LEGENDES ET CROYANCES

GUIDE DU VOYAGEUR EN ALGERIE.(suite)

       Je trouve dans le Landseape algérien, au sujet de ce monument, la curieuse légende que voici :

     " Il existait, il y a fort longtemps, dans le pays des Hadjoutes, un nommé Jussuf-ben-Cassem, fort heureux dans son intérieur. Sa femme était douce et belle, ses enfants robustes et soumis. Cependant il était vaillant et il voulut aller à la guerre; mais, malgré sa bravoure, il fut pris par les chrétiens, qui le conduisirent dans leur pays et le vendirent comme esclave. Quoique son maître le traitât avec assez de douceur, son âme était pleine de tristesse ; il versait d'abondantes larmes lorsqu'il songeait à tout ce qu'il avait perdu.
Un jour qu'il était employé aux travaux des champs, il se sentit plus abattu qu'à l'ordinaire, et après avoir terminé sa tâche, il s'assit sous un arbre et s'abandonna aux plus douloureuses réflexions.
" Hélas ! se disait-il, pendant que je cultive le champ d'un maître, qui est-ce qui cultive les miens? Que deviennent ma femme et mes enfants? Suis-je donc condamné à ne plus les revoir, et a mourir dans le pays des infidèles ? "
Comme il faisait entendre ces tristes plaintes, il vit venir à lui un homme grave, qui portait le costume des savants.
Cet homme s'approcha et lui dit :
- Arabe, de quelle tribu es-tu?
- Je suis Hadjoute, lui répondit Ben-Cassem.
- En ce cas, tu dois connaître le Koubar-Roumia ?
- Si je le connais... Hélas ! ma ferme, où j'ai laissé tous les objets de ma tendresse, n'est qu'à une heure de marche de ce monument.
- Serais-tu bien aise de les revoir, et de retourner au milieu des tiens ?
- Pouvez-vous me le demander?
Mais à quoi sert de faire des vœux que rien ne peut exaucer...
Je le puis, moi, repartit le chrétien. Je puis t'ouvrir les portes de ta patrie et te rendre aux embrassements de la famille ; mais j'exige pour cela un service :
te sens-tu disposé à me le rendre ?
- Parlez ; il n'est rien que je ne fasse pour sortir de ma malheureuse position, pourvu que vous n'exigiez rien de moi qui compromette le salut de mon âme.
- Sois sans inquiétude à cet égard, dit le chrétien. Voici de quoi il s'agit : je vais, de ce pas, te racheter à ton maître; je te fournirai les moyens de te rendre à Alger. Quand tu seras de retour chez toi, tu passeras trois jours à te réjouir avec ta famille et tes amis et, le quatrième, tu te rendras à Koubar Roumia; tu allumeras un petit feu auprès du monument, et tu brûleras dans ce feu le papier que je vais te donner.
Tu vois que rien n'est d'une exécution plus facile. Jure de faire ce que je viens de te dire, et je te rends aussitôt la liberté. "
Ben-Cassem lit ce que lui demandait le chrétien, qui lui remit un papier couvert de caractères magiques, dont il ne put connaître le sens. Le même jour, la liberté lui fut rendue, et son bienfaiteur le conduisit dans un port de mer, où il s'embarqua pour Alger. Il ne resta que quelques instants dans cette ville, tant il avait hâte de revoir sa femme et ses enfants, et se rendit le plus promptement possible dans sa tribu.

Je laisse à deviner la joie de sa famille et la sienne ; ses amis vinrent aussi se réjouir avec lui, et pendant trois jours son houache fut plein de visiteurs.
Le quatrième jour, il se rappela ce qu'il avait promis à son libérateur, et s'achemina, au point du jour, vers le Koubar-Roumia. Là , il alluma le feu et brûla le papier mystérieux, ainsi qu'on le lui avait prescrit. A peine la flamme eut-elle dévoré la dernière parcelle de cet écrit qu'il vit, avec une surprise inexprimable, des pièces d'or et d'argent sortir du monument à travers les pierres.

On aurait dit une ruche d'abeilles effrayées par quelque bruit inaccoutumé. Toutes ces pièces, après avoir tourbillonné un instant autour du monument, prenaient la direction du pays des chrétiens avec une extrême rapidité, en formant une colonne d'une longueur indéfinie, semblable à plusieurs volées d'étourneaux.
Ben-Cassem voyait toutes ces richesses au-dessus de sa tête. Il sautait le plus qu'il pouvait, et cherchait avec ses mains à en saisir quelques faibles parties.
Après s'être épuisé ainsi en vains efforts, il s'avisa d'ôter son burnous, et de le jeter le plus haut possible ; cet expédient lui réussit, et il parvint à faire tomber à ses pieds une vingtaine de pièces d'or et une centaine de pièces d'argent. Mais à peine ces pièces eurent-elles touché le sol, qu'il ne sortit plus de pièces nouvelles, et que tout rentra dans l'ordre ordinaire.
Ben-Cassem ne parla qu'à quelques amis de ce qui lui était arrivé. Cependant cette aventure extraordinaire parvint à la connaissance du Pacha, qui envoya des ouvriers pour détruire le Koubar-Ronmia, afin de s'emparer des richesses qu'il renfermait encore.
Ceux-ci se mirent à l'œuvre avec beaucoup d'ardeur ; mais, au premier coup de marteau, un fantôme, sous la forme d'une femme, parut au haut du tombeau, et s'écria :
" Arouha! Arouha! Viens à mon secours; on vient enlever tes trésors ! "
      Aussitôt des cousins énormes, aussi gros que des rats, sortirent du lac, et mirent en fuite les ouvriers par leurs cruelles piqûres.

      Depuis ce temps-là, toutes les tentatives que l'on a faites pour ouvrir le Koubar-Roumia ont été infructueuses, et les savants ont déclaré qu'il n'y a qu'un chrétien qui puisse s'emparer des richesses qu'il renfermé. "
Le Tombeau de la Chrétienne rappelle, par sa forme et ses dimensions, le Tombeau de Syphax.

     Cherchell (Julia Cesarea). - (dép. d'Alger). Ville maritime, à 72 kil. O. d'Alger, et à 68 kil. N.-O. de Blidah. Pop. Européenne 1,052 hab. Pop. indigène 1,575. - Hôtels de la. Poste, du Commerce et du Petit paradis; service de diligence pour Alger et Milianah.
Commissariat civil ; justice de paix, église, temple protestant; école de garçons et école de filles; musée,' riche en antiquités ; caserne, hôpital ; promenades et places complantées d'arbres ; eaux abondantes ; campagnes fertiles ; céréales, vignes, etc.

         " Cherchell est bâtie au bas des ruines de l'ancienne ville romaine, dont l'enceinte, entièrement occupée par des jardins et d'autres terres en culture, est assez bien conservée. - Césarée, près de laquelle est aujourd'hui Cherchell, était avantageusement située pour commander à la Mauritanie centrale ; adossée à des montagnes, ses communications pouvaient être, et furent, en effet, interrompues de loin en loin par l'inconstance des indigènes ;
mais cela ne pouvait avoir lieu que passagèrement, car les Romains occupaient en même temps l'intérieur des terres.
La possession de Césarée les rendait maîtres d'un très-bon port, et leur ouvrait l'accès des plaines et des vallées situées entre le Chélif et le Mazafran.
C'est par là qu'ils pénétraient sans peine jusqu'à Médéah et Milianah, et qu'ils exportaient les productions du pays

Suite : PROVINCE D ALGER. VOYAGE SUR LE LITTORAL.

Site internet GUELMA-FRANCE