YVES BLANC DEAL

Enseignant retraité (Lyon)

Présente un recueil illustré de fables...

Dans ce recueil illustré de fables artisanales, le souci premier consiste à varier les textes, lesquels ne sont donc pas tous des fables lafontainiennes.
« Diversité est ma devise», pourrais-je prétendre à l'instar de mon illustre devancier.
Il ne convenait pas non plus de lasser le lecteur par des longueurs puisque « Les ouvrages les plus courts sont toujours les meilleurs ». Aussi les fables en vers (mêlés ou réguliers) ne rappellent-elles que des épisodes concis dans lesquels se retrouve une certaine parenté avec le La Fontaine mi-citadin, mi-campagnard.

Dans ce livre, le monde rural demeure bien évoqué, tant par les thèmes que par la langue franco-provençale de la région Rhône-Alpes, la « lyonnitude » pointant souvent son nez.

La présente plaquette nous conduit ainsi de Lyon et du Haut-Beaujolais jusqu'au Maroc avec des clins d’œil plurilinguistique.
Le Maroc où la réalité dépasse la fiction pour un occidental, c'est-à-dire où les réalités exotiques rejoignent la fable !
L'inventivité et l’originalité des récits - en vers ou en prose - feront sans doute s'esquisser quelques sourires chez les gones (malgré la tourmente de l'anglomanie ambiante) et chez les autres.

De la ruse ou d'animaux.. pas si bêtes !


LE RENARD ET LE CORBEAU
Capitaine renard, tenaillé par la faim,
Arpentait des terrains qui paraissaient sans fin
, Croisant dans les labours en milieu de journée,
Le pelage crotté, la mine chiffonnée.
N'en pouvant plus d'efforts tout au fond d'un sillon,
Une idée lui survient dans telle position :
Si je faisais le mort, songe-t-il à cette heure,
Je pourrais de ce fait constituer un leurre.
Un appât ingénieux pour piéger l’insouciant :
Ainsi fait le matois en un creux s'allongeant.
A moitié sur le dos, notre goupil s'étire,
Prêt pourtant à jaillir dans sa ligne de mire.
En effet s'approchant certain corbeau curieux
Vient flairer le poitrail du rouquin comateux ;
Dans l’instant le renard d'agripper la corneille
Pour faire collation à nulle autre pareille.
Qui croyait prendre est pris,
On l'a encor appris.


De la sérénité.

LES CHAMEAUX ET LES CHIENS
Après avoir tangué dans l‘aire désertique,
La caravane enfin parvenait à bon port.
En vue de l‘oasis avait jappé d'abord,
Sans qu'on y prenne garde, un pauvre chien étique.
Mais ce fut une meute efflanquée qui bientôt
Encombra le passage en surgissant au trot,
Aboyant à tout va contre les bêtes lentes.
Le chef des chameliers, face aux bêtes hurlantes,
N'attacha son regard que vers cette seguia*
Qu'il brûlait d'atteindre après son Sahara.
Le premier dromadaire aussi leva la tête,
Impavide et hautain devant cette tempête,
Continuant d'aller l'amble avec son lourd bât
Pour le poser alors sur le site adéquat.
Et le chien de s’esquiver, vociférant en masse
« Les chiens aboient la caravane passe »
Laisser dire, mais faire bien,
Précepte qui est aussi le mien


LES PEUPLIERS ET LE GINKGO
Dans un parc d'agrément croissaient des peupliers,
Congénères vivant en parfaite amitié
Jusqu'à 1'apparition sur ladite herbe rase
D'un ginkgo échoué, par 1à, loin de sa base :
" Une espèce attifée de curieuse façon ! ",
Siffla l'un de nos trembles au puissant aquilon.
L'arbre aux quarante écus avait certes conscience
Que ses feuilles bruissaient dans une autre cadence.
Or lui, un étranger, copia les peupliers
Et troqua sa parure après l'été passé,
Allant bientôt comme eux : démuni sous la bise.
Dès lors, sa compagnie de tous fut bien admise.
Enfants soyez les peupliers
Qui reçoivent le ginkgo ...
Enfants, soyez les peupliers
Qui accueillent l'étranger.

Yves Blanc (fables d'Eurafrique, Ed Bellier 2008)

Yves Blanc-Deal
Enseignant retraité (Lyon)
Extrait de la revue annuelle « Le Fablier » numéro 26 /2015.Paris La Sorbonne

Yves Blanc-Déal, Fables et Réalités.
Des bords de Saône aux abords du Sahara
Lyon, Éditions Bellier, 2013.

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