LES NOUVEAUTËS A L'ECRAN

Sous LES TOITS DE PARIS (film parlant français)
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Le film français sonore et parlant, ou même le film français tout court, méritait une revanche, attendue depuis assez longtemps. M. René Clair vient de la lui apporter, incontestable et brillante, avec " sous les toits de Paris. "
Voilà assurément ce que l'on a produit chez nous de meilleur depuis que l'écran parle. Il est même peu de nos films muets qui atteignent à cette qualité et à cette distinction de facture.
M. René Clair, pourtant, a joué la difficulté en choisissant le sujet le plus ingrat et le plus périlleux.
Les faubourgs de Paris, leur faune populaire et un peu trouble, les idylles de bals-musette, tout cela a été traité depuis longtemps par la littérature et le cinéma, et l'on risque de retomber, en y revenant, dans des poncifs traditionnels : c'est la sentimentalité fausse des romans feuilletons, les apacheries " non moins conventionnelles, dont Charles-Henry Hirsch et Francis Carco ont fixé une fois -pour toute le genre, ou les aventures policières. )
- M. René Clair a su éviter tous ces précédents.
Il ne nous offre ni " terreur " de Ménilmontant ni valses chaloupées. Son héroïne elle-même n'a pas la banalité de la petite ouvrière honnête et séduite, tirée à tant d'exemplaires: si sa situation , sociale est insuffisamment définie, elle prend un pittoresque nouveau du fait a de sa nationalité, car c'est une jeune à Roumaine égarée dans le grand Paris, et le gentil accent de Mlle Pola Illery très adroitement utilisé par le microphone.
L'intrigue et des plus minces et elle sert seulement à nous présenter les quelques personnages pittoresques.
Mais ces les scènes sont traitées avec infiniment de délicatesse, de gout et, souvent, d'humour.

Tout est en nuances et en choix et des détails. Une impression de jeunesse, recherche romantique des contrastes, et aussi, en certains pages d'ironie attendrie, le souvenir des procédés de Charlie Chaplin, sinon comme acteur, du moins comme metteur en scène.
L'auteur use abondamment des prises de vues plongeantes ou en raccourci, des effets de lumière, des fragmentations des image.
On voit, par exemple, deux paires de jambes monter un escalier, hésiter, s'arrêter, revenir sur leur pas, et c'est toute une action psychologique qui nous est suggérée.
Il y a vers la fin, une réalisation remarquable : celle d'une rixe nocturne près des fortifications, le long de la voie du chemin de fer. On entend le bruit du train qui arrive, on voit l'épaisse fumée noire de la locomotive nous dérober, à l'instant le plus pathétique, le groupe des antagonistes; le combat s'achève derrière une palissade et c'est notre imagination qui le réalise. sans cesse, par des procédés de cette sorte, nous sommes agréablement surpris par des recherches de nouveauté et d'originalité.
De constantes ruptures nous épargnent les développements faciles que d'autres metteurs en scène, moins experts, nous auraient prodigués.
Semblablement, la sonorisation n'a rien de factice et elle sert seulement à créer une juste atmosphère. Le personnage principal est un chanteur ambulant, ce qui justifie le leitmotiv des romances chantées aux carrefours par les badauds attroupés, dont chaque type est expressivement choisi.
Les bruits reproduits sont bien ceux de la rue dans leur diversité et leur pittoresque évocateur. Le dialogue est discret, plaisant et ne sert qu'à remplacer les sous-titres fastidieux, en soulignant la marche de l'action.
L'interprétation, enfin, est d'un bout à l'autre excellente. Mlle Pola Illery, dont on a déjà dit le charme étranger, est délicieuse de naturel ingénu.
M. Albert Préjean, qui chante d'une voix bien timbrée, reste sympathiquement juvénile sans jamais encanailler son personnage, M. Gaston Modot et tous les autres, même lorsque leur rôle se borne à une simple silhouette, sont exactement représentatifs sans exagérer le réalisme. - R. DE B.

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