NOTICE HISTORIQUE SUR L'ALGÉRIE
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LE VOYAGE DE S. M. L'EMPEREUR NAPOLÉON III EN ALGÉRIE
PAR RENÉ DE SAINT-FÉLIX

Avant de commencer le récit du voyage de l'Empereur en Algérie, nous avons jugé à propos d'initier le lecteur à l'histoire de notre possession africaine, par une courte notice rédigée d'après les documents les plus dignes de foi. Après avoir par-couru ce rapide aperçu, on comprendra mieux peut-être la portée du voyage impérial et l'importance de notre oeuvre de colonisation.
Nous ne citons pas les très-nombreux écrivains qui nous ont fourni des renseignements par l'intermédiaire des livres, des journaux; mais qu'ils reçoivent nos excuses si nous avons trop librement puisé dans leurs ouvrages, et les remerciements du public si, grâce à leur érudition, nous avons su intéresser nos lecteurs.

LES TEMPS FABULEUX. -- CARTHAGE ET ROME

On retrouve encore en Algérie une race dont l'antiquité se dérobe aux investigations de l'histoire : c'est la race berbère, désignée à tort sous le nom de "kabyle".

D'après certaines traditions recueillies par Salluste, qui pouvait s'appuyer sur les livres du roi numide Hiempsal, les premiers habitants de l'Afrique septentrionale furent les Gétules et les Lybiens, peuples sauvages vivant sans lois, sans gouvernement, se nourrissant de la chair des bêtes fauves et de l'herbe des champs, se reposant où la nuit les surprenait.

Une armée d'émigrants, venue des pays orientaux, leur apporta une certaine civilisation, et, se fondant avec eux, forma la race numide, qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours et a reçu la désignation de berbère (1).

(1) Nous joignons ici le curieux passage de Salluste sur lequel nous nous sommes appuyé. Les détails appartiennent à la fable; mais, comme dans tous les mythes, le sens général de la tradition exprime un fait vrai.

" A la mort d'Hercule, qui périt en Espagne, selon l'opinion répandue en Afrique, son armée, composée d'hommes de toutes les nations, se trouva sans chef; aussi ne tarda-t-elle pas à se disperser. Parmi les peuples qui la composaient, les Mèdes, les Perses et les Arméniens passèrent en Afrique et vinrent s'établir sur les côtes le la Méditerranée. Les Perses s'approchèrent davantage de l'Océan; ils se firent des cabanes de leurs navires renversés, se mêlèrent aux Gétules par des mariages, et comme, dans leurs fréquentes excursions, ils avaient souvent changé de demeure, ils se donnèrent le nom de Numides. Encore aujourd'hui les habitations des paysans numides, appelées mapales, ressemblent assez, par leur forme oblongue et leurs toits cintrés, à des carènes de navires.

" Aux Mèdes et aux Arméniens se joignirent les Lybiens, peuple plus voisin de la mer d'Afrique que les Gétules, qui étaient plus près du soleil et de la région du feu. Ils ne tardèrent pas à bâtir des villes; car, n'étant séparés de l'Espagne que par un détroit, ils purent établir avec ce pays un commerce d'échange. Les Lybiens altérèrent peu à peu le nom de Mèdes, et, dans leur idiome barbare, les appelèrent Maures.

" Les Perses furent ceux dont la puissance prit le plus rapide d'accroissement; bientôt l'excès de leur population força les jeunes gens de se séparer de leurs pères et d'aller occuper, près de Carthage, le pays qui porte aujourd'hui le nom de Numidie.

Une nouvelle émigration, venue encore de l'Orient, devait imposer à la Numidie un long joug. Les navires phéniciens qui déposèrent 'Didon' et ses serviteurs sur un rivage inconnu de la Lybie, amenaient aux peuplades africaines des maîtres astucieux destinés à tenir pendant un temps le sceptre du monde.

Les commencements de Carthage furent humbles toutefois. Didon, s'il faut en croire la fable, usa de ruse pour s'établir sur le rivage lybien sans armer contre la ville naissante les tribus indigènes gouvernées par le roi Iarbas. Mais bientôt la colonie phénicienne devint puissante et riche; cependant sa domination en Afrique ne fut ni aussi étendue ni aussi incontestée qu'on le croit généralement; car, visant surtout à l'empire des mers , la métropole africaine laissait aux Numides une grande liberté et se bornait à leur demander un tribut et des contingents de cavalerie.

On sait quelle réputation s'acquirent les guerriers numides, montés sur les chevaux sobres et vifs qu'on retrouve encore en Algérie. Ils contribuèrent à tous les succès de Carthage, et les Romains apprirent à craindre leurs escadrons vaillants et rapides qui a Dans la suite, les Phéniciens, les uns pour délivrer leur pays d'un surcroît de population, les autres dans des vues ambitieuses, engagèrent à s'expatrier la multitude indigente et quelques hommes avides de nouveautés; ils fondèrent sur la côte maritime Hippone, Hadrumèse et Leptis, et ces villes, bientôt florissantes, devinrent l'appui ou la gloire de la patrie chargeaient, se retiraient pour revenir plus ardents et combattaient plutôt comme des légions d'oiseaux que comme des cavaliers. Unis aux Gaulois, ils décidèrent les victoires d'Annibal. On vit pour la première fois nos ancêtres combattre à côté des Africains au visage de bronze dans les plaines de l'Italie ; fait mémorable qu'il était donné à Napoléon III de renouveler à vingt et un siècles d'intervalle.

Carthage s'était servie des Numides pour ébranler la puissance de Rome.. Rome, à son tour, se servit contre son ennemie de ce peuple de cavaliers, toujours prêt à se ranger sous l'étendard qui lui promettait des combats et du pillage. Les troupes de Syphax et de Massinissa contribuèrent autant que celles de Scipion à la ruine de la métropole africaine.

LES ROMAINS EN ALGÉRIE

Après s'être emparée des possessions carthaginoises, Rome conquit sur Jugurtha toute la Numidie, mais sans vouloir la gouverner directement tout d'abord. Des princes indigènes furent chargés de l'administration de cette province , à charge de payer tribut aux vainqueurs de Carthage. Toutefois les exigences de la politique ne tardèrent pas à forcer Rome de remettre sous son joug les provinces numides et avec elles la Mauritanie. L'Algérie actuelle, alors représentée par la nouvelle Numidie et la Mauritanie césarienne, se trouvait constituer deux provinces subordonnées à un centre placé au dehors d'elles. Ce centre était Carthage, relevée par les Gracques, embellie par Auguste et devenue le siége d'un proconsul.

La province d'Afrique (ainsi se nommaient les possessions romaines dans cette partie du monde) était devenue sous les empereurs le grenier de Rome; aussi les successeurs d'Auguste donnaient-ils tous leurs soins à assurer la tranquillité de leur province africaine. Cette tranquillité toutefois fut souvent compromise par les exactions des gouverneurs. Des révoltes éclatèrent, dont l'une, guidée par le chef berbère Tacfarinas, faillit compromettre sérieusement la domination de Tibère.

Cependant, lorsque l'empire d'Occident croulait de toutes parts, l'Afrique était plus romaine que l'Italie; les noms les plus éclairés de la littérature latine à cette époque lui appartiennent : faut-il citer Apulée, Tertullien, saint Cyprien, Arnobe, saint Augustin. Les arts n'y étaient pas moins cultivés que les lettres, comme le témoignent les magnifiques monuments romains que nous avons retrouvés en Algérie.

Quand le siége de l'Empire eut été transporté à Byzance et quand les barbares assiégèrent de tous côtés la puissance romaine expirante, de nombreux soulèvements désolèrent l'Afrique. Ils furent comprimés facilement, mais l'heure approchait où une invasion formidable devait arracher aux empereurs la. plus riche de leurs provinces.

Les Vandales avaient envahi les Gaules et l'Espagne. Partis du fond de la Germanie, ils avaient marqué leur route par ces effroyables ravages qui ont fait de leur nom farouche un terme de réprobation. Convertis au christianisme en Pannonie, ils s'étaient hâtés d'embrasser l'hérésie d'Arius et de témoigner de leurs croyances ardentes en exerçant les plus horribles cruautés sur les chrétiens orthodoxes.

Le comte Boniface, gouverneur de l'Afrique, irrité de la défaveur que lui montrait Placidie, laquelle régnait sur l'Occident au nom de son fils Valentinien III, offrit à Genséric de partager avec lui les provinces que Rome lui avait confiées. Le gouverneur romain, aveuglé par la haine, se doutait peu que de l'entrée des Vandales en Afrique daterait sa propre déchéance.

LES VANDALES

Genséric se hâta d'accueillir les propositions de Boniface. L'Espagne, épuisée par ses exactions, était devenue une proie stérile, tandis que l'Afrique, se donnait pour ainsi dire à lui, renfermait encore toutes les richesses qui la rendirent célèbre au temps des Césars.

A la tête de 80,000 compagnons, Genséric entra en possession des provinces que lui avait concédées le comte Boniface (les trois Mauritanies iingitans, sitifienne et césarienne), dont le territoire occupait

Les successeurs de Genséric ne suivirent point les traces du terrible fondateur de la monarchie vandale. Sous leur règne, une décadence profonde succéda à l'énergique vitalité qui avait caractérisé les entre-prises de Genséric. Les Vandales s'étaient appropriés tous les vices de Rome au déclin. Étrange phénomène ! en moins d'un siècle un empire naissant passait à la caducité et allait devenir la proie de la puissance expirante à laquelle il avait porté des coups mortels !

BÉLISAIRE EN AFRIQUE

Hilderik; quatrième successeur de Genséric, avait été élevé à la cour de Constantinople et y était devenu l'ami de Justinien. Mais cette amitié même et le christianisme orthodoxe, qu'il avait embrassé en Orient, devinrent la cause de sa ruine en lui attirant la haine de ses sujets. Gélimer, que des victoires répétées sur les peuplades maures avait fait aimer de la multitude, .profita des sentiments de répulsion qu'inspirait Hildérik pour le renverser du trône. Son usurpation fournit à Justinien de prendre une revanche sur les Vandales.

Bélisaire débarqua avec 30,000 hommes de troupes aguerries sur les confins de la Byzâcène et de la Tripolitaine. Il remporta des succès rapides et s'empara de .Carthage (533). Gélimer voulut tenter un dernier effort et lui présenta la bataille à Tricamé

Les Vandales furent battus et éprouvèrent de grandes pertes : la chute de leur empire était désormais consommée. Gélimer s'enfuit dans les monts Papuer (l'Edour) . Bélisaire, aussitôt après sa victoire, s'empressa de faire rentrer sous la domination byzantine les bords de la Méditerranée et toute la Mauritanie., Enfin après avoir rétabli les fortifications de Carthage, après avoir rendu à l'Église catholique la juridiction, les richesses . et les privilèges que l'hérésie arienne avait retenus si longtemps ; après avoir reconstitué l'administration sur ses bases anciennes, Bélisaire retourna à Constantinople pour y jouir de son triomphe.

LA DOMINATION BYZANTINE

Le triomphe des empereurs d'Orient fut plus glorieux que fructueux. Les incursions des Maures, le mécontentement de la population vandale, l'avidité des troupes byzantines, compromirent plus d'une fois l'autorité du César de Constantinople, jusqu'au moment où une audacieuse invasion vint trancher tous les démêlés.

LES ARABES EN BERBERIE

Mahomet, en réunissant sous le sceptre religieux les tribus divisées de l'Arabie, avait préparé la conquête de la moitié du monde connu. Après sa mort, la race sémitique se répandit de toutes parts comme un torrent débordé, renouvelant la face de la terre et abattant la croix sous le tranchant du sabre. Les vastes plaines de l'Afrique du Nord offrant un chemin facile à la rapide cavalerie arabe, on devait bientôt voir apparaître le long de la Méditerranée les tenaces conquérants qui occupent encore ces rivages.

Après avoir conquis l'Égypte et la Cyrénaïque, ils s'avancèrent en effet dans l'ancienne Mauritanie, occupée alors par les Visigoths d'Espagne à l'ouest et gouvernée à l'est par l'usurpateur Grégoire, qui avait secoué le joug de Byzance.

Les Arabes à peine entrés sur ce territoire fondèrent la ville de Kaïrouan (1) destinée à devenir la capitale de leurs possessions dans l'Afrique du Nord. Partout ils furent accueillis par les Berbères comme des libérateurs venus pour les soustraire au joug pesant des .grandes familles romaines. Les Berbères embrassèrent l'islamisme sans trop de répugnance et montrèrent pendant quelque temps assez .de bon vouloir pour leurs nouveaux maîtres. Mais, bientôt fatigués des exigences des Arabes, de leur fanatisme et de leur sévérité, les indigènes s'allièrent avec les Romains vaincus, écrasèrent les envahisseurs et recouvrèrent momentanément leur indépendance (683).

Ce succès fut de courte durée. Les Arabes, outrés ,de cette révolte, se précipitèrent en foule sur l'Afrique occidentale , la reconquirent tout entière et firent chèrement expier leur première défaite. Les flots de la Méditerranée eux-mêmes ne purent servir de borne à leur ardeur dévastatrice. Appelés en Espagne par la trahison du comte Julien, ils renversèrent le trône des Visigoths et ne craignirent pas de franchir les Pyrénées pour venir se faire écraser par Charles Martel dans les vastes champs de Poitiers.

Nous n'entrerons pas dans le détail de l'histoire de le Berbérie sous la domination des Arabes ; les limites imposées à cet ouvrage ne permettant pas d'énumérer les nombreuses et stériles commotions dont le pays berbère fut le théâtre pendant plusieurs siècles. Rien de plus obscur d'ailleurs que cette période où s'entassent des faits souvent sans liaison.

LA RÉGENCE D'ALGER

Après la conquête de Grenade, les Espagnols songèrent à poursuivre jusqu'en Afrique les Maures fugitifs. En 1504 , les troupes du roi Ferdinand s'emparèrent de Mers-el-Kébir, près d'Oran, et cette dernière ville elle-même ne tarda pas à tomber au pouvoir des chrétiens. Pierre de Navarre, auquel avait été confié le commandement des troupes espagnoles, fit voile pour Bougie et s'en empara sans coup férir. Toutes les villes voisines, et Alger la première, firent aussitôt leur soumission (1500).

C'est ici le lieu de dire quelques mots sur les origines de cette cité qui allait devenir si célèbre.

Au commencement du seizième siècle, Alger n'était qu'un petit port fréquenté par quelques pirates et défendu par une tour isolée qui servait de point de reconnaissance pour le mouillage.

La bourgade s'élevait, dit-on, sur l'emplacement de la ville romaine d'Icosium, fondée par les compagnons d'Hercule, selon la tradition; quelques lies disséminées à l'entrée du port le mettait à l'abri du vent et de la mer.

El Djézaïr (les îles), dont nous avons fait Alger, fut le nom donné à cette bourgade, qui ne commença guère à figurer dans l'histoire qu'à l'époque de sa soumission aux Espagnols.

Les habitants d'Alger avaient promis au comte de Navarre de ne fournir aucun secours aux corsaires qui viendraient se réfugier dans leur port; mais, peu confiant dans cette promesse, le général espagnol jugea prudent de fortifier les îlots et d'y laisser une garnison pour en imposer au pays.

C'est alors qu'il fit bâtir, sur le même emplacement qu'occupait la tour des Maures, et en partie avec ses matériaux, ce fort circulaire qui, bien armé de soldats et de canons, acquit une certaine célébrité parmi les navigateurs; on le désignait sous le nom de Pefion (de Pefia, rocher).

L'avantage de sa position dépendait, comme on peut le voir, de deux circonstances ; il était dû à son isolement, car il occupait presque entièrement tout l'îlot de l'Ouest ; puis à la proximité de la ville, qui permettait d'y atteindre attaque des Turcs, au temps de Salem-ben-Temi, et lorsque Aroudj les commandait (1M6).

Khéir-ed-Din songeait donc au moyen de faire le siége de cette forteresse, quand un Espagnol, trahissant ses devoirs, vint secrètement à la nage trouver les Algériens, auxquels il apprit que la famine désolait la place, les secours que D. Martin de Vargas avait demandés à son souverain n'étant pas arrivés.

Cette circonstance décida Khéir-ed-Din à ne pas différer l'entreprise; il essaya d'abord d'obtenir le Pefion par voie de négociations. En conséquence, il envoya un parlementaire à Vargas pour lui proposer de se rendre, lui promettant d'accepter une capitulation honorable pour lui et ses soldats.

Martin de Vargas refusa avec fierté, et de manière à enlever au chef des Algériens tout espoir d'un arrangement.

D'Aranda raconte également que Khéir-ed-Din avait d'abord pensé à un accommodement, mais que, voulant se ménager des intelligences dans la placé, il avait décidé deux jeunes Maures à se rendre dans le Pefion, sous prétexte d'embrasser le christianisme.

Martin de Vargas s'empressa d'accueillir les deux transfuges et fit commencer leur instruction religieuse, afin de pouvoir leur donner plus tard le baptême.

Le jour de Pâques étant arrivé, le capitaine espagnol et ses soldats entendaient la messe dans la chapelle, lorsque les deux Maures, montant sur une terrasse, firent des signaux aux Algériens, sans doute dans l'intention de leur apprendre que le moment était favorable pour l'attaque, puisque tous les chrétiens étaient occupés à la prière.

Une femme au service de Vargas aperçut les signaux et en donna avis à son maître, qui fit pendre les deux espions en vue de toute la ville.

C'est alors que Khéir-ed-Din, selon d'Aranda, aurait fait faire à Vargas des propositions de capitulation, repoussées énergiquement.

L'attaque du Penon commença le 6 mai 1530 et se prolongea durant plusieurs jours et plusieurs nuits.

Le 16 mai, les parapets étaient tout démantelés, les murs du château écroulés en plus d'un endroit ; beaucoup d'entre les assiégés avaient succombé où se trouvaient hors de combat ; ceux qui restaient étaient harassés de fatigue et mouraient littéralement de faim.

Khéir-ed-Din, à la tête de 1,300 Turcs, passa l'eau et se porta vers la brèche, où il vit tout à coup Martin de Vargas seul, l'épée à la main, atteint de plusieurs blessures, prêt à défaillir ; on s'empara de lui sans que sa vie fût en danger.

Khéir-ed-Din pressa son prisonnier de renoncer à la foi catholique, lui promettant honneurs militaires et richesses ; ses instances durèrent plusieurs mois ; mais, irrité à la fin du refus de Vargas, il le fit misérablement mourir sous le bâton.

Quant à la petits garnison du Pefion, une partie avait été massacrée et l'autre jetée en esclavage

LA RÉGENCE D'ALGER

Les Espagnols traitèrent la ville avec tant de rigueur que les "Algériens" commencèrent à s'agiter sourdement pour recouvrer leur liberté.

La mort de Ferdinand, survenue en 1516, fut le signal de la révolte. Les "Algériens" appelèrent à leur secours Salem-ben-Temi, prince arabe renommé par sa bravoure et ses talents militaires, ainsi que le premier Barberousse (Aroudj), célèbre pirate qui venait de s'emparer de Didjelli.

L'attaque réussit, les Espagnols furent chassés de la ville, mais ils conservèrent le Perron, qui dominait le port d'Alger.

Toutefois, les habitants de la ville n'eurent pas à se féliciter de leur victoire ; Barberousse, après s'être défait du cheik Salem-ben-Temi, s'empara du pouvoir et devint maître absolu d'Alger, avec l'aide de ses soldats turcs.

Son règne fut court et belliqueux. Il mourut en 1518, en combattant les Espagnols d'Oran.

     Khéir-ed-Din, son frère, lui succéda, et se voyant menacé de toutes parts, il renonça à son indépendance et implora le secours du sultan Sélim Ie qui lui envoya 2,000 janissaires, de l'artillerie, de l'argent, et lui conféra le titre de bey d'Alger.

     Khéir-ed-Din songea dès lors à la réalisation d'un projet formé depuis longtemps. Il pensa à enlever le Pefïon, " cette épine " qui perçait le cœur des "Algériens", à se débarrasser au plus tôt des Espagnols et à mettre le port à l'abri des canons étrangers.


" JE REVIENDRAI, " dit Napoléon Ill au moment de quitter le sol de l'Algérie, qu'il venait de visiter une première fois.

Pendant ce voyage, fait en compagnie de l'Impératrice, et qui avait été l'occasion d'imposantes solennités, l'empereur avait pu se convaincre par lui-même et du prestige qu'exerçaient sur les Arabes son nom, sa présence, et de la possibilité de réaliser dans l'avenir prochaine la fusion des intérêts français avec les intérêts indigènes.

D'importantes réformes suivirent cette première excursion. Un avenir nouveau s'ouvrait pour l'Algérie.

Les indociles s'agitaient, parce qu'avant peu toute cause de rébellion allait être supprimée. Les ambitieux relevaient un étendard menteur, parce que bientôt la nation arabe, éclairée par une auguste sollicitude, allait comprendre sa mission définitive et reconnaître les avantages d'une sincère alliance avec ses vainqueurs.

Le dernier soulèvement est moins une menace qu'un symptôme de crise finale ; le suprême coup de tonnerre n'accompagne-t-il pas l'apparition de l'arc-en-ciel ?

" JE REVIENDRAI, " avait dit Napoléon III ; cette Promesse vient d'être remplie. L'Empereur a traversé de nouveau la mer, pour finir la grande œuvre entreprise et consolider de sa main césarienne la conquête de trente-cinq années.

L'étonnement, et l'admiration de l'Europe, les applaudissements attendris de la France, l'enthousiasme pénétré d'espoir de la population arabe, nous prouvent que Napoléon III, guidé par le génie prophétique de sa race a su choisir son heure, que la destinée de l'Algérie est réglée désormais et qu'une ère de, prospérité commence pour nos possessions africaines.

A celui qui a retenu la France sur la pente fatale où elle roulait; à celui qui, non content, de l'arrêter sur le bord de l'abîme, l'a replacée ,au premier rang des nations et l'a rendue aussi riche qu'elle était glorieuse, il appartenait de tracer d'une main ferme la route à suivre pour dompter l'entêtement traditionnel de la race sémitique et lui dévoiler avec une lucidité irrésistible l'avenir de bonheur que lui assure une franche et entière soumission.

Un tel rôle d'ailleurs est un apanage napoléonien. Le successeur légitime de celui qui poursuivait en Égypte une mission civilisatrice, et se faisait révérer sous le nom de Sultan du feu, n'est-il pas appelé par un destin héréditaire à faire pénétrer chez les peuplades musulmanes les grandes, les nobles idées de la France impériale?

Mais un langage plus éloquent que le nôtre va exposer la mission de cette France impériale. Le discours prononcé le 19 septembre 1860 par Napoléon III forme la véritable préface de notre récit, car les épisodes du règne actuel n'attendent pas de l'historien pour former un tout harmonieux.

C'est le propre d'un grand génie d'introduire une magnifique unité dans tout ce qu'il entreprend :

" .... Le Dieu des armées n'envoie aux peuples le fléau de la guerre que comme châtiment ou comme rédemption.
Dans nos mains la conquête ne peut :être qu'une rédemption, et notre premier devoir est de nous occuper du bonheur des trois millions d'Arabes que le sort des armes a fait passer sous notre domination.

" La Providence nous a appelés à répandre sur cette terre les bienfaits de la civilisation. Or qu'est ce que la civilisation ? C'est de compter le bienêtre pour quelque chose, la vie de l'homme pour beaucoup, son perfectionnement moral pour le plus grand bien. Ainsi élever les Arabes à la dignité d'hommes libres, répandre sur eux l'instruction tout en respectant leur religion, améliorer leur existence en faisant sortir de cette terre tous les trésors que la Providence y a enfouis et qu'un mauvais gouvernement laisserait stériles, telle est notre mission : nous n'y faillirons pas. Quant à ces hardis colons qui sont venus en Algérie implanter le drapeau de la France et avec lui tous les arts d'un peuple civilisé, ai-je besoin de dire que la protection de la métropole ne leur manquera jamais? Les institutions que: je leur ai données leur font déjà retrouver ici leur patrie tout entière; et en persévérant dans cette voie, nous devons espérer que leur exemple sera suivi et que de nouvelles populations viendront, se fixer sur ce sol à jamais français.

" La paix européenne permettra à la France de se montrer plus généreuse encore avers les colonies; et si j'ai traversé la mer pour rester quelques instants parmi vous , c'est pour y laisser Ce programme si clair, si pratique et en même temps si élevé; ce programme si éminemment napoléonien, c'est-à-dire français, renferme la plus éloquente réponse qui puisse être adressée aux publicistes ennemis de la colonisation algérienne, aux écrivains amoureux du paradoxe, qui ne rougissent pas de conseiller l'abandon d'une de nos plus belles conquêtes. Non, la France ne peut replonger dans la barbarie une des plus belles contrées de l'univers, en laissant trois millions d'Arabes divisés par des haines héréditaires, se détruire les uns les autres par le fer et par la flamme. Non, elle ne peut laisser la piraterie, le vol organisé, les cruelles représailles renaître à la place de l'ordre admirable qu'il nous a coûté tant de sang pour établir. Les solennelles paroles de Napoléon III écrasent la pauvre argumentation des sophistes, et quelles que soient les mesures adoptées par l'Empereur pour régler définitivement l'organisation de l'Algérie

ALGER : LE DÉPART

Le 29 avril, l'Empereur partit de Paris à huit heures et demie du matin. Sa Majesté emmenait avec elle, dans son voyage, le général Fleury, sénateur, son premier écuyer le général Castelnau, le colonel comte Reille, ses aides; de camp ; le capitaine de Ligneville et le comte d'Espeuilles, ses officiers d'ordonnance M. P. Piétri, son secrétaire particulier, et M. le Baron Corvisart, son médecin ordinaire.

Le départ se fit sans apparat; aucune escorte n'avait été commandée. Le voyage commençait avec la simplicité qui devait en marquer toutes les phases, et cette absence de solennité ne rendait que plus éclatantes et plus chaleureuses les démonstrations de la foule accourue, malgré l'heure matinale, pour acclamer l'Empereur.

Arrivé à la gare du chemin de fer de Lyon, Sa Majesté se sépara du Prince impérial.
L'Impératrice accompagna son auguste époux jusqu'à Fontainebleau.

Le même jour, le Sénat reçut communication des lettres patentes de l'Empereur conférant le titre de Régente à l'Impératrice pendant la durée du voyage de Sa Majesté en Algérie.

ARRIVÉE A LYON

On sait avec quelle reconnaissance les Lyonnais avaient accueilli les généreuses promesses de Napoléon III, leur garantissant l'affranchissement des ponts de la Saône et la démolition du mur d'enceinte de la Croix-Rousse.

Le passage du souverain dans la seconde ville de France offrait aux habitants l'occasion ardemment souhaitée de témoigner d'une manière éclatante l'enthousiasme que leur inspirait cet auguste bienfait.

L'Empereur arriva à Lyon vers six heures du soir. Sa Majesté r fut reçue à la gare épar S. Exc. le maréchal Canrobert et M. Henri Chevreau, sénateur, préfet du Rhône.

Les alentours de la gare de Valse présentaient le spectacle le plus émouvant et le plus animé. Une foule immense y stationnait depuis plusieurs heures, désireuse d'accueillir l'Empereur, dès les premiers instants de son séjour, par une ovation brillante qui devait finir seulement à son départ.

Quand le train arriva, il y eut un immense mouvement vers le débarcadère ; chacun voulait être le premier à contempler Napoléon III.

L'Empereur monta en voiture; le maréchal Canrobert, le préfet du Rhône et le général Fleury prirent place à ses côtés.

Un tonnerre d'acclamations retentit. L'équipage impérial, littéralement perdu au milieu de la foule, se mit en marche avec quelque difficulté et ne cessa de parcourir lentement un véritable océan humain.
L'Empereur n'est entouré d'aucune escorte ; nulle part on ne voit un seul soldat sous les armes, et la noble confiance du souverain redouble encore l'enthousiasme déjà si grand de la population ouvrière.

La ville présente un coup d'œil caractéristique; toutes les fenêtres sont pavoisées du drapeau tricolore qui, par ses éclatantes couleurs, se prête si merveilleusement à la décoration.
Il n'est pauvre lucarne où ne flotte l'emblème national; bien plus, si l'on aperçoit à de rares intervalles une fenêtre dépourvue d'ornements improvisés, on peut être sûr que ce n'est point le logis de l'ouvrier.

L'émotion de l'Empereur fut vive en présence de ce chaleureux accueil. Un souverain a des soucis inconnus aux autres hommes Sur la place de la Pyramide, Sa Majesté passa sous un arc de triomphe élevé par les habitants du faubourg de Vaise ; puis le cortège se dirigea vers la ville en suivant la rive droite de la Saône.

A l'entrée du pont de Serin, les acclamations se renouvelèrent plus éclatantes. Sur le fronton de la barrière du péage se lisait cette phrase extraite de la lettre impériale : " Ayant supprimé les péages " du Rhône, il est juste d'appliquer la même libéralité à la Saône. "

Dès que la voiture eut passé la barrière, on hissa une banderole portant ces mots : Pont affranchi, et le peuple lyonnais prit possession de ses nouveaux droits.

La voiture de l'Empereur s'arrêta ensuite pour permettre à Sa Majesté de recevoir une pétition des habitants de Vaise, demandant l'élargissement du bas port, pétition qui fut accueillie de la manière la plus gracieuse.

Pendant le trajet le long des quais, la Société des orphéonistes, montée sur une flottille d'omnibus fluviaux, ne cessa de faire entendre un concert harmonieux et plein d'originalité.
L'encombrement s'augmenta encore dans la rue d'Algérie et sur la place des Terreaux ; enfin la voiture impériale put gagner l'hôtel de ville, où madame Chevreau attendait Sa Majesté.
Un grand (liner fut offert à l'Empereur à l'hôtel de ville ; pendant le repas les orphéonistes exécutèrent un hymne inédit de MM. Chevalier-Tivet et Émile Guinet.
Une foule épaisse ne cessait de stationner sur la place des Terreaux, attendant que Sa Majesté se montrât au balcon.
Après le dîner, en effet, l'Empereur parut à la fenêtre et remercia la population lyonnaise de son accueil.

Pendant la soirée, les illuminations furent splendides. L'air lui-même semblait pavoisé, car au-dessus de la ville planaient d'immenses et lourdes vapeurs rouges, lueurs et fumée tout ensemble.

Un concert au bénéfice des ouvriers sans travail avait lieu au Grand-Théâtre. M. Félicien David dirigeait cette fête musicale. L'Empereur s'y rendit à neuf heures et demie. Il était à pied et paraissait touché au plus haut point des manifestations d'enthousiasme qui éclataient partout sur son passage.

Malgré les fatigues d'une journée passée en wagon, Sa Majesté ne se retira qu'à dix heures et demie.

Suite en juillet 2009

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE