TROIS SIECLES D'HISTOIRE DE LA FAMILLE " DE LAVIE "

            Si peu curieux et si dépourvus de sentimentalité que nous soyons, nous ne pouvons manquer de nous intéresser à tout ce qui touche à nos ancêtres. Quels qu'ils aient été, sages ou fous, bons ou mauvais, célèbres ou ignorés ; qu'elle qu'ait été leur condition, princes ou manants, potentats ou esclaves, bourgeois nantis ou bohèmes faméliques, nous sommes reliés à eux par une étroite solidarité physique morale et intellectuelle ; ils nous appartiennent comme nous leur appartenons, et cela suffit pour que nous nous penchions sur leur souvenir avec affection et respect, ou tout au moins avec une ardente curiosité. Mais même si nous restons insensibles à cet appel du sang, l'étude du passé familial présent en nous, au point de vue psychologique, un exceptionnel intérêt. Ces hommes, dont nous sommes si proche, ont connu, comme nous, la joie et la douleur, le doute et l'espérance, les passions les illusions, les déboires, tout ce dont la vie est tissée. Ils ont réalisé tout à la fois la vanité de leurs ambitions et la noblesse de leurs efforts. Ils se sont tourmentés et agités pour des fumées et des bulles de savon, mais peut-être aussi ont-ils un jour, dans l'ordre matériel, intellectuel ou moral, trouvé la récompense de leur labeur et de leur humilité et connu la beauté d'un achèvement, la sérénité d'une certitude. Leur existence, maintenant figée dans le passé, en un tableau immuable et définitif, nous offre, mieux que tout autre un incomparable sujet d'étude et de méditation et c'est apprendre à nous connaître nous-mêmes que de les mieux connaître. Enfin, certains d'entre eux se sont se sont peut-être trouvés mêlés aux grands événements de leur époque et c'est alors tout un fragment de l'histoire que leur vie évoque à notre souvenir, histoire politique ou religieuse, histoire coloniale, révolutionnaire, histoire vivante en tout cas et parfois éclairée d'un jour nouveau.             Les notes qui suivent sont loi de donner la généalogie complète de la famille Lavie, elles ne remontent qu'au XVIII eme siècle et nous vous en donnerons qu'une simple partie. En premier lieu, nous remercions Jean-Marc Lavie de nous avoir donné l'autorisation de raconter un condensé de cette histoire signée de Monsieur Louis Lavie et de Marie-Hélène Lavie.

            Nous avons rendu dans le passé, alors que Madame Yvette Martinez-Borg était présidente de l'association Guelmoise "GUELMA 89", un vibrant hommage à Jean-Marc Lavie et ce dimanche 2 septembre 2001, il fut reçu avec les honneurs par monsieur Chevrot président d'une amicale Pieds-Noirs des Pyrénées Orientales. Un bref discours retraça son parcours et Jean-Marc Lavie remercia l'assistance, qui debout l'applaudissait, par ces quelques mots :
- Mon pays était en danger je n'ai fait que mon devoir.

            Qui étaient les 'Lavie' bien connus dans la vie politique de notre région ? .
Les notes qui suivent sont loin de donner la généalogie complète de la famille Lavie ; elles remontent qu'au XVIII eme siècle et ne se rapporte guère qu'aux deux personnalités (Marc David et François Marc) qui sont à l'origine de la génération actuelle. Un champ très vaste est encore ouvert à ceux de nos jeunes successeurs qui s'intéressent aux recherches généalogiques : Documents privés, archives paroissiales, bibliothèques de tous ordres peuvent encore livrer bien des renseignements précieux. Dans la région monbéliardaise notamment, centre important d'émigration protestante, existent, indépendamment des archives d'état civil, toute une bibliographie, toute une documentation intéressante, concernant cette émigration. Avant de remonter à Marc-David Lavie (1737-1793), faisons connaissance avec Jean-Marc LAVIE.

            Jean-marc eut à sa naissance une bonne fée qui lui octroya beaucoup de dons : l'intelligence, le courage la bonté et surtout le sens de la famille et de l'amitié. Il décida très jeune de mener sa vie à sa guise. Les études ne l'intéressaient guère, et il préférait nettement les courses d'auto et surtout l'aviation, qui sera la grande passion de sa vie et qui lui apportera le meilleur et le pire. Ses parents l'envoyèrent à Londres pensant que l'Angleterre l'aiderait à se concentrer sur son bachot : il s'y fit beaucoup d'amis et revint en Algérie, à ses avions. Pendant son séjour londonien, c'était à l'époque de la fermeture du canal de Suez par Nasser, l'essence était rare, et ce " mauvais sujet " de Jean-Marc en compagnie d'amis de l'ambassade de France et de Belgique, siphonna un réservoir d'essence. Il se fit prendre par les bobbies londoniens, et l'ambassadeur de France de l'époque, Monsieur Chauvel, dut récupérer tout le monde au poste. Pour calmer l'affaire, la reine mère demanda qu'on lui présenta les délinquants pour leur demander conseil, car dit-elle, elle aussi manquait souvent d'essence. Sur toutes les piste d'atterrissage, il était connu comme le loup blanc : on le voyait atterrir, parfois, sur les routes nationales ou dans quelques champs, et ce toujours bien accompagné de jolies personnes !. Quand la guerre d'Algérie a éclaté, sans rien dire à sa famille et en trichant sur son âge, il a d'abord essayé de s'engager chez Bigeard, alors colonel, avec lequel il a d'abord participé à quelques missions. Puis, devançant l'appel, il s'engagea dans l'A.L.A.T pour faire son métier d'aviateur. Après des classes à Nancy, il fut affecté dans le sud algérien. Il y a fait plus que son devoir et pris tous les risques. Et un jour de mauvais vent, son avion fut pris dans les rabattants, alors qu'il était en opération de repérage, et ce fut l'accident. Des années dans les hôpitaux militaires et les cliniques, la douleur et le changement radical de sa vie, ne sont pas venus à bout de son courage, car il a le vrai courage, celui de vivre tous les jours sans se plaindre et de rester envers et contre tout gai et optimiste.

            Ses décorations à titre militaire forment une belle brochette : légion d'honneur, valeur militaire, ordre national du mérite, médaille militaire.

            Ne déduisez pas de ce portrait que Jean-marc est un saint, n'allez pas le contrarier : vous aurez vite un échantillon du mauvais caractère Lavie, et alors il le dirait lui même, adieu la baraque. La sagesse lui venant avec l'âge, il vit heureux en cultivant son jardin, et son indépendance.

            Le colonel Lavie, Georges Frédéric Lavie naquit à Montbéliard le 28 juin 1776, il était le 10 eme enfant de Théophile Lavie avec sa troisième femme. Il se maria eut trois enfants, de son métier horloger, il mourut en 1780 à 28 ans, et sa femme le suivit de peu. Le 15 novembre 1791 Georges-Frédéric va recevoir son brevet de sous-lieutenant " de par la grâce de Louis roi des Français ". A cette date, né à Montbeliard en 1776, il avait réellement 15 ans. Mais dans son dossier militaire, sur un papier à l'en-tête de " l'armée de Sambre et Meuse ", il est dit " né à Belfort en 1774 ", Belfort où l'oncle Marc-David avait été élu député du tiers-état à l'assemblée constituante.Le coup de pouce est évident, mais la suite de sa carrière montra qu'il le méritait. Donc sous-lieutenant à quinze ans, il est proposé comme capitaine le 18 floréal de l'an III (avril 1794), il a 18 ans. Son brevet d'aide de camp provisoire le 1er vandemiaire an VIII (septembre 1799) devient définitif en juillet 1800. Le document est sur un papier à en-tête de " Bonaparte, premier consul ".Il est ensuite nommé chef d'escadron en janvier 1801. Il a 25 ans. Il est confirmé à ce poste en février 1802 par une lettre personnelle du Maréchal Bertier, alors ministre de la guerre qui deviendra prince de Neuchatel, duc de Valengrin, prince de Wagram et maréchal de France. Il fut décoré de la légion d'honneur en janvier 1803. La légion d'honneur avait été créée le 19 mai 1802 et les premiers médaillés militaires le furent au camp de Boulogne en 1804. La décoration devint définitive quant à sa forme à ce moment là " l'étoile à 5 branches que nous connaissons " depuis 1803, la légion d'honneur devint presque une habitude dans la famille Lavie : à chaque génération un ou plusieurs Lavie la reçurent à titre civil ou militaire. A notre époque ses fils Pierre et Jean-Marc continuent la tradition. A notre connaissance madame Madeleine Lavie (la grand-mère) est la seule femme de la famille Lavie qui fut proposée dans l'ordre de la légion d'honneur pour la remercier de toutes les œuvres charitables qu'elle avait créées. Elle refusa, disant que la bonne marche de ses œuvres était pour elle une récompense suffisante. Pour en revenir au colonel Lavie, voici un résumé de sa brillante carrière :

           Sous-lieutenant au 1er régiment de dragon, campagne du Rhin sous les ordres des généraux Broglie et Kellermann.
                        Lieutenant toujours au même régiment, campagne de Moselle, généraux Bourneville, Schlagenburg, Delannoy, Bouchard et Hoche
         Capitaine toujours au même régiment, les campanes dans les années les plus fameuses : Moselle, Sambre et Meuse, Angleterre, Allemagne du Danube et Italie, tous des généraux prestigieux : Jourdan, Hoche, Angereau, Kilman, Jourdan, Massena, Moreau, Berthier, Brune.

              Cette belle carrière s'acheva pendant la guerre d'Espagne à Lugo province de Salamanque, où il fut blessé le 19 mai 1809 par un boulet de canon. Il mourut le lendemain de ses blessures. Il avait 33 ans. Ainsi finit l'histoire du colonel Lavie qui apporta à sa famille une belle page d'histoire.

Collectif GUELMA FRANCE- Textes de Louis et Hélène Lavie © ;2006