Janvier 2010

L'eau de mer

À la place du cœur où certains ont une pierre,
Un oursin ou de l'or, d'autres comme moi
Ont une grosse éponge imbibée d'eau de mer.

Si surgissant soudain aux détours de la vie,
Des souvenirs surviennent et lestent la mémoire,
Pour devenir douleur au point de vous étreindre,
Elle serre de toutes ses forces et des larmes amères
Remontant de ce lieu perlent sur les paupières...

La vie est ainsi faite, que de près ou de loin,
La méditerranée coule du fond de nous même !!

René Aniorté à Valence, le 1° octobre 2007

Novembre 2009
LA MAISON DU LA-BAS...

Ma maison est bâtie dans un coin de ciel bleu
Que le soleil allume de ses milliers de feux.

Ma maison est au bout, tout au bout de mes rêves,
Quel que soit l'horizon où le hasard me mène.

Ma maison est là-bas, souvent je la retrouve,
Car elle hante, toujours, chaque détour de ma vie.

René Aniorté à Valence le 20 mars 1996


Novembre 2009
DE LA VIE AU POEME

La vie est un poème qui ne rime souvent,
Un peu comme le soleil débordant de chaleur,
Et dont la force, parfois, engendre des tourments.

Ainsi on se consume en recherche de bonheur,
Usant son énergie à expliquer comment
On trouve dans l'écriture à panser ses blessures.

Cachés au fond de soi, elles n'intéressent que soi
Et viennent de ce passé où d'ultimes bavures
Ont terni tant de joie et noyé tant d'espoirs.

La vie est un poème qui jamais ne verra
Les hommes de la terre faire leur mea-culpa
Et avouer enfin les raisons d'un tel choix.

Nos vies, bien que poèmes, finiront comme tant,
Dans un trou de la terre, une fin d'après-midi,
Le corps à jamais froid, tout habillé de bois.

Dès alors que Phébus passera l'horizon
Pour effacer le jour de tous les souvenirs,
Il occultera dans l'ombre la trace de nos croix.

La vie est un poème et comme ceux de là-bas,
À tout jamais ancrés dans la terre africaine,
Nos âmes iront errer vers les nuages gris,
Troublant le bleu du ciel, le chargeant de soucis.

Ces choses de la terre qui n'en finissaient plus
De tourmenter nos cœurs et bousculer nos vies,
N'auront plus d'importance et la douleur du monde
S'exprimera alors en versant sur nos tombes
Les déluges de pluie de nos larmes enfouies !

René Aniorté à Valence le 2 novembre 2000


MA VILLE AU-DELA DES PENSEES...

Ma Ville était soleil
Et moi, j'étais fou d'elle.
A ses pieds, comme écrin
S'étendait, tel un chien,
Le bleu le plus serein
De la mer la plus belle,
Qui n'exista au monde.
Et je vivais près d'elle,
Pensant, que rien jamais,
Ne nous séparerait.
Ma ville était la joie,
Oui mais soudain, parfois,
Les destins les plus doux,
Se transforment, en courroux.

Ma ville était soleil
Et moi, j'étais fou d'elle.
Ma ville était écrin
Et moi, j'étais serin.
Ma ville, je la chantais
Et elle, elle m'écoutait.
Ma ville était ma joie,
Et je suivais sa voie.
Ma ville était lumière,
Comme l'éclat d'une mère,
Ma ville‚ était beauté‚
Et j'ai dû la quitter.

Ma ville était soleil
Et moi, j'étais fou d'elle.
Ma ville était jolie,
Je ne l'ai pas trahie.
Ma ville, je l'ai quittée
Comme un triste ballot,
Poussé contre son gré,
Dans le fond d'un cargo.

Ma ville était Oran,
Entre Croix et Croissant,
Ma ville était soleil...
Mais depuis bien des ans,
Elle n'est plus que sommeil.

Valence, le 31 août 1989, René Aniorté

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LE MATELASSIER

     À cette époque, le portable restait encore à inventer. Du coup, comme l'insuffisance de téléphones fixes compliquait les communications à distance, prévenir de sa venue, en visite ou même en vacances, n'était pas obligatoire. Personne n'aurait pensé à s'en offusquer. En réalité, dans pratiquement chaque foyer, il existait un système de double literie. En cas de visite, même impromptue de la famille, les hôtes pouvaient y faire face en tirant, dans la joie des retrouvailles, un matelas de chacun des lits. La maison doublait ainsi sa capacité d'accueil. La plage se chargeait du reste !

Avec le temps, nos matelas de laine perdaient de leur souplesse et de leur moelleux. Il fallait alors "le refaire" pour espérer continuer à passer de bonnes nuits, en toute quiétude. Pour cela, il convenait de contacter le matelassier. Nous, nous appelions Pépé, un très brave homme, ami de la famille. Il habitait un "patio" du Bd Bon Accueil, en partage avec la famille Belkheir et notre marchand de cycles, l'ancien coureur cycliste Aïssa, le père de Kader, notre copain de classe. Le moment où il venait à la maison, discuter et arrêter le prix de ce travail, s'avérait toujours être un grand moment de convivialité. L'anisette, évidemment, tradition oblige, participait de la négociation.

Sur les conseils de Pépé, nous commencions par sortir "le colchon" ou "le matalaf," du lit. Nous employions parfois l'un de ces termes dans notre jargon franco-arabo-andalous. La toile décousue allait au lavage, même la neuve, dont l'achat justifiait le déplacement à Oran. La laine devait être parfois complétée par quelques kilos supplémentaires à négocier avec d'autres fournisseurs. Aux lendemains de l'Aïd, elle abondait. Lavée à son tour, dans le lavoir familial, nous la séchions au soleil.

Lorsque enfin la dernière opération de préparation prenait fin, Pépé survenait avec sa "boite miraculeuse", sa femme et sa fille, Joséfa et Carmen, si je m'en souviens bien. Sur une grande bâche installée dans la cour commençait alors le cardage de la laine. La famille de Pépé la battait à l'aide d'un bâton et d'un fer rond. Petit à petit, voletant en flocons de neige, elle s'aérait et reprenait toute sa souplesse et son volume. La moitié de la toile étalée recevait alors la laine en dépôt, l'autre moitié la recouvrait.

Nous, les enfants, étions émerveillés devant tant de dextérité. Le plus surprenant, cependant, restait leur technique du bourrage de tant de laine, entre les deux tissus. En effet, la hauteur impressionnante, plus de cinquante centimètres, devait être réduite à vingt. Quelques épingles en pourtour de la toile, gonflée comme un "Bonhomme Michelin", avaient raison de ce volume. Alors commençait la lente et patiente besogne des couturières. Les petites mains des femmes reliaient par d'habiles points invisibles, avec du gros fil au bout de longues aiguilles courbes, les deux bords de la toile légèrement repliés vers l'intérieur. Depuis, j'utilise quelquefois cette technique sans en connaître le véritable nom la désignant. Je demande expressément, ici, à mesdames les couturières, de bien vouloir m'en pardonner l'ignorance !

Ce travail méticuleux bien avancé, le matelas prenait alors allure d'énorme coussin. Il fallait rentrer les "oreilles" et coudre les nouveaux plis droits aux quatre angles pour en faire un parfait rectangle. Un bourrelet de deux centimètres de diamètre cousu sur le pourtour, supérieur et inférieur, finissait de lui donner son allure et sa tenue définitive. Cependant, avant de terminer, un fil au bout d'une longue aiguille traversait le matelas de part en part à intervalles réguliers, suivant un quadrillage savant. Un petit bout de tissus froissé à chaque extrémité tenait lieu de frein. Le matelas ainsi rembourré allait pouvoir tenir son rôle de générateur de sérénissimes nuits et de doucereux rêves.

Ce jour de réfection de la literie, pour nous, était un jour exceptionnel. Tout au long des heures, nous allions et venions, pour observer la famille de Pépé dans son travail. Pour ma part, je les ai tellement vus à l'œuvre qu'au cours de mon service militaire à la station météo de Lyon-Bron, j'ai pu, sans difficultés, appliquer leur technique. J'avais confectionné avec deux mauvaises paillasses en crin, un magnifique matelas me permettant enfin d'apprécier pleinement mes temps de repos. D'ailleurs, devenu trop confortable, il me fallut parfois le disputer aux collègues habitués à le parasiter en mon absence !

Avec l'autorisation de René ANIORTE à Valence, le 13 novembre 2007
Publié dans la "Lettre d' AÏN-EL-TURCK", N° 15, de décembre 2008

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE
Juillet-Août 09

Le dindon de la farce ou sentiments et ressentiments d'une trahison très mal vécue !

Sur une mer immensément grandie par une tristesse hurlante, un bateau lentement s'éloigne du rivage.
Entassés sur le pont, un peuple d'émigrés fuit vers un autre avenir.
On le promet brillant, là-bas, sur l'autre rive.
Mais ils savent, pauvres gens, combien dans l'illusion sombre aussi la brillance !
Une côte les reçoit, une nouvelle terre aussi ! Là, vivent d'autres gens !
Hélas, comme trop souvent, les nouveaux arrivés dérangent aussi ces êtres.
La raison suffisante arrive sans raison.
Elle justifie l'absence de tout bon sentiment.
Une ruine entre autres, dont personne, à ce jour, ne voulait, est cédée, au prix fort !
Las, de satisfaction pour une si bonne affaire, on savoure l'instant en se frottant les mains, comme si son ennemi succombait dans son piège !
Mais pourquoi, dans ce cas, jalouser ces anciennes terres, incultes, recouvertes aujourd'hui sous labeur et sueur, de vignes seigneuriales, de citrons magnifiques ou douces clémentines ?
Ces lieux, précisément, où sous sarcasmes et rires, personne n'en attendait.
On les avait tellement annoncées infertiles et arides qu'on ne comprenait plus :
" - Ils sont fous ces pieds-noirs de gratter notre sol, riaient-ils bêtement, en regardant ces gens défoncer la garrigue, chez nous, rien n'a jamais poussé ! "
Il est des choses comme çà, parfois sans importance, par un jour de la vie, parce que tout est perdu, puis repart à zéro !
Dans la réalité, sous le poids des années, quand prospère va la terre, se réveille soudain chez de passifs esprits, un surplus d'amertume où surnage la haine.
De l'autre bord, aussi, aux cruels souvenirs, aux tristes sentiments, au malaise tenace, se mêle aussi la honte d'avoir été grugé.
S'y rajoute de plus, cette hargne résidante d'un voyage en bateau bercé sur l'océan de toutes les illusions et des fausses promesses, comme les ressentiments d'une trahison d'état, réglant un abandon, avec en fond de cale, tout le flou du tableau.
Puis confirmant le tout, fait suite pour notre malheur, l'ultime solution :
Un dénouement tragique, souhaitée, appelée, par la force tranquille d'une paisible conscience, la conscience collective de bien naïfs gens, lentement préparés par de fourbes gouvernants.
À l'amertume latente, se rajoute la charge, pas même partagée, d'une culpabilité injurieuse attribuée aux Nôtres, à chacun des échecs d'une diplomatie bernée par la parole" de soi-disant bergers".
Ecrasé, humilié, culpabilisé à outrance, mais toujours courageux, notre "Petit Peuple" ressent, encore même aujourd'hui, la saumâtre sensation, d'avoir été, et la victime et la cible, de tant de décisions radicales, arrêtées en toute légèreté, sans le moindre souci des conséquences en découlant, ni des responsabilités à devoir assumer.
Depuis, au fond de l'âme, il conserve présent le sentiment honteux, d'avoir tenu, contre sa propre volonté, de par la force et le "bon vouloir du prince", le rôle du-dindon-de-la-farce. Car si pour être reconnu, "Paris valait bien une messe", Alger reçut bien plus de mille promesses assidues, jamais, non, jamais tenues !

René Aniorté à Valence le 23 août 2002


DE RIVE EN RIVE :
L 'Escargot*....

De la Rive Ibérique vers la Rive Africaine,
Baluchons sur le dos, partaient, les Escargots...
Dans leur Âme, une rage, s'arracher au rivage !
Dans leur Cœur, un espoir, avoir des jours moins noirs !

Exploités, écrasés, ils avaient résisté,
Pour éviter l'exil, là-bas, dans cette Afrique,
Où disaient-ils, naïfs, la France les attendait.
Dans cet Eldorado, ils rêvaient, Escargots,
De faire pour leurs enfants, le choix de Liberté,
Et manger, à leur faim, du jour au lendemain,
En passant du voilier, sur le sable africain,
En adoptant sa terre, là-bas, sur l'autre rive....

En escargots, longtemps, ils avaient, tant et tant,
Travaillé, pour asseoir leur nouvelle destinée,
Qu'ils ne comprenaient pas, à l'heure du désespoir,
Que la rive Africaine rejetait ses enfants.
Alors, la rage au cœur et l'âme en déchirure,
Ils avaient eu pour choix, de vivre en solitude
Ou alors de partir, vers un autre chez soi,
Vers une autre aventure, ailleurs, sur d'autres rives....

Mes aïeuls escargots ont rejeté l'exil.
Là-bas, ils font partie de la terre africaine,
Et leur âme promène au Pays du Bonheur,
Qu'ils avaient adopté, un jour de désespoir,
Pour des jours pleins d'espoir, sur cette rive africaine....

Tout comme eux, nous rodons, par le corps ou l'esprit,
De la Gallo-romaine à la rive Africaine,
De la rive Africaine à la rive Ibérique,
De la rive Ibérique à la Gallo-romaine,
Où s'emmêlent nos racines, nos racines d'Escargot....

René Aniorté à Valence le 26 janvier 1992

(*) Escargot : " Par métaphore surnom donné à l'Espagnol débarquant en Algérie avec son baluchon sur le dos, puis par extension, à n'importe quel français d'origine espagnole "
(Jeanne Duclos : Dictionnaire du Français d'Algérie)Edition Bonneton


Les chênes truffiers

Collés à nos racines, nous autres chênes truffiers,
Arrachés à la terre et transportés ailleurs,
Portons en nous les fruits des doux parfums d'été,
Des soleils sur les dunes et des lunes de cœur,
Des danses sous les étoiles dans le murmure de l'eau
Et des vagues emportant les larmes du passé,
Vers un autre rivage, vers un destin nouveau,
Avec en prime l'espoir d'une juste vérité !

René Aniorté à Valence le 12 janvier 2001


L'homme du bord de mer…

Sur la plage déserte, sous l'effet de la mer, seul le sable mouillé parait respirer. Il aspire l'humeur de ses poumons puissants, puis retrouve sa teinte, un instant assombrie.

Longeant le bord de l'onde, comme s'il comptait ses pas, un homme lentement chemine en solitaire. Le pantalon roulé découvre ses mollets. Ses chaussures, il les tient, tout au bout de ses doigts.

Telle une plaine infinie toute de bleu vêtue, sans cesse en mouvement, jusqu'au bout d'horizon, se prolonge la mer.

Comme des filles curieuses, de courtes vaguelettes arrivent à chaque instant. Elles immergent ses pieds, lui caressant la peau, comme si c'était un jeu.

Dans son esprit, furtivement, pensées et souvenirs surgissent tout à coup, finissant même par se heurter. Puis, ils s'enfuient, courant dans tous les sens pour revenir l'instant d'après, tels des enfants rieurs, insouciants dans leurs jeux.

Comme le temps s'égraine, lentement, les pensées laissent la place au vague, au vague de ses yeux. Elles sont soudain parties rejoindre l'autre rive, un jour abandonnée, la terre de ses racines, celle qu'il n'habite plus.

Mais la mer, en mouvement, se joue des souvenirs. Sans pitié, elle incite au retour à l'enfance et à l'adolescence. En rêves fugitifs, heurtés par le ressac, ils vont, viennent, se suivant tranquillement, pour torturer l'esprit.

Du fond de la mémoire, des choses oubliées du passé lui reviennent soudain, des bouts de souvenirs, qu'il pensait en sommeil. La mer en refluant, toujours, les mène au loin, mais jamais ne les noie. Elle les retourne intactes ou à peine entamées.

Elle est ainsi la mer, elle reste insaisissable. Elle échappe sans cesse comme un songe indomptable et puis, elle ressurgit, puissante et trop souvent cruelle.

Elle vit comme nos rêves : Ils naissent libres en bord de mer pour nous guider ensuite, en nous faisant du mal, vers des lieux et des gens de notre propre passé.

Ils viennent nous rappeler que dure reste la vie, si l'on ne peut d'un trait en gommer le passé !

René Aniorté, à Valence le 27 novembre 2004

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE