DÉPART POUR GUELMA

.../...Constantine:

Malgré les espérances qu'un merveilleux coucher de soleil nous avaient fait concevoir pour le lendemain, la journée fut aussi triste que celle de la veille avait été radieuse.
L'astre boudeur refusa encore de favoriser notre excursion à l'aqueduc romain, une des plus intéressantes que le touriste puisse accomplir aux environs de Constantine.
La route qui y conduit est ravissante; le rustique établissement de bains sulfureux que l'on rencontre avant de s'éloigner de la ville, n'est remarquable que par sa situation pittoresque au pied d'un rocher à pic connu sous le nom de pointe de Sidi-Rached.
C'est sous la voûte d'une excavation naturelle ouverte dans le roc, que coule la source minérale dont les indigènes font un grand usage.B À quelques pas de là, le Rhummel fait son entrée en s'engouffrant dans le ravin qui contourne le bloc calcaire sur lequel se dresse la cité aérienne.

UN ENTERREMENT MUSULMAN
D'une vision rétrospective, vous vous reculez involontairement, de crainte que le sac funèbre dont j'ai parlé ailleurs, chargé d'une nouvelle victime, ne vienne rouler à vos pieds.
De blancs fantômes psalmodient des chants étranges. C'est un enterrement musulman. Je me range sur le trottoir pour voir défiler le lugubre cortège.
A peu près au centre du groupe, le mort, placé sur un brancard porté par ses coreligionnaires parents et amis qui se relaient de distance en distance, est recouvert d'un drap mortuaire aux couleurs du prophète' et orné de croissants et d'arabesques.

Tous les assistants chantent à l'unisson une mélopée bizarre qu'ils répètent sans cesse en baissant ou en élevant plus ou moins la voix jusqu'à ce qu'ils soient arrivés au lieu de la sépulture.
En considérant la précipitation extraordinaire de leur marche, on croirait que les porteurs ont hâte de mettre en terre leur frère, pour le faire arriver plus tôt au paradis de Mahomet. C'est une cérémonie d'un caractère saisissant dont je n'avais pas été témoin à Alger; j'en vis trois dans la même journée à Constantine, ce qui s'explique par la supériorité numérique des indigènes qui résident dans cette ville.

LE JARDIN PUBLIC
Nous regagnons la ville en suivant les lacets que forme la route de Philippeville, et, après une ascension assez fatigante, nous faisons une station aussi agréable qu'intéressante au square Valée.
Ce jardin public est en même temps une promenade charmante, admirablement exposée, et un curieux musée lapidaire.

On a réuni là un grand nombre d'antiquités carthaginoises et romaines, découvertes sur l'emplacement de l'ancienne cité numide.
Parmi les sculptures plus ou moins mutilées, on remarque des lions gigantesques en pierre et une tête énorme de Cérès, personnification allégorique de Cirta.
Mon tribut de respect et d'admiration payé à ces vénérables débris archéologiques, je reporte mon attention sur les groupes vivants qui peuplent les allées sinueuses ombragées par des massifs verdoyants où la fraîche végétation du nord se mêle à celle des tropiques.

UNE MOSAIQUE HUMAINE
La variété des costumes dont sont revêtus les promeneurs qui circulent en ce moment est infinie. On dirait une mosaïque humaine dont l'éclat réalise avec celui des fleurs qui l'entourent.

Je consacrai le dernier jour que je passai dans la patrie de Jugurtha, à revoir les choses qui m'avaient particulièrement frappé.
Une visite au quartier juif faisait partie du programme que je m'étais tracé. Rien de bien saillant dans le Ghetto constantinois, d'ailleurs aussi sale que désert. Plusieurs portes de maisons, ouvertes sur la rue, me permirent d'observer que les cours, ruisselantes d'eau, étaient remplies de femmes

LA DILIGENCE
L'explication que me donne mon voisin de coupé, habitant du pays, ne me satisfait qu'incomplètement:
La diligence, dit-il, doit arriver à Guelma à l'heure réglementaire, ni avant ni après, absolument comme un convoi de chemin de fer.
J'apprécie l'avantage des habitudes régulières surtout quand il s'agit de locomotion. Il me semble toutefois qu'en retardant de deux heures le départ de Constantine, on parviendrait au même résultat sans faire perdre un temps précieux au voyageur. Mais je ne suis pas dans le secret de l'administration des postes qui a probablement quelque bonne raison pour agir ainsi.

A peine le soleil, semblable à un globe de feu suspendu dans l'espace, s'est-il levé au-dessus de la cime de l'une des hautes montagnes qui nous environnent, que ses rayons obliques envahissent notre compartiment et nous sommes comme enveloppés de flammes ·dévorantes dont nous avons peine à nous garantir.
La végétation méridionale s'épanouit dans toute sa vigueur. Le long des pentes escarpées qui encaissent le chemin, se hérissent, comme des lames de sabre," les feuilles pointues d'agaves d'une taille colossale; on dirait de verdoyantes panoplies éparpillées SUr' le roc. D'immenses champs d'oliviers au feuillage poudreux se montrent aux approches de GUELMA

Aprés un col de désolation que les arabes nomment Ras el Akba, nous abordons et une longue descente aussi ennuyeuse que la montée, les oliviers abandonnés soupoudrent des champs incultes, puis le village de Guelma nous apparait.
L'oued, Seybouse, qui n'est pas heureusement en crue se traverse assez facilement sous le regard sans étincelles d'arabes désoeuvrés, qui, avec attention soutenue se nettoient entre les doigts de pieds

Nous pénétrons enfin dans le village, la route est poussiéreuse et des trous la parsèment, les habitants curieux entourent la diligence, une foule d'arabes et de mendiants nous bousculent en tendant la main et psalmodiant des demandes incompréhensibles, ils sont vertement repoussés par le cochet qui les menace en levant le fouet, telle une volée de moineaux effrayés ils se dispersent en éclatant de rire.
L'hôtel est en bordure de la place le tenancier est bon enfant et je m'y installe
Site internet GUELMA-FRANCE