LE COLLÈGE ARABE-FRANÇAIS A ALGER.

SOUVENIRS D'UN AMI.


Le collège arabe français sera inauguré en 1857 place d'Isly, dans un bâtiment qui deviendra par la suite le quartier général de la division du 19 eme corps

       Le Collège impérial arabo-français est situé dans le quartier Bugeaud, le plus beau d'Alger. Avec ses sept portiques percés d'arcanes; cintrées, il peut passer pour une des œuvres architecturales les plus remarquables de la ville.

Les cours sont spacieuses; les réfectoires, les classes, les dortoirs, sont bien aèrés; la mosquée, la salle des ablutions, le gymnase, ont des proportions convenables.
L'un des moyens les plus propres à assurer notre influence sur la race arabe et a la diriger dans une voie qui convient à nos intérêts et, sans contredit, l'instruction, car l'instruction, en développant l'intelligence, a pour effet d'abaisser les barrières élevées par la les mœurs et des croyances, (Rapport du gouverneur, 14 mars 1857.)

Le Collège marche progressivement vers ce but utile; les jeunes Arabes, mêlés avec les élèves européens qui fréquentent le Collège, dans les récréations, les classes et tous les enseignements, adoptent promptement les mêmes habitudes de vie et de langage, les mêmes principes de moralité, fraternisent en toutes circonstances, et préparent ainsi les bases du rapprochement et de l'association des deux races.

La plus grande difficulté consistait il gagner la confiance des familles indigènes qui, soupçonneuses et défiantes, surtout en matière de religion, et craignant d'ailleurs quelque tentative de prosélytisme, pouvaient refuser d'envoyer leurs enfants au Collège. Il fallait donc convaincre les parents.

Déjà cinquante élèves indigènes environ sont sortis du Collège soit pour rentrer dans leurs tribus, où ils ont apporté des idées nouvelles et l'estime de la France, soit pour aller acquérir dans d'autres écoles, a l'Ecole de Saumur, a l'École normale de Versailles à l'École de médecine d'Alger, les connaissances spéciales qu'exige la carrière qu'ils désirent embrasser, soit pour entrer dans l'interprétât après des examens subis avec succès, soit pour entrer dans les administrations françaises, soit enfin, quoique jeunes encore, pour diriger des tribus sous le titre de caïds.

Le Collège a eu, dans le principe, pour directeur, M. Perron, orientaliste. Ce savant, aujourd'hui inspecteur des établissements d'instruction publique ouverts aux indigènes, a été remplacé par l'excellent humaniste M. Cherbonneau, ex-professeur de langue arabe à la chaire d'Alger veut leur donner une garantie certaine à cet égard il faudrait instruire leurs enfants dans les pratiques de leur culte, leur faire apprendre le Coran, leur assigner un iman ou directeur religieux.

Mais tout cela a été fait. Il a suffi pour arriver à ces résultats de ne pas admettre comme pensionnaires des élèves européens pour lesquels il eût fallu un enseignement catholique.

Les Arabes, étant les véritables hôtes du Collège, se voient tenus en une sorte de considération qui les relève à leurs propres yeux. Ils sont comme chez eux rien ne les inquiète au point de vue de leur foi.

Aujourd'hui, le Collège compte plus de cent élèves indigènes et un nombre presque égal d'externes européens.

Mon ami a vécu pendant dix-huit ans en Algérie, au milieu des Arabes, et parle leur langue avec facilité
JEAN REYNAUD.

Source: net texte et photo.
Site Internet GUELMA-FRANCE