LA COMPAGNIE ALGERIENNE

LA FAMILLE ANDRÉ CADENE

Ils ne travaillaient pas pour leur compte, ils étaient employés de la Compagnie Algérienne. Ces fermes perdues dans la campagne ne bénéficiaient pas de l'électricité. Pour s'éclairer c'était la lampe à pétrole ou à carbure, le réfrigérateur : la gargoulette. Pas d'eau courante, mais un abreuvoire.

Cette Compagnie régnait sur des centaines d'hectares, son siège était en France.

Le salaire des employés y compris les responsables était misérable (moins du SMIC actuel). Ils avaient de multiples interdictions.

La Compagnie Algérienne

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L'Algérie fondait de grandes espérances sur cette société, mais MM. Frémy et Talabot étaient occupés en France par d'autres affaires plus considérables.

Ils avaient constitué leur société pour être agréables à l'Empereur et s'intéressaient fort peu à l'Algérie.

La Société générale algérienne n'était d'ailleurs pas une société commerciale ordinaire et ne jouissait pas de toute sa liberté d'allures ; c'était une entreprise financière placée sous la tutelle de l'État.

La Société avança 87 millions à l'État pour les travaux publics; les autres clauses demeurèrent inexécutées, l'État n'ayant pas voulu ou pas su les imposer.

Il livra à la Compagnie 100 000 hectares de terres, dont 90 000 dans la province de Constantine, la seule où il possédât encore de vastes étendues.

Aucune obligation de peuplement n'étant prévue, la Société pouvait, soit exploiter elle-même son domaine, soit l'abandonner à des fermiers, soit y installer des colons, soit même le vendre.

De 1866 à 1878, de sa fondation à sa liquidation, la Société établit 150 familles de colons, installa 20 fermes, créa 5 villages, dépensa 1 546 000 francs.

Mais il n'y eut jamais qu'une très faible partie des terres qui fut livrée à la culture européenne.

En 1878, la Société, qui avait semblé appelée aux plus belles destinées, fut acculée à la liquidation et passa la main à une autre Société, la Compagnie algérienne, qui conserve encore aujourd'hui 71 000 hectares de sa concession.
En somme, ces grands domaines furent d'énormes entreprises de métayage ou de fermage indigène, de vastes enclaves qui, au milieu des régions colonisées, furent soustraites au peuplement national.

Les grandes sociétés sont sans effet utile pour le peuplement et la mise en valeur; préoccupées avant tout du dividende à distribuer à leurs actionnaires, elles ne peuvent faire les frais de l'établissement de colons européens ni de grandes entreprises de travaux publics, surtout si on ne le leur impose pas très expressément; ce rôle ne peut être rempli que par l'État.

Il faut convenir d'ailleurs que les tentatives de grande colonisation du Second Empire furent en général aussi peu judicieuses et aussi mal comprises que les essais de petite colonisation de la Seconde République; ni l'une ni l'autre de ces expériences ne sont donc décisives ni n'emportent la condamnation absolue d'un système.

Mais le temps perdu ne se retrouve pas; quelques années plus tard, les prix des terres montaient dans la colonie, la natalité diminuait en France, pendant que la population indigène augmentait en Algérie.
L'occasion était passée.

D'après la doctrine du libéralisme économique, le jeu des capitaux privés et des travaux publics devait assurer rapidement et sûrement le développement économique de l'Algérie.

Cette espérance fut déçue. En 1870, le maréchal de Mac Mahon constatait devant le Conseil supérieur de gouvernement que, sauf dans le voisinage immédiat des centres, les terres vendues au profit de la colonisation étaient achetées par des indigènes ou revendues à des indigènes.

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE