POEMES MALTAIS

Celui qui a perdu la foi a tout perdu


GUZE CHETCUTI

(1914 -.....)

Professeur de lycée et Poète, critique littéraire. auteur de pièces dramatiques .

A quoi je Songe

Que rumines-tu là, poète solitaire,
ton regard fatigué interrogeant la terre?
Quelle est cette terreur qui erre dans tes yeux,
quelle vision noire habite dans ton âme?
Je songe à cette vie, et mon esprit s'égare
quand je nous vois ainsi, captifs d'un univers
où ce monde, comme un vaisseau désemparé,
sur le fleuve du temps se traîne à l'aventure.
Il va dans les nuages sombres, sous une pluie
effroyable de haine et de pleurs et de crimes;
les vents glacés, les vagues qui creusent les flots
unissent leurs efforts puissants pour le couler.
Et l'équipage fou de ce vaisseau maudit
ne veut pas travailler dans l'entente et la paix :
comment le port pourrait-il jamais être atteint?
N'est-il pas insensé ce rêve qu'on poursuit?
Sans arrêt cependant tourne et tourne la roue,
usant jour après jour notre brève existence,
heureux lorsque la joie un instant nous sourit,
assombris en pensant que le grand terme approche
Tel est mon songe, amis, et mon esprit s'égare
quand je nous vois ainsi, captifs d'un univers
où le monde, comme un vaisseau désemparé,
sur le fleuve des temps se traîne à l'aventure.

Troupeau qui Passe . .

Le soleil a plongé dans une mer de feu;
le jour s'attarde et joue entre le ciel et l'eau,
la fraîcheur des soirées d'hiver se fait sentir,
et déjà, ça et là, des étoiles scintillent.
On entend les pas lourds des bergers qui s'en vont
en poussant un troupeau de brebis devant eux;
et dans ce grand silence - on le croirait de mort
m'arrivent les propos de ces gens affairés . . .
Ainsi, alors qu'ailleurs, dans une guerre atroce,
on tombe par milliers à toute heure du jour,
que partout, par le monde, écrasés dans leur sang,
gisent, dans leur dernier sommeil, enfants et femmes,
ici c'est le silence, et les yeux ne rencontrent
que quelque chien de garde ou un troupeau qui passe.

Qui Es-Tu?

Te l'ai vue. ses cheveux flottant sur ses épaules,
seule au long du chemin, inquiète, éplorée ..
. Son regard angoissé semblait chercher quelqu'un;
pas un seul bruit, et ce silence était affreux.
Son regard était bouleversant; sur ses lèvres
la douleur se plaignait; son cœur battait à rompre,
et des larmes de sang ruisselaient sur ses joues;
très ému, je m'interrogeai: "qui donc est-elle?"
Elle erra, fatiguée, jusqu'au bord de la mer;
les vagues la frappaient, sauvagement dressées :
elle s'écroula sur la plage enfin, vaincue,
sans espoir car, ayant cherché partout la paix,
elle ne rencontra que guerre et maux sans nombre,
"Oui es-tu?" demandai-je. Elle me dit: "la Vie."

Poémes traduits par Laurent Ropa, source Madame Vérié Cassar pour :

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