LE DRAME ALGERIEN

Louis LAVIE

LE DRAME ALGERIEN
Avec l'aimable autorisation de Jean Marc LAVIE
Juillet Août 2010 en fin de page

            Ces quelques lignes sont dédiées aux hommes de toutes origines et de toutes confessions qui sont morts à la tâche pour construire une des plus belles provinces françaises et qui ont versé leur sang sur les champs de bataille d' AFRIQUE, de l'EUROPE et de l'ASIE pour la grandeur de la FRANCE.

AVANT-PROPOS

            Depuis le 1 novembre 1954, placé au cœur du drame qui désole cette belle province d'Algérie, j'en constate le développement.

            Au cours de ces quatorze mois tragiques, j'ai vainement attendu que des voix plus autorisées que la mienne s'élèvent pour faire connaître aux français les raisons de cette situation, qu'ils ignorent dans leur grande majorité.
            Devant le silence prolongé des uns, les calomnies souvent causées par l'ignorance, des autres, ne sais quelle force m'oblige à devenir auteur de fortune.
            Est-ce l'appel des quatre générations qui m'ont précédé sur cette terre, où elles ont travaillé durement avant d'y trouver leur dernier repos ?
            Est-ce le respect des amitiés forgées entre de nombreux Musulmans et ma famille, depuis plus d'un siècle, amitiés qui ne se sont jamais démenties ?
            Ce sont sans doute l'une et l'autre de ces raisons qui dictent ma conduite de Français et de catholique. Mais c'est plus encore le sentiment d'un devoir à remplir vis-à-vis des hommes de cette province de mon Pays.
           Il ne faut pas laisser le peuple de France, qui est le plus généreux du monde, commettre un geste d'abandon qui le conduirait à un bien sombre devenir et qui constituerait une mauvaise action envers dix millions d'hommes auxquels il a donné, avec son nom, une Patrie et un espoir.
           Aux jours sombres de 1914, de 1939, de1942. ils se sont levés d'un même élan pour voler au secours de leur Patrie d'origine ou d'adoption.
           Ils n'auraient pas pu concevoir une autre attitude, le patriotisme et les élans du cœur ne se discutent pas.
           Maintenant, ces mêmes hommes souffrent de déchirements qu'ils n'ont pas voulus.
           La Métropole hésite, les Français votent et font de l'Algérie la matière d'une campagne électorale, pendant que sur cette terre l'on attend l'élan du cœur, du patriotisme et de la raison, qui arrêtera les destructions et les meurtres.
Ne vaudrait-il pas mieux s'informer et agir ?

Ces quelques pages n'ont d'autre mérite qu'un objectivité et une sincérité qui pourraient, si besoin était, être confirmées par des documents irréfutables. Puissent-elles apporter quelque lumière !


LE CADRE DU DRAME

Nous avons commencé cet exposé par le récit des troubles qui se sont déroulés depuis novembre 1954, sur le sol d'Algérie.
La difficulté principale consiste à démêler l'écheveau de ces événements embrouillés à plaisir, pour en donner une image aussi claire et exacte que possible à ceux qui ne les ont pas vécus.
Vouloir décrire simultanément le cadre de ces événements, l'origine et le caractère des hommes qui en sont les acteurs, les causes économiques, sociales et politiques qui les ont préparés, aurait nui à la clarté de ce modeste ouvrage.
Il n'en reste pas moins que ces éléments sont nécessaires, aussi bien pour comprendre la situation actuelle en Algérie que pour dégager les solutions possibles. Nous allons donc essayer d'en donner un bref aperçu, car leur étude complète nécessiterait plusieurs volumes.

UN PEU D'HISTOIRE.
C'est en 1532 que François 1"' contractait avec Soliman 1, à l'occasion du siège de Nice, un traité d'alliance pour soutenir la lutte contre Charles Quint.
Le Bey d'Alger était le vassal de la Turquie et devint ainsi notre allié.
Cet acte diplomatique fut suivi de multiples traités passés entre les rois de France et les innombrables beys d'Alger (leur moyenne de règne était de trois ans, du fait de l'impatience des successeurs).
Ces traités avaient pour objet principal la pêche du corail et l'immunité du pavillon. Ils furent rarement observés par nos partenaires. La guerre de course était devenue, sous la domination turque, une véritable activité nationale.

Les choses en vinrent à un tel point qu'en 1814, au congrès de Vienne, les plénipotentiaires témoignèrent le désir de s'unir pour opposer une digue aux déprédations des corsaires.
L'Angleterre s'y opposa dans la crainte de voir renaître l'influence française sur les Barbaresques.
A ce même moment, une escadre américaine composée de trois frégates, un sloop, un brick et trois shooners et commandée par le capitaine Decatur, se dirigeait vers Alger. Voici ce qu'en dit un historien de l'époque (Galibert, page 246) :

" Elle venait relever l'Union d'un honteux " tribut que lui avait imposé le Bey.
" Avant même de se montrer devant la ville, " les Américains capturèrent trois navires algériens.
" Une attitude aussi énergique déconcerta le "divan", qui souscrivit presque sans réclamation " à tout ce qu'exigeraient des ennemis si détermi" nés à faire triompher leur bon droit.
" Le succès de cette expédition ramena l'attention des puissances européennes sur Alger et, " dès ce moment, elles résolurent d'abolir l'escla" vage des chrétiens dans les Etats Barbaresques. ~
C'est alors l'expédition de Lord Exmouth, en 1816, renforcée de six frégates hollandaises, qui, après d'interminables palabres, qui se prolongèrent jusqu'à Constantinople avec la Sublime Porte, aboutirent à l'ultimatum du 26 août.

En voici les conditions :
1°) Délivrance sans rançon de tous les esclaves chrétiens;
2°) Remboursement aux Etats Sardes et Napolitains des rançons payées pour leurs esclaves;
3°) Abolition de l'esclavage;
4°) Paix avec les Pays Bas aux mêmes conditions.
Sur le rejet de ces conditions par le divan, le bombardement commença et causa d'affreux ravages à la ville et aux bâtiments ancrés dans le port.
Les conditions furent alors acceptées et firent l'objet d'un traité définitif avec l'Angleterre.

Durant ce temps courait une vieille affaire.
Elle se rapportait à des livraisons de blé faites à Bonaparte durant la campagne d'Italie.
Les négociants Busnach et Bacri réclamaient à ce titre une somme, contestée, de 14 millions de francs à la France.
Une convention intervint le 29 octobre 1819 avec cette maison et fut ratifiée par le Dey. Elle ramenait la créance à sept millions.
Des oppositions nombreuses intervinrent, elles étaient prévues dans la convention, mais le Dey, en 1826, exigea le paiement de la somme intégrale. Le refus du Gouvernement français fut transmis le 27 avril 1827, par son représentant à Alger, M. Deval, qui reçut, en échange, le fameux coup d'éventail.
Le Gouvernement français, sans hésitation, prit parti pour son représentant et le Moniteur du 5 juin 1827 annonçait à l'Europe qu'une escadre avait quitté Toulon pour venger l'insulte faite à la France.

Le blocus d'Alger commença avec succès, puis fut compromis par les affaires d'Orient. Malgré l'entremise et l'intervention de l'Angleterre, l'expédition fut finalement décidée. Le 9 février 1830, l'ordre fut donné à la Marine d'armer 104 bâtiments, portant 40.000 hommes. Le 13 juin, la flotte jettait l'ancre devant Sidi-Ferruch et Alger se rendait le 5 juillet 1830, au général de Bourmont.
Quelle allait être l'attitude de la France, après cette victoire ?
Laissons parler le chroniqueur de l'époque:

" Il fallait donc un peuple nouveau, fortement " constitué, dominé par des idées généreuses et de "grands principes d'humanité, pour faire sortir " l'Mrique de l'état d'abrutissement où l'avaient " plongée vingt siècles d'oppression, de guerres, de " luttes, d'invasions qui nous séparent de cette " période si belle et si florissante où nous l'avons " vue, sous le patronage de Rome, prendre une " large part au mouvement général de la civilisation. ~
Cette promesse, la France l'a tenue intégralement, car en 125 ans, elle a fait d'une terre barbare, que nul n'osait aborder, un pays magnifique.
Cette transformation s'est opérée dans le respect des croyances, des personnes et des biens.
Elle a chassé les fléaux permanents du Pays, les guerres civiles, les maladies épidémiques, les famines.
Elle a ouvert, à tous, ses hôpitaux, ses écoles et ses facultés. Elle a réalisé une œuvre sociale et culturelle immense.
Quel pays a fait autant pour ses fils d'adoption et que ceux qui veulent lui jeter la pierre comparent leur œuvre à celle de la France.
Mais n'est-ce pas plutôt la réussite de cette œuvre qui attire les convoitises?

LES DONNÉES GÉOGRAPHIQUES, ETHNIQUES, ÉCONOMIQUES, DÉMOGRAPHIQUES ET POLITIQUES
Géographie.
Un territoire de 575.000 kilomètres carrés, appelé, par les Arabes, Djesirat el Moghreb, l'île du couchant, qui est bordée au Sud par une mer de sable et au Nord par la Méditerranée.
Des bandes parallèles à la mer découpent l'Algérie en quatre régions principales, très différentes les unes des autres.
Les plaines côtières, gagnées, pour la plupart, sur des marécages, depuis 1830, constituent la zone agricole la plus riche. La pluviométrie y atteint un mètre par an. Le climat y est doux et humide. C'est le royaume de l'oranger, de la vigne, du tabac, du coton, du maraîchage.
Le petit Atlas, ou Atlas Tellien, comporte une partie des terres productives, lorsque leur relief difficile et l'érosion n'interdisent pas de les cultiver. La pluviométrie est suffisante, allant de 400 à 700 mm., mais sa répartition est très variable. C'est le pays de l'olivier, du blé, de l'élevage.

Viennent ensuite les Hauts Plateaux, dont l'altitude atteint de 600 à 1.000 mètres et où la pluviométrie décroît, en allant vers le Sud, jusqu'à 150 mm
. Le climat y est très continental. C'était le pays du mouton. Nous avons commis l'erreur de détruire ces pâturages naturels, pour vouloir cultiver des céréales, qui, dans la partie sud, donnent une récolte tous les cinq ans.
Enfin, le grand Atlas et le Sahara.
Presque privée de pluviométrie, cette zone ne produit que quelques maigres pâturages, qui conviennent aux moutons hauts sur pattes, qui font chaque jour des distances considérables pour rechercher leur nourriture.
Des oasis fournissent des dattes d'une qualité remarquable. La pluviométrie est presque nulle. Toute culture est conditionnée par l'eau d'irrigation, qui apporte immédiatement la richesse.
Depuis un siècle, le nombre d'hommes qui vivaient en paix sur cette terre n'avait cessé de croître. Il était passé de deux à neuf millions.

ECONOMIE ET DEMOGRAPHIE.
La Région Economique d'Algérie nous donne des chiffres puisés aux sources les plus sérieuses et que nous reproduisons :
Importation (Francs) 1830 : 6.505.000 - exportation 1.479.000
1850 :72.692.136. - exportation 10.262.000
1864 : 136 458.000 - exportation 108.000.000
1900 : 259.355.000 - exportation 173.467.000
1913 : 729.111.000 - exportation 532.917.000
1953 : 202.000.000.000 - exportation 139.000.000.000
1954 : 218.000.000.000.- exportation 140.000.000.000.

En 1954, l'Algérie a acheté à la Métropole pour 172 milliards de francs et lui a vendu pour 102 milliards de francs
. Ces chiffres nous permettent de comparer la production de l'Algérie en 1830, sous la domination turque, et les résultats obtenus en 125 ans, sous l'impulsion de nos méthodes.

Il y a un facteur dont la Région Economique ne fait pas mention et qui constituait, cependant, le principal revenu de l'Algérie, en 1830. Ce sont les produits de la Guerre de Course.
(1) Les chiffres indiqués tiennent compte:
a) pour l'Egypte, du programme quinquennal et des "travaux neufs" ;
b) pour l'Algérie, du budget extraordinaire et de l'état des investissements des établissements nationaux (électricité, houillères, chemins de fer).
En dehors des prises proprement dites, des rançons et du produit de la vente des esclaves, il comportait des tributs fixes ou occasionnels, dont voici quelques exemples:
Le Danemark: cent mille écus et deux navires de munitions (1770) ;
Les Deux-Siciles: 24.000 piastres de tribut et 20.000 piastres de présents, annuellement;
La Toscane: 23.000 piastres de présents consulaires ;
La Suède et le Danemark: Munitions pour 4.000 piastres fortes;
L'Angleterre: 600 livres au renouvellement des Consuls;
L'Autriche, la Hollande, etc ... : sommes non définies.
Nous avons privé l'Algérie de cette industrie, c'est même pour cela que nous y sommes venus.
Telle est l'œuvre déjà accomplie. Elle est immense et magnifique.

Il reste beaucoup de chemin à parcourir, cependant, car le revenu moyen par habitant n'est que d'environ un huitième de celui dont disposent les Français de la Métropole.
Ce relèvement, la Métropole y a autant d'intérêt que l'Algérie, car il constitue le meilleur moyen de résoudre les problèmes politiques et ce n'est plus alors 172 milliards par an de produits que la Métropole pourrait vendre à l'Algérie, mais au moins huit fois plus.
Au fur et à mesure que le niveau de vie s'élève, la part des produits industriels augmente.
L'économie métropolitaine connaîtrait ainsi une expansion et une prospérité qu'elle n'ose espérer. Les moyens pour y parvenir existent, mais ne sauraient trouver place ici, nous essayerons d'en faire l'objet d'un autre ouvrage.
De l'ordre d'un million d'âmes en 1830, la population autochtone dépasse maintenant huit millions d'habitants.

Ces deux chiffres, si nous ajoutons que 80 % des terres et du bétail, qui constituent le revenu principal dans un pays essentiellement agricole, appartiennent à des Musulmans, nous auront situé l'action française en 125 ans.
Mais cet effort immense, qui aurait assuré à la population de 1830, même doublée, un niveau de vie au moins égal à celui de la plupart des pays d'Europe, a été dépassé par le développement de la population, au cours des dernières années et le revenu individuel n'a pas progressé comme nous l'aurions voulu. Lorsqu'une population est décimée, comme l'était celle de l'Algérie avant 1830, par des fléaux permanents, un phénomène d'auto-conservation la pousse à une natalité excessive.
Si les pertes de vies humaines cessent, l'accroissement de la population est alors très rapide, mais il est non moins constant que l'élévation du niveau de vie freine ce phénomène.
Une autre conséquence de cette poussée démographique extraordinaire, à laquelle il n'est pas attaché assez d'importance, c'est que le peuple algérien est un peuple jeune, soixante-cinq pour cent de la population est âgée de moins de 25 ans.
Cette jeunesse musulmane pose un des problèmes essentiels à résoudre. Nous verrons plus loin quel est son sort et ce que l'on peut attendre d'elle.

LE REGIME POLITIQUE. Le système d'administration, sous la domination turque, était extrêmement décentralisé. Les moyens de communication de l'époque n'en auraient pas permis d'autre.
L'expulsion des Turcs avait dispersé tous les rouages de l'organisation du pays.

En 1834, le gouvernement général fut institué et des bureaux arabes, dont les officiers assuraient la liaison avec les chefs autochtones régionaux, furent installés.
Dès 1848, l'Algérie fut déclarée partie intégrante du territoire français et divisée en départements.
Après le coup d'état de 1852, l'Algérie perdit ses libertés et fut placée sous un régime spécial, en attendant la Constitution promise par Napoléon III et qui ne fut jamais promulguée.
L'autorité militaire recouvra la prédominance qu'eUe avait momentanément perdue.

En 1858, création d'un ministère de l'Algérie et suppression du gouvernement général.
L'expérience fut catastrophique et l'on en revint, deux ans plus tard, au système antérieur. Réorganisé en 1864, le gouvernement général fut entièrement subordonné au pouvoir militaire. La défaite de 1870 et la disparition du régime impérial firent triompher les tendances assimilatrices.
L'Algérie cessa de dépendre du ministère de la guerre et fut rattachée à celui de l'intérieur. Le gouvernement général prit la forme civile en 1878, les décrets de 1881 limitèrent considérablement les pouvoirs des Gouverneurs, par réaction contre l'omnipotence de leurs prédécesseurs.
Ce fut le système des "rattachements de chacun des services de l'Algérie aux divers ministères métropolitains.
Les résultats furent si mauvais que l'avenir des trois départements parut compromis.

Une seule de réformes, accomplies de 1896 à 1900 rendirent leurs pouvoirs aux Gouverneurs, donnèrent l'autonomie financière avec la création des Délégations Financières.
C'est sous ce régime, qui devait durer jusqu'en 1947, date de l'institution du nouveau statut, que l'Algérie allait connaître son plein essor.
Elle eut à cette époque "le plus beau budget du monde ~, sous l'impulsion de grands Gouverneurs, dotés de pouvoirs étendus, une gestion financière sage et avisée, des Délégations financières composées de quatre sections (colons, non colons, Kabyles et Arabes) allaient permettre l'équipement rationnel du pays, sous le contrôle tutélaire de la Métropole.
La loi du 20 septembre 1947, instituant le Statut de l'Algérie, qui se voulait généreuse envers les populations autochtones, disposait notamment:

Article 2 - a) que l'égalité effective est proclamée entre tous les citoyens français.
" Tous les ressortissants de nationalité française des départements d'Algérie jouissent, sans distinction d'origine, de race, de langue, ni de religion, des droits attachés à la qualité de citoyen français et sont soumis aux mêmes obligations. Ils jouissent notamment de toutes les libertés démocratiques, de tous les droits politiques, économiques et sociaux attachés à la qualité de citoyen de l'Union française, garantis par le préambule et l'article 81 de la Constitution de la République Française. Toutes les fonctions publiques leur sont également accessibles. Dans les armées de terre, de mer ou de l'air, dans la magistrature et dans toutes les administrations, services publics ou concédés, services subventionnés, secteurs nationalisés, les conditions de recrutement, de promotion, d'avancement, de rémunération, d'allocation, de mise à la retraite, de pensions, s'appliquent à tous, sans distinction de statut personnel.
" Des décrets détermineront, dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, les conditions d'application de l'alinéa précédent, notamment en assurant l'égalité absolue des traitements, allocations ou pensions et la constitution des cadres communs uniques dans les diverses branches des administrations ou services. " Aucune mesure, règle ou loi d'exception ne demeure applicable sur les territoires des départements algériens.:
Il nous suffit de passer à l'article 3 pour lire: " Tous les citoyens qui n'ont pas expressément renoncé à leur statut personnel, continuent à être régis par leurs droits et par leurs coutumes en ce qui concerne leur état, leurs successions et ceux de leurs immeubles dont la propriété n'est pas établie conformément aux lois françaises sur le régime foncier en Algérie ou par un titre administratif, notarié ou judiciaire. Sauf accord des parties, leurs contestations continuent à être soumises aux juridictions qui en connaissent actuellement selon les règles en vigueur.
" Quand ils résident en France métropolitaine, ils y jouissent de tous les droits attachés à la qualité de citoyen français et sont soumis aux mêmes obligations.
Le seul rapprochement des articles 2 et 3 permet de mesurer la logique et le bon sens d'un texte qui constitue la Charte de l'Algérie.
Aucune loi d'exception ne demeure applicable, lisons-nous à la fin de l'article 2, mais l'article 3 maintient en vigueur les lois coraniques et leurs juges, la polygamie, etc ...
L'article précédent ayant proclamé l'égalité des droits, il s'ensuit que les allocations familiales sont dues sur les mêmes bases à des polygames, dans un pays où le problème principal à résoudre provient d'une natalité excessive. Il ouvre également la possibilité à un magistrat musulman polygame de condamner un citoyen appartenant à une autre confession pour ... polygamie. En matière de loi d'exception et de distinction religieuse, il est difficile de faire mieux.
b) Les points les plus délicats faisaient l'objet de décisions de principe, mais leur solution effective était laissée à l'Assemblée algérienne, par exemple:
e Article 4. - Les femmes d'origine musulmane jouissent du droit de vote. Une décision de l'Assemblée algérienne, prise dans les conditions prévues aux articles 14, 15 et 16 du présent statut, fixera les modalités de l'exercice du droit de vote.

e Article 5-6. L'indépendance du culte musulman à l'égard de l'Etat est assurée au même titre que celle des autres cultes, dans le cadre de la loi du 9 décembre 1905 et du décret du 27 septembre 1907.
" L'application de ce principe, notamment en ce qui concerne l'administration des biens habbous, fera l'objet de décisions de l'Assemblée algérienne, rendues exécutoires selon la procédure instituée aux articles 15 et 16 du présent statut.
"Les grandes fêtes musulmanes: Aïd-es-Séghir, Aïd-el-Kebir, Mouloud et Achoura sont déclarées fêtes légales en Algérie.
En fait, aucune de ces deux questions ne fut résolue. Les délégués musulmans ne tenant nullement à s'aventurer sur un terrain aussi glissant et les autres craignant de heurter les premiers en s'immisçant dans leurs affaires. L'article 6 crée une Assemblée algérienne, venant remplacer les anciennes " délégations financières ". Dans la nouvelle Assemblée, la parité est assurée aux Musulmans (au lieu de 2/5) et la délégation kabyle a disparu. Cette Assemblée est chargée de gérer c'est en accord avec le Gouverneur Général ", les intérêts propres à l'Algérie. Les décisions de cette Assemblée ne sont exécutoires (art. 15) qu'après avoir été homologuées par décret. En cas de refus d'homologation, le Parlement français statue.

Les 120 membres de cette Assemblée sont élus par deux collèges distincts.
Le premier collège est composé des chrétiens, protestants, juifs ou libres penseurs, auxquels on a adjoint les musulmans remplissant certaines conditions :
Officiers, anciens combattants, Diplômés de tous ordres, y compris le certificat d'études, Fonctionnaires, Titulaires de décorations, etc ...
Le second collège est composé de tous les autres musulmans, quel que soit leur degré d'évolution.
L'erreur apparaît immédiatement, sans avoir besoin d'être un législateur qualifié.

Les musulmans inscrits au premier collège représentent suivant les circonscriptions et la densité de leur peuplement européen, de 10 à 40 % des électeurs, leur nombre ayant augmenté sans cesse, notamment du fait de notre effort de scolarisation. Ils deviennent les arbitres des luttes entre les candidats de différents partis politiques qui s'affrontent au premier collège et pouront un jour les évincer, ce qui aurait pour effet de rompre la parité voulue par le législateur.
Au second collège, qui, lui, est purement musulman, les candidats ne sont pas freinés par la présence, dans le corps électoral, d'électeurs représentant les autres groupes ethniques ou philosophiques.

La totalité des électeurs sont illettrés, les autres étant inscrits au premier collège. Leur stade d'évolution est comparable à celui du moyen âge en Europe.
Ils sont extrêmement sensibles à l'éloquence et aux mouvements de foules, surtout s'ils sont dictés par le fanatisme religieux ou le racisme.
Les résultats ne se firent pas attendre. Après avoir donné le droit de vote à des hommes qui n'y étaient pas préparés, il a fallu truquer, pour les empêcher de l'exercer.
Mais alors que faire?

La Constitution des deux collèges dit "purs:. paraît séduisante, à première vue.
Elle présente cependant un grave danger, c'est d'amener la constitution de deux blocs systématiquement et résolument opposés, qui se traduira par l'opposition des élus dans des assemblées paritaires, les frappant de stérilité et risquant de les transformer en champs clos.
Le collège unique est certainement le plus valable, à la condition formelle qu'il n'entraîne pas l'élimination d'un groupe ethnique par l'autre, sous la pesée de la loi du nombre.
Il faut, au contraire, qu'il amène une fusion des intérêts et des buts par l'équilibre de base du corps électoral.
Or, il se trouve justement que la partie évoluée de la population autochtone et la population d'origine européenne se trouvent dans un équilibre numérique approximatif.

Cette population autochtone évoluée étant de plus la seule en mesure d'exercer valablement des droits civiques, nous sommes amenés à penser que la solution peut résider dans une formule de collège unique, composé de ces deux éléments.
Les candidats des deux groupes étant élus sur les mêmes listes et en nombres égaux.
Mais revenons au Statut de l'Algérie. Nous citerons un dernier exemple :
L'article 53 supprime les Communes Mixtes et d'un même coup les administrateurs et les caïds.
En fait, cette décision n'a jamais été appliquée.

Mais elle a eu pour effet de tarir le recrutement d'un corps d'élite et d'écœurer ceux qui restaient en place. Leur principal rôle consiste à remplir d'innombrables paperasses dans un bureau.
Là, encore, on a dû ruser pour ne pas appliquer une décision qui avait été prise sans en mesurer les conséquences.

Le résultat s'est traduit par une sous-administration des campagnes, où les populations restent parfois deux ans sans voir un fonctionnaire et doivent parcourir des distances considérables pour remplir un acte d'état civil ou une démarche.
Par contre, nous disposons dans les grandes villes d'une administration pléthorique dont la centralisation freine par sa lenteur le développement du pays et constitue une lourde charge budgétaire.
C'est sans doute une des causes principales des troubles qui sont nés dans les campagnes.

Il nous faut maintenant remédier hâtivement à cette situation. Ce sont les officiers des Affaires musulmanes que l'on a chargés de ce rôle dans l'Aurès. Ils ont immédiatement obtenu d'excell1ents résultats. Mais ce corps d'élite, dont les membres sont passionnés par leur mission, parlent les dialectes locaux, connaissent les mœurs et les lois des Musulmans, est lui aussi réduit à sa plus simple expression.

Pour les autres régions, il a fallu recruter et former à la Hâte des officiers volontaires. Ils auront certainement toutes les qualités humaines pour bien remplir leur délicate mission, lorsqu'ils auront appris ce qu'ils ignorent pour la plupart : langue, mœurs, coutumes.
Si nous mettons ces erreurs en relief, ce n'est certes pas pour le plaisir de critiquer.

C'est parce qu'elles expliquent, pour une large part, nos difficultés actuelles et qu'il faut, à n'importe quel prix, éviter de les renouveler, si la France veut garder l'Algérie.

(suite juillet 2010)

LES ELEMENTS DE LA SOCIETE.
Nous avons vu les tendances successives et les réactions d'une société.
Une autre erreur, très grave, a été de considérer cette société comme un ensemble cohésif et dont les réactions sont uniformes.
Nous avons groupé les autochtones sous le vocable de "Musulmans", comme si une appartenance philosophique pouvait, à elle seule, suffire à classer un homme. Il suffit de considérer la complexité d'une société chrétienne, dans les domaines sociaux, intellectuels et politiques, chez des nations formées et unifiées depuis des siècles, pour juger de la mosaïque que peut représenter la population de l'Algérie.
Il a fallu choisir l'appartenance religieuse, qui constitue le seul point commun de ces populations autochtones, comme si l'on voulait les mieux séparer des éléments d'origine européenne, ou faire renaître quelque guerre de religion.

En fait, ces populations d'origines ethniques les plus diverses, se répartissent en classes sociales, qui ne sont pas seulement séparées, comme en Europe, par la propriété des biens matériels, plus ou moins importants, ou par une culture intellectuelle plus ou moins poussée, elles sont séparées par des siècles de civilisation.
Entre la population rurale, qui constitue l'élément principal, plus particulièrement celle des Aurès ou de Haute Kabylie, dont les coutumes sont inchangées depuis l'époque carthaginoise, qui règle ses affaires suivant les vieux "kanoun" devant le conseil des anciens, qui parle le Berbère, que des siècles d'occupation arabe n'ont pu lui faire abandonner, qui laboure ses champs avec l'arare romaine, qui moud son grain dans un moulin romain manœuvré à la main, qui fabrique et tisse ses vêtements, les mêmes depuis vingt siècles, et le docteur en médecine ou l'avocat musulman, sorti souvent brillamment de nos facultés, qui a beaucoup de peine à s'exprimer en berbère ou en arabe, il y a vingt siècles d'espace.

Une grande partie des populations du Sud, qui vivent des produits de leurs troupeaux, sont nomades pour poursuivre, suivant les saisons, le cycle des pâturages.
Il y a les commerçants des villes, souvent avisés, parlant tous le français, sachant presque tous lire et écrire.
Il y a les propriétaires terriens, formant une bourgeoisie aisée.
Il y a les anciens combattants, qui ont parcouru l'Europe, qui ont vu et compris beaucoup de choses.
Il y a les milieux religieux où les Ulémas ont livré, ces dernières années, une lutte sourde mais violente contre les Marabouts, qui y ont perdu la plus grande part de leur influence.

Et l'on a voulu fondre tous ces hommes dans un même creuset, parce qu'ils sont musulmans?
C'est une des erreurs dont nous payons les conséquences actuellement.
La société d'origine européenne n'est pas moins diverse, elle se calque assez sur celle de la Métropole.
L'élément dominant est constitué par les cultivateurs, qui sont très comparables à nos paysans et petits propriétaires terriens de France, mais leur sort est souvent plus dur, car la terre, à l'exception des plaines côtières, produit beaucoup moins, les aléas sont plus grands, le climat pénible.

LA JEUNESSE MUSULMANE.
Nous avons dit que la population de l'Algérie comprenait 65 % d'éléments âgés de moins de 25 ans. Cette jeunesse musulmane, quel est son sort?
Lorsqu'elle vit dans les campagnes, suivant les coutumes ancestrales, la culture du lopin de terre familiale, le lait du troupeau, les vêtements tissés à la main, lui assurent une existence matérielle, dont sa frugalité arrive à se suffire. La beauté du paysage, les moutons gardés au son de la flûte, lui font oublier qu'elle est malheureuse, si jamais elle l'a pensé.
Mais il yale mirage de la richesse et de la lumière des villes, celui d'un salaire stable, d'allocations familiales, etc ... Ce même mirage joue pour les emplois dans la Métropole.
Alors, un jour, lasse du lopin de terre, mal cultivé, trop petit pour nourrir une famille devenue trop nombreuse, de l'indivision, fléau du droit musulman, elle se décide à tenter la grande aventure. La voilà partie, sans argent, sans métier. Elle va à la ville, grossir le nombre des malheureux qui vivent dans les bidonvilles. Sortie de sa famille et de l'ambiance bucolique, elle connaît la vraie misère.

Travaillant quand il le pourra, le loyer de la tanière qu'il partage avec combien d'autres, absorbera une large part des salaires du jeune musulman venu de sa campagne. Il y fera de mauvaises rencontres, il sera poussé à voler, à se révolter contre l'autorité, à tuer souvent.
Peut-être réussira-t-il à toucher des allocations familiales, même s'il ne travaille pas, même s'il est célibataire. Il y a des artisans qui se prêtent à ces manœuvres moyennant un pourcentage et il y a tant d'enfants à louer.
Le Budget de l'Algérie est écrasé sous le poids des constructions scolaires, mais une faible partie des enfants est scolarisée, parce que chaque école coûte une fortune; on apprend à lire même sous un olivier.
Peut-être aura-t-il la chance d'entrer dans un de ces palais luxueux, qui attirait l'attention d'un américain de passage, qui me fit cette réflexion : "Voyez-vous, on nous informe bien mal, en Amérique. L'on m'avait fait croire que l'Algérie est un pays pauvre et que nous sommes un pays riche. Cependant, la plupart de nos écoles sont encore en bois. ~ Que répondre ? Mais je pensais que tous les enfants américains sont scolarisés et que le plan Marschall aurait pu être plus efficacement utilisé.

Le jeune élève y apprendra notamment le culte de nos héros nationaux, mais il pensera aux siens. Parfois, l'instituteur lui apprendra aussi celui de Lénine.

Cet enfant, lorsqu'il a son certificat d'étude, croit que le monde s'ouvre devant lui, qu'il a des droits. Le seul droit qui lui a été donné, c'est de comprendre qu'il est malheureux.
Il sera tout étonné d'être rendu à la rue, parce qu'au sortir de l'école palais, l'on ne songe pas à lui apprendre un métier même modeste, parce que l'usine, la manufacture, qui lui permettrait de gagner sa vie, n'existe pas.
Il sera bientôt un aigri, puis un révolté et nous nous étonnerons que la jeunesse soit antifrançaise.
S'il réussit à réunir la somme qui lui permettra de se rendre dans la Métropole, il aura du mal, sans formation professionnelle, à trouver un emploi, il vivra dans un taudis, il sera bientôt pris en main par une organisation subversive.
Il votera communiste. S'il possède les qualités requise, il fera un agitateur qui, dûment stylé, sera renvoyé en Algérie pour saper la France.
La France a voulu l'évolution de cette jeunesse, mais elle ne sait pas la constater et en tirer les leçons.

Ceux qui se sont penchés sur cette jeunesse, que ce soit dans le domaine militaire, industriel ou sportif, peuvent dire combien elle a évolué et les possibilités qu'elle offre.
Elle a pris, avec la conscience de son rôle, celui de ses devoirs. Capable de fournir un effort continu, douée d'une grande faculté d'adaptation, d'une conscience professionnelle souvent remarquable, elle peut fournir d'excellents spécialistes et chefs de services.
C'est de l'effort que nous saurons faire pour donner à cette jeunesse les terres, la formation professionnelle, les industries, les places qu'elle attend de part et d'autre de la Méditerranée, que dépendra l'avenir et la prospérité de l'Algérie.
A l'image de ce qui s'est fait dans certains pays européens, dans certaines provinces métropolitaines, nous pouvons transformer ceux qui sont aujourd'hui une cause de pauvreté et de déchirements, en une raison d'espérer et une base de prospérité.

L'EVOLUTION DES CŒURS ET DES ESPRITS.
La tradition orale, qui est très forte en Afrique du Nord, permettait, durant les longues veillées, aux conteurs remarquables que sont les Musulmans, de faire revivre, devant leurs auditeurs émerveillés, les grandes actions des siècles passés.
Les concussions, les razzias, les famines, les épidémies qui sévissaient avant 1830, étaient décrites avec un luxe d'images et s'opposaient à la bravoure, à la générosité, à l'honnêteté et à la puissance française.
A côté des autochtones reconnaissants des bienfaits apportés dans les plis du drapeau tricolore, une autre réussite consistait dans l'adoption d'éléments européens, venus de tous les pays du bassin méditerranéen, qui embrassaient avec or-gueil la citoyenneté française. Les uns et les autres devaient prouver au cours des deux guerres, où ils prodiguèrent leur sang avec un enthousiasme et un héroïsme dignes de nos plus belles traditions, qu'ils étaient Français, entièrement Français.
Puis, ce fut la défaite de 1940, l'armistice.
Au cours de vingt siècles de dominations diverses, les peuples d'Afrique du Nord ont adopté le "væ victis" des Romains.

Ils n'ont jamais hésité à mettre à profit les défaites des peuples qui leur imposaient leurs lois. Hussein Pacha, en 1830, en avait prévenu le général de Bourmont.
Cependant, l'Algérie resta d'un calme admirable. Les Musulmans pleuraient la défaite des armes françaises en disant "notre défaite".
Pourtant, le pays souffrait durement de sa rupture économique avec la Métropole, la misère était grande, l'exutoire de la main-d'œuvre excédentaire vers la France était tari, ainsi que l'apport des salaires de ceux restés de l'autre côté de l'eau. Une propagande violente de l'Axe s'exerçait contre nous. Il n'empêche que les Commissions d'armistice, qui opéraient en Algérie, n'ont jamais été informées des dépôts clandestins d'armement et, qu'après le débarquement de 1942, les parachutistes allemands n'ont jamais pu accomplir leurs missions, car ils étaient immédiatement dénoncés ou capturés par les populations autochtones.
En 1945, ces mêmes hommes se révoltaient à Sétif et à Guelma, massacraient sauvagement des Européens.
La rébellion, si elle n'avait été étouffée dans l'œuf, aurait risqué de gagner toute l'Algérie.
Que s'était-il donc passé?

Si la propagande allemande avait laissé peu de traces, celle du pacte Atlantique, peut-être mal comprise, avait agi sur les esprits.
Le Manifeste de M. Ferhat Abbas traduisait les aspirations d'un certain nombre d'intellectuels, groupés dans le sein de l'U.D.M.A.
Son auteur avait pourtant déclaré avoir cherché en vain la trace, dans l'histoire, de la "Nation algérienne ~.

Les Gétules, puis leurs descendants, les Berbères, auxquels appartient M. Abbas, ont été xénophobes depuis la plus haute antiquité, il faut reconnaître leur constance dans ce domaine. Ils se divisent en quatre groupes ethniques, qui n'ont, pour commun diviseur à travers l'histoire, que leur haine de l'étranger, qu'ils cherchent à expulser pour reprendre, en famille, leurs luttes intestines.
Sous le régime de la théocratie arabe, qui n'admettait pas, comme les démocraties, les oppositions politiques, ils surent recouvrir leurs révoltes du manteau religieux, en utilisant de nombreux schismes. La plus grande héroïne de l'indépendance berbère, la Kahena, était de religion juive.
C'était une grave erreur que de considérer ces premières convulsions comme des explosions sans lendemain, disait-on, dans les milieux officiels, alors qu'elles n'étaient que les conséquences de faits que nous allons examiner.

La première, sans doute la plus grave, provient des déchirements dont les Français ont donné le spectacle à la libération et du besoin que certains ont éprouvé de mêler les Musulmans à ces luttes fratricides, la plupart du temps dans des buts de politique partisane.
La condamnation de Musulmans ayant appartenu à des organisations telles que la Légion des Combattants, dans le seul but d'être fidèles au Chef de l'Etat, sans que cela ait d'autre signification politique, jeta le désarroi dans les esprits.

En fait, les populations nord-africaines, bien que très diverses, ont en commun le goût des révolutions de palais et, pour beaucoup de leurs hommes, la guerre ou la guérilla est un sport plus attrayant que le foot baIl ou même la chasse. Nous leur donnions l'exemple; ils ne pouvaient pas laisser passer une si belle occasion.
Les partis politiques déchaînés voulurent accaparer à leur profit cette masse d'électeurs du premier et du second collège, qui venaient de recevoir, en bloc, la citoyenneté (déclaration de Constantine du général de Gaulle). Nous n'étonnerons personne en disant que les communistes furent les plus virulents. Nos députés musulmans furent socialistes, M.R.P., Radicaux, suivant les tendances gouvernementales et préfectorales.
Comme je demandais à l'un d'eux des nouvelles d'un de ses collègues, qui venait d'entrer au M.R.P., il me fit cette réponse humoristique: Ne m'en parlez pas, ils me l'ont canonisé~.

Les Communistes essuyèrent un échec total sous leur drapeau. Avec la souplesse et l'habileté que l'on ne saurait leur refuser, ils comprirent très vite que le marxisme et le Coran n'étaient pas faits pour s'entendre.
Ils reportèrent alors leurs efforts sur les partis nationalistes, auxquels ils apportèrent organisation, moyen de propagande et aide financière, avec un plein succès.
Le Parti du Peuple Algérien (P.P.A.) et son chef Messali reparurent avec une violence inattendue. Dissout, il se reconstituera sous le nom de M.T.L.D. d'où sortira le M.N.A., qui organisera, avec l'appui des communistes, la rébellion de novembre 1954.
Mais n'anticipons pas.
Le Statut de l'Algérie vient d'être promulgué.

Après les passages désastreux, au Gouvernement de l'Algérie, du général Catroux et de l'Ambassadeur Chataigneau, M. Naegelen venait de prendre les rennes.
Il se trouve, à peine installé, devant une situation dramatique, qui se concrétise par les premières élections à l'Assemblée algérienne.
Le P.P.A., magnifiquement organisé par les communistes (P.C.A.), est en mesure d'enlever les soixante sièges du deuxième collège, par la force.
Le procédé est simple. Des équipes de choc, et ce mot prend toute sa signification avec de tels hommes, sont placées devant tous les bureaux de vote.
La plupart des Musulmans des campagnes sont encore illettrés. Ils se sont fait donner, par un ami, le bulletin de vote de leur choix.

Les hommes du P.P.A. les leur enlèvent, par la violence, si c'est nécessaire. Nantis d'un bulletin P.P.A., ils vont voter sous la surveillance d'un membre du Parti.
Malheur à celui qui essayerait de changer le bulletin P.P.A.
Le Gouverneur Naegelen, courageusement et faisant abstraction de ses appartenances politiques, n'hésite pas à faire modifier le résultat du scrutin, pour parer à cette manœuvre.
Ce résultat, que l'on dira truqué, représente~ en fait, beaucoup mieux la tendance réelle des électeurs que celui qui serait sorti des urnes.
Mais il ne fallait pas l'ériger en système permanent, pour le deuxième collège, d'où il avait même tendance à déborder sur le premier collège.
Une administration de plus en plus nombreuse dans les villes, de plus en plus clairsemée et lointaine dans les campagnes appliquant des méthodes trop complexes et trop paperassières, soumise à trop d'influences, a vu peu à peu les masses s'éloigner d'elle.
Tout cela ne crée pas un bon climat
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(suite prochainement)

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