RÉMINISCENCES

Emouvant souvenir encore net aujourd'hui,
Malgré l'éloignement, la mémoire qui fuit,
Les atteintes du temps, les marques de la vie...

Guelma ! toujours présente et toujours rajeunie,
Loin d'un sol amoindri, redevenu désert
Par la faute d'hommes descendus de l'enfer..

Gardienne d'un passé doublement millénaire,
Tu as su promouvoi1; sublime bréviaire,
De nos propres racines, le livre attendrissant :
Celui qu'on écrivait lorsqu'on était enfant...

Plantées entre Petit et Hammam-Meskoutine,
Entre Seybouse et Mahouna, ces racines
Prolifèrent toujours, bien au-delà des mers,
Générant des images... des récits... des vers...
Marquant nos réunions de ce bel art de vivre,
Que l'on retrouvera dans tout ce qui va suivre...

Le laitier matinal déposant ses bidons ;
Le quotidien livré jusque sur le perron ;
Le seau d'eau versé tôt, sur le pas de la porte,
Les matins d'été. restent des images fortes ;
Comme le quai de gare où accostent les trains,
Entourés aussitôt de nuées de gamins
Venus on ne sait d'où, apporter leur offrande
D'œufs durs et de pains ronds, que les voyageurs mandent,
Dans le charivari précédant le départ...

Voici les petits métiers liés aux brancards
De charretons usés, qui, sans cesse brinquebalent ;
Ici' les figues de barbarie qu'on étale ;
Ailleurs, les pastèques présentées en monceaux,
Choisies "à la coupe" par entaille au couteau ;
Au soleil dans la poussière de la ruelle,
Chassant les mouches, le poissonnier appelle !
Portes et volets clos pour garder la fraîcheur;
Alors s'ouvrent: palabres, rires, bonne humeur ;

Plus loin la cohorte des vendeurs de légumes
Qui font des tâches vertes au milieu des agrumes..
Agitant sa crécelle et suivi des enfants,
Le gitan distribue ses oublies aux plus grands,
Près de l'étal ambulant du marchand de glaces
Qui trône, solennel, au milieu de la place,
Où la calèche attend, veillée par son coche1;
Rutilante ou usée, mais prête à démarre1:..
Quant au boussadya, danseur d'un autre monde,
Avec son Darbouka. il entame une ronde,

Agitant les grelots suspendus au chapeau
Et les queues de Chacals accrochées à son dos ;
Le spectacle est coloré, toujours insolite,
Avec plaisir garanti et peur sans limite...

J'aspire à pleins poumons l'odeur d'eucalyptus
Allongé sur un banc, à l'ombre des ficus,
Humant avec plaisir les parfums d'anisette,
Qui flottent près des bars, avec ceux des brochettes

Il faut avoir senti, l'effluve des beignets
Que la main manipule avec dextérité !
Il faut avoir laissé dans la rue d'Announa
Les parfums épicés imprégner l'odorat,
Le fumet du couscous échappé des gargotes,
Qui force l'appétit en titillant ta glotte !

Mais Guelma c'est aussi la convivialité
Qu'on retrouve partout, avec la qualité :
Chez Paul Bonnet maître en croissants et millefeuilles,
Ou à l'épicerie Demailly qui accueille
Avec Rosette et Monmon les jeunes du crû ;
Au restaurant Missud, temple de bonne chair
Au Yoyo-Bar qui sert le poisson du matin,
Pêché et préparé par l'excellent Lucien,
Gracieusement offert aux clients fidèles
Qui échangent rieurs, des histoires nouvelles

Comme dans les cafés Martinez ou Glacier;
Chez Vonvon Rossi boulanger fort apprécié
Chez Said, Abella commerçants affables
Ou chez les Ferro, garagistes serviables...
Je ne puis les citer tous, tant ils sont légions
Mais je les salue avec beaucoup d'émotion...

Guelma, c'est enfin un espace de culture
De sports variés, de talents divers, de foi pure
Pierre Blanchar y est né : Henri Medus aussi
L'un acteur, l'autre basse, tous deux accomplis ;
Les talents amateurs ? Rapidement notoire~
Profondément gravés dans notre mémoire ,
Maddey Mas, Christian Cautrès pour le bel-canto,
André Oufrani, sa musique, ses sonos.
Peintres et sculpteurs multiplient vernissages
Annonçant d'autres œuvres, de futurs messages..
Les théâtres, qu'ils soient antique ou plus récent
Vibrent du spectacle d'artistes fascinants ;
Au cinéma des frères Arella, la salle est pleine
Parce que les films sont bons, semaine après semaine.

Le kiosque à musique, place saint Augustin
Résonne des concerts du dimanche matin,
Et le stade encore chaud des exploits de l'équipe
Est maintenant connu sur la terre d'Afrique.
Sait-on que c'est ici que sont nés les lendits ?
Qu'écoles et parents parfaitement unis
Font en fin d'année des fêtes inoubliables
D'envergure et de qualité, incomparables ?

Voilà pour le passé. Ce qui fait le présent,
Ce sont nos réunions et nos rassemblements ;
Notre revue vivante et surtout régulière
Des relations tissées, dans la pleine lumière
Comme à Port-Leucate ou ici, à Rougiers
Autour d'une table et de gens appréciés.
Que tous soit remerciés: Gilles tout comme Yvette,
Et tous les autres membres qui par leur engagement
Font de notre passé, ce qu'il est maintenant :
Un passé révolu qui sert de point d'ancrage
A la rédaction de notre prochain ouvrage
A l'heureuse inspiration d'Aline Zara
De Claude Malléa et Michel Farrugia ;
Un passé qui conforte notre confiance
Qui tisse de nouveaux liens, avec l'espérance
Qu'on trouve dans les beaux vers d'Anne Metenier
Ou dans les miniatures de Danielle Garnier ;
Un passé plus présent, fort, devenu plus riche
Qu'on peut sans hésiter mettre en haut de l'affiche
Un passé qui, aujourd'hui, rejoint le présent,
Pour que nous regardions, le cœur gai, droit devant.

Rougiers, le 5 septembre 1998
Roger LAURO.

Comment ai-je pu, moi, non Guelmois d'origine,
Non poète inspiré par la muse câline
Jeter ces quelques vers à la face du vent
Et crier mon émoi avec un tel élan ?

Soudaine pulsion ? Mystérieuse attirance
Pour une ville voisine de mon enfance ?
Effet d'une grande et sincère admiration
Pour le travail fourni dans notre association ?

Influence de ma femme, Renée Lambert
Qui rêve bien souvent à ce qui fût hier:
Sans doute un peu de tout cela,
Et je ne le regrette pas.

Au bon soin de :
Madame Yvette Martinez présidente de l'Association Guelma 89
Hommage à Roger Lauro

C'était pendant un rassemblement des Guelmois à Port Leucate, nous ne connaissions pas mais nous nous sommes de suite appelés par nos prénoms. Cela semble anodin mais une sympathie réciproque venait de naître.
Nous avions évoqué Bône, Guelma, l'Algérie, Il était pédagogue au meilleur sens du terme, c'était évident, il fut enseignant. Je lui avais demandé d'assurer le compte rendu des réunions qu'il rédigea avec enthousiasme pendant plusieurs années. C'était un homme heureux même lorsqu'il évoquait les jours les plus sombres traversés en 1962. Il cultivait l'amour du pays plus que la nostalgie préférant l'explication aux affrontements, la justice à la haine, il ne mâchait pas ses mots pour dénoncer l'hypocrisie et la lâcheté. Il cherchait la vérité et l'écrivait bien.
Il aurait pu être président de l'association " Guelma 89 ", nous lui avions proposé. Il nous avait demandé un temps de réflexion, puis un jour il m'a téléphoné :

Je ne suis pas Guelmois, j'aurais accepté avec joie mais mon cœur me joue de sales tours.

Quelques mois plus tard, Roger victime de son coeur, nous quittait, regrets ....il aurait été un excellent Président

Collectif des Guelmois Site Internet GUELMA-FRANCE