DESINFORMATION DE L'HISTOIRE DES HARKIS
par MAURICE FAIVRE
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Triomphe du misérabilisme

Le livre de Maurice Faivre traitant de l'action sociale de l'armée en faveur des harkis, avait été rédigé au début de 2007. Certaines données historiques n'avaient pas été prises en compte, d'autres se sont révélées depuis juin 2007. Il convient de les rappeler ici, en les classant dans l'ordre chronologique.

- - lors du Comité des Affaires algériennes du 23 mai 1962, présidé par le général de Gaulle, il avait été décidé de bloquer les crédits d'aide aux musulmans rapatriés, afin de financer l'installation dans les camps, l'hébergement et l'encadrement des travailleurs. Le prétexte en était que " les musulmans n'étant pas adaptés à la vie européenne, une aide individuelle est inopportune (sic) ". Cette décision inique (confirmée par la thèse de FX Hautreux) a été très mal ressentie par certains rapatriés, qui ont accusé les chefs de centres d'accueil de mettre les allocations dans leur poche (accusation que Dalila Kerchouche a reprise dans ses livres et ses films).
- - en 1999, interrogée par Mohand Hamoumou et Jean-Jacques Jordi, Dalila rapporte les accusations de sa mère : Vas-y, ma fille, écris ce qu'ils nous ont fait…Et n'oublie pas les tentes sous la neige, les maisons de redressement où l'on envoyait les jeunes, les gendarmes qui poursuivaient les mères et leurs enfants à travers les champs de pruniers, le directeur du camp qui empochait la moitié des allocations..Mon père écoutait, de plus en plus agacé. " Mais non, s'exclame-t-il, tu racontes n'importe quoi. Ce n'était pas comme ça. Ecoute , ma fille, je vais te raconter… " (extrait de Les harkis, une mémoire enfouie, éd. Autrement, page 127)
- - après avoir publié Leila, avoir 17 ans dans un camp de harkis (c'est en fait l'histoire de sa sœur, car elle-même est née en 1973 et n'a aucun souvenir des camps), Dalila a réussi à faire produire deux films : Harkis par France 2 et Amère patrie par ARTE, dont la critique est jointe en annexe, et une pièce de théâtre, présentée en novembre à Villeneuve-sur-Lot avant d'être reprise par Ariane M'Nouchkine en octobre 2008.
- - lors de cette présentation dans le Lot, Dalila a été interpellée par Denise Bourgois, l'ancienne assistante sociale du camp de Bias. L'intervention courageuse de cette octogénaire est rapportée par la Dépêche du Midi des 15 et 16 novembre 2007 sous le titre Polémique sur la vie du camp :" le camp, ce n'était pas le paradis, mais ce n'était surtout pas l'enfer que présente Dalila…Quand le gouvernement a fermé le camp, la plupart des gens sont partis. Mais un petit nombre s'est accroché et a souhaité rester. Est-ce qu'on peut se permettre de rester en enfer ? "
- - d'autres témoignages sur ces débats ont été publiés par la revue Ancrage de Villeneuve ; ils sont émouvants dans leur objectivité.
- - le jeune sociologue Salah Abid, qui prépare un livre sur le camp de Bias, écrit le 24 février 2008 à madame Bourgois : " il est facile de faire une construction à charge, sans s'embarrasser des nuances…ce type de démarche répond à la demande de produits à connotations émotives (exemples D.Kerchouche, F. Besnaci et d'autres). Ouvrages à mon goût trop tendancieux,, qui ne reflètent pas la complexité de la réalité historique (trop d'imprécisions, forte imprégnation idéologique, sources quasi inexistantes ou aléatoires, misérabilisme suspect)…De premier ordre, les multiples témoignages (publiés par le général Faivre) rééquilibrent la perception générale… ".
- - Fatima Besnaci-Lancou et Gilles Manceron ont présenté en février 2008 leur livre Les harkis dans le colonisation et ses suites, qui à côté d'observations exactes comprend un certain nombre de contre-vérités, soulignées en annexe 2. La Ligue des Droits de l'Homme relancent en octobre 2008 une action tous azimuts.
- - Khemissi Bouneb, fils de harki, docteur en anthropologie et auteur de Délit de faciès, se souvient très bien des années vécues dans les camps. Il vient d'écrire deux articles très intéressants (Harkis : travail sur la mémoire et psychothérapie - Harkis et identité), dans lesquels il écrit : je n'ai jamais observé de maltraitance de la part des chefs de camp, les monitrices chargées de l'éducation des familles étaient d'un grand dévouement…Parmi les dirigeants de ces camps, souvent d'anciens militaires pieds-noirs ou français de souche, il y avait des gens formidables et dévoués...
- - Elisa Cornu, photographe artistique, a présenté le 25 septembre 2008 aux Invalides une exposition Harkis, portraits au camp des Invisibles. Des harkis et leurs enfants sont ainsi photographiés après la dissolution du camp de Fuveau ; ils sont très dignes et suscitent la compassion, mais on s'étonne de ne voir aucune image du camp lui-même ; seules des maisons détruites rappellent qu'il y eut autrefois un hameau forestier; les harkis vivaient dans des ruines ; on ne peut pas faire plus misérable !

- Maurice Faivre, le 27 septembre 2008

Annexe 1
La désinformation de l'histoire des harkis par la télévision

Nos pères sont des héros, conclut Dalila Kerchouche dans le Monde du 7 octobre 2006. Elle a donc évolué depuis l'époque où elle admirait son père pour avoir livré des munitions à l'ennemi (mon père ce harki, le Seuil, 2004). Ce sont désormais des patriotes, attachés à la France qui les a trahis, abandonnés et relégués dans des enceintes carcérales. Bravo ! La trahison a changé de camp !

Comme elle n'avait qu'un an au moment où elle a quitté ces centres d'accueil, elle ne peut que rapporter le souvenir de ses parents et de ses frères, recueilli 40 ans après les faits. Accentuant la victimisation des harkis maltraités dans ces prisons elle ne cite que des témoignages qui vont dans le sens de sa thèse : le colonialisme a prospéré dans ces camps, dirigés par des officiers brutaux et prévaricateurs. Je reviendrai sur les contre- vérités révélées dans les deux films dont elle fait la promotion : Les harkis, fiction dramatique réalisée à Antenne 2 par Alain Tasma ; Amère patrie, documentaire produit sur Arte par Manuel Gasquet, avec la caution de Serge Moati .

Histoire et fiction

Dans l'article du Monde précité, et dans le documentaire d'Arte, un appel est lancé à tous les survivants et à tous les historiens, pour qu'une histoire des harkis, vraie et apaisée, soit écrite et diffusée à tous les Français, qui l'ignorent. Sans doute les auteurs ne se rendent-ils pas compte que dans les deux films ils mélangent la fiction et l'histoire, ce qui est une faute grave vis-à-vis de la déontologie de l'historien.
Ainsi le film d'Antenne 2, qui est un très bon fils de fiction, s'achève-t-il par une donnée historique inexacte. Il reconnaît, de façon louable, que 50 à 80.000 harkis ont été massacrés à la fin de la guerre d'Algérie, mais il ajoute : "en France, la plupart des 90.000 rescapés furent parqués dans des camps et des hameaux forestiers" .
La réalité est tout autre :
- il n'y eut pas 90.000 rapatriés de la communauté harkie, mais 66.000 (rapport de la Mission interministérielle au Parlement en février 2006),

- l'effectif parqué dans les camps et hameaux forestiers fut très minoritaire et en déclin rapide par rapport au total des rapatriés : 29% en 1963, 15% en 1965, 6% en 1970, 3% en 1974 (loi de Finances pour 1964 et thèse Heinis). En septembre 1963, 20.289 rapatriés ont quitté les camps pour être reclassés individuellement dans les départements et plus de 20.000 ne sont pas passés par les camps. En 1975, les camps sont en cours de dissolution, mais beaucoup refusent d'en sortir parce qu'ils bénéficient de la gratuité du logement. En 1981, il reste encore 3 hameaux à résorber. La résorption ne sera achevée qu'en 1993.
- Le documentaire d'Arte illustre les témoignages des victimes par des extraits du film de fiction d'Antenne 2, nouvelle faute déontologique2. Les deux chaînes semblent ainsi avoir collaboré pour faire de la contre-histoire. Il faut avoir vu le film d'Arte pour comprendre le mélange des situations : il présente à la fois le hameau forestier de Collobrières (dans le massif des Maures) et le " centre carcéral " de Bias (Lot et Garonne). Mais dans le film de fiction, la situation est inversée : le hameau forestier est dirigé par un brutal et sadique capitaine (identique à celui de Bias). Or aucun chantier forestier n'a été dirigé par un officier ; le chef de chantier était généralement un sous-officier retraité, il était secondé par une monitrice chargée d'aider les familles à s'adapter à la société française.

L'action sociale
Les monitrices ont fait preuve d'une volonté éducatrice débordante selon l'ex-sénateur Heinis qui les inspectait ; à peine évoquées dans le documentaire, elles sont absentes de la fiction. Elles ont été horrifiées par ce qu'elles ont vu à la télévision. Il faut reconnaître que si le gouvernement n'a pas su (discours Chirac) ou pas voulu sauver les harkis du massacre, et s'il n'a pas fait le maximum pour les rapatrier et les loger convenablement, l'Action sociale des armées (Bureau des activités sociales éducatives), dirigée par le général de Segonzac3, le vieux chef d'Uriage, secondé par les colonels Schoen et d'Humières, par les officiers SAS, puis par le préfet Perony et Alexandre Parodi, a mis en place un encadrement de qualité dans les camps de transit : un cadre militaire pour 100 personnes, un médecin pour 1200, des instituteurs du contingent, des monitrices de promotion sociale et de jardin d'enfants. C'est également l'Action sociale des armées qui a pris en charge le démarrage des hameaux forestiers et recruté des monitrices, avant que les hameaux ne soient démilitarisés.

Les hameaux forestiers.

Pour cette tâche de rapports humains, écrit le reporter du Bien public le 20 février 1964, un homme et une femme ont choisi de vivre une aventure exaltante. Elle est le prolongement de l'action menée par les SAS en Algérie…Une des tâches de Mlle Denoyer sera d'apprendre à ces chefs de famille à gérer leur budget, à ne dépendre que d'eux-mêmes. Alors la mission sera terminée.
Ecrire l'histoire vraie de ces hameaux, c'est donc recueillir les documents d'époque, en particulier photographiques, qui montrent les chefs de centre et les monitrices dans la diversité de leurs activités, et non se contenter des jugements négatifs de ceux qui ont raté leur intégration4. Cette initiative, judicieuse pour intégrer des rapatriés issus du bled, n'était pas destinée à durer. Partant d'un projet initial de 75 hameaux forestiers (9.815 personnes en 1965), on passe à 42 hameaux en 1971 (6.762 personnes) et 31 en 1974 (5.389 personnes). Quelques chantiers isolés dans la forêt seront peu à peu rapprochés des villages. Il faudra ensuite plusieurs plans pour résorber l'ensemble des hameaux.

Le film de fiction est très bien réalisé, les acteurs et les décors sont excellents, mais ils mélangent le vrai et le faux. Des baraques préfabriquées peu confortables, au milieu de la forêt, parfois loin des villages, des latrines rudimentaires à 100m des chalets, des enfants scolarisés au village, une méfiance des habitants pouvant aller des deux côtés jusqu'au racisme, la non-intégration des femmes qui ne parlent pas encore le français, des prénoms français imposés dans 48% des cas, tout cela est réel. Mais un chef de camp prévaricateur, un sous-officier faux-jeton et trafiquant, l'envoi à l'hopital psychiatrique des contestataires, sans intervention du médecin, la retenue opérée sur les allocations familiales, cela relève de la diffamation. On se pose la question de cette famille qui a changé 4 fois de hameau, est-ce en raison de son instabilité ou par suite de mesures répressives ?

Selon la thèse Heinis, le hameau forestier de Collobrières, situé à 2,8 km du village et 1,8 km de l'école, compte 162 personnes appartenant à 23 familles dont 15 sont kabyles. 56% des familles sont équipées d'un réfrigérateur, 26% de la télévision, 60% d'une machine à laver, 30% ont une voiture. L'intégration matérielle est en route. L'ancien maire de Collobrières reconnaît que ça s'est bien passé.

Le sociologue Mohand Hamoumou, qui a connu un de ces hameaux, estime que les avis sont unanimes, les cours de français, de puériculture, les discussions avec le chef de camp ont été très utiles. Tous en gardent un excellent souvenir. Peut-être parce que de ce hameau, tous sont partis quelques semestres après. En revanche, Hamoumou a recueilli des avis négatifs sur le Centre de Bias.
Le Centre d'accueil des rapatriés d'Algérie de Bias (CARA)

Ouverte en janvier 1963, la cité d'accueil de Bias était destinée à accueillir les rapatriés handicapés ou incasables, elle était gérée de Paris par le ministère des Affaires sociales. La population du centre a oscillé de 800 à 900 personnes, avec une pointe de 1.100, et un pourcentage d'enfants de 50%.

Sur le plan médical, toutes les pathologies étaient constatées, avec une accentuation pour les dépressions et les névroses, toujours chez les adultes. Les enfants et nourrissons étaient suivis par la protection maternelle et infantile (PMI) et ne souffraient pas de carences spécifiques.

Les adolescents posaient des problèmes de discipline ; ils vivaient mal le choix de leurs pères. Certains devenaient agressifs et se livraient à la délinquance, ils ont en 1975 fomenté une révolte qui a entraîné la dissolution du Centre, lequel est alors municipalisé. Des aides financières incitent les familles au départ. La résorption est très lente et des troubles se produisent encore en 1985 et 1991.

Plusieurs documents5 permettent de relativiser les accusations exprimées par certains témoins. Il est vrai qu'au début les gaspillages constatés ont entraîné l'extinction des feux à 22 heures, que le courrier était distribué lors du rapport de 11 heures, que le grillage interdisait les incursions de l'extérieur (redoutées par les habitants), que les résultats scolaires étaient très moyens, que l'envoi des enfants en colonies de vacances ou au centre de formation spécialisé Gelos de Pau fut imposé à des parents récalcitrants.

En revanche il est faux d'affirmer que la sortie du camp était interdite pendant la journée (des taxis attendaient à l'entrée) ; cependant une absence de plusieurs jours devait être autorisée. Des instituteurs compétents ont obtenu certaines réussites scolaires ; contrôlés par l'inspecteur d'académie et non par le chef de centre, ils étaient amenés à faire redoubler le CM2, ou à proposer l'envoi en formation professionnelle. Les enfants revenaient ravis des colonies de vacances des Œuvres laïques. L'accusation de vénalité du chef de centre n'a été confirmée par aucune plainte, au cours des dix années de sa direction.

Le docteur Jammes, responsable de la santé, reconnaît que certaines personnes ont développé des pathologies mentales énormes. Il avait le pouvoir de demander un internement d'office, régulateur selon lui; cette décision ne relevait pas de la compétence du chef de camp, comme l'affirme le scénario. Le psychiatre Maupomé, de l'hopital de la Candélie, soignait sur place, avec beaucoup de sympathie, les pathologies les plus bénignes. Mais parfois les familles elles-mêmes demandaient l'internement d'un adulte brutal. La violence était courante parmi les célibataires qui vivaient à part et qu'un prêtre-ouvrier s'est efforcé d'apaiser.

Reste le reproche de vie en vase clos, qui était préjudiciable à l'épanouissement des enfants et qui aurait mérité, de la part de l'administration parisienne, des aménagements. Si c'était un ghetto, c'était un ghetto très assisté, estime la pédo-psychiatre Coldefy du Lot-et-Garonne.

Présenter le Centre de Bias comme un camp de concentration où il s'est passé des choses horribles, c'est jouer sur l'émotion et la crédulité des spectateurs, laisser croire que tous les harkis ont été traités de façon inhumaine, considérés comme des suspects, et inciter de jeunes immatures à la révolte. Heureusement, les ados engagés comme acteurs du film se disent fiers de leurs pères et revendiquent leur citoyenneté française. Ils ne sont pas tentés, comme certaines associations les y incitent, à demander pardon aux bourreaux de leurs pères.

Maurice Faivre, ami des harkis, le 18 octobre 2006

Annexe 2

LES HARKIS DANS LA COLONISATION ET SES SUITES

Rédigé par une dizaines d'auteurs, le livre de Fatima Besnaci-Lancou et de Gilles Manceron contient des témoignages émouvants de harkis et d'enfants de harkis. Plusieurs chapitres sont intéressants, sur les SAS, sur le bachaga Boualem et sur certains centres de transit (décrits par Moumen et Hamadi). Intéressants sont également les points de vue de Mohammed Harbi et d'Ali Haroun. Nombreuses sont les photos, même si elles ne montrent qu'une face de la réalité : celle qui n'a pas marché.

C'est pour moi un ouvrage mémoriel plus qu'un livre historique. Par définition, la mémoire donne une vue unilatérale, qui déforme la réalité historique. D'autre part les historiens cités semblent ignorer des documents importants, tels que le fonds privé de Messmer ou les archives de la Commission de Sauvegarde et du Service de Santé militaire, ainsi que le livre éclairant de François Meyer, et la plaquette de l'ONAC sur Bourg-Lastic. Il en résulte des incompréhensions et des erreurs (relevées dans 5 pages ci-jointes).

C'est ainsi que le chapitre de FX Hautreux sur les harkis dans la guerre conduit à dévaloriser (comme Ageron l'a fait avant lui) leur fidélité et leur efficacité opérationnelle, même celles des commandos de chasse. Il occulte le fait que la plupart des harkas amalgamées avaient une aptitude au combat supérieure à celle des unités du contingent. Hautreux juge le commandement méfiant et méprisant, pour ne pas dire raciste, alors qu'il n'est que paternaliste, ce qui convient très bien à la structure patriarcale de la société algérienne. Enfin, il ne voit pas que la guerre d'Algérie a comporté une première phase où l'ALN avait l'initiative et où il fallait être prudent, une deuxième phase euphorique où la confiance était totale, une dernière phase où le gouvernement imposait l'abandon. Il met également sur le même plan les pressions de l'armée et les égorgements et mutilations du FLN, qui sont en réalité le motif principal des engagements ; il n'était pas besoin de les forcer. Je note que ces erreurs d'appréciation, reprises dans l'Introduction, n'attireront pas la sympathie pour la LDH des harkis ainsi ridiculisés.

A côté de ces critiques historiques, je suis en désaccord avec l'orientation générale de cet ouvrage sur trois points :

1. L'idée que les harkis n'avaient pas de programme politique. Comme le note Mohammed Harbi, les algériens du bled étaient attachés à leur clan, à leur tribu, et n'avaient aucune notion d'une nation algérienne qui n'existait pas. C'était le cas des supplétifs, avec la réserve qu'ils se sont engagés contre la dictature du FLN, et qu'ils faisaient confiance à leurs officiers pour rétablir la paix, la prospérité, et même la démocratie, telle qu'ils la pratiquaient dans les djemaas. C'était donc bien un engagement politique, même s'il n'y avait pas de structure encadrante, comme a essayé de la construire le général Challe en créant la Fédération des U.T. et des autodéfenses, auxquelles il donnait d'ailleurs une formation politique. Pour répondre à Bouteflika, je dirai que les harkis étaient non des collaborateurs, mais des résistants au totalitarisme.
2. La deuxième idée est celle de l'enfermement dans des camps, qu'il faut replacer dans son contexte où le gouvernement, débordé par l'exode des pieds noirs, a refusé le plan de rapatriement de Michel Massenet et s'est défaussé sur l'armée en lui demandant au dernier moment de prendre en charge le rapatriement, puis l'adaptation à la vie française des harkis. Prise de cours, l'armée a fait un gros effort d'encadrement, d'assistance médicale, de formation scolaire et de promotion sociale. Cela n'a pas été facile, l'état sanitaire des rapatriés en particulier n'était pas excellent, les conditions d'hébergement insuffisantes et la sécurité menacée par les militants du FLN. Mais il n'a jamais été interdit de sortir de Bourg-Lastic, de Bias, ni des hameaux forestiers ; à Bias, les taxis attendaient à l'entrée du camp ; dans les hameaux, plus de 40% des familles avaient une auto. En juin 1963, 15.000 rapatriés étaient sortis des camps, et 22.700 en octobre.
L'idée que l'encadrement de ces centres avait un comportement colonialiste est insupportable aux monitrices et aux éducateurs qui ont fait preuve d'une activité débordante pour les aider à s'adapter, comme le montre madame Heinis. Mais Fatima Besnaci ne les a pas interrogés.
Les camps de transit ayant été fermés fin 1963 et fin 1964, et les centres d'accueil des handicapés en 1975, ne sont restés dans les camps que ceux qui ne voulaient pas en sortir parce qu'ils n'étaient pas en mesure de s'adapter à la société française (les paresseux disent les mauvaises langues). Les plus jeunes ne l'ont pas supporté et se sont révoltés contre l'administration, mais aussi contre leurs parents. On peut les comprendre, mais plutôt que les encourager à la révolte, il est plus judicieux d'aider leur intégration. Comme le reconnaît Pol Charbit, ils ne représentent pas l'ensemble des enfants de harkis.
3. La troisième idée est celle de l'idéologie anticolonialiste revendiquée par la LDH.

Il y aurait beaucoup à dire. En quelques lignes :

L'historien n'a pas à porter de jugement, mais à expliquer des faits. Comme le montre Henri Brunschwig, " la colonisation s'inscrit dans le vaste mouvement d'occidentalisation du globe, qui depuis le 15ème siècle pousse les peuples européens, maîtres de techniques de plus en plus perfectionnées, à modeler le monde à leur image ". Ce que dit sous une forme imagée le kabyle Ibazizen : nous avons fait un bond de mille ans !

Et Senghor : sans la colonisation, nous serions encore dans les arbres !

Autre constat historique : les luttes ethniques qui depuis la décolonisation ont ensanglanté le Rwanda, le Libéria, la Somalie, le Kénia… j'en passe, mais je n'oublie pas l'Algérie (qui instrumentalise son histoire).

En conclusion, Liberté pour l'Histoire, telle est la devise que les historiens ont cautionnée en décembre 2005.

Maurice Faivre 1'ami et historien des harkis, le 24 février 2008.

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE