SAHARA
LA LEGENDE
de FETOUN

Le sabre "becif" le sang doit couler

Le caractère de FETOUN était noble. Souvent, montée sur un mahari, elle avait suivi le chikh en ghrazia (razia), animant du geste et de la voix les combattants, souffrant comme un homme la faim, la fatigue, la soif. B Selon la loi, elle devait commander avec le conseil des djouad, en attendant que son fils ait l'Age du pouvoir. Deux villes du Sahara de l'est, Tougourt et Tmacin, étaient à la même époque, suivant la même loi, gouvernées par deux femmes.
La beauté de Fetoum et le rang que devait prendre celui qui l'épouserait la faisaient rechercher par tous les djouad. .

Un jour qu'ils étaient assemblés dans sa tente, car des chouafa (espions) chargés de surveiller les Chambas venaient d'annoncer un mouvement de la tribu :
Mes frères, leur dit-elle, celui de vous qui me rapportera la tête de Ben-Mansour m'aura pour femme. .

Le soir même, toute la jeunesse de la montagne armée en guerre, vint la saluer en lui disant :
Demain, nous partons avec·nos serviteurs pour aller chercher ton présent de noces.
" - Et je pars avec vous, répondit-elle.

Ce jour et le jour suivant furent employés en préparatifs; au fedjer du troisième, trois cents touareug suivaient avec Fetoun la route d'Ouargla.

On était au mois de mai, c'est-à-dire à l'époque
Où les fractions des Chambas se fissent chacun un douar' isolé .
Oô Par une marche forcée d'un jour et d'une nuit, les Touareug arrivèrent sur l' Oued - Mezab , à dix lieues seulement de l'Oued - Nessa, et s'y cachèrent, du soleil levant au soleil couchant, dans les broussailles et dans les ravins. La nuit suivante, ils reprirent la plaine au trot, allongés de leurs chameaux; à minuit, ils entendirent devant eux les aboiements des chiens; un moment après, enfin, à la clarté des étoiles, quinze ou vingt
tentes leur apparurent au pied d'un mamelon. Voici le douar de Ben-Mansour, o dit au chef de la bande le chouaf qui l'avait guidé.
Ould-Biska jeta alors le cri du signal, et tous les Touareug, en criant-comme lui, s'élancèrent avec lui
Le sabre but du sang pendant une heure.
De tous les Chambas , cinq ou six seulement les plus heureux et les plus agiles, s'échappèrent; encore Ould-Biska, d'un coup de lance, arrêta-t-il l'un des fuyards.
Au jour levé, Fetoum fit fouiller les tentes bouleversées; sous chacune il y avait des cadavres ; hommes, Femmes, enfants, vieillards, elle en compta soixante - six; par la grâce de Dieu, un pauvre enfant de huit ou dix ans n'avait pas été
tué

" Fetoum, immobile mais les lèvres contractées, le regardait avidement.
" Ould-Biska, dit-elle, je suis à toi, comme je l'ai promis; mais prends un poignard, finis d'ouvrir le corps du maudit, arraches-en le cœur, et jette-le à nos slouguis .o

Et il en fut fait comme elle avait ordonné. Les chiens des Touareug ont mangé le cœur du chef des Chambas !
Depuis ce jour, les gens d'Ouargla ont remplacé la corde en poil de chameaux dont ils ceignaient leur tête, par une corde en alfa (herbe); ils ont juré de ne reprendre la première qu'après la vengeance, et ils ont écrit à leurs frères de Metlily et de Gueléa de se tenir prêts à les suivre; car, bien que dispersés à de grandes distances, les trois fractions des Chambas n'ont pas cessé d'être en alliance.
Si l'une d'elles est insultée et n'est pas assez forte pour se venger, toutes se réunissent en un lieu désigné, et là, devant Dieu et les marabouts, elles jurent, par le livre de Sidi Abd-Allah, ce serment consacré:
Nous mourrons ta mort, nous perdrons tes perles, nous ne renoncerons à ta vengeance que si nos enfants et nos biens sont perdus et nos têtes frappées. "

L' étrange variété de leurs teintes, leur grâce, leur parfum délicieux;
Tu auras respiré ce souffle embaumé qui double la vie·, car il n'a pas passé sur l'impureté des villes.
Si, sortant d'une nuit splendide rafraichie par une abondante rosée,
Du haut d'un merkeb, tu avais étendu tes regards autour de toi,
Tu aurais vu au loin et de toutes parts des troupes d'animaux sauvages
Broutant les broussailles parfumées.
A cette heure tout chagrin eût fui devant toi; Une joie abondante eût rempli ton âme.
Quel charme dans nos chasses, au lever du soleil !
Par nous, chaque jour apporte l'effroi à l'animal sauvage,
Et le jour du rahill, quand nos rouges haouaredj sont sanglés sur les chameaux,
Tu dirais un champ d'anémones s'animant, sous la pluie, de leurs plus riches couleurs.
Sur nos Aaouadedj reposent des vierges.
La terre exhale le musc MAIS, plus pure que lui,
Elle a été blanchie par les pluies Du soir el du mati
Nous dressons nos tentes par groupes arrondis;
La terre en. est couverte comme le firmament d'étoiles.
Les anciens ont dit, ils ne sont plus, mais nos pères nous l'ont répété,
Et nous disons comme eux, car le vrai est toujours vrai :
Deux choses sont belles en ce monde. Les beaux vers et les belles tentes.
Le soir, nos chameaux se rapprochent de nous;
La nuit, la voix du mâle est comme un tonnerre lointain.
Vaisseaux légers de la terre, Plus sûrs que les vaisseaux, Car le navire est inconstant.
Nos mahara le disputent en vitesse au maha·,(biche sauvage)
Et nos chevaux, est-il une gloire pareille
Toujours sellés pour le combat;
Nous nous éloignons de lui; ni lui ni nous n'avons à nous plaindre.
Que pourrais-tu reprocher au bedoui ?
Rien que son amour pour la gloire et sa libéralité qui ne connait pas de mesure.
Sous la tente, le feu de l'hospitalité luit pour le voyageur;
Il y trouve, quel qu'il soit, contre la faim et le froid. un remède assuré.
Les temps ont dit: " La salubrité du Sahara. " Toute maladie, toute infirmité n'habite que sous le toit des villes.
.Au Sahara, celui que le fer n'a point moissonné voit des jours sans limite;
Nos vieillards sont les ainés de tous les hommes.

Fin

merkeb. Dans le Sahara, on donne ce nom aux monticules dont l'aspect rappelle la forme d'un navire.
Rahil migration, déplacement des nomades. 8. Haouadj, litières rouges des chameaux.

Site internet GUELMA-FRANCE