LE JUDAISME EN AFRIQUE.

Ibn Khaldoun dit :
Une partie des Berbères professait le judaïsme, religion qu'ils avaient reçue de leurs puissants voisins, les Israélites de la Syrie. Parmi les Berbères juifs, on distingue les Djaraoua, tribu qui habitait l'Aurès....
Idris, étant arrivé en Mar'reb, fit disparaître de ce pays jusqu'aux dernières traces des religions chrétienne, juive et païenne, et mit un terme à l'indépendance des tribus (172 de l'hég., 788-89 de J. C.).... "
Est-ce à cette époque qu'il faut faire remonter la légende suivante :

Djifa ben djifa, charogne fils de charogne, disent les musulmans, en parlant des juifs; et voici pourquoi: des juifs ayant insulté la caravane qui conduisait les présents destinés annuellement à la Mekke, tous les hommes et les enfants mâles de cette nation furent immédiatement frappés de mort par Dieu.
Mais les juives l'ayant imploré pour que la destruction de leur race ne fût ; pas consommée, "Dieu permit que les maris ressuscitassent pour une nuit seulement, et voilà pourquoi les enfants qui naquirent depuis furent appelés djifa ben djifa. Cette légende ne nous fait que trop savoir dans quel mépris les musulmans tenaient les ; juifs.

Les juifs d'Alger racontent sur leur venue dans cette ville une autre légende qui pour eux est article de foi.
Quand les musulmans possédaient l'Espagne, ils avaient permis aux juifs de trafiquer et d'exercer librement leur religion.
Lorsque les musulmans furent chassés de ce beau pays par les chrétiens, les juifs, qu'on laissa tranquilles d'abord, ne tardèrent pas à être tyrannisés à cause de leurs richesses.
En 1390, le grand rabbin, BenSmia, fut jeté en prison avec les principaux chefs des familles ; juives, et tous allaient être exécutés lorsqu'ils furent délivrés par un miracle. Ben-Smia semblait se résigner à son malheureux sort, lorsque tout à coup ses yeux se remplirent de feu, sa figure s'anima, et un rayon de lumière brilla autour de sa tête. Dans ce moment, il prit un morceau de charbon, dessina un navire sur la muraille, et se tournant ensuite vers ceux qui pleuraient, il leur ; dit :

Que tous ceux qui croient en la puissance de Dieu, et qui "veulent sortir d'ici" à l'instant même, mettent avec moi le doigt " sur ce vaisseau. " Tous le firent, et aussitôt le navire dessiné devint un navire véritable, qui emporta les juifs vers la rade d'Alger.
Les musulmans leur accordèrent tous les privilèges dont ils avaient joui en Espagne. Toutes les conditions du traité furent écrites sur un parchemin; mais, lors de l'arrivée des Turcs, le peuple d'Israël devint encore plus esclave que jamais. "

Les juifs d'Alger subissaient toutes les vexations possibles.
A six heures du soir, ils ne pouvaient plus circuler dans les rues renfermés dans un quartier à part, ils étaient dans un état permanent de suspicion.
S'ils voulaient sortir après le coucher du soleil, ils se présentaient à la police qui leur donnait, comme à ses agents, une lanière en nerf de bœuf, espèce de passe qu'ils montraient à la ronde de nuit pour se faire reconnaître.
Si la nuit était obscure, au lieu de porter une lanterne, comme les Turcs et les Maures, ils tenaient à la main une bougie allumée que le vent éteignait à chaque instant. Passaient-ils devant une mosquée, ils prenaient leurs souliers à la main et rampaient jusqu'à ce qu'ils n'en fussent plus en vue.

Devant la Kasba, ils étaient obligés de s'agenouiller, puis ils fuyaient rapidement, la tête inclinée, et malheur à celui qui oubliait sa consigne : attaché à une chaîne, le misérable était bâtonné.
Les juifs ne devaient parler aux Maures qu'avec déférence et soumission.
Ils leur cédaient le haut du pavé, et toute infraction à ces mesures avait pour résultat là bastonnade ou l'amende. La dernière place à la fontaine était pour eux.
Ils ne pouvaient monter à cheval, ils ne pouvaient même entrer en ville sur un âne. Une législation sanguinaire les menaçait à chaque instant.
L'insulte envers un musulman était punie par une mort soudaine, infligée arbitrairement et souvent d'après le caprice du Maure offensé, qui, en cas de réprimande, payait une amende au gouvernement, rarement aux parents de la victime.

Les janissaires rachetaient de pareils forfaits avec une livre et demie de tabac qu'ils versaient dans les magasins de l'État. Le pacha voulait-il s'emparer de la fortune d'un juif, il lui suscitait une mauvaise affaire qui l'envoyait à la. mort. Tandis qu'un Turc recevait la bastonnade, un juif était brûlé pour le même délit.
Les juifs ne pouvaient sortir de la régence sans donner un fort cautionnement, garantie de leur retour. Indépendamment de toutes les extorsions auxquelles ils étaient en butte, il leur fallait payer une sorte d'impôt de 28 000 boudjous (52 080 fr.) par mois, et par quart, le jeudi soir de chaque semaine, avant le cacher du soleil. Le roi ou chef de la nation juive portait lui-même cet impôt à la Kasba.
Un juif, pour échapper à toutes ces infâmes avanies,à tous ces horribles supplices, voulait apostasier, il devait d'abord se faire chrétien.
Comment l'élément juif a-t-il pu résister en Algérie à un tel tat de choses?

Le voici : à des hommes aventureux, ne vivant pas de piraterie, il fallait des intermédiaires qui pussent faire fructifier le produit de leurs courses ; il les leur fallait souples, insinuants, façonnés à toute espèce de trafic, et les juifs avaient un instinct particulier pour ce commerce de seconde main.
Il y avait des spéculations qui leur étaient propres, qui ne pouvaient leur échapper, qu'ils attiraient à eux, parce que seuls ils étaient capables d'en assurer le succès. Doués d'une patience admirable, ne se rebutant pas plus devant les injures que devant les mauvais traitements, les juifs se maintenaient auprès des indigènes par la seule raison, mais raison impérieuse, qu'ils leur étaient nécessaires.
On comprendra donc la confiance que les musulmans accordaient et accordent encore aujourd'hui aux juifs. Les bijoutiers, les changeurs, les batteurs de monnaie, les argentiers des pachas, étaient des juifs.

Le juif, sous le rapport du caractère, était fourbe, avide; il joignait la bassesse de l'esclavage aux vices les plus dépravés ; il était sans reconnaissance, sans sentiments généreux ; il était et il est encore fanatique.
Trente années de domination française ont-elles relevé le moral des juifs de l'Algérie? Oui et non ; l'ancienne et la nouvelle génération vivent encore trop ensemble. Ce n'est pas notre costume que les juifs doivent seulement adopter, mais bien nos idées, les bonnes s'entendent On rencontre des juifs chez plusieurs tribus de l'Algérie, Les Israélites, dit M. le baron Au capitaine, très-nombreux dans la ville de Bou-Sada, sont administrés par un rabbin qui leur rend la justice. Là, comme partout, la population juive se livre exclusivement au trafic; le plus grand nombre exercent la profession d'orfèvres; on les voit constamment accroupis dans de petites boutiques enfumées, semblables à des antres, et, comme les al chimistes du moyen âge, soufflant dans leurs chalumeaux pou entretenir de mystérieux alliages.

Dans le Sahara, les Israélites sont moins méprisés que dans les villes du Tell et particulière ment à Bou-Sada, où quelques-uns portèrent les armes; ils vont même jusqu'à citer orgueilleusement un certain Ben-Ziri, qui se distingua en brûlant de la poudre.... Cette tolérance tient au caractère sédentaire des habitants des ksour et à l'esprit de lucre commun à tous ces entreposeurs du commerce saharien avec 1e Tell.... "

Le type juif est en général un des plus magnifiques que l'on rencontre en Algérie : grand, bien fait, la figure ovale, le nez busqué, les yeux noirs et vifs, les cheveux et la barbe abondants. Le costume, taillé comme celui des Maures, est de couleur sombre ; le turban est noir, des bas et des souliers remplacent les chaussettes et les babouches des musulmans.
Nous ne parlons pas de la jeune génération, qui s'habille à l'européenne, et des marchands que l'on rencontre à Paris ou dans les villes d'eau, s'habillant comme les Maures et prenant les noms des Maures.

Les juifs vivant dans les tribus sont habillés comme les Arabes; un mouchoir ou foulard noir entourant la tête par-dessus le haïk les distingue des Arabes.

" Les juives sont belles, dit M. E. Fromentin; à l'inverse des Mauresques, on les voit partout, aux fontaines, sur le seuil des portes, devant les boutiques ou réunies devant les boulangeries banales à l'heure où les galettes sont tirées du four. Elles s'en vont alors, soit avec leur cruche remplie, soit avec leur planche au pain, traînant leurs pieds nus dans des sandales sans quartiers, leur long corps serré dans des fourreaux de soie de couleur sombre, et portant toutes, comme des veuves, un bandeau noir sur leurs cheveux.
Elles marchent le visage au vent, et ces femmes en robe collante, aux joues découvertes, aux beaux yeux fixes, accoutumées aux hardiesses du regard, semblent toutes singulières dans ce inonde universellement voilé. Grandes et bien faites, elles ont le port languissant, les traits réguliers, peut-être un peu fades, les bras gros et rouges, assez propres d'ailleurs, mais avec des talons sales ; il faut bien que leurs admirateurs, qui sont nombreux, pardonnent quelque chose à cette infirmité des juifs du bas peuple : heureux encore quand leur malpropreté n'apparaît qu'au talon, comme l'humanité d'Achille.
De petites filles mal tenues, dans des accoutrements plus somptueux que choisis, accompagnent ces matrones au corps mince, qu'on prendrait pour leurs sœurs aînées. La peau rose de ces enfants ne blêmit pas à l'action de la chaleur, comme celle des petits Maures: leurs joues s'empourprent aisément, et, comme une forêt de cheveux roux accompagne ordinairement le teint de ces visages où le sang fleurit, ces têtes enluminées et coiffées d'une sorte de broussaille ardente sont d'un effet qu'on imagine malaisément, surtout quand le soleil les enflamme. "

POPULATION CIVILE EUROPÉENNE.
La population européenne présente la proportion suivante : les Français, 62 pour 100; les Espagnols, 25 pour J00 ; les Italiens, 4 à 5 pour 100 ; les Anglo-Maltais, 4 pour 100 ; les Allemands, les Suisses, les Portugais, les Belges, etc., etc., 4 à 5 ? pour 100.
Tout a été dit sur la population civile européenne de l'Algérie et malheureusement, on ne sait trop pourquoi, il faudra du temps encore pour que tout ce qui n'est pas militaire perde ce nom de mercanti appliqué par les indigènes au colon, à l'industriel, à l'employé, voire au touriste, et dont la signification répond à celle de dupé et de dupeur.

Les Européens, sauf les Anglo-Maltais et les Espagnols des campagnes, n'offrent physiquement rien de bien tranché ; ils sont en Algérie ce qu'ils sont en Europe.
Le Maltais ou l'Anglo-Maltais s'est implanté en Algérie depuis notre conquête. La langue arabe, qui est sienne, les langues-anglaise, italienne, française, qu'il baragouine, le rendent presque indispensable dans les rapports de chaque jour. Pêcheur, batelier, chevrier, marchand de bestiaux, boucher, cafetier, portefaix, portefaix surtout, tels sont les divers métiers qu'il exerce. Le Maltais abdique au besoin son titre de sujet anglais pour venir se ranger avec ample compensation sous la loi française, à moins cependant que ses intérêts ne lui fassent revendiquer son titre de sujet anglais :
Je suis oiseau, voyez mes ailes; .Te suis souris, vivent les rats....
Sobre, économe, intelligent, le Maltais réussit presque toujours dans ses entreprises. Quelques Maltais ont gagné, à Alger, une grande fortune dans la vente des bestiaux ou dans la boucherie.
Le Maltais est généralement reconnaissable à sqn pantalon serré aux hanches et large de jambes, à sa chemise bleue comme son pantalon, à son bonnet brun en laine, qui recouvre une chevelure rasée par derrière . et flottante en longs tire-bouchons sur les joues. Le Maltais est de taille moyenne, bien moulé, nerveux et brun : c'est un Arabe chrétien..

Les Espagnols, qui figurent pour une grande proportion dans les Européens étrangers, viennent principalement de Manon et de l'Andalousie. Les Mahonnaùes, coiffées gracieusement d'un foulard, sont bien connues à Alger, où elle sont domestiques et nourrices. Les Mahonnais s'adonnent à la culture maraîchère. Quant' aux huertolanos ou jardiniers des provinces de Murcie, de Valence et de l'Andalousie, c'est généralement dans la province d'Oran qu'ils viennent se fixer. On les y retrouve avec le costume qui est resté arabe, sauf de légères différences : caleçons fort larges et ceinture très-apparente, sandales de cordes, mouchoir sur la tête, quelquefois un chapeau, gilet croisé à boutons de métal, et enfin la couverture dans laquelle le dernier mendiant sait se draper si orgueilleusement

Site internet GUELMA-FRANCE