Guide en Algérie.
De Bône à Constantine
Environ 168 km

Nous partons, dit un spirituel touriste, de la rue du quatrième de ligne, et, passant fièrement sur la place Rovigo, au son des fanfares militaires et de la population accourue pour voir défiler cette belle cavalerie nous quittons Bône. Nous voilà sur la route de Constantine affourché sur une bonne mule, et en compagnie d'employés de divers services.
L'escorte se compose de 250 à chasseurs et le convoi n'a pas moins de 150 à 200 mulets chargés de blé et de provisions pour Constantine, chacune des bêtes de somme en porte deux sacs pesant en tout cent soixante kilos.
L'on croit généralement que les services seraient mieux faits et plus économiquement, par des chameaux. Je pense que c'est une erreur, autres que c'est estimable quadrupède craint l'odeur de la poudre, il ne serait pas capable, à cause de la conformation de ses pieds, de marcher aussi longtemps et au aussi sûrement que le mulet dans les chemins escarpés, aux chameaux la plaine de sable, aux mulets, les sentiers étroits et couverts d'aspérités et rocailleux.

La distance de Bône à Constantine est d'environ 168 km, on la divise ordinairement en quatre étapes, occupées par de petits postes qui commandent et assurent la route, qui est semée de ruines romaines.

Après avoir quitté la plaine des Alcarazas, et laissé à l'autre droite la route de Stora, et, quelque temps après, celle de La Calle qui se trouve à notre gauche, nous rencontrons un terrain un peu montueux et couvert de bois d'oliviers, de sapins et de lentisques,
Bientôt nous apercevons dans le lointain une suite de petites montagnes qui se rattachent à l'atlas et qui dit-on, sont remplies de gorges profondes habitées par lions dont on entend souvent les rugisements à peu de distance. Enfin nous arrivons après une courte journée, au but de notre première étape, c'est-à-dire au camp de Dréan situé à peu près à 6 heures de Bône à l'extrémité de la plaine de la Seybouse.
Le lendemain, une plus longue étape nous attend, c'est celle qui nous permet de faire halte au camp de Nechmaya, et qui n'est pas de moins de neuf heures de piste.

Le troisième jour, nous arrivons de bonne heure et par une pente douce dans un vallon où se trouve, la source de la Seybouse, des sources d'eau chaude, appelées " les bains enchantés " par les Arabes et Tibilitae par les Romains. On n'y retrouve encore leurs constructions, entre autres un bassin en pierres carrées, qu'on accorde à reconnaître pour un ouvrage de ce peuple, ainsi que des débris de bains antiques.

Sur la route se trouve Guelma, dont notre touriste ne parle pas. C'est un point important qu'on a fortifié en 1836, les ruines de cette localité offrent un vif intérêt. Monseigneur l'évêque d'Alger a retrouvé à Guelma et Anouna, situées dans le voisinage, trois églises chrétiennes encore debout. Ces précieux débris offraient des tombeaux, des voutes renversées, de sombres cryptes et le signe de la rédemption encore incrusté sur la façade.

Cette ancienne Calama possède un bel hôpital militaire, une bonne garnison et une petite population civile de 300 habitants.
Un arrêté du directeur général, de février 1845 porte qu'une ville européenne sera créée à Guelma et qu'elle sera composée de 300 familles environ. Sa situation au centre d'un pays fertile, au milieu de tribus très riches, en fera naturellement le centre de toutes les relations commerciales et politiques de cette partie de la province.

Guelma, l'ancien Calama fut sous les Romains une citée riche et puissante, un séjour de plaisance où les nobles patriciens venaient retrouver les délices de Rome. C'est près de ses murs, du côté de la rivière, qu' étaient situées les fameuses villas romaines, couvertes maintenant de lierres et d'arbustes, là se trouvaient des bains magnifiques, dont l'un s'appelle encore Hammam Berda (bains froids).
Le voyageur visitera la belle est immense vallée, qui n'a rien perdu de sa splendeur ancienne et de sa fertilité naturelle.

En 1845, les Arabes ont découvert dans les environs de Guelma une belle mine de plomb, dont les échantillons, à l'état de protoxyde, ont fourni, par un simple grillage à l'air libre, de 150 grammes de métal pour un kilo 500 de minerai.
L'exploitation de cette mine sera facile. Le pays accessible et des bois assez importants couvrent une montagne voisine, les ruines romaines et une belle source d'eau thermale sont à côté. Cette mine est située dans la tribu des beys Addour.

Progrès de la civilisation.<br>

De nombreuses fêtes avaient réuni dans cette localité des colons, les officiers de la garnison et les chefs indigènes, à l'occasion du carnaval de 1845.
Les chefs indigènes, touchés des attentions dont ils avaient été l'objet dans ces circonstances, se sont réunis spontanément, et également, d'un mouvement unanime ont offert à leur tour un bal aux colons et à la garnison.
Cette offre gracieuse inattendue a été acceptée avec empressement, et la fête, la première de ce genre en Algérie, a été des plus brillantes.
Quinze cheiks ou caïds richement costumés, en ont fait les honneurs de manière à nous prouver qu'ils étaient bons observateurs de nos usages. Le bal a été ouvert par six d'entre eux avec une aisance toute française, et en voyant les prévenances attentives dont ces montagnards au teint bronzé entouraient nos dames françaises, on se réjouissait pensant que de nouvelles idées avaient germé chez eux, et qu'ils emporteraient sous la tente un souvenir durable de ses fêtes.
C'est avec plaisir que nous racontons en ce fait, qui nous a été garanti par une personne digne de foi, il s'en trouvait que les Arabes n'éprouvent pas pour nos mœurs et nos habitudes une répugnance insurmontable, et que cette répugnance s'affaiblit de jours en jour.

Ce n'est pas seulement dans le goût des plaisirs que ces peuples progressent à notre contact, mais une tendance générale les porte de plus en plus vers tout ce qui est bien et utile, soit au commerce ou à l'agriculture. Ils ont prié Monsieur l'ingénieur d'élever plusieurs ponts sur divers points, et de percer de nouvelles routes de communication à leur propre frais.
Mais continuant le récit, un moment interrompu, de notre voyageur :
" Le terrain calciné et brûlant laisse échapper que des eaux chargées de soufre et de bitume : c'est du haut de quelques élévations qu'elles s'échappent, pour se réunir ensuite en un petit ruisseau qui grossit dans sa course. N'ayant pas de thermomètre je ne pu vérifier le degré de chaleur de ces eaux ; mais le major m'assurera plus tard que dans certains endroits le mercure monte à 76 et même 78 degrés Réaumur.
Ces eaux sont réputées excellentes pour les rhumatismes, les douleurs aiguës et les maladies de peau.

Medjez Amar et nous terminons notre troisième journée, est encore à 76 km Constantine. Son camp ne jouit pas d'une grande réputation de salubrité et passe pour être décimé par les fièvres.
De Medjez Amar on aperçoit un pays magnifiques et couvert d'une végétation abondante bien arrosée qui s'étend jusqu'au pied du mont Ras el Akba, et dont on estime le sommet à 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer.
En arrivant au sommet, en trouve des forêts d'oliviers sauvages, des pistachiers, et des tamariniers, qui rendent les collines d'un vert toujours varié, mais qui disparaissent dès qu'on a dépassé la montagne : la nudité la plus grande les remplace, et jusqu'à Constantine l'on ne trouve plus rien pour se reposer l'œil. La plus brillant végétation a été remplacée par de vastes plaines arides, espèce de désert ou cependant l'eau abonde, à cause de nombreux ruisseaux qui traversent les plaines.
A quelque distance en avant de Raz el Akba on trouve les ruines d'Anouna, on y remarque un grand nom descriptions latines sur les tombes ; mais je n'eu pas le temps d'en copier une seule, le convoi s'avançant toujours : on reconnaît aussi à cet endroit les traces d'une voie romaine dans la direction de Constantine.

Le lendemain, la colonne arriva au marabout de sidi Tam-Tam, où gisent quelques tombeaux Arabes ; l'horizon est borné par des hauteurs incultes : la plupart des petits ruisseaux que nous rencontrons se dirigent vers l'Est.
L'oued el Aria, le 22, fournit une eau très limpide sur laquelle nous comptions ; mais quand nous y arrivâmes, il était desséché, et son lit offrait qu'un fonds de sable et de cailloux et ça et là un peu de fange. Il est vrai que la chaleur était excessive (nous étions en septembre), et que, dans cette saison la plupart des ruisseaux tarissent.

" Le pays dans lequel nous nous avancions est très élevé; les vallées que nos traversions, quoique parfois très vaste, n'offraient presque aux aucune végétation. Le soleil dardait d'aplomb sur nos têtes ses rayons brûlants ; j'étais, exténué de chaleur de soif et surtout de fatigue ; nous étions au 50e jour de notre départ, et je n'avais pas l'habitude de rester si longtemps à cheval : j'étais moulu.

Pour me remettre, mon aimable major qui voltigeait incessamment de la queue à la tête du convoi vint me dire en passant que l'on rencontrait parfois des lions dans ces vallées et que la nuit il n'était pas rare d'entendre leurs rugissements. Heureusement nous n'eûmes pas ce genre d'harmonie, et, à l'exception de quelques aigles, nous ne vîmes aucun animal.

Ce pendant la végétation reparait; quelques touffes d'herbes se dressent çà et là ; nous découvrons enfin le sommet d'une hauteur sur laquelle dominait jadis qu'un temple d'origine romaine dont le reste paraisse assez bien conservés.
Nous nous distinguons enfin la patrie de Jugurtha et de Masinissa, l'antique Cirta et de la moderne Constantine, célèbre dans notre siècle à deux fois différentes, par le revers glorieux de notre première expédition, en proie en rigueur d'une saison inouïe dans ces climats qu'a éprouvé, et par la conquête glorieuse qui signala plus tard les armes françaises.

Collectif des Guelmois site Internet Guelma -France.