LES FAUVES EN ALGÉRIE

UNE TERRIBLE ATTAQUE
récit du chasseur Bombonnel

...../....Malgré le hasard providentiel qui m'avait placé sur le bord glissant du ravin, malgré les autres circonstances favorables qui me protégèrent, si ma panthère avait eu une griffe de libre, j'étais perdu indubitablement.
Dans l'état même où elle se trouvait, si j'avais pu m'armer de mon couteau, je n'aurais plus voulu m'en dessaisir: d'une main je n'aurais pas eu la force de la repousser, de l'autre je n'aurais pas pu la tuer assez vite, contre sa redoutable mâchoire m'eût broyé la tête.
J'ai eu de la chance, on le voit.
Si d'une aussi terrible lutte je me suis tiré avec la vie sauve, c'est que j'ai mis autant d'acharnement dans la défense, que la bête mettait de rage dans l'attaque.
Le docteur arriva vingt-quatre heures après. La route n'étant pas carrossable, il dut revenir sur la même mule qui avait servi à I'Arabe, et qui fit ainsi plus de cent douze kilomètres.
Les cinquante derniers furent faits d'un seul trait ct au grand trot; le docteur sur la mule, et l'Arabe courant derrière, frappant avec un bâton sur sa bête pour la faire aller plus vite.
Cet homme m'était très dévoué: il fut si fatigué de cette course qu'il faillit en mourir.
Mon brave docteur se mit immédiatement à la besogne et me fit les premiers pansements. On organisa une voiture garnie de matelas et on me ramena à Alger.
La fièvre se déclara et je restai plusieurs jours en danger de mort. M. Bodichon voulait appeler un second médecin, n'osant sans doute prendre sur lui la responsabilité de m'envoyer dans l'autre monde ;
j'avais trop confiance en lui pour y consentir, et d'ailleurs j'étais convaincu, à tort ou à raison, que plus il y a de médecins auprès d'un malade, plus vite il est expédié.
Voici le relevé exact de mes blessures, dont M. Bodichon dressa le procès-verbal, à Alger le 9 avril 1855 :
" Cinq à la main gauche, dont trois la traversant de part en part ;
huit au bras et à la main gauche, dont trois profond de 4 centimètres
quatre à la tête me laissant l'os frontal à découvert
Dix au visage, quatre pénétrant à l'intérieur de la bouche, le dessous de l'oeil gauche en lambeaux
les os du nez brisés
Cinq dents enlevées, une complétement retournée.
Ce n'étaient pas des égratinures, comme on le voit, mais quatre mois après je recommençais à chasser

Extrait de Bombonel chasseur de panthères,source PHOTOS et texte internet

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