GUELMA, notre ville natale

A l'attention de ceux qui voudraient se rendre à GUELMA, le prochain voyage est prévu pour septembre 2006

Le joyeux minibus loué par l'Association Joinville le Pont-Guelma qui nous a promené jusqu'aux Aurés


Carnet de voyage...récit de madame Yvette Martinez-Borg


ALGERIE :
On garde le souvenir de son pays. Le souvenir se redouble .On l'arrange plus ou moins, sans faire exprès : on retient certaine chose, et on en repousse. D'autant que cela fait trés longtemps. Jean Péligri (1)



Quelques messages....

Retours en Algérie : Guelma, Souk-Ahras... J'ai lu, lu, et relu ce récit très émouvant, si humain d'Yvette Martinez sur son retour dans sa ville natale : Guelma. Touchée, aussi, que Jean Pélégri soit cité en exergue.
Dans l'émotion d'Yvette, l'accueil, je retrouve mon expérience. J'ai relevé trois passages qui font particulièrement sens, je crois. Dans le premier, en copie ci-dessous, la mention DZA, que certains de nos compatriotes ont voulu faire supprimer, est l'occasion d'une reconnaissance ; née dans le pays. Algérienne.(Même si la nationalité de papier n'y est pas, l'appartenance profonde - et sue - y est,par le coeur).Pour ma part je détesterais que la mention de mon pays natal disparaisse de mes papiers.(Née nulle part ? Apatride complètement ? Non. Et tant pis si je suis suspecte à certaines frontières :ce n'est ni plus juste ni plus injuste que pour les autres de même naissance !) " Je suis émue, je regarde ce pays qui m'est cher et déjà les formalités, la police qui détaille mon passeport, née en DZA : Bienvenue chez vous !, étrange émotion qui me bloque la gorge, aucun mot ne sort, mes yeux sont embués de larmes que je ne peux contenir. "Un autre passage, similaire (d'autres personnes, ailleurs) :
" Puisque vous êtes née en Algérie, vous êtes une algérienne et je vous souhaite au nom de la municipalité un agréable séjour chez vous. "
Le cour des Algériens. De nombreux sans doute. Quand nos yeux sont prêts à voir, nos oreilles à entendre.
Cela me fait aussi penser à un moment plus récent que mes voyages. Au salon du Livre, l'année de l'Algérie. Je pénètre dans l'espace des éditeurs algériens, je regarde, parle un peu. Une éditrice, quand je lui dis ma naissance et mon identité, me répond, en souriant : " Alors vous venez vous retrouver un peu au pays, ici ! " ( en parlant des stands, espace symbolique).
Autre chose d'important dans le récit d'Yvette : la langue, le partage de la langue (des langues) :
" Qui êtes vous ? d'où venez-vous? -
khani Guelmia ".(je suis Guelmoise) "…./…
c'est important de lire de tels récits positifs, quand, sur d'autres plans, des déclarations officielles peuvent nous choquer et nous peiner, tant ici que là-bas .Et que la question des cimetières reste une préoccupation douloureuse Voyage à Guelma, la page sur : le site :http://www.piednoir.net
Marie-Claude San juan


Bonjour,
Je suis une Guelmoise grand teint et viens de lire avec émotions et beaucoup de larmes votre voyage à Guelma, Yvette Borg habitait au bout de ma rue et que j'ai retrouvée avec plaisir lors d'une rencontre de " Guelma 89 ". Je serais très heureuse de savoir comment s'est organisé ce voyage et si quelque chose d'autre est prévu. Je voudrais tant retourner dans ma ville natale avant d'être complètement " décatie ".Cher Michel, vous pourrez dire à votre mère que je suis la fille du facteur, elle saura de qui il s'agit. En tout cas sachez que je suis partante si vous projetez d'y retourner.Bravo è Yvette pour le carnet de voyage, je peux vous assurer que bien des Guelmois, comme moi, ont essuyé des larmes à sa lecture.Cela me ferait plaisir d'avoir votre réponse, merci d'avance.
Colette Busidan Nabet

Merci pour votre reportage, j'en ai encore la chaire de poule, je l'ai appris par coeur et votre émotion je la partage, j'ai revu en rêve Souk Harras, Batna où mes parents sont en terre, Khenchela et ses terres à blés, mon père était COLON et je n'ai pas craintes de l'écrire...la côte bonoise et st Augustin...! je ne peux me déplacer mais vous m'avez fait vivre un magnifique voyage.Elise Gretz

Comité d'accueil Guelmois à l'aéroport de ANNABA - BONE le 1 mai 2005 à 20h50

Retour au pays

Beaucoup aiment remonter avec émotion les chemins de la mémoire, chemins qui nous ont amenés au temps d'aujourd'hui mais qui n'effacent pas, pour autant, notre vécu. La mémoire est ainsi faite qu'elle ne conserve que les bons souvenirs, même si des moments tragiques l'on accompagnée. A mon retour en France, il m'a fallu quinze jours pour émerger de mon voyage, deux semaines où j'ai, et me suis racontée mon séjour. J'étais accompagnée par mon fils, qui bien que né en France connaissait parfaitement l'histoire de l'Algérie et de la ville de Guelma

Cela faisait 15 ans que je n'étais pas revenue dans ma ville natale, 15 ans cela fait beaucoup d'années. Je savais que j'étais attendue, j'avais demandé à être reçue naturellement sans aucun caractère officiel et cependant la réception fut grandiose, il me fut difficile de me soustraire à toutes les invitations. Ce voyage a été exceptionnel tant par les rencontres avec des dirigeants, que l'accueil des gens de la rue. Des démonstrations d'amitié ! souvent, très souvent par des anonymes, le téléphone arabe avait merveilleusement fonctionné. Que de fois ai-je été abordé par des bonjours " Bent Bordj ", bienvenue chez toi. Je n'ai jamais remarqué sur le visage de Guelmis des traces de ressentiments, de méchanceté, d'agressivité or, nous étions dans la première semaine du mois de mai, et la ville s'apprêtait à célébrer le 8 mai 1945. Nous ne sommes pas restés pendant toute la semaine à Guelma, notre périple nous a conduit à Bône (Annaba), Khenchela, Batna, Souk Ahras, Hammam Meskoutine, Millesimo, et vers d'innombrables villes et villages. Nous étions huit, avec Michel nous étions les seuls " pieds noirs " du groupe et quelque soit l'endroit il suffisait que notre chauffeur dise : Elle, c'est une véritable Guelmoise ! pour que les sourires se fassent pressants et les conversations amicales.
Il y a t-il longtemps que tu es partie ? Parles-tu l'arabe? , Dis-moi qu'est ce que je te dis.
Bien sûr que je parle puisque je te réponds dans ta langue qui fût aussi la mienne dans la ferme école où j'ai grandie.
Alors c'était :
Bienvenue chez toi, que Dieu t'accompagne durant ton voyage et te donne toutes les satisfactions et la joie d'être revenue chez toi.
Pour nos compagnons de voyage, c'était simplement : bienvenue en Algérie, comment trouvez-vous notre pays ?
Mais revenons au départ de Marseille où nous attendaient deux compagnons de voyage qui allaient découvrir l'Algérie.
Une heure trente après le décollage les côtes se dessinent, mon cœur bat de plus en plus vite, nous survolons le cap de Garde, le paysage en demi-cercle nous dévoile les croupes de l'Edough chargée de forêts, la basilique saint Augustin, Hippone et la plaine barrée par l'oued Seybouse. Peu à peu l'aéroport se découvre, nous atterrissons, la porte s'ouvre et l'air d'algérie envahit la cabine. Je suis émue, je regarde ce pays qui m'est cher et déjà les formalités, la police qui détaille mon passeport née en DZA : Bienvenue chez vous !, étrange émotion qui me bloque la gorge, aucun mot ne sort, mes yeux sont embués de larmes que je ne peux contenir.
Madame, madame avancez, douane : rien à déclarer…continuez..
Je regarde mon fils, il suit le mouvement…les autres aussi.
Nous avons une heure d'attente avant que le reste du groupe n'arrive de Paris. On se dirige vers la salle d'attente, tout à coup on m'interpelle, un enfant au large sourire s'avance vers moi portant une magnifique gerbe de fleurs qu'il m'offre en disant :
-Yvette et Michel bienvenue chez vous j'espère que vous avez fait un bon voyage.
La délégation s'approche, j'en reconnais certains, ils sourient tous et moi je pleure, je ne m'attendais pas à cette démonstration d'amitié…je ne peux répéter leurs paroles d'accueil….je flotte sur un nuage…je suis là …mais ce n'est pas moi…j'écoute ..mais mon esprit est occupé ailleurs…je suis déstabilisée….je ne m'attendais pas à un comité d'accueil, même comme on me l'explique…se veut décontracté.

Je fais la connaissance de Mahedine le chauffeur de notre minibus. C'est un homme jeune, affable, prévenant, toujours souriant et toujours disponible.
L'avion de Paris se pose, il fait nuit quand nous quittons Annaba. Dans le minibus, 'On' m' a réservé la place à côté du chauffeur. Les villes et villages se succèdent animées et grouillantes de monde. Le Fedjouze serpente toujours et au sommet, loin dans la plaine, une tache immense, lumineuse s'étale, c'est Guelma dès cet instant je suis dans un état second, je n'entends plus ce qui se dit, ni les questions que l'on me pose.
Arrivée à l'hôtel Mermoura, l'émotion est de plus en plus grande. En 1989 et 1990 je découvrais le nouveau Guelma, il me semble maintenant que c'était hier. On m'interpelle, on s'accroche à moi…un autre comité d'accueil nous attend…je retrouve Abdelazziz le sous directeur de l'hôtel, il nous dirige vers le pot de l'amitié en regrettant qu'à cause de l'heure tardive, nombre de mes amis Guelmis soient retournés chez eux…mais que demain ils seront là.
Je dors comme une souche sans entendre le muezzin appeler à la première prière du matin (4 heures).
Lundi, vite je me lève, je veux profiter le plus possible de Guelma. La ville dort encore, je rode pour acheter des cartes postales, elles sont rares, la semaine précédente des cars de touristes Bônois et Souk Harrassiens sont venus visiter la ville et la région faisant des razzias de souvenirs. Mais, me dit-on, reviens ce soir il y en aura.
Le minibus avec une banderole "Association Joinville le Pont-Guelma' stationne devant l'hôtel, et ne passe pas inaperçu et attire la curiosité, il est déjà huit heures. L'itinéraire est Annaba en remontant la ligne de chemin de fer par Bouchegouf (Duvivier), oued Frarah, Barral (qui n'a pas changé de nom) Drean (Mondovi) et Annaba.
Nous prenons notre temps et chaque arrêt est une attraction :
-qui êtes-vous ? d'où venez-vous ? êtes-vous nés en Algérie ?
En route, j'aperçois dans le lointain un cimetière chrétien il parait être en bon état. Arrivée à Bône, les ruines d'Hippone sont envahies de ronces et d'arbustes, puis visite de la merveilleuse basilique de saint Augustin où du marbre de la Mahouna est là quelque part et décore cette majestueuse bâtisse. Une charmante guide nous prend en charge, elle connaît parfaitement son sujet et porte toute son attention à nous donner des détails sur la vie de saint Augustin, de sainte Monique, de Jésus Christ et de la vierge. Elle est typée, cela m'intrigue, je me demande si elle est Maltaise, ou Italienne ?, non ! me répond t-elle je suis algérienne mais j'aide la communauté chrétienne et l'histoire de ce saint est très riche.
Direction Siraïdi ex Bugeaud qui n'est plus le petit bourg que j'avais connu, balade au gré des rues, il est l'heure de passer à table au menu côtelettes grillées, choukhouha (qui n'est pas " notre " choukchouka mais des morceaux de kesra avec de la viande variée). Le garçon nous apporte du pain pour accompagner les plats, je lui demande en arabe :
-vous n'avez pas de Kesra ?,
-désolée madame nous n'avons que du pain,
Mais dix minutes plus tard, miracle, une kesra chaude apparaît sur la table.
Le minibus avec sa banderole ne passe pas incognito, pas une fois nous avons eu des marques d'hostilité mais plutôt de la curiosité.
Direction le Cap de Garde, la route est large, les plages se succèdent elles ont gardé leurs noms dans la mémoire collective des Algériens, les restaurants aussi. Des hôtels-club immenses bordent la méditerranée.
Bône et son ex cours Bertagna, nous déambulons parmi une foule dense indifférente aux étrangers que nous sommes. Je recherche des endroits connus, j'explique à mes compagnons de voyage qu'ici il y avait une cathédrale, elle a été rasée à l'indépendance, mais me dit un Annabi (Bonois) anonyme sorti de la foule :
Les anciens ne passent jamais au milieu de ce que fut ce lieu de culte chrétien, mais, par respect, passent en longeant les côtés !
Direction Philippeville (Skidda) mes yeux ne sont pas assez grands pour tout enregistrer…le lac Blanc et ses oiseaux, de merveilleux oiseaux de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Passage rapide aux cimenteries Lafarge puis l'ex village de Gallieni qui est aussi une petite ville…Guelma est là, il fait nuit, je ne ressens aucune fatigue, il me semble que la journée pourrait encore durer des heures. Dîner à l'hôtel, mais au cours de notre séjour il nous est arrivé de dîner plusieurs fois pour contenter tout le monde.
Nous traversons des villages illuminés et toujours, toujours du monde qui occupe la rue, les trottoirs, les khanouts, comme à Guelma se touchent, se chevauchent. Il y a abondance de tout : vêtements, meubles, tapis, légumes.. mais, pour l'algérien c'est encore cher.
Nous voilà arrivés, mais la journée n'est pas terminée nous sommes invités. La réception est, ce qu'elle est chez les algériens, attentionnée à nos moindres désirs, abondance de plats et d'une discrétion surprenante. Quinze ans à rattraper, mon fils est l'objet d'un feu roulant de questions, la principale est :
Comment se fait-il que tu saches autant de choses sur notre ville ? ../..
Mardi départ pour Batna, Ras el akba, oued Zenati, Aïn Abid, Aïn Mlila, Aïn Fakroun, Aïn Beida, Khenchela(Mascula), Touffana, Timgad (Thamugadi), Batna et le lac salé, et retour sur Guelma Michel a attrapé la 'tourista ", les terres sont toutes travaillées et des hectares de blé couvrent la campagne, mon fils me dira : " je comprends pourquoi la Numidie était le grenier de Rome " Des kilomètres de plantations de tomates en pleins champs se déroulent au fil des kilomètres. Il est tôt le matin, des ouvriers travaillent la terre, le soir en revenant sur Guelma, ils seront toujours au labeur dans les champs.
Partout le même accueil, chaleureux et curieux. Dans les Aurès les touristes sont rares mais les gargotes abondantes. Des dizaines de moutons saignés attendent le client, brochettes succulentes, côtelettes fondantes, tranches de gigots délicieuses, le tout en abondance et d'un prix très abordable. Curieux ces restaurants des bords de routes dans les Aurés, les tables sont séparées par des rideaux qui isolent les consommateurs. Timgad, ces merveilleuses ruines romaines exercent une séduction inénarable qui reflète son passé militaire. Assise aux pieds le djebel Chélia culmine à 2307 mètres. L'apparition du christianisme : Dès 256 Timgad avait un évêque et plus tard vers 284-305 elle compta ses martyres. Un concile Donatiste s'y tint en 397 et St Augustin se mesura contre Gaudentium vers 421-422. Timgade à elle seule mérite qu'on s'arrête sur son passé, ce sera pour plus tard.
Khenchela, arrêt pour ramener de la terre pour une amie qui la déposera sur la tombe de ses parents.
Nous revenons à Guelma fatigués mais heureux de notre périple au pays de la Kahéna. Mauvais coup du sort, pas d'eau chez notre hôtesse, la pompe qui ravitaille en eau la citerne est en panne.. comment faire ? Michel et moi nous nous proposons d'aller à l'hôtel. A la réception j'explique notre situation, pas de problème, une chambre est à votre disposition, prenez votre temps !!!. Bienfaisante douche qui efface la fatigue.
A la sortie ; retour à l'accueil,
Combien vous dois-je ?,
Vous plaisantez, ici vous êtes chez vous et si vous avez un autre problème n'hésitez pas à revenir.
J'oubliais de dire qu'en entrant à Guelma, Messaoud notre accompagnateur, qui est aussi professeur dans un lycée (sur l'ancien champ de course), fait un arrêt imprévu. Il nous invite chez lui, magnifique et luxueux intérieur. Il nous présente son épouse, qui nous souhaite la bienvenue et nous presse d'entrer dans un salon oriental, sur une table basse, Oh surprise ! des bradjes et autres succulents gâteaux nous attendent avec un excellent thé. Je suis surprise et mon émotion est grande, car en cours de route, je vantais les succulents " bradjes " de mon adolescence, un coup de téléphone pour annoncer notre arrivée et ma pâtisserie préférée est là.

Mercredi
Debout à l'aube, ballade solitaire dans ma ville, visite du théâtre romain, les cloches sont là elles attendent …elles chantent toujours les messes de mon enfance, de mon mariage. Elles étaient deux pendant longtemps aujourd'hui elles sont quatre…ce sont de jeunes centenaires qui attendent un clocher.
Nos pas nous dirigent vers la manufacture de tapis, ils sont très beaux et les broderies splendides et d'un prix très abordable.
Nous continuons par une visite d'une tuilerie, de céramiques. Un des Guelmis croyant me faire une surprise débouche devant l'entrée de l'école d'Agriculture et là encore ma jeunesse me saute au visage, je revois mon père, monsieur Fatah et combien d'autres encore. Le directeur est là, Farouk aussi ils m'attendent et me consolent.
Le théâtre municipal, toujours aussi beau va être rénové.
Le cimetière est toujours entouré de cyprès, la ville l'étrangle. Il y a six mois sur l'insistance de Gérard, il avait été nettoyé, les allées étaient propres. Désillusions et émotions, il est de nouveau abandonné. Gérard ne peut s'empêcher d'interpeller vertement le gardien qui parque, au milieu des tombes et tombeaux, ses animaux.
Quelques photos souvenirs, mais tant que les Guelmois resteront insensibles au devenir de ce lieu de mémoire, il en résultera des détériorations successives qui aboutiront à une récupération à terme par la municipalité de ce site sacré.
Alors on assistera à des procès d'intention, des éditoriaux vengeurs et accusateurs, mais d'aucun se sentira responsable.

On nous a affirmé que la France payait pour l'entretien du cimetière ! est-ce vrai ?

Ce ne sont pas les quelques euros glissés discrètement au préposé qui feront changer les choses.
Jeudi, déjà 5 jours que je suis ici, et le temps dérape. Je cours après les heures, mon emploi du temps est sans cesse bouleversé pour faire plaisir à tout le monde, je n'ai pas fait la moitié de ce que j'avais prévu.
Visite de Hammam Meskoutine nous déjeunons au restaurant. Nous sommes invités l'après midi par le maire et le directeur des bains.
Le maire s'adresse à nos compagnons en leur souhaitant la bienvenue en algérie.
- Comment trouvez-vous notre pays ?
C'est la première fois qu'ils visitent ce pays, mais ils disent combien ils ont été bien accueillis. S'adressant à moi il m'interroge : - Et vous madame ?
- Je préférerais que mon fils réponde puisqu'il découvre le pays de mon enfance.
Michel parlera un long moment et l'auditoire semble satisfait, mais le maire insiste
et vous madame, l'on m'a dit que vous connaissiez les us et coutumes du pays et que vous n'aviez rien oublié de votre jeunesse.
- Je suis née dans ce pays que je considère comme mien. Je ne vivais pas en ville mais dans une ferme école et mes compagnes de jeux s'appelaient Zora ou Fatima. Avec elles j'ai roulé dans l'herbe la galette de printemps et participé aux longues veillées d'été à compter les étoiles filantes, à cueillir les herbes sauvages ou à poser des pièges. Je suis venue ici pour faire connaître à mon fils les gens que je côtoyais et qui sont des amis, je me sens profondément chez moi.
- Puisque vous êtes née en algérie, vous êtes une algérienne et je vous souhaite au nom de la municipalité un agréable séjour chez vous.

Séquence émotions :
Guelma, Je force Abdelazziz à nous accompagner afin de revoir la ferme de mes grands parents Ménard. Comme en 1989 et 1990, il rechigne :
- Garde le souvenir de ces années là, il y a autre chose à voir, venez, allons à la maison…
Mais mon obstination a raison de ses refus. Accompagné de son fils Didou, direction mes souvenirs. Première déception, la route n'existe plus après la ferme école. Par celle de Sedrata plus de piste, par la ferme Cheymol, après une centaine de mètres pas plus de succès. Abdelazziz conduit prudemment et au pas, il réitère ses conseils de ne pas nous rendre sur place. Continue nous verrons bien, je veux que Michel puisse voir la ferme de ses arrières grands parents.
Retour case départ par la ferme école, on stoppe et on continue à pieds. Le ravin de l'oued Maïze semble loin, il a plu et la boue colle à nos pieds. Le cœur est lourd. Je reconnais les cyprès, la maison de ma tante Varet dans un état lamentable, lézardée, décrépie, entourée d'immondices. Puis, un énorme tas de pierres et de gravas marque l'emplacement de tant d'années de souffrances ou de joies de mes grands parents. Impossible de reconnaître ce qui fut " mon paradis ", de ce lieu de rencontre familiale il ne reste rien. Je pleure, ma détresse est profonde. Je promène mon regard sur les alentours jadis couvert d'orangers, c'est le désert.
Mon fils ramasse de la terre et son émotion est comparable à la mienne. Je regarde Abdelazziz, qui est lui aussi né ici, de grosses larmes roulent sur ses joues vieillies, notre regard se croise et je décrypte :
" tu vois, il ne fallait pas venir "../..
Retour à Guelma, nous déambulons rue d'Announa, un homme s'approche de nous, et s'adresse à Michel,
-tu connais les équipes de foot de Guelma des années 1950 ?,
-il y avait ; la J S G, U S M.G, le F O G, l'homme est sidéré,
- et les instituteurs tu t'en souviens?
-non, car je ne suis jamais allé à l'école à Guelma,
-dommage, alors à ce soir !!!
Le soir en passant à l'hôtel, il y avait à la réception une photo, pas celle d'une équipe de foot mais, dans un magnifique cadre tout neuf, la photo des instituteurs de l'année 1935. Pas un mot, pas d'adresse pour remercier cet anonyme de sa délicate attention.
La pâtisserie Bonnet est toujours murée dans son passé, la tapisserie n'a pas changé, le pâtissier non plus, c'est toujours l'ancien ouvrier. Il applique, à la lettre, la recette des millefeuilles de son ancien patron. Ils ont le même goût, le même parfum, les mêmes dessins de sucre glacé, en fermant les yeux on se croirait revenu à quelques décades en arrière. Les Guelmis sont fiers de dire que depuis Constantine on vient les acheter.

Je me suis gavée d'images de la ville mais il y a deux lieux que je n'ai jamais regardés ce sont l'église et le café Glacier.
L'église parce que c'est maintenant une mosquée, le " Grand café Glacier et le cercle de l'Union " est fractionné en une série de minuscules magasins.
Je ne peux m'empêcher de penser à mes beaux-parents Edouard et Adeline Martinez. A la débâcle ils vendirent le café " à vil prix " et pour cette raison, l'état Français n'a jamais voulu les indemniser.

Ils sont morts misérablement dans des hôpitaux à des kilomètres l'un de l'autre, psychiatrique pour mon beau-père.

Peut être qu'un jour, comme pour les juifs dont les biens furent spoliés pendant la guerre 1939-1940, ses arrières arrières petits enfants, issus des deux frères seront indemnisés. Le dossier reste ouvert

Le théâtre municipal est toujours aussi coquet, le gardien nous invite à le visiter. Nous sommes surpris de voir sur la scène le drapeau français.. C'est vrai que nous sommes proches du 8 mai, il doit y avoir probablement une représentation théâtrale.

Nous voilà chez Micheline, quelqu'un frappe à la porte,
- ouach koun ?(qui c'est ?)
-Je veux voir " tata Yvette ".
-C'est Mohamed Ali, il était venu me voir à l'hôtel, le réceptionniste me l'avait annoncé sans dire son nom. J'avais regardé ce jeune homme de dix huit ans, blond aux yeux bleus.
- Tu es Mohamed Ali.
- Comment m'as-tu reconnu ? j'avais trois ans la dernière fois que l'on s'est vu.
Il nous apportait une invitation à dîner de ses parents

Vendredi : Départ pour Souk Harras, défilent dans ma mémoire, Millesimo, Petit, le Nador et sa montagne carrée, Duvivier, Laverdure, Aïn Sennour, Souk Harras. Souk Harras, cette petite ville est devenue une petite métropole. Notre mini bus ne peut passer inaperçu avec sa banderole : " Association Joinville le Pont - Guelma ". Des femmes policières, curieuses nous arrêtent, :
- Qui êtes vous ? d'où venez-vous?
- khani Guelmia ",(je suis Guelmoise)
C'est le sésame ouvre-toi, elles descendent de leur perchoir pour me faire la bise.
- Bienvenue chez toi, tu sais, il y a quelques jours il y avait deux cars d'anciens de souk harras qui sont venus de France revoir le pays…..
Direction l'olivier de saint Augustin…l'accès se fait par la mairie et, manque de chance, celle ci est fermée. Nous sommes désappointés, avoir fait tout ce trajet pour rien.. et tout à coup surprise !.. quelqu'un nous dit venez, je vais vous ouvrir.
Il est là vénérable plusieurs fois centenaire, je m'imagine saint Augustin prier et méditer.
Et dire qu'il m'a fallu venir de France pour connaître cet olivier, alors qu'il n'était qu'à 70 kilomètres de Guelma.
Une anecdote ; le chemin d'accès à l'olivier est difficile, je glisse et manque de tomber. Je me rattrape de justesse à un mur qui s'effrite. Mon fils s'inquiète,…je n'ai rien…le soir en ouvrant mon sac à dos, je découvrirais, est-ce un signe, des petits cailloux du mur de st Augustin.
Méchoui, le meilleur de l'Est nous assure t-on, c'est un régal à se lécher les doigts.
Séquence émotion
: Arrêt à Millesimo, deux souvenirs le premier (heureux) c'est la fête du village qui se tenait traditionnellement en septembre. C'est là que j'ai rencontré celui qui est mon mari depuis 49 ans. Le second plus triste, c'est le cimetière où sont enterrés mes grands-parents Ménard.
En 1990 j'avais émis le souhait d'aller me recueillir sur leur tombe, mais Abdelazziz m'avait prévenue :
-Tu sais garde le souvenir que tu as, ne force pas ta mémoire, il y a des choses dans la vie qu'il vaut mieux ne pas revoir.
J'aurais dû m'en souvenir. Le cimetière est un champ, un champ bouleversé par un bombardement, une rage de détruire. Des tombes ! il ne reste que des morceaux de marbres et de pierres épars. J'aurais pu passer cent fois à côté, ou dans ce lieu, sans jamais me rendre compte où j'étais. Je recherche un indice, un nom, une croix, rien.
Me reviennent les paroles d'une amie restée après l'indépendance à Millesimo et qui avait surpris des gosses jouant au football avec un …crane….je pleure, mon fils me console….pourquoi avoir pillé ces lieux de repos ?…quel butin en ont-ils retiré ?
Et dire que le gouvernement français, pour sauver la face, 43 ans trop tard, propose de rapatrier en France des sacs de terre..

L'homme que je retrouve à Millesimo est très vieux, 90 ans. Il a perdu ses repères et sa mémoire est défaillante.
- Mon nom est Fernand-Angelo ne cesse t-il de ressasser .
- Je suis Yvette Borg, est-ce que vous me reconnaissez ?
Non, le pauvre homme est dans un autre monde, celui des souvenirs…
- Je suis la nièce de votre ami Fernand Ménard,
Il me regarde de ses yeux bleus délavés presque éteint et des larmes roulent sur ses joues parcheminées.
On m'explique qu'il perd la mémoire, mais que lorsque ses enfants le recherchent ils le trouvent dans le cimetière chrétien.. il vient, dit-il, tenir compagnie à ses copains

J'incruste dans ma mémoire ces paysages de verdures luxuriantes, le printemps a été pluvieux, ces montagnes giboyeuses, la Seybouse, les endroits de pique nique du lundi de Pentecôte ou du lundi de Pâques. Des parties de pêches et les énormes barbeaux ou anguilles que mon père attrapait, souvenirs, souvenirs quand tu nous tiens.
Le soir Michel et moi sommes invités chez des amis../..
Samedi : Balade dans la caserne et photos. Visite de la Mahouna, nous sommes montés en son plus haut point d'où l'on voit toute la plaine. Un jeune soldat, curieux nous aborde et en français nous demande :
-Qui êtes-vous ?
- Messaoud intervient :
- C'est une vrai " Guelmia "
-Moi aussi je suis Guelmi, bienvenue chez toi… regardes, tu peux voir toute la région depuis oued Zenati , Aïn Regada, Montcalme, Aïn Abbid ras el akba, Meskoutine, Kellerman, le Fedjouz, Héliopolis, Petit, Millesimo, Renier, Gounod.
- Je suis sidérée, c'est un homme jeune, comment sait-il tous ces noms de villages du temps des français ?
- Je l'interroge et il me répond ;
-mon père et mon grand-père m'ont raconté votre histoire…maintenant c'est du passé, soyez les bienvenus.
Retour sur Guelma, Messaoud propose de nous arrêter dans un village où l'on fabrique des poteries. C'est un nouveau bled qui n'existait pas de notre temps. Qui dans notre département, ne connait pas ces poteries campagnardes, souvent dites 'Kabyles' à cause des dessins . Qui n'a pas en mémoire l'image de croiser sur le chemin de la fontaine ou de l'oued ces femmes portant sur leur dos, l'amphore décorée ou non. Ces poteries rustiques au sens premier du terme, puisque, encore, séchées au soleil, sont exclusivement rurales. La jeune femme qui nous accueille est désolée de ne pouvoir nous proposer des cruches, elle a tout vendu à des touristes de passage, il lui en reste bien deux mais pleine de sa provision d'eau.
Nous sommes dépités, mais que cela ne tienne, elle ne peut nous laisser repartir les mains vides, ce serait une offense. Elle vide ses jarres et l'affaire est faite, nous la remercions maintes fois et elle nous demande :
Il est deux heures au soleil, vous devez avoir faim, attendez un instant.
La femme (très belle) rentre dans sa maison et revient avec de la kesra et des olives :
Prenez et mangez il est tard vous devez avoir faim.
Je fais signe à mon fils d'accepter, mais les autres compagnons de voyage refuse avec insistance.
Elle ne semble pas comprendre ce rejet. Je m'approche d'eux et leur explique :
- Refuser c'est lui faire un affront, sachez qu'elle vous offre le repas qu'elle s'apprêtait à prendre.
Arrivée en ville notre souci est de trouver le matériel pour emballer un tapis made 'in Guelma". En Tunisie ou au Maroc le touriste paie et le vendeur se charge du reste, ici, achète et débrouilles-toi.
Nous avons arpenté la ville dans toute sa longueur et largeur, mais nous n'avons pas eu le temps de visiter l'université, la maison du peuple, de la culture et des jeunes
Dimanche ; c'est le départ pour Annaba, nous faisons avec Michel la tournée des " au revoir ".Nos pas nous dirigent vers l'hôtel Mermoura, ils ont été si gentils avec nous. Séquence émotions :
Je m'approche d'une femme de ménage :
- Je viens te dire au revoir

Elle me fixe longuement,
- Au revoir Yvette.
- Comment sais-tu mon nom ? est-ce que nous nous connaissons ?
Oh oui, je suis la fille d'Habib le cocher de la ferme école, je me souviens d'un jour où mon frère s'était entaillé le bras avec un tesson de bouteille tu l'as soigné. Je me souviens quand tu venais à la maison, je me souviens des fêtes, je me souviens de….
Je viens d'être mise KO debout, on pleure enlacées.
- Mais pourquoi ne m'as -tu rien dit pendant toute cette semaine
-Je n'osais pas, je te voyais avec des autorités..
-Va chercher ton père, je veux le voir avant de partir
-Tu sais, il est vieux, et nous habitons à Héliopolis, il sait que tu es là, reviens l'année prochaine et tu viendras chez moi …
Nous nous quittons le cœur gros. Le mini bus démarre mais je ne peux me résoudre à une séparation si brève, j'ai tant de choses à lui dire, nous faisons une centaine de mètres puis soudainement je demande au chauffeur de retourner à l'hôtel.
Je cours dans le hall et j'interroge :
- Où est la femme de ménage avec qui je parlais il y a un moment ?
-Habiba ? elle est dans la cour, je me précipite, elle m'aperçoit lâche son balais et se jette dans mes bras en ôtant des bracelets
-Elle sanglote :
-Tiens Yvette ils appartenaient à ma mère, ils sont maintenant à toi. Je n'ai rien oublié du passé.
-Je lui glisse des euros dans sa poche en lui disant pour ne pas la vexer
- C'est pour ton père que tu embrasseras pour moi.
- Michel très ému l'étreint et lui glisse lui aussi quelque argent sans qu'elle s'en aperçoive.

- C'est fini, je rejoins mes autres compagnons de voyage, nous quittons Guelma. Mes yeux embuées, je regarde sans les voir, ce groupe d'amis sur le perron de l'hôtel venus me dire :
" à l'année prochaine…. reviens avec Gilles et ta fille ….ne reste pas quinze ans sans retour dans ta ville ".

Le reste du voyage n'a plus d'importance.

Je remercie Micheline pour son accueil chaleureux. Gérard, son frère, pour avoir organisé un inoubliable séjour dont la programmation fut sans reproches. Mais, et aussi Abdellaziz, Tahar, Rachid, Djamel, Farouk, Leïla, Mohamed-Ali, Messaoud, Azdine, la famille Badri, la direction de l'hôtel Mermoura, Habiba et tous les autres Guelmis et Guelmias que je ne peux citer.

Habbib le cocher.
Habbib qui fut employé à la ferme école de Guelma a une histoire dont la France ne peut être fière.
Treize ans et demi d'armée ; la libération de la Tunisie, le débarquement de Sicile, Monte Cassino, les Ardennes, la libération de Strasbourg, l'Allemagne, puis l'indochine. Après treize ans de bons et loyaux services pour défendre le drapeau français, il est, un jour remercié, expulsé de l'armée française sans retraite. Mon beau frère, Norbert Martinez avec qui il avait combattu, intervient et frappe à toutes les portes pour dénoncer cette injustice. Constantine, Alger, Paris, rien n'y fera.

Habbib n'était qu'un pion, qu'une chair à canon parmi tant d'autres.
Les photos du voyage à Guelma sont présentées dans le fichier cartes postales
Comment demander aux autorités algériennes la protection des cimetières chrétiens et juifs en lisant un tel article paru dans le journal EL WATAN. !

Nous avons beau décrire, observer, alerter et espérer. Mais point d'écho, ni l'ombre d'une réaction susceptible de laisser penser à un déclic ou à une action quelconque. C'est le calme plat. L'attentisme prévaut encore. En bref et en résumé, nulle solution ne pointe à l'horizon. Je remets donc sur le tapis, pour la énième fois, l'état de délabrement quasi général dans lequel se trouvent les plaques commémoratives et les stèles dédiées à la mémoire des martyrs de notre lutte de Libération nationale. Tant de héros tombés au champ d'honneur, outragés par l'incivisme de certaines âmes perverses qui mutilent, dégradent, cassent, lacèrent leurs stèles. Mais aussi par la passivité manifeste des pouvoirs publics qui maintiennent ces repères dans une espèce de déliquescence avancée. L'écriture est recouverte de saleté, le matériau inspire pitié et commisération, les photos jaunies et parfois hyper décrépites. A qui faut-il s'adresser pour qu'on daigne remettre de l'ordre dans cette détestable gabegie ? Doit-on rédiger une lettre ouverte aux autorités afin de les pousser à réagir ? Est-il concevable de ne plus s'inquiéter sur le sort de ces stèles sitôt que se termine la cérémonie d'inauguration ? Pour réveiller les consciences, je propose à un responsable quelconque d'aller vérifier, à titre indicatif, la plaque dédiée au martyr Ahmed Réda Houhou, située à l'entrée de la rue qui porte son nom. Il touchera du doigt toute l'étendue de l'abandon et du laisser-aller.

(1) Extrait du livre de Marie-Claude San Juan- Pieds -Noirs identité et culture


Collectif des Guelmois GUELMA FRANCE 2005