catégorie. — Mâles
Première section. — Animaux de 2 à 3 ans
1er prix, M. Clouët des Perruches.
2e, M. Cheymol, Guelma.
3° et 4e, M. Clouët des Peruches.
5e, MM. Thomas frères, à Héliopolis.
6", M. Clouët des Perruches.
7e M. Aouissi Ali ben Yousef, Clauzel.
8e M. Saurat à Héliopolis.
9e M. Samuel Benjamin, Millésimo.
10e Mme Vve Legros, Guelma.
11° M. Sultana, Joseph, Guelma.
12e, M. Gauci Barthélémy, Guelma.
13e, M. Hafiidi Ramdan ben Ali, douar Cheniour.
14e, M. Paul André, Guelma.
15e, M. Goetz Charles, Clauzel.
16e, Mme Rose Guiraud, Guelma.

Deuxième section. — Animaux de 3 à 5 ans
1er prix, MM. Thomas frères, à Héliopolis.
2° , M. Clouët des Perruches, à Medjez-Amar.
3e, Zaadi Bachir ben Mohamed, Millésimo.
4e, Zitouni Brahim, Petit.
5e, Haffidi Ramdan.
6e, Cheick Hadj Tahar, Oued-Cherf.
7e Bezzina Georges, Guelma.
9°, Kahla Lakdar ben Seddik, Petit
10°, M. Lavie Marcel, Héliopolis.
11e, Boudjem Amar ben Lakdar, Guelma.
12e, M. Girard, Aïn-Amara.

Deuxième catégorie. — Femelles Première section. — Génisses
1er prix, M. Bezzina Georges, Guelma.
2e, Bouzaïa Ramdan ben Seghir, Guelma.
3e, Maadi Bachir ben Mohamed, Millésimo.
4e, Saïd Michel. Guelma.
5e, Camilleri Charles, Guelma.
10°, M. Clouët des Peruches, Medjez-Amar.
7e, Sadaoui Ahmed ben Mohamed, Guelma.
8e, Rouabhia Mohamed ben Ahmed, Petit.
9°, Zaadi Amar ben Sadok, Guelma.
10°, Redjea Messaoud ben Saadi, Héliopolis.
11e, M. Mifsud Georges, Petit.
12e, Boucherout Amar ben Mohamed,

GUELMA.
Deuxième section. — Vaches pleines ou à lait de moins de 9 ans
1er prix, Maoui ben Salah, Oued-Cherf.
2e , M. Mifsud Antoine, Guelma.
3e, MM. Boujol frères, Héliopolis.
4°, M. Clouët des Perruches, Medjez-Amar.
5e, Salah Amor ben Mohamed, Millésimo.
6e, M. Lavie Marcel.
7e, Djern Ali ben Tabouche, Guelma.
8e, Ben Atti oun ben Messaoud, Guelaâtbou-Sbâ.
9e, M. Clouët des Perruches.
10°, Abdaoui Saïd ben Abdallah, Millésimo.
11e, M. Kieffer Louis, Guelaât-bou-Sbâ.
12°, 13e et 14e, M. Clouët des Perruches.
15°, .Aouissi Ali ben Yousef, Clauzel
16°, M. Lavie Marcel, Héliopolis.
17e, Khedja Messaoud ben Saadi, Guelma –
18e, Aïssaoui Ahmed ben Rabah, Guelma.
19e, M. Mifsud Joseph, Nador.
20e, M. Mifsud Georges, Petit.
Prix d'encouragement à MM. Kahla Lakdar ben Seddik, Petit ; Samuel Henri, Millésimo; Naceur Hafchi ben Chérif, Millésimo ; Samuel Auguste, Millésimo ; Saïd Michel, Guelma ; Zàmmith Antoine, Guelma.

LE BANQUET
A midi, à l'Hôtel d'Orient, se réunissaient les membres des Sociétés d'Agriculture et de nombreux colons.
A la table d'honneur. M. Joly, délégué financier, avait à sa droite MM. Durand, sous-préfet ; Clouët des Perruches, président du Syndicat des Agriculteurs ; Maurice Boujol, délégué départemental du Service phylloxérique ; Mares, professeur d'agriculture à Alger ; Suisse, professeur spécial d'agriculture à Guelma ; Génisson, vice-président du Comice Agricole ; Boivin, ingénieur agricole.
A sa gauche, MM. Panisse, conseiller général, Perruchot, professeur d'Agriculture de Constantine, Boujol, président du Comice agricole, Gauharou, vétérinaire sanitaire à Guelma, Tascher, vétérinaire sanitaire à Bône, Sadeler, vétérinaire sanitaire à OuedZénati, Sauvage et Fèbre, colons

En face du président, M. Bauguil, délégué du Gouverneur général, avait à sa droite "MM Mas, maire de Guelma et à sa gauche MM. Thomas, président du Syndicat de l'élevage et Meunier, inspecteur des services administratifs.
Une centaine de colons et amis de l'agriculture se trouvaient aux autres tables. Au dessert de nombreux discours ont été prononcés. M. Joly, président, dit à quel titre rl préside le banquet et très heureusement il qualifie de « Colons s tous ceux qui par leur travail aident au développement matériel de la colonie.

Il dit aussi combien est grande l'œuvre entreprise par la Société d'élevage, il assure que cet intéressant groupement trouvera toujours en lui un protecteur et que le Gouvernement général sera toujours disposé à le seconder.
M. Bauguil porte un toast au Gouverneur général dont il loue la bienveillante sollicitude à l'égard des colons algériens.
M. Pierre Boujol, au nom des Sociétés agricoles de Guelma, remercie le délégué du Gouverneur, le sous-préfet, M. Joly, les professeurs d'agriculture, les jurés de leur dévoué concours.
M. Génisson, organisateur du banquet, dit combien il se félicite de voir réunis dans ces fraternelles agapes, tous les colons de Guelma.
M. Suisse profite de la circonstance pour remercier les Sociétés, les Agriculteurs, de l'accueil cordial qui lui a été fait à son arrivée, il dit son désir d'apporter à la cohésion de leurs efforts tout son dévouement.
M. Panisse, conseiller général, assure son concours à l'œuvre entreprise : il fera son possible pour qu'un prix du Conseil général, soit attribué au prochain concours de la Race de Guelma qui est celle de toute l'Algérie. Après lui, M. Clouet des Perruches se félicite que le Gouvernement ait créé une chaire d'agriculture à Guelma et il 'insiste pour que la mutualité, sous toutes ses formes, crédit agricole, associations coopératives, trouvent un développement plus grand dans la contrée. Il prie M. Marès, professeur d'agriculture, à Alger, de donner aux colons ses conseils sur la création des caves coopératives.

M. Marès, fait observer qu'il est venu en colon, en admirateur de cette belle race de Guelma, sans laquelle on ne pourrait labourer en Algérie, et dans une improvisation bien documentée, il explique les avantages des caves coopératives. Celles-ci rendent de très grands services et arrivent à ce résultat qui est de diminuer les frais, de mettre à la disposition du colon, de ses besoins, l'argent qui lui est nécessaire et lui permet de bien soigner ses terres ; hausse de la valeur de ces terres, bonne qualité du vin, excellente vinification, etc. Bref, c'est une organisation qui laisse au colon qui est un producteur et non pas un commerçant le moyen de retirer de sa production le maximum de bénéfices.
M. Thomas remercie M. Marès et tous les invités présents.
M. Durand, sous-préfet, constate avec plaisir le succès de l'œuvre du Syndicat d'élevage et porte un toast chaleureux aux guelmois.
M. Joly clôt cette cordiale réunion en proposant ce qui est accepté par acclamation, d'envoyer un télégramme de remerciements et de respectueux dévouement an Gouverneur général en lui demandant d'accepter la présidence du Syndicat.

Site internet GUELMA-FRANCE