ARCHÉOLOGIE

DES ENVIRONS DE GUELMA

        Sur la rive gauche de l'Oued-Cherf, en face et entre les confluents de l'Oued-el·Aar et de l'Ouerl-Cheniour, se trouve un grand plateau borné, à l'ouest, par une série de collines, sur lequel sont répandus des vestiges nombreux de l'occupation romaine, sur une superficie d'une quarantaine d'hectares, formant trois groupes principaux de 5, 6 et 12 hectares.

Généralement dévastées par la continuité des cultures, la construction sur leur superficie de cinq grands bordj arabes et du village français auquel on a donné le nom de Renier en souvenir du grand archéologue, ces ruines ne renferment plus aucun monument debout.
Dans la partie est, la plus proche de l'Oued-Cherf où vient se jeter un ruisseau qui traverse toute de la ville, fut découverte, en 1867, l'inscription donnant le nom ancien de ces ruines. la civitas Nattabutum.
Un grand nombre de pierres taillées y jonchent le sol et marquent des enceintes.
Un fortin, de construction byzantine sans doute, car des pierres tumulaires ont été employées à sa construction, s'élève dans cette partie.

A un kilomètre ouest de ce point, au pied d'une; colline, on rencontre, à la surface du sol, les vestiges d'une série de constructions d'un caractère particulier.
Leur régularité leur situation au point de vue défensif, semblent indiquer que ce sont les restes d'un grand établissement, militaire sans doute.

Le nom arabe actuel de la contrée, Smala-Ben-Merad, ne peut que corroborer notre hypothèse.

Ce nom indique, en effet, que la dite contrée était habitée, avant la conquête française, par une population de cavaliers plus ou moins enrégimentés et devant au Beylik le service militaire, sous le bénéfice de l'exonération de tout ou partie de l'impôt.

Cette situation ne devait être que la continuation, à travers les siècles, de ce qui avait existé sous la domination romaine avec le peuple des Nattabutes, dont le pays d'origine indique suffisamment que cette peuplade ou tribu devait être composée de cavaliers.
La colline qui limite le plateau, au nord-ouest (Henchir-Loulou), renferme également de nombreux vestiges de constructions dont une, étant donnée la quantité de pierres de taille qui en a été extraite par le colon concessionnaire, devait être considérable et d'une construction très soignée. En bâtissant leurs maisons, les concessionnaires du village ont trouvé des fondations entières, des citernes) des bassins en pierre de taille, nombre d'ustensiles de poterie, et une certaine quantité d'inscriptions qui, malheureusement, ont été généralement détruites.

Dans les environs immédiats de cette agglomération de ruines, on trouve des vestiges d'habitations grossières qui semblent être celles d'un peuple ayant vécu auprès de la population romaine sans être arrivé à son degré de civilisation, ou qui a résidé dans cette contrée après la dispersion de cette dernière.

On y rencontre également un certain nombre d'enceintes, carrées ou circulaires, formées de grosses pierres brutes terminées en pointe et posées debout, à o m,50 l'une de l'autre.
Des fouilles pratiquées dans ces enceintes, au pied de ces pierres, nous ont fait découvrir des cendres et des débris dé petites urnes funéraires. Ces enceintes seraient donc des cimetières, mais de quel peuple ? des Nattabutes ? car ils ne ressemblent pas à ceux des Romains. Les inscriptions recueillies jusqu'à ce jour ne nous apprennent pas grand' chose sur l'histoire de cette cité. Elles nous font connaitre cependant qu'elle existait sous le règne des empereurs Marc-Aurèle et Lucius Verus, et également, au IV· siècle sous le règne de Constantin.

Habitée, ainsi que les pagi voisins dont les ruines se voient à Guelâa-bou~Atfan et Henchir-el-Hammam et qui devaient être compris dans sa circonscription territoriale, par une population étrangère amenée là à la suite d'événements politiques qui nous sont encore inconnus, cette civitas avait une administration spéciale à la tète de laquelle était un princeps gentis Natlabutum, comme il se trouvait à Serteï (Kherbet-Guidra) un princeps gentis Numidarum et à Cirta un princeps gentis Saboïdum.
Ces principes devaient être des fonctionnaires nommés par le pouvoir central et chargés de l'administration et de la police de leur territoire.
C'étaient, en quelque sorte, des officiels dans le genre de ceux des anciens bureaux arabes et le territoire habité par ces peuplades était administré comme notre territoire militaire actuel

En sortant de la civitas, la voie romaine descendait, à flanc de colline jusqu'à l'Oued-Medjez-el-Begueur qu'elle traversait à côté de grandes carrières d'une belle pierre rouge, exploitées par les Romains; puis, gravissant les pentes du Djebel~Auseul, se dirigeait, à travers une série de plateaux et de ravins, au milieu d'un territoire composé d'excellentes terres, dans la direction du sud-ouest.
Son tracé est parsemé de vestiges d'exploitations agricoles et de centres dont quelques-uns devaient être assez important

Après un parcours d'une vingtaine de kilomètres, on atteignait enfin Gadiaufala (Henchir-Sbihi).

Prochainement de : Gadiaufala (Henchir-Sbihi)

Source : René Bernelle

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